‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 661 sur 752 · LES VENDANGES EN PAYS PHYLLOXÉRÉ · texte numérisé non relu

LES VENDANGES EN PAYS PHYLLOXÉRÉ

bois. Chaque souche américaine, suivant sa variété, représente en sarments une valeur qui peut varier de 50 centimes à 2 fr. Au prix actuel du Jacquez (150 fr. le mille), la souche peut donner 2 fr. de bois. A 4,000 souches par hectare, c'est un produit de 8,000 fr , c'est-à-dire deux fois la valeur de la terre. N'est-ce pas le cas de dire qu'il y a des fléaux bienfaisants?

Plus loin, près de Lavérune, M. Arnal, au Mas des Chots, a récolté, sur 500 souches d'Aramonts gretï'és depuis trois ans sur Clintons de trois ans, 35 hectolitres de vin, ce qui représente un produitde 280 hectolitres à l'hectare, en terrain exceptionnellement fertile et très frais.

M. Jouveau, l'intelligent pépiniériste, a fait palisser autour de sa maison des plants de Jacquez de trois ans, dont chacun porte 25 kilog. de raisin,

M. Douisset, le hardi introducteur du Jacquez, m'avait écrit pour m'engagera aller visiter ses vignobles de Montbazin; il comptait obtenir sur des Jacquez de quatre ans, plantés dans un terrain médiocre, un rendement en vin de 180 hectolitres à l'hectare, et ce n'est pas sur une souche isolée que se fait ce produit^ c'est sur 30,000 souches. J'ai le très grand regret que l'état de ma santé ne m'ait pas permis de répondre à la gracieuse invitation démon collègue de la Société d'agriculture, mais j'ai eu depuis des renseignements très sérieux qui ont confirmé la vérité de ce que m'annonçait sa lettre. J en suis très heureux, car M. Douisset a fait de très grands sacrifices et a rendu de grands services au pays; il est temps que l'ère des compensations arrive pour cet agriculteur intelligent et dévoué.

M. Gaston Bazille n'est pas seulement un viticulteur, c'est un agriculteur dans l'acception la plus étendue du mot ; son nom est bien connu dans tous les concours régionaux oia il a méi'ité les plus hautes récompenses auxquelles on puisse prétendre et, n'ayant plus rien à obtenir pour lui, il a accepté 1 1 mission, qu'il remplit avec une compétence que personne ne pourrait contester, de les distribuer à ses anciens concurrents. M. Bazille possède à Lattes une propriété qui est le type de ce que pourront être un jour toutes les propriétés de notre pays. L'exception deviendra la règle le jour oij le canal du Rhône sera fait et M. Bazille y aura contribué pour une bonne part. La propriété de Saint-Sauveur est consacrée, grâce aux irrigations du L'^z, à la culture delà prairie et celle de la vigne. Les "vignes submergées l'hiver à grands frais sont dans un merveilleux état de végétation; 17 hectares ont produit cette année 1,750 hectolitres de vin, M. Bazille n'a pas hésité à payer le prix de 1 50 fr. par hectare pour une submersion qui n'est pas toujours faite d'une manière très satisfaisante; l'eau du canal lui coûtera bien moins cher et lui permettra de faire de la submersion continue. Les vignes américaines de Saint-Sauveur sont les plus anciennes qu'on ait plantées dans la plaine de Lattes, et M. Bazille, qui le premier avait préconisé, avec une entière bonne foi, les résultats obtenus par le sulî'urde carbone, éclairé parles expériences faites sur sa demande, s'empressa de planter les vignes américaines. Ses premiers essais datent de 1872; on peut donc voir chez lui des vignes âgées de 8 ans, dont la résistance n'a pas été un seul instant douteuse, ces plantations ont pris une plus grande importance en 1876, et bientôt M. Bazdle pourra vendanger 18 hectares de vignes américaines. L. de Lunaret.

[La suite prochainement.)

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