AUX ENVIRONS DE MONTPELLIER
La récolte des olives dans l'Hérault eût été belle, cette année, sans les ravages d'un insecte qui l'a en grande partie compromise.
Il est très rare que la multiplication de cette espèce atteigne d'une façon sensible la récolte des olives en Languedoc, le fléau est plus spécialement provençal; mais cette année il n'en a pas été ainsi. De divers côtés, des plaintes nous sont arrivées et les oliviers de l'Ecole d'agriculture de Montpellier ayant été très attaqués, nous avons été bien placé pour étudier la cause du dommage.
Le ravageur est une petite mouche grise à pieds et à antennes jaunes, longue de 4 à 5 millimètres, qui a reçu des Entomologistes le nom de Dacusoleœ.
Il y a deux générations par an, l'une qui paraît en juillet et l'autre en septembre. L'œuf est déposé dans l'olive; la larve, qui ressemble à un petit asticot d'un blanc jaunâtre, ronge la pulpe et y pratique des galeries. La larve adulte quitte l'olive, et pour se transformer en nymphe ou chrysalide, s'enfonce dans le sol. Si le fruit est entassé dans un cellier, elle se contente, pour passer à l'état de nymphe, d'un endroit obscur et un peu humide. C'est sous cette forme de chrysalide que l'insecte passe l'hiver.
Plusieurs auteurs se sont occupés des métamorphoses de cette mouche. Je citerai en Franjce M. Buyer de Fonscolombe et M. Guérin- Menneville; en Italie, M. Passerini, de Florence.
Quand l'olive est attaquée par une ou plusieurs larves, elle se dessèche souvent et tombe. La première génération de l'insecte ne détruit pas toujours le fruit; celui-ci peut continuera grossir et mûrir, quoique de mauvaise qualité ; mais il n'en est pas de même à la seconde génération. L'olive, presque mûre, tombe et se pourrit sur le sol.
Il faut avoir grand soin de faire ramasser les oli\^3 tombées. Non seulement on peut les utiliser en les donnant aux volailles, aux dindes surtout; mais encore la larve du Dacus, qui n'est souvent pas sortie du fruit, est ainsi détruite.
Il faut déplus, quand on s'aperçoit du mal, presser les olives de suite après la cueillette. On tue ainsi les neuf dixièmes des lars^es, qui sans cela, quittent l'olive et vont assurer la continuité du fléau pour l'année suivante. Valery-Mayet,
Professeur d"entomo!ogie à l'Ecole nationale d'agriculture de Montpellier,
Je lis dans la chronique du Journal de Vagriculture du 4 décembre, la note que vous consacrez au cidre. 11 n'y a pas de question qui ait plus d'actualité pour nos départements de la Bretagne, de la Picardie et delà Normandie; le prix des pommes atteint aujourd'hui 250 fr. les
1,000 kilog. ou 20 hectolitres. C'est plus de trois fois la valeur moyenne des cinq dernières années.
Avant votre chronique, j'avais déjà pris le parti d'augmenter la quantité de cidre que je retire ordinairement de la pomme, c'est au sucrage par le sirop de glucose, qui me donne le sucre au meilleur marché, que j'ai recours; des essais faits Tannée dernière et au commencement de cette saison m'ont démontré l'économie que Ton peut en retirer. Je crois être utile à mes collègues en décrivant ici mon mode de procéder.
En année ordinaire, par le brassage de 1 ,000 kilog. de pommes auxquelles j'ajoute 400 litres d'eau, je retire en moyenne 1,000 litres d'un cidre dosant 4". Cette année je veux obtenir 1 ,500 litres de cidre; c'est 500 litres d'eau à ajouter en plus que je sucre de manière" à ce que la fermentation donne 4°. Je fais mes calculs sur les bases suivantes :
1 00 kilog. de sirop de glucose du commerce donnent 72 pour 1 00 de sucre de glucose chimique; 100 kilog. de glucose chimique donnent 63 kilog. d'alcool à 90°; donc T d'alcool est produit dans un hectolitre d'eau par 2 kilog. 25 de sirop de glucose commercial. Pour mes 500 litres d'eau, j'ai donc à ajouter, pour avoir 4° d'alcool par hectolitres, 5 hectol. X 4" X 2 kilog. 25 = 45 kilog. de sirop de glucose.
Comme économie j'ai :
Fabrication ordinaire :
1,000 kilog. de pommes à 220 fr. prix moyen 220
Eau 400 litres
Produit 10 hectolitres à 22 fr. l'hectolitre 220
Fabrication avec sirop de glucose :
1,000 kilog. de pommes à 220 fr 220
45 — de sirop à 54 fr 24
900 litres d'eau
Produit 1,500 litres à 16 fr. l'hectolitre ' 244
C'est-à-dire que les 5 hectolitres en plus ne coûtent que 9 francs l'hectolitre. Sur ces bases, chaque fabricant de cidre pourra faire varier les proportions de sucre selon l'emploi qu'il veut donner au cidre; ici, je ne fabrique que la consommation courante de mes ouvriers, et pour l'année.
A côté des proportions, le mode d'emploi est important; il ne suffit pas d'ajouter de l'eau sucrée, il faut que cette eau séjourne dans le marc pour s'approprier les principes de la pomme, ce que l'eau sucrée fera mieux que l'eau pure. Prenant pour exemple ce qui se fait pour le vin, je procède ainsi :
Je brasse 1,000 kilog. de pommes que je réunis dans une cuve avec la moitié de l'eau totale ; après douze heures de macération, je soutire et mouille à nouveau le marc avec la seconde moitié de l'eau et j'ajoute le sirop nécessaire préalablement dissous à l'eau chaude. Plusieurs fois dans la journée je fais une lessive en soutirant par le bas et reversant sur le marc; je laisse reposer une nuit, je soutire à nouveau, je presse le marc et mélange les trois produits dans les tonneaux. J'ai ainsi un cidre homogène et ayant toutes les qualités et l'arôme du cidre de pommes pur.
L'emploi du sirop de glucose a quadruplé cette année dans la fabrication du vin; il n'y a pas de raisons pour que cette méthode ne soit pas appliquée au cidre.
Le sirop massé de glucose vaut aujourd'hui 54 francs les 100 kilog. MM. Delarue, fabricants à Verberie (Oise), le livrent à ce prix en gare de Verberie, en boîtes de 25 et 50 kilog.; pour les quantités supérieures à 100 kilog., il est préférable de le prendre en fûts, ce qui diminue le prix.
Pour ceux qui auraient achevé le brassage des pommes, on paut ajouter du sirop dans les tonneaux, si toutefois la fermentation n'est pas achevée. C. Boursier.
Chevrières (Oise), 14 décembre 1880.
Monsieur le Directeur, je reçois à l'instant une demande de rectification que j'accueille avec d'autant plus d'empressement qu'elle relève une erreur regrettable.
Eli citant quelques appréciations consignées dans le rapport sur la prime d'honneur décernée à Oran en octobre dernier, je vous ai écrit que M. Calmels n'avait planté que sept hectares de vignes, alors que, en réalité, en 1872 et 1875, cinq autres hectares ont été ajoutés par lui à cette première plantation qui remontait elle-même aux années 1860 et 1863, comme j'avais eu le soin de le dire pour bien montrer que ses efforts de ce genre ne dataient pas de la veille.
Je vous prie de vouloir bien signaler cette modification, qui a certainement son importance, et de me permettre d'ajouter que le Comice d'Oran, dans sa séance ordinaire du 7 novembre 1880, a donné son entière adhésion aux motifs exposés par M. Calmels pour expliquer l'emploi de la main-d'œuvre des prisonniers indigènes qui lui avait été reproché à l'occasion du même concours.
Veuillez agréer, etc. L. Bastide.
Séance du 15 décembre 1880. — Présidence de M. Chevreul.
M. le ministre des po&tes et des télégraphes envoie les documents relatifs à l'Exposition internationale d'électricité qui aura lieu à Paris en 1881, et dans laquelle les applications de l'électricité à l'agriculture auront une place spéciale. Le Journal a déjà signalé ce projet d'exposition qui sera exécuté, au palais de l'Industrie, pendant l'été prochain. A l'occasion de cette exposition aura lieu également un congrès international d'électriciens.
M. de Lapparent envoie la règle-montre relativement à laquelle il a récemment présenté un mémoire à la Société.
M. Schatzmann, correspondant de la Société, envoie le rapport sur la Station laitière de Lausanne de 1 879 à 1 880, et une brochure sur la fabrication du from ige de Roquefort.
M. Seurratde la Boulaye envoie un deuxième mémoire sur la maladie ronde des pins en Sologne. Il attribue cette maladie au développement d'un cryptogame, le Wiizina undulata ; les dernières observations confirment complètement cette opinion.
M. le secrétaire perpétuel présente les résultats de l'analyse d'un vin de jacquez, envoyé par M. Laliman. Cette analyse a été faite par M. Joseph Boussingault; elle a donné les résultats suivants, rapportés à un litre :
Alcool en volume - 97"
Acidité totale exprimée en acide sulfurique 5»'. 97
Crème de tartre .., 0«'.54
Glucose - indices
Tannin l«^50
Exlmit soc obt«mn dans le vide 39*'. 80
Glycosine • S«'.00
Acide succinique 2«' . 00
Gendres , , 3«^00
Alcali des cendi'es exprimé en potasse !«'.€2
La densité de ce vin était de 0.989. L'acidité, ajoute M. J. Boussingault, était très forte, et il est probable qu'il y avait eu un commencement de fermentation acide. — Un deuxième vin, provenant du cépage qu'il appelle Dumas^ avait aussi été envoyé par M. Laliman; mais la quantité était trop faible pour que l'analyse pût en être exécutée.
M. Forney, professeur d'arboriculture, offre à la Société une livraison d'une revue américaine qui renferme un article étendu sur la grande culture du blé dans l'état de Dakota.
M. Milne-Edwards demande, au nom de la Section d'histoire naturelle, que la Société déclare la vacance pour une place de membre associé dans cette Section. — M. Passy fait la même demande pour une place de membre titulaire vacante dans la Section d'économie, de statistique et de législation agricoles. Ces propositions sont adoptées.
M. Clavé fait une communication sur la diminution de charbon constatée dans la carbonisation de bois détruits par les gelées de l'hiver dernier. A cette occasion, des observations sont successivement présentées par MM. Chevreul, Boussingault, Dumas, Barrai, Becquerel et d'Ësterno, sur les conditions dans lesquelles les liquides des végétaux se congèlent. M. Chevreul insiste sur l'opportunité et la nécessité de faire, à cet égard, des observations précises.
La Société procède à l'élection d'un membre associé dans la Section des sciences physico-chimiques agricoles. M. Renou est élu.
M. Muntz donne lecture d'une étude sur la conservation des grains par l'ensilage. Ses recherches confirment les idées émises par Doyère, appuyées des observations de M. Bella, à savoir que la siccité relative du grain, la préservation des parois des changements de température et une fermeture parfaite sont les conditions essentielles pour pratiquer avec succès la conservation des grains par l'ensilage.
M. Barrai demande que la Société s'occupe des dispositions législatives, à l'étude à la Chambre des députés, sur les moyens de destruction des cadavres des animaux atteints de maladies contagieuses. Après quelques observations de M. Chevreul et de M. Bouley, cette question est renvoyée à la Section d'économie des animaux.
Henry Sagnier.