Communication à la Sociélé nationale d'agriculture
pourralimentation journalière, ils étaient conservés et mis en réserve par la méthode usitée dans tous les ménages ruraux. Les morceaux convenablement salés étaient mis dans des tinettes ou tonneaux.
Une partie des moutons qu'il faut abattre parce qu'ils vont périr du\ sanc/ de rate, personne ne l'ignore dans les campagnes, est consommée à bas prix par les populations rurales : les bergers croiraient manquer à leur devoir professionnel, si, malgré le danger très grave qu'ils courent en dépouillant et en faisant les moutons qui vont périr, ils ne sauvaient, pour leurs patrons, la peau et la cliair de ces moutons. Or, je n'ai pas connaissance d'inconvénients sérieux occasionnés par la consommation après cuisson de ces viandes charbonneuses, tandis que j'ai eu connaissance d'un grand nombre d'inoculations charbonneuses par la manipulation, sans précautions suffisantes, des viandes crues. Ln de mes voisins succombaitau charbon, tandis quemoi-même n'échappais qu'à grand'peine aux conséquences d'une blessure que je m'étais iaile avec un bistouri qui avait servi à scarifier un bœuf atteint de tumeurs charbonneuses, au dire des vétérinaires attachés à rétablissement. J'ai constaté aussi dans plusieurs porcheries, notamment dans celle de M. liette, à Bresle, dans lesquelles, à l'exemple de ce qui se passait autrefois à Alfoit, on jetait aux porcs les viandes crues, que des moutons morts du sang de rate avaient inoculé la maladie aux porcs qui les avaient consommées. Commpnt s'opérait la transmission? Par l'appareil digeslifou par quelque blessure des gencives? C'est ce que je ne saurais dire. IMais ce qui est certain c'est que ce grave inconvénient ne s'est jamais produit à Grignon, oia il était de règle absolue de faire bouillir toutes les chairs et même tous les os provenant du débitage des carcasses d'animaux. Ce qui semble bien prouver que l'innocuilé de ces viandes est due àl a cocLion.
Je pense qu'il ne doit pas en être autrement de la bactéridie charbonneuse que de la trichine, dont on a constaté la destruction par Teffet de la chaleur.
Je me souviens d'un jour qui avait vu affluer à Grignon, une grande quantité d'animaux charbonneux. L'illustre physiologiste Magendie était précisément en villégiature chez moi; je lui soumis ma pratique constante et les scrupules de conscience qu'elle m'inspirait parfois. Magendie, qui appartenait à l'Ecole expérimentale, jugea a poslcriori que la pratique était bonne et devait être continuée. La science reconnaissait la bonté du proverbe populaire : Le feu piirife tout.
En résumé, je trouve dans une longue pratique, qu'Auguste Bella avait apportée de Lorraine, la justification de la proposition que j'ai faite dans la dernière séance de la Société nationale d'agriculture: La coction devrait rem.placer partout renfouisscment qui a été recommandé à tort par la loi sur la police sanitaire. Cette coction est possible partout au moyen de chaudières, chaudrons et marmites, qui ne manquent pas dans les campagnes. Elle ne coûterait pas plus que le transport et l'enfouissement profond dans les champs des animaux morts, et la dépense serait compensée par la riche alimentation, qui en serait la conséquence, pour les animaux de basse-cour : les porcs et la volaille.
Je crois devoir ajouter que depuis les belles découvertas dues
à M. Pasteur, sur le choléra des poules, toutes les volailles mortes de cette maladie qu'on enfouissait dans les tas de fumier dans les fermes que j'administre, sont préalablement trempées dans l'eau bouillante. C'est une pratique qui, malheureusement, n'est pas générale; et il est bien probable que beaucoup de volailles atteintes de cette maladie sont vendues pour le marché de Paris. F. Bella,
Directeur honoraire àe Grigaoa.
DISCOURS PRONONCÉ AUX OBSÈQUES DE M- xMOLL
Au nom de la Société nationale d'agricultui-e. le 2 décembre 1880
Messieurs, la mort, a dit Sénèque, est une loi sévère. Combien est dure cette vérité ! Notre Compagnie l'éprouve cruellement, car, dans le cours de moins d'une année, elle vient d'être inexorablement décimée. Bourgeois, Léonce de Lavergne, le général Morin, Nadault de Buffon, Victor Borie sont, en quelques mois, descendus dans la tombe, et voici que Louis MoU nous quitte à son tour et tout d'un coup. Il a disparu alors que nous nous réjouissions de le revoir venir prendre place parmi nous, à la rentrée des vacances, au retour des champs oi^i nous espérions qu'il avait été prendre de nouvelles forces pour continuer celte vie de lutte qui fut toujours la sienne, lutte pour le progrès agricole et le triomphe du bien qu'il poursuivait avec passion. C'est un hommage que lui rendent tous les compagnons de ses longs travaux.
Né à Wissembourg, le 22 novembre 1809, Louis 31oll a passé la plus grande partie de son enfance, puis de sa jeunesse, au milieu des populalions rurales de l'Alsace et de la Lorraine; il y avait, dès ses premiers pas dans le monde, appris l'amour de la culture du sol ; cet amour grandit en lui sous Mathieu de Dombasle dont il fut, à Roville, successivement l'élève et le collaborateur.
A l'âge de vingt ans, il était déjà professeur. Dès 1831, il publiait le récit animé de ses premières observations agricoles ; c'était d'un voyage dans les Vosges qu'il rendait compte, dans ce style clair, chaleureux, souvent charmant, qui depuis a toujours caractérisé ses écrits. 11 quitta alors l'enseignement agricole de Roville pour devenir cultivateur à ses risques et périls. Mais il était dans sa destinée d'enseigner. Il lui a été donné d'appartenir à la première école d'agriculture établie en France, et à la dernière qui y ait été créée ; s'il a vu périr Roville, il a eu la satisfaction de laisser en pleine prospérité l'Institut national agronomique. Dès '1835, il faisait œuvre d'enseignement général, d'une grande portée pour l'époque, dans une forme modeste, en publiant, sous les auspices de la Société d'agriculture de Nancy et du Conseil général du département de la Meurthe, un traité élémentaire de la science agricole pour les écoles rurales du nord-est de la France.
Nous avons relu les leçons qu'il a ainsi composées, il y aura bientôt un demi-siècle; son âme s'y trouve tout entière. « Pour réussir, disait-il alors, le cultivateur doit posséder la moralité qui est la première base de succès dans toute entreprise. S'il est religieux, probe, kborieux, rangé, bon, serviable envers tout le monde, ceux qui l'entourent l'imiteront; il n'aura que de bons voisins et de bons serviteurs. Il doit être avec ses domestiques et ses ouvriers, comme un père avec ses enfants ; passer sur les fautes involontaires ou provenant