‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 659 sur 752 · LES VENDANGES EN PAYS PIIYLLOXÉRÉ · texte numérisé non relu

LES VENDANGES EN PAYS PIIYLLOXÉRÉ

fjài" les Maures entretenues par leurs successeurs préserveront du tïéau les vignes de la Huerta de Valence et de la Yega de Grenade, qu'elles arrosent depuis des siècles.

La France enfin, qui jusqu'à ce jour a dédaigné les richesses dont lu nature s'est montrée si prodigue, la France peut sauver tous ces crus réputés qui ont fait sa fortune et sa gloire, car tous ses vignobles peuvent être arrosés par des fleuves. Au sud-ouest, la Garonne, plus haut, la Gironde, le Lot, au centre et à l'ouest, la Loire, l'Indre, le Cher, au nord, la Marne et la Seine et enfin, au sud-est, le Rhône, le fleuve essentiellement agricole, le plus grand cours d'eau créée pour l'agriculture, le Rhône canalisé en partie, peut sauver et enrichir les sept départements qu'il traverse. A l'œuvre donc! et, que sans perdre une heure toutes les forces vives de la Nation se réunissent pour s'opposer à l'invasion; nous possédons les moyens certains de vaincre, sachons nous en servir.

Que l'Etat aujourd'hui éclairé par des faits incontestables, entre dans une voie nouvelle : plantations de pépinières américaines, aménagement des eaux, création de canaux d'irrigation; que les grandes Compagnies de cheniin de fer, dont l'existence est si intimement liée à la prospérité agricole, se préoccupent de la reconstitution de la vigne française; que la Compagnie de Lyon à la Méditerranée, par exemple, dont personne n'a méconnu les sentiments patriotiques, reconnaisse, après expérience faite, que le même remède ne saurait être appliqué dans toutes les maladies, vu qu'il faut tenir compte des tempéraments et que si le sulfure de carbone a produit de bons eff'ets dans certaines conditions, pour conserver pendant quelques années encore les précieuses récoltes des grands crus, dont le vin se vend à des prix très élevés, il ne saurait convenir dans le Midi où l'extrême sécheresse du sol oppose un obstacle invincible à sa diffusion ; que, d'ailleurs nos vignerons ne pouvant supporter, pour des produits à bas prix, des frais s'élevant au minimum à 300 fr. par hectare, renouvelés tous les ans, renonceraient à une dépense onéreuse, et que le seul moyen pratique de reconstitution de nos vignobles méridionaux consiste dans la plantation des vignes américaines ; que cette Compagnie, dis-je, use de sa puissante influence pour hâter la construction du canal d'irrigation du Rhône et crée, dans le pays attaqué, de vastes pépinières où le plant sera donné ou vendu à vil prix.

Que les grands propriétaires qui ont de l'eau à leur disposition multiplient les cépages américains pour les distribuer à leurs voisins, les agriculteurs pauvres et les paysans, et que les capitaux entrent hardiment dans la reconstitution de nos vignobles, ils y trouveront un emploi rémunérateur.

Que les congrès se réunissent, car les congrès sont une chose utile, mais leur travail se trouvera singulièrement simplifié. Il n'y a aujourd'hui que deux questions à traiter : celle de l'adaptation du cépage au terrain et celle non moins importante de l'adaptation des greffes au porte-greffe ; la seconde, celle de l'aménagement des eaux et de la construction immédiate de canaux d'irrigation qui apporteraient sur les coteaux les plus élevés, l'eau nécessaire à la rapide végétation et à l'abondante production des vignobles nouveaux.

La solution de la première question concernant la double adaptation a déjà fait un grand pas, elle peut être résolue dans une année pour

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