‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 708 sur 752 · X. — Sur la détermination de la vcdeur des engrais · texte numérisé non relu

X. — Sur la détermination de la vcdeur des engrais

L'article de M. Bobierre que nous avons inséré dans notre numéro du 4 décembre, nous a valu de M. Perrey une lettre que nous devons publier. Il s'agit de la question de savoir si l'on peut apprécier la valeur d'un guano, par exemple, en se contentant de déterminer les matières immédiatement solubles dans l'eau, qu'il renferme La lettre de M. Perrey est ainsi conçue :

« Monsieur le Directeur, je vous serais bien obligé d'insérer la lettre suivante dans le Journal de l'agriculture.

« La vente d'un guano péruvien a donné lieu à une contestation sur laquelle M. Bobierre s'est prononcé dans votre numéro du 4 décembre, dont je ne prends connaissance qu'aujourd'hui.

« Je n'ai qu'à remercier M. Bobierre, qui a fait ressortir que le Directeur du laboratoire de Mettray avait purement et simplement répondu à la demande formelle d'un acheteur, en dosant dans ce guano les éléments solubles. Ce sont ces éléments qui avaient été garantis à M. Vital-Pajot par un vendeur qui n'était pas MM. Jamont et Huart, et après les représentations que j'ai cru devoir faire à M. Vital-Pajot, je n'avais qu'à exécuter les dosages demandés.

« J'ajouterai seulement que si MM. Jamont et Huart, dont la lettre évidemment destinée à la publicité est datée du 22 novembre, avaient cru devoir me demander plus tôt les explications qui m'ont été demandées en leur nom le 23, ils auraient compris pour(^uoi 07i s'était o'ccupé uniquement des éléments solubles; cette manière de procéder n'aurait pas 'c excité si fort leur surprise », et le Directeur du laboratoire de ]\[ettray n'aurait pas eu cette surprise, lui, d'avoir à se défendre de l'application de ses chiffres à la mesure de la valeur commerciale ou agricole du guano.

« Veuillez agréer, etc. Le Directeur du laboratoire de Mettray^

« Ad. Perrey. »

Il résulte de cette lettre que le directeur du laboratoire de Mettray savait parfaitement qu'en traitant un échantillon de guano par de l'eau et en se contentant de doser les matières dissoutes, il ne fournirait pas un résultat qui pourrait servir à établir la valeur commerciale ou agricole d'un engrais. Mais, ajoute-t-il, on lui avait fait une question formelle et il y a répondu, ou du moins il croit y avoir répondu. En effet, il résulte des expériences de M. Chevreul qui ont été plusieurs fois communiquées à la Société nationale d'agriculture, que le guauo abandonne encore des matières solubles après un dix-huitième lavage par l'eau, et quand on laisse l'action de l'eau se prolonger. Un seul lavage n'entraîne qu'une partie des matières solubles, celles ijnmé-

diatement solubles. Or, il ne paraît pas que l'acheteur dont parle M. le directeur du laboratoire de Mettray, ait fait cette restriction. Par conséquent, la réponse faite ne résout pas, dans sa généralité, la question posée. Nous ajouterons que, dans les lavages successifs du guano, on obtient une dissolution partielle des phosphates ; or, dans l'analyse de Mettray telle que nous la connaissons, l'absence de dissolution d'acide phosphorique est indiquée, si ce n'est à l'état de traces. En outre, on n'a aucun renseignement sur la quantité d'eau employée pour provoquer la dissolution. Ces remarques peuvent être appliquées à d'autres engrais, notamment à de la poudrette, à du sang et d'autres matières animales, etc. ; elles ont donc un intérêt agricole général. 11 serait déplorable que l'on introduisît dans la jurisprudence de la surveillance des engrais, une doctrine qui aboutirait à donner un-eprotection spéciale aux seuls engrais ayant la propriété d'être immédiatement solubles. Si ces engrais doivent être quelquefois recommandés, il est beaucoup de circonstances où, au contraire, ils doivent être repoussés. D'ailleurs, dans le sein de la terre, les engrais ne se comportent pas comme ils le font dans un vase de laboratoire en présence d'eau ou de tel ou tel réactif. Les directeurs de Stations agronomiques doivent se tenir en garde contre les conclusions que Ton peut tirer de déterminations isolées; il leur appartient d'éclairer les agriculteurs qui s'adressent à eux, et ils ne doivent pas se borner à donner des réponses à des demandes susceptibles d'interprétations douteuses.

XL — Le phylloxéra.

La commission supérieure du phylloxéra a clos sa session le 10 décembre sous la présidence de M. Tirard, ministre de l'agriculture et du commerce. Il a été décidé que, dans la Gironde, les arrondissements de Lesparre et de Bordeaux seront autorisés à importer et à cultiver des cépages étrangers; la même demande pour Bazas a été ajournée. L'arrondissement de Toulouse, dans la Haute-Garonne, doit être teinté sur la nouvelle carte, car le phylloxéra y a été retrouvé. Dans tous les mémoires envoyés pour concourir au prix de 300,000 fr., la commission n'a rien trouvé de sérieux. Elle a émis un vœu énergique en faveur de l'exécution du canal dérivé du Rhône. De tous les documents qui ont été produits", il résulte manifestement que quatre moyens permettent désormais de lutter efficacement contre le fieau ; ils doivent être employés selon les circonstances dans lesquelles le vignoble est placé. Ces moyens sont : la submersion automnale, le sulfure de carbone, le sulfocarbonate de potassium et la plantation des cépages américains comme porte-greffes des cépages français. Grâce à l'emploi judicieux de ces moyens, les vignes peuvent être incontestablement sauvées ou reconstituées. Le fléau a causé des ruines; il causera un excès de dépense, mais il n'empêchera plus la production du vin.

Dans la dernière séance de l'Académie des sciences, plusieurs communications ont été faites relativement au phylloxéra. Tout d'abord, nous devons signaler une note de M. Prosper de Latitte sur l'essaimage du phylloxéra en 1880; cette note sera publiée dans un des prochains numéros du Journal. En outre, M. Catta, délégué de l'Académie, a transmis le résultat de ses observations relativement à l'action de l'eau dans les applications du sulfure de carbone aux

GHRONIOaE AGRICOLE (18 DÉCEMBRE 1880). 447

vignes phylloxérées. Ces observations qu'il est utile de connaître, peuvent se résumer ainsi : « Une humidité légère du sol ou même la pluie survenant après l'injection, alors que le sulfure est déjà à l'état de vapeur, favorise l'action insecticide et la reprise de la végétation, tandis que l'introduction du liquide sulfocarbonique dans un terrain détrempé constitue un danger pour la plante. »

D'un autre c(5té, nous devons signaler la publication des procèsverbaux du congrès des vignes françaises tenu à Glermont-Ferrand •du 'AO août au 2 septembre. Cette publication donne les comptes rendus analytiques des séances, ainsi que le texte des vœux, q.ue nous avons fait connaître au moment de ee congrès-

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