‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 94 sur 752 · X. — Sur l'analyse des engrais · texte numérisé non relu

X. — Sur l'analyse des engrais

Le paragraphe de notre dernière chronique relatif à l'analyse des.

engrais, comme garantie des matières vendues, nous vaut la lettre suivante de M. Vivien :

Saint-Queulia le 16 juillet 1880.

« Monsieur le Directeur, MM. E. et J. Toché fils, ont publié dans votre journal du 10 juillet une lettre ayant pour but d'éhminer le contrôle chimique dans le commerce des engrais, en s'appuyant sur cinq analyses de divers échaatillons d'un même engrais.

« L'écart signalé porte surtout sur le chiffre de phosphate rétrograde ou soluble dans le citrate d'ammoniaque alcalin, et est du à la manière d'opérer'|l ainsi que je l'ai déjà expliqué au représentant de MM. Toché. Je vous demande 1 1 l'hospitalité de vos colonnes pour expliquer la cause d'erreur prétendue. j

« Suivant qu'on fait l'analyse d'un engrais en faisant digérer un échantilloul moyen, tel qu'il est livré par le fabricant, dans le citrate d'ammoniaque, ou qu'on I le broyé intimement de façon à tout réduire en une poussière ou en une pâte I ; impalpable, en présence du même citrate d'ammoniaque, on constate des résultats I :

GHRONIUUE AGRICOLE (24 JUILLET 1880)- 127

différents pour le dosa^» du phosphate rétrograde et du phosphate insoluble.

« Le raisonnement indique qu'on doit faire le dosage de l'acide phosphorique soluble rétrograde et insoluble sans passer par l'opération du broyage intime qui modifie la nature de l'engrais, et c'est ainsi que j'ai opéré, ce qui explique la différence de titrage signalée.

« Les nodules ou rognons de phosphate qu'on trouve en terre sont insolubles et ils peuvent y rester plusieurs années sans céder des quantités notables d'acide phosphorique, malgré les actions dissolvantes des eaux, des acides organiques et carbonique dissous dans le sol, malgré l'action désagrégeante des racines.

« Lorsqu'on réduit en farine ces mêmes nodules, on voit les phénomènes se passer autrement et l'acide phosphorique devient assimilable.

« La division facilite donc l'assimilation, et tous ceux qui se servent de phosphates insolubles savent l'importance qu'il faut attacher à la finesse de -la division. On dénature un engrais, et on peut rendre soluble à l'analyse certains principes qui sont insolubles réellement pour la végétation, lorsqu'on rend l'engrais impalpable, surtout en présence de produits chimiques dissolvants. Le chimiste doit opérer, il me semble, sur l'engrais tel qu'il lui est soumis, tel qu'il est livré à l'acheteur et donné ensuite aux plantes, en ayant le soin seulement de composer un échantillon moyen, et évitant de changer l'état physique et les propriétés chimiques et notamment la solubilité des principes fertilisants.

« MAI. Toché fils établissent la moyenne des titrages en ne prenant que ceux qui sont élevés et en éliminant ceux qui sont les plus ïaas. Cette manière d'opérer ne saurait être loyalement admise, et, lorsqu'on veut éliminer certains résultats qui })araissent erronés, il faut éliminer tous ceux qui donnent des chiffres extrêmes en plus comme en moins de la moyenne.

« Dès lors des deux dosages d'azote des n°* 1 et 5 doivent être éliminés et la moyenne devient

Azote • 5.771

4'ai trouvé 5'. 488

D'où, ûcarL. U^SSb

écart très acceptable pour des analyses faites d'après des méthodes commerciales, et admises dans le commerce qui prend généralement comme d'accord deux chiffres de dosage qui se rapprochent à û''5 JO pour 100, soit 5 k. par 1000 k. ou à cinq millièmes près.

« L'échantillon analysé sous len" 1 s'écarte de 0''.4 19 de la moyenne ; la différence pour le n° 1 est donc plus grande que celle que j'ai. On ne s'explique pas, autrement que par une question de préférence intéressée, pourquoi ces messieurs prennent l'analyse n° 1 pour établir la moyenne de l'azote.

« En opérant de même- pour tous les autres éléments et prenant la moyenne des trois analyses qui se. rapprochent le plus, éliminant chaque dosage extrême^ la moyenne s'établit comme suit :

Azole 5.771 au lieu de 5.875 proposé par MM. Toehé.

Acide phosphorique soluble 4.496 » (

rétrograde .4,49! » \ ^-ii^ "

insoluble... 1.146 » 1.090 » »

Potasse 2.245 >> 1.478 » v

« Un dernier mot, s'il vous plaît. — MM Toché fils me prêtent une appréciation à l'égard de mes confrères que je suis loin d accepter et si j'avais quelqu'un à mettre en suspicion d'ignorance, ce ne serait certes pas M. Joulie ni aucun autre de mes confrères, non cités dans votre journal, mais auxquels MM. Toché font allusion et que je connais. Loin de moi cette insulte et cette arrogance.

« Je comprends l'ennui pour les marchands d'engrais de passer par le contrôle de la chimie, et je conçois toute leur mauvaise humeur dans ces occasions; mais la chimie, si imparfaite que MM, Toché pourront la trouver, a rendu un grand service en moralisant le commerce des engrais, et je pense que ces messieurs ne voudraient pas rejeter ce mode de contrôle s'ils tiennent à conserver leur réputation d'honnêtes commerçants, et qu'ils reconnaîtront que la moyenne doit être établie en écartant les cas extrêmes, et non pas en conservant les dosages qui favorisent exclusivement leurs intérêts.

« Veuillez agréer^ etc. « A. Vivien. »

Notre correspondant a raison : la pulvérisation a pour effet d'augmenter la solubilité dans un liquide^ mais pour un temps donné

seulement. Ainsi, si l'on met dans un litre d'eau un corps soluble en gros morceaux, ou bien, dans un autre litre d'eau, ce même corps solide, en pulvérisant et en agitant, il arrivera que, au bout d'un quart d'heure par exemple, ce dernier litre aura dissous tout ce que l'eau est susceptible de prendre à la température à laquelle on aura opéré, tandis qu'il faudra peut-être plusieurs jours au premier litre pour obtenir le même résultat. Le broyage n'augmente que la vitesse de solubilité, mais il donne tout de suite le résultat qu'on désire atteindre. C'est pourquoi les analystes l'emploient en chimie. Nous croyons qu'il faut le prescrire pour les phosphates, et alors disparaîtront les' difficultés du genre de celle discutée dans les lettres de MM. Toché et Vivien.

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