‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 716 sur 752 · TOURTEAU DE CHANVRE, VALEUR ET COMPOSITION · texte numérisé non relu

TOURTEAU DE CHANVRE, VALEUR ET COMPOSITION

donnons l'analyse correspond bien à la moyenne des divers échantillons examinés.

Outre la proportion de chlorure de sodium (sel marin) naturellement contenue dans tous les produits semblables, IMIM. Marchand en ont ajouté environ 1 pour 100, ce qui a élevé un peu Ja quantité de ce sel dans le tourteau analysé. Cette addition a pour but d'empêcher l'altération, réchauffement ou la moisissure de ces matières. Chacun sait, en effet, que toutes les matières organiques soumises à la salaison, depuis les fourrages verts jusqu'aux viandes destinées à l'homme, résistent bien mieux à la fermentation et à la décomposition que celles qui n'ont pas subi cette opération. On peut ajouter encore à cela que les bestiaux aiment le goût du sel, qu'ils mangent plus volontiers les aliments oii cet ingrédient a été répandu également et avec ménagement, et que cette pratique a toujours été regardée comme très favorable à leur engraissement. On ne peut donc qu'approuver les industriels qui l'ont adoptée et l'emploient avec discrétion.

Les essais pratiques de nourriture au moyen des tourteaux de chanvre ont été faits sur des bœufs, vaches, chevaux et moutons, qui tous ont paru accueillir très bien cette nourriture. On doit, néanmoins, éviter d'en donner trop à la fois aux moulons, que cela échaufferait facilement.

Quand nous aurons ajouté que ces tourteaux valent beaucoup moins cher que les autres, tels que ceux de pavot, œillette, lin, qui coûtent de 20 à 2S fr. les 100 kilog., tandis que ceux-ci sont vendus au prix de 1 4 fr. 50 rendus en toutes gares du Nord, nous croyons que nous aurons suffisamment renseigné les cultivateurs pour qu'il apprécient l'intérêt qui existe pour eux à faire entrer, désormais, le tourteau de chanvre dans la nourriture de leurs animaux. A. Ladu-reau,

Directeur de la Station agronomique du Nord

Un cultivateur de graines potagères peut-il, en dehors des temps de chasse, tuer au fusil les oiseaux Cdans l'espèce, des sansonnets et des chardonnerets) qui mangent et gaspillent sa récolte?

Aux termes de l'article 9 §, 3 de la loi du 3 mai 184A, le préfet peut, sur l'avis du Conseil général, prendre des arrêtés pour déterminer : rt Les espèces d'animaux malfaisants et nuisibles que le proprié- « taire, possesseur ou fermier pourra en tout temps détruire sur ses « terres, et les conditions de l'exercice de ce droit, sans préjudice du « droit appartenant au propriétaire ou au fermier de repousser ou de (( détruire, même avec des armes à feu, les bêles fauves qui porteraient « dommage à ses propriétés, »

Si donc le préfet avait pris un arrêté rangeant les sansonnets et les chardonnerets parmi les animaux malfaisants et nuisibles, le propriétaire aurait le droit de tuer ces oiseaux en tout temps, à charge toutefois de se conformer aux prescrijjtions de l'arrêté préfectoral, et notamment de ne faire usage que des moyens de destruction autorisés.

Mais, en l'absence d'un arrêté de ce genre, quel est le droit des propriétaires ?

11 est bien évident qu'ils ne peuvent se prévaloir de la disposition finale de l'article 9; car les sansonnets et les chardonnerets ne sau-

raient, malgré ^us les ravages qu'ils peuvent causer aux récoltes, être considérés comme des hètes fauves pi-opreraniil dites.

Cependant, à maintes reprises, [^.a tribnnaux ont décidé que le propriétaire, fermier on possesseur, avait le <lroit de détruire ea tout temj)S et par tous moyens, notamment pir les armes à feu, les animaux qui causent à sa propriété un dommage actuel, encore bien qu'ils n'aient point été classés au nombre des animaux malfaisants et nuisibles, et qu'ils n'aient rien de commun avec les bêtes fauves.

i( La destruction de ces animaux,» dit un arrêt de la Cour de Rouen du 7 août 18(i2, « no saurait constituer le fait de chasse puis- « qu'il se rattache à Texercice du droit de défense, d'une défense « nécessaire et légitime, ayant pour objet non p:is seulement l'intérêt « du propriétaire, mais aussi l'intérêt géoéral de la conservation des «récoltes. » (Dalloz J8b4-2-132). Il s'agissait dans l'espèce de dégâts causés par des corbeaux et des pigeons.

Il a été juge de même: pour des oiseaux, par un arrêt de la Cour d'Agen du 21 juillet 1852 (Dalloz, 1853-2- 10); pour des pigeons, par un arrêt de la Cour de Rouen du 14 février 18*5 (Dalloz, 1845 - 2-5), et par un jugement du Tribunal correctionnel de Clermont du 20 mars 1>68 (Dali., 1871 - 3 - 100).

Mais d'après ces mêmes décisions, cette faculté du propriétaire, par cela même qu elle procède du droit de légitime défense, ne peut s'exercer qu'en présence d'un dommage réel. Il faut que les oiseaux soient tires au moment même oii ils commettent leurs dei^âis. Autrement le propriétaire se rendrait coupable d'un véritable délit de chasse.

Cette jurisprudence, qui paraissait tout à fait assise, vient pourtant d'être contredite par un arrêt tout récent de la Cour de cassation.

Cet arrêt, rendu le 1 I juin 1880, décide en effet que les pif/eons ramiers et les pies ne rentrent pas dans la catégorie des bêtes fauves qui seules peuvent être détruites en tout temps, sans autorisation, même avec des armes à feu, en cas de dommage causé aux récoltes. Cette expression de bêtes fauves, d'après l'arrêt, s'applique uniquement aux animaux tels que les cerfs, daims, chevreuils ou encore aux sangliers, loups, renards, etc., mais ne saurait comprendre le menu gibier, tel que les oiseaux, lesquels, dans les anciennes ordonnances, étaient toujours distingués des bêles fauves. L'arrêt repousse implicitement, mais nettement, la doctrine qui avait prévalu jusi]ue-là et qui consistait à voir l'exercice du droit de légitime défense dans le fait de tuer des oiseaux portant dommage aux récolles, encore que, à proprement parler, on ne pût pas les classer dans la catégorie des bêtes fauves. La Cour de cassation rejette toute distinction ; suivant elle, le droit de détruire en tout temps, avec des armes à feu, les animaux malfaisants n'existe qu'à l'égard des bêtes fauves. Pour les autres animaux, et spécialement pour les oiseaux, le droit ne peut exister qu'en vertu d'un arrêté préfectoral. Cet arrêt, très intéressant, est suivi dans Dalloz (1880- I -2Sl) d'ime note substantielle qu'on lira avec fruit.

En présence d'une pareille décision émanant de la Cour suprême, nous pensons que, en l'absence d'un arrêté préfectoral, il est prudent de ne pas faire, en temps prohibé, la chasse aux sansonnets et aux chardonnerets. Eue. Pouillet,

Avocat à la Cour de Paris.

Les principales applications de Vélectricité, par E. Hcspitalieb, ingénieur des arts et manufactures. — Un volume in-8", orné de 133 figures dans le texte et de 4 planches. — Librairie de G. Masson, 120, boulevard Saint-Germain, à Paris. — Piix : 30 fr.

Voici le deuxièsne Yolume de la bibliothèque de la Nature. La semaine dernière, nous parlions du premier volume, et nous signalions les enseignements que le cultivateur peut y puiser; nous pourrions recommencer les mêmes réflexions avec autant d'à-propos. Cette fois, il s'agit de l'électricité, de cette force immense que l'homme a su rapidement appliquer à un si grand nombre des besoins des sociétés modernes. L'électricité est la puissante servante de l'homme civilisé : pour lui, elle éclaire, elle parle, elle supprime les distances, et même elle commence à travailler. C'est là que l'agriculture l'attend, pour appliquer avec son aide, à la culture du sol, les innombrables forces naturelles disséminées sur tous les points du globe et dont on ne peut utiliser encore qu'une bien faible partie. Le problème commence à être résolu; l'année passée, nous avons raconté ici les expériences de Sermaize; nous les trouvons signalées de nouveau dans le livre de M. Hospitalier, et nous lui empruntons une gravure (fîg. 40) qui reproduit ces essais avec une grande fidélité. Par ce que l'homme a déjà obtenu de l'électricité, on peut bien augurer de l'avenir. L'exposé de ces conquêtes est fait, avec une grande habileté, par M. Hospitalier. Dans un style clair et précis, il les passe successivement en revue, sans rien omettre, et en sachant se mettre à la portée de tous les lecteurs. Son livre sera utile à lire, et on y reviendra avec profit. Personne, d'ailleurs, n'a le droit de se tenir en dehors du grand courant scientifique qui emporte le siècle; il faut beaucoup apprendre et avoir la curiosité de connaître beaucoup, dans quelque voie que Ton dirige ses efïbrts. Dans un avenir plus ou moins éloigné, pour en revenir à notre sujet, les applications de l'électricité seront devenues universelles ; ceux qui auront suivi ce mouvement seront les mieux préparés à savoir en tirer parti.

les poissons d'eau douce et la pisciculture, par M. Ph. Gaukleh, ingénieur en chef des ponts et chaussées. — Un volume in-8°, avec figures dans le texte. — Librairie de Germer Baillière, 108 , boulevard Saint-Germain, à Paris. — Prix : 8 fr.

La pisciculture est revenue à l'ordre du jour : les importants articles de notre excellent collaborateur, M. Chabot-Karlen, n'ont pas été étrangers à ce mouvement de l'opinion, ils ont montré que, dans la plupart des autres pays, on s'est vivement occupé des moyens d'augmenter la production des eaux, tandis qu'en France, sauf sur quelques points des plages marines, on a presque toujours piétiné sur place. Le nouveau livre que nous annonçons, vient ainsi à une heure favorable; son auteur marche d'ailleurs dans la même voie que M. Chabot-Karlen. Comme lui, il démontre que la pisciculture est un art qu'on peut pratiquer à peu de frais pour obtenir de grands résultats; comme lui encore, il insiste sur l'importance des ressources qu'on peut tirer soit de l'appropriation des étangs, soit de la multiplication des poissons voyageurs.

La première partie du livre de M. Gaukler est consacrée aux caractères et aux mœurs des poissons que l'on rencontre le plus habituellement dans nos rivières et nos cours d'eau. 11 passs^ ensuite successi-

vementen revue les divers procédés que l'on emploie pour obtenir la multiplication des espèces les! plus utiles, pour les faire prospérer et les inlrodi]ire dans les. eaux oii elles n'existaient pas auparavant. Ces procédés peuvent se grouper sous les titres suivants : T la culoni>ation des eaux par l'introduction de poissons adultes, capables de se reproduire; 2" l'élevage dins des étangs ou dans des eaux fermées; 3° la récolle du frai naturel, son transport et sa conservation ; 4" l'appropriation des cours d'eau aux convenances de certaines espèces par l'organisation de frayères et refuges, par la destruction 'des espèces nuisibles et par l'établissement de réserves et d'échelles à poissons; 5° la pisciculture artificielle ; 6° la destruction des animaux ennemis des poissons. Sur chacune de ces questions, M. Gaukler entre dans des détails qu'il est impossible d'analyser ici, mais ses conseils peuvent se résumer en ces mois : du soin, beaucoup de soin assurent le succès. Dans un appendice à son ouvrau^e, il reproduit le texte du premier mémoire relatif à la fécondation artificelle des œufs de poissons, publié par Jacobi en 1763; c'est une pièce historique d'un réel intérêt.

Diamnnts et "pierres 'précieuses, bijoux, jotjaux et orfèvrerie, par MM. Jannettaz. Fontenay, Vanderhrym et Coutance. — Un vol. in-8* de 6 0 pazes, avec 350 vignettes. — Librairie de J. Rothschild, 13, rue des Sainls-Pères, à Paris. — Prix : 20 fr".

Voici un livre qui se rattache bien difficilement aux questions agricoles; aussi n'essayerons-nous pas de taire un rapprochement forcé. Nous nous contenterons de dire qu'il est d'une lecture fort intéressante et fort instructive, qualité qu'il est toujours utile de signaler, quand elle se rencontre. En outre, il y a pour objet l'étude d'industries qui sont généralement peu connues et qui méritent de l'être. Les documents qu'il renferme sont nombreux, et ils sont présentés par des hommes dont la compétence sur ces questions est universellement reconnue. ' Henry Sagnier.

Puisqu'après tant d'affirmations sur l'histoire naturelle du phylloxéra, la science, par Torgane de l'illustre M. Dumas, vient de déclarer au nom de la Commission supérieure du phylloxéra que cette étude est à reprendre, et n'a pas tenu ses promesses ; puisqu'après tant d'affirmations sur la résistance de tous les cépages américains aux piqûres du phylloxéra, l'expérience aussi bien en Europe qu'en Amérique, a prouvé qu'il n'existait que très peu de cépages vraiment résistants*; il est urgent que cette dernière question soit étudiée à nouveau, et que dégagée de ses erreurs^ qui ont jeté tant de troubles et semé tant de ruines chez nos viticulteurs, elle soit enfin présentée sous son véritable aspect.

J'ose donc espérer que tout recueil agricole voudra bien aider l'initiateur dans la question des vignes résistantes, à vulgariser sa réponse à la lettre de M, Morlot quiaparudansle/owmn/r/p /'a9r/c////Mre, le 13 novembre 1880, et j'espère, que de cette réponse comme des discussions qui ont eu lieu au congrès de Saragosse, il résultera

I. Si un seul cépijj;e américnin ne rf^sistnit pas en Amérique, l'on serait en droit d'en déduire que le vastatnx n'pst pas arnénv:ain et n'n pis to ijours exisié partout et en tous lieux en Amérique, comme l'affirme M. Pl^nchon; mais presque tous les cépages meurent aujourd'hui dans le nouveau monde. Cette déduction s'impose donc forcément.

quelque peu de lumière, enfin que les doctrines défraîchies, qui sont en vogue, cesseront d avoir cours.

Que dit le viticulteur de rillinois, M. Morlot, dans sa lettre?

« Qu'il a cultivé vinj^^t ans avec succès les cépages américains, mais « qu'il les a perdus, tués par le phylloxéra en 1875 ». Donc il n'avait pas le phylloxéra au début de ses cultures; et lorsque, au congrès de Lyon, j'ai dû en quelques secondes protester contre les affirmations de M. Messner, pépiniériste américain, soutenant que tous les cépages exotiques résistaient en Amérique; lorsquej'ai dû signaler notimment la mortalité des Concords, et autres Labrusca, déclarés défunts en Amérique par son compatriote M. Kiley, à l'époque de son dernier voyage en France en 1875; bref lorsque j'ai dû rappeler les millions de Concords morts dans le Midi, d'après le rapport de iM. Vialla luimême, ainsi que ceux signalés* par M Gaston Bazille, par M. Vimont, par M. de Cherville, etc., etc.; non seulement M. Morlot ne m'a pas interrompu; mais il est au contraire venu me remercier de ma franchise et de ma loyauté, pour avoir osé protester, seul, contre de pareilles affirmations, ce que tant d'autres membres du congrès auraient dû faire avec moi.

J'ignore donc pourquoi M. Morlot veut réhabiliter le Concord aujourd'hui, alors qu'en 1869, devant le congrès de B 'aune, j'avais déjà téclaré l'avoir perdu chez moi, tué par l'aphys; alors que les annales d'agriculture de l'Hérault et deVaucluse, regorgent de preuves sur sa non-résistance, alors que le directeur du jardin impéiial de Klostennenburg, M. Lelbaron Babo, sous la date du 18 octobre, écrit à M. Rébora : « qu'en Autriche les Concords et les Taylors ne sont pas résistants au phylloxéra^; » alors que le célèbre viticulteur du Texas, M. Onderdonk, écrit dans son catalogue de 1880 :

h Nous avons abandonné totalement depuis quelques années les « vignes Labrusca qui périssent aujourd'hui chez nous tuées par le «phylloxéra »,et M. Onderdonk supprime de ce même catalogue, non seulement tous les Labrusca, mais m'écrit spécialement avoir perdu le Concord^?

Le rapport fait en 1876 dans le Vaucluse par le baron de Serremonteil ne dit-il pas déjà à cette époque : que le Concord, le Taylor, l'Isabelle, le Catawba, leClinton, du plantureux vignoble de M. Perron, avaient subi un cataclysme pbylloxérique complet? Et ce sont les seuls cépages qui forment le fond des vignobles américains avec quelques Herbemont hybrides.

Son compatriote, le docteur Shutezé de Wespoint, Etats-Unis, n'écrit-il pas en 1880, qu'il a perdu depuis six ans ses Clintons, ses Concords et autres cépages tels que Rulanders, etc., depuis l'arrivée du puceron dans sa région?

Je pourrais même retracer ici Thistoire déjà nuageuse de certains Riparia sauvages, moribonds dans le Var, déjà défunts dans le Lyonnais, languissant dans certaines localités de l'Hérault, d'après lesaffirmations

1. Vùir les Annahs l'e Ih -ociété flagnculluie de l'Hérault, 1874-1875, de Vaucluse.

2. Se souvenir qu'avani l'invasion du vasiatnx (laQ> le '!"• xas, les Laltrusja y ilonnaient deux récoltes, d'après le catalogue i!e M. Meissner <-t d'airès Ks reii>eignemfnt^ Onderdonk Donc le phyiloxe-a tu° depuis huit ans seulement les vi^r^es de ce pays, et le peiuphygiis était aa Texas depuis gua'aiiie-six ans! De plis, je reçois à l'instant une letire de onderdonk du 11 n veoibre 1880, qui me dt ^voir perdu ses Co cords, et une a tre du docteur Snu ezé qui certifie même chose, et ce depuis l'article de M. Morlot. Le bulletin de la Société d'agricuhure de Vaucluse de novembre 1880, déclare que chez M. de Caraaret. les Concords, les Hartefords sont morts.

d'autorités honorables qui ne cachaient pas leurs opinions à ce sujet au congrès de Lyon'.

Mais j'en ai assez dit pour prouver que le plus grand nombre des vignes américaines ne résistent pas au phylloxéra. Pour joindre mes efforts à ceux de Téminent publiciste du journal le Temps, M. de Gherville, et de convenir comme lui et avec lui :

« Que la Commission supérieure du phylloxéra doit s'appliquer à « faire pénétrer un peu de jour, dans la question des vignes résistantes, « il s'agit d'un intérêt national et international. »

M. JVIorlot invoque l'autorité de MM. Onderdonk, Berkmans et de Campvell, pour décider l'identité du phylloxéra gallicole, avec l'identité du phylloxéra radicole. Il se soumettra, dit-il, à leurs décisions. Nul doute, dès lors, ne peut plus exister, puisque le premier déclare dans une lettre, plus dans son catalogue de 1880, qu'il a renoncé à tous les Labrusca, qu'il n'en offre plus un seul à ses clients et les détourne non seulement des Cynthiana qu'il a perdus avec ses Concords, mais de beaucoup de cépages qu'il n'insère plus dans son catalogue; parce que le vastatrix les tue chez lui à cette heure, tandis que le phylloxéra gallicole les respectait avant.

Quant à M. Berkmans, j'ai vingt lettres dans lesquelles non seulement il combat l'identité des deux phylloxéras, mais je possède plusieurs articles de journaux de lui, et divers naturalistes ou viticulteurs américains déclarent : que le phylloxéra vastatrix a été envoyé par l'Europe à l'Amérique. C'est du reste l'opinion de Campwel, puisque M. Morlot m'a envoyé depuis son article, une lettre de cet érainent viticulteur, datée du 26 octobre 1 880, qui s'exprime ainsi :

(( Monsieur Morlot, j'ai toujours cru que le phylloxéra gallicole était d'espèce différente, et rien encore ne m'engage de changer d'opinion? » Ce même savant délégué du gouvernement américain, à l'Exposition universelle de Paris (voir mes Etudes phijUoxériquGs), déclarait que le phylloxéra gallicole était américain, mais que le radicole était européen !

En 1861, dit M. Morlot, je fis venir de chez M. Leroy, pépiniériste à Angers, différents cépages français qui moururent dès la seconde année dans l'Illinois. C était l'intempérie, mais non le phylloxéra qui en était la cause.

Il avoue lui-même qu'il n'avait pas le phylloxéra à cette époque, et puisque les ceps européens, greffés sur racines américaines, succombent même dans la Caroline, tandis qu'ils vivaient et vivent encore sur leurs propres racines dans les régions plus chaudes non entièrement envahies, tels que l'Arkansas, une partie du Texas, des Florides et même dans le Mexique encore à l'abri de l'insecte ; elles font de même en Californie, dans la vallée du Sacramento, dans la région de las Angeles oii elles prospèrent depuis deux cents ans, malgré la présence du phylloxéra gallicole, ramassé sur las feuilles du Vitis arizonica^ il y ^ dix ans.

1. Le rapport fait en 1880 par le conseiller général de l'Hérault, M. Allen, établi aussi la mortalité du Rulander et du Concord, M. Douysset, en 1878, et M. Pellicot se plaignaient déjà de la faiblesse du Riparia; M. Gaillard, éminent pépiniériste du Lyonnais et M. Bander, président dff la Société d'agriculture de Lyon, déclaraient en 1880, pendant le Congrès de Lyon, qu'ils avaient perdu leurs Riparias.

2. Les vignes des vallées de Napa, de Sonoma, sont détruites et partie de celles de Sonoma et de Victoria. Le Clinton vient d'être exterminé en Californie, et le professeur Hilgard, déclare : que l'insecte y a été envoyé par l'Europe. Le phylloxéra gallicole n'y est pas signalé, le phylloxéra ailé non plus; et l'œuf d'hiver y paraît introuvable.

M. Morlot ne croit pas à la résistance, en Amérique, deTHerbemont et du Scupernong, je tiens cet aveu du docteur Stuké; mais si ces deux vignes ne résistaient même pas en Amérique, sur quelles vignes s'appuierait-il pour le salut des vignobles exotiques et des nôtres? Le Taylor et l'Elvira ont, dit-il, du sang de Labrusca dans les veines ! et, d'après son aveu, les Américains ne possèdent plus de Solonis, pas du tout de Vialla, très peu de York, moins encore de Gaston- Bazille; quant au Dumas et l'Elsemboro, c'est leur parler grec! Tels sont pourtant les Titans que j'ai recommandés depuis quinze ans à nos vignerons, et qui luttent avec THerbemont contre les piqûres du phylloxéra depuis seize ans.

Quant au véritable Jacquez sur lequel M. Morlot compte, et qui existe, dit-il, par millions, au Texas, Onderdonk, dont il est le représentant en Europe, vient de lui écrire qu'il ne cultive que des Lenoir, et que le véritable Jacquez est inconnu'au Texas ! ..

Campwell, d'après sa lettre du 25 octobre 88 lui écrit à son tour en ces termes :

« Je puis vous envoyer du plant du Lenoir, mais il est différent de rOhio, ou cégar Box ou du Jacquez véritable. Berkmans, dans sa lettre à M. Mares*, dit : Nous n'avons plus de Jacquez en Amérique; si M. Laliman ne nous rsnvoie pas des siens, cette vigne n'existera plus pour nous; et la preuve que ces sommités ne se trompent pas, je la trouve dans cette lettre que m'écrivait le 1" janvier 1 876 l'un des plus intelligents viticulteurs du Midi, M. Reich, del'Armellière, près Arles. »

« Monsieur, j'ai reçu de MM. Buch et Messner des plants de Jac- « quez, mais je viens de m'apercevoir que les Jacquez Laliman sont « une tout autre plante que mes Jacquez américains; s'il vous est « possible de m'envoyer quelques plants enracinés de votre Jacquez, « avec quelques Solonis, vous me rendrez service; car je n'ai aussi « que le Solonis Mischangii de l'Allemagne. »

Comme tout festin exige sa pièce de résistance, je conclus et je dis : r que l'adaptation du sol n'a pour moi sa raison d'être qu'au point de vue fructifère de la vigne; que c'est avec ce mirage que l'on éternise l'étude des cépages médiocres, alors que l'on a les bons sous la main; et que ces derniers vivent dans tous les sols où une vigne française a pu vivre avant l'arrivée du vastatrix; que c'est avec cette invention fallacieuse que l'on a empoisonné les Charentes, en les inondant avec le premier des Riparia, le Clinton ; pour lequel il a fallu sept années d'études, avant de procédera son enfouissement absolu, ce qui a complètement dégoûté les viticulteurs, surtout après l'échec du Concord ;

2° Je dis qu'il faut se tenir en garde contre les seconds Riparia, dits sauvages, puisque déjà de nombreux faits attestent leurs défaillances. Qu'il n'est pas moins utile de se défier quelque peu de ce panacé qui fanatise le monde viticole, la vigne patate du Soudan, dont le merveilleux frise autant la mythologie que la réalité ;

3° Que l'on doit se renfermer dans le giron de l'église expérimentale qui, depuis seize années, fait ses preuves, pour la résistance des cépages que j'ai signalés et qui n'ont pas trop de ces chevrons pour inspirer confiance ;

4° Que c'est mon loyal adversaire, M. Morlot, qui m'a transmis

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