I. — La chimie appliquée à Vagr iculiure
Dans la dernière session de l'Association britannique pour l'avancement des sciences, qui s'est tenue, au mois d'août dernier, à Swansea, le docteur Gilbert, l'associé de M. Lawes pour les nombreux travaux de chimie agricole exécutés à Rothamsted, a prononcé un important discours sur les applications de la chimie à l'agriculture. Nous devons signaler ce discours, dont la traduction vient de paraître dans les numéros de novembre et de décembre du Moniteur scientifique, du docteur Quesneville. On y trouve tout d'abord l'histoire assez complète des recherches de chimie agricole faites en divers pays depuis la fin du siècle dernier. Le docteur Gilbert constate que ce n'est qu'après les travaux établissant d'une manière spéciale la composition de l'air et de l'eau, que leurs relations mutuelles avec la végétation furent d'abord indiquées. C'est aux travaux collectifs de Black, de Scheele, de Priestley, de Lavoisier, de Cavendish et de Watt, que l'on doit de savoir que l'air ordinaire consiste principalement en azote et en oxygène, avec des traces d'acide carbonique, que l'acide carbonique est composé de carbone et d'oxygène, et l'eau d'hydrogène et d'oxygène. Priestley, Ingenhousz , Sannebier et Woodhouse, recherchèrent les relations mutuelles de ces corps avec la croissance des végétaux. Vinrent ensuite les travaux de Saussure et de sir Ilumphry Davy, qui, les premiers, montrèrent quelles sont les principales substances empruntées au sol par les végétaux. Le docteur Gilbert reconnaît et proclame que, sur celte question, les recherches de M. Boussingault sont celles qui ont jeté la plus vive lumière, sans nier toutefois que Liebig a pris une grande part, avec d'autres illustres chimistes français, à la découverte de la vérité. Nous ne le suivrons pas dans le détail des faits ni dans l'examen auquel il se livre des études qui ont amené, en Angleterre et en Allemagne, à déterminer les éléments de la nutrition et de la respiration chez les animaux, la production des matières grasses, les relations entre l'alimentation, la production de la chaleur animale et la dépense de força musculaire, les contributions spéciales du sol et de latmosphère au développement des végétaux, le rôle de la chlorophylle, rintluence de la lumière sur la croissance des plantes. Il insiste, avec raison, sur l'importance des éludes entreprises à Rothamsteil sur des cultures prolongées dans le même terrain pendant une période qui maintenant dépasse trente années.
De ses recherches, il résulte une conclusion capitale, qui est tout à fait conforme à la doc'.rine que nous soutenons depuis tant d'années,
N* 609. — Tome IV de 1880. — II Décembre.
SOUS le drapeau d'abord arboré par M. Boussingault, c'est que rien ne démontre que les plantes doivent une partie quelconque de leurs matières azotées à l'azote libre et non combiné qui existe dans l'atmosphère. « Non seulement, dit M. Gilbert, la balance de 1 évidence expérimentale directe penche contre l'admission de l'assimilation d'azote libre par les plantes, mais il nous semble encore que la balance des £siits exii^tant indirectement penche en faveur d'une autre explication de nos difficultés. » L'explication qu'il donne est que les plantes puisent dans le sol tout l'azote qui est nécessaire et dont il exisle des quantités très considérables dans les couches superposées à différentes profondeurs. En effet, toute culture prolongée sans aucune addition d'engrais, diminue la quantité des matières azotées existant dans la couche où la végétation s'est accomplie. D'un autre côté, les engrais azotés, après un certain épuisement dû aux récoltes successives, donnent toujours lieu à un accroissement de rendement, en même temps qu'à un enrichissement des matières azotées dans les récolles, tandis que l'appauvrissement du sol coïncide avec un fait analogue dans la composition des plantes. Les restitutions de l'atmosphère sont évaluées par M. Gilbert exactement aux mêmes chiffres que nous avons déduits de nos travaux de 1850 à 1851.
Le docteur Gilbert discute ensuite la question difficile de l'influence exercée par la composition des aliments sur la production des principes immédiats que l'on trouve dans les différents organes des animaux. H y a lieu de noter qu'on ne doit pas faire jouer un rôle trop considérable, parfois exclusif, aux aliments purement azotés. Les autres matières alimentaires hydrocarbonées ont un rôle considérable que l'école de Liebig notamment a trop méconnu.
IL — Nécrologie.
Un homme d'une véritable valeur et qui a rendu plus de services qu'on ne l'a reconnu, M. Euryale Cazeaux, inspecteur général de l'agriculture en retraite, vient de mourir à Paris à Tâge de soixantequinze ans. C'est à peine, hélas! si dans le petit nombre de personnes qui composaient le cortège funèbre, nous avons compté trois représentants de l'agriculture. Sorti de l'Ecole polytechnique dans le corps des ingénieurs hydrographes, M. Cazeaux s'était occupé de très bonne heure des questions agricoles, particulièrement au point de vue de l'influence de l'eau dans la production végétale; il a publié sur ce sujet quelques écrits pleins de verve et de bon sens. On lui doit aussi un livre remarquable sur le rôle des femmes en agriculture. Comme inspecteur général, poste auquel il fut appelé après la révolution de 1848, il a exercé une heureuse influence sur les progiès agricoles. Jusqu'à ses derniers moments, d'ailleurs, il n'a pas cessé de les propager dans divers grands journaux auxquels il collaborait avec talent, tout en gardant toujours une grande modestie.
Un autre vétéran de l'agriculture, M. Doumet, président de la Société d'horticulture de l'Allier, vient de mourir à l'âge de quatrevingts ans. On lui doit plusieurs travaux importants sur diverses branches de la culture ; il s'était dévoué avec passion au progrès des plantations de fleurs et de légumes. Petit-fils du célèbre botaniste Adanson, il avait encore développé et enrichi la grande et riche collection de végétaux remarquables qui avait été formée par sa mère.
III. — Prochaine élection à (a So)ié:é naliona'e d'agriculture.
Dans le comité secret de su séance du 8 décembre, la Société natioaale d'agriculture a entendu le rapport de la Section des sciences pliysico-cliimiques agricoles sur les candidats à une place de membre associé national vacante. La Section a présenté la liste de candidats qui suit : en première ligne, M. Renou, directeur de l'observatoire météorologique de Siint-AJaur; en deuxième ligne, M. Pagnoul, professeur au lycée d'Arras, directeur de la Station agronomique du Pasde-Calais; en troisième ligne, M. le docteur Louis de Martin, propriétaire-viticulteur à Narbonae fAude). Les litres des- candidats ont été discutés. L'élection aura lieu dans la séance publiqinedu 15 décembre.
A cette occasion, nous croyons utile de rappeler que la date de la séance solennelle de rentrés est fixée au mercredi 22 décembre.
IV. — Exposition d'horticulture de Paris. La Société centrale d'borticulture de France a décidé q^ue, pour donner le plus grand éclat possible à ses expositions annuelles, elle les organiserait désormais sans le concours d'aucune autre manifestation des arts ou des industries n'ayant pas un rapport direct avec l'Uorticultuie. La principale exposition de 1881 aura lieu durant la deuxième quinzaine de mai; l'emplacement du jardin où elle se tiendra, sera fixé ultérieurement. L'exposition durera buit jours, et com.prendra, la iloricuUure, la culture maraîcbère, les arts et industries borticoles. L'exécution du jardin servant à l'exposition sera l'objet d un concours, et le jury aura la laculté d'accorder pour ce jardin jusqu'à une grande médaille d'or. Nous ne doutons pas que sous l'active direction de M. Alphonse Lavallée, l'exposition de la Société d'horticulture n'obtienne un grand succès.