DES ANIMAUX CHARBONNEUX K
Il est un moyen très simple et très efficace de supprimer les dangers que les animaux morts du charbon font courir aux bestiaux et aux hommes, alors môme qu'on les enfouit, comme le prescrit la loi sur la police sanitaire. Ce moyen, c'est une chaleur de 100 degrés. C'est la coction des chairs cliarbonneuses et leur utilisation pour la nourriture des porcs et de la volaille.
Pendant les quarante années du bail de la Société agronomique de Grignon, il est mort dans cet établissement un assez grand nombre d'animaux charbonneux, et jamais on n'a créé par leur enfouissement ce qu'on a appelé assez justement des champs maudits. Une bergerie de 800 à 1,000 bêtes à laine admettait, presque chaque année, des moulons aclietés en Beauce et en Champagne qui, à plusieurs reprises, y ont introduit le sang de rate II y avait d'ailleurs dans le voisinage de l'Ecole une localité qui passait aussi pour communiquer le charbon aux troupeaux qui y passaient; et enfin Grignon a, par deux fois, donné asile, sur ses prairies de Thiverval, à des troupeaux décimés par I3 sang de rate, parce que ces prairies, qui sont assez humides et donnaient la cachexie, passaient pour arrêter le sang de rate. Y a-t-il là quelque microbe capable d'arrêter le dtveloppement de la bactéridie charbonneuse ? C'est une question que j'ai déjà posée à notre savant confrère M. Pasteur. Ce qui est certain c'est que ces troupeaux laissaient derrière eux des cadavres qui ont été recueillis par la porcherie de Griijjnon.
La 1 ouverie et la vacherie de Grignon qui contenaient environ 100 têtes, ont aussi fourni à la cuisine des porcs plus d'un cadavre atteint du charbon. Enfin lorsque la viande des animaux morts dans l'établissement venait à manquer, on ne se faisait pas faute d'en acheter dans les environs. Les cultivateurs voisins savaient trouver un débouché assuré pour leurs bestiaux morts et les y apportaient pour ne pas tout p^^rdre.
Eh bien! ces animaux morts qui étaient tous consommés par une porcherie de 5i) à 70 truies et par leurs gorets, n'ont jamais importé la terrible maladie dans cette étable et on n'a jamais constaté d'inconvénients par suite de cette alimentation.
Voici comment on procédait: les cadavres, après avoir été dépouillés avec les précautions voulues, étaient dépecés à coups de hache et de serpe; les morceaux pris à la fourche étaient mis dans une grande chaudière avec de l'eau qu'on portait à l'ébullition ; c'est-à-dire qu'on en faisait un véritable bouilli dont le liquide et la viande venaient animaliser les rations de pommes de terre cuites et de farine qui faisaient la base de la nourriture des porcs. Les quantités de bouillon et de bouilli variaient nécessairement avec la taille, le poids et l'état des animaux, comme aussi avec le but à atteindre : on ne donnait que du bouillon aux gorets et on réservait la viande pour les mères et les verrats, encore n'en abusait on jamais ; on avait remarqué, en effet, que les animaux recevant de fortes rations de viande, devenaient méchants et cessaient d'avoir le poil lisse.
Lorsque les animaux morts arrivaient en trop grandes quantités