XI. — Le fumier en balles
Le transport du fumier est une des difficultés qui empêchent son emploi par les agriculteurs éloignés des grandes villes. M. Bacquet, de Saint-Quentin, a eu la pensée qu'on pourrait mettre le fumier en balles, comme on fait pour les fourrages, les cotons, les laines, etc. A ce sujet, il nous envoie la note suivante, que nous croyons utile de publier :
« Le fumier de cheval est considéré comme le meilleur marché ainsi que comme le meilleur fertilisateur connu ; mais, par rapport à son grand volume, aux inconvénients, comme dépense, que nécessite son transport, il n'est jusqu'ici accessible que dans un rayon rapproché des villes. Pour remédier à cet inconvénient, le procédé du fumier en halles aide à placer ce fertilisateur si renommé à la portée de îous les fermiers et horticulteurs, ainsi qu'aux autres personnes qui emploient le fumier en une forme convenahle pour le transport à bon marché, et la main-d'œuvre est au même prix que le fumier en tas.
i La méthode de préparation pour le transport est comme suit : Le fumier est pris des écuries et placé dans une boîte, et est pressé jusqu'au tiers de son volume et fortement hé avec du fil de fer; on en forme ainsi une hotte compacte d'environ !50 kilog.; par ce procédé, toutes les propriétés nécessaires à la terre sont retenues.
« M. Wœlcker, chimiste distingué de Londres, a déterminé comme suit les pertes qu'éprouve le fumier de ferme pendant sa conservation ; un tas considérable de fumier neuf a été rangé sous un hangar, un tas pareil a été pendant le même laps de temps en plein air, une troisième partie a été répandue dans la cour. Le tableau ci-dessoas indique les valeurs relatives restantes après exposition de douze mois :
Sous couvert. Exposé au dehors. Répandu dans la cour.
Malitres organiques. 40 pour 100 33 pour 100 21 pour J&Û
Azote 90 — 71 — 41 —
« Parce tableau, il est facile de voir que les pertes sont grandes, par suite de la détérioration qui se produit à cause de l'exposition à i'évaporation et à la pluie : les matières organiques, après un laps de temps d'un an, diminuent de plus de moitié sous un hangar, de deux tiers en tas à l'air, et de quatre cinquièmes, si le premier est répandu dans la cour, comme il est coutume de le faire dans les campagnes.
« Il est donc concluant que le fumier pressé en halles ne peut perdre aussi vite ses principes fertihsants et doit être préféré au meilleur fumier, ainsi que le constate le rapport de M. Wœlcker.
« Le fumier de ville possède encore des quahtés supérieures au fumier de campagne; en général, les chevaux sont nourris plus fort qu'à la campagne, par conséquent leur fiente est plus riche en matières fertilisantes. (Gomme les matières fécales des hôtels sont meilleures pour la poudrette, à poids égal, que celles d'une partie des villes où le peuple est moins bien nourri que dans les hôtels.) Tout le monde sait que la fermentation du fumier de cheval se fait de suite, surtout s'il est imprégné d'urine.
« La décomposition chimique est essentielle à cause de l'azote enfermé dans le
fumier frais et pour la plupart insoluble à l'eau, d'où il lésulte qu'il ne peut être absorbé par les racines des plantes.
« Après fermentation, la proportion, de matières azotées solubles et matières organiques solubles, est beaucoup plus grande.
« Les phosphates et autres sels valables sont dans une condition soluble ainsi que les silicates.
« Tous Its fumiers exposés à l'air par le chargement dans les voitures, chariots, bateaux, causent de sérieuses pertes de ces substances gazeuses qui sont très nutritives aux plantes,
« En pressant le fumier par paquets d'une grandeur convenant à la manipulation, beaucoup de perte et de main-d'œuvre sont épargnés.
« Le degré de presse auf[uel le fumier est soumis ne force pas le puiin à sortir, à moins que le fumier n'ait été exposé à la pluie; et quand même on ouvrirait les balles après plusieurs mois de presse, quoiqu'il y aurait un peu d'eau perdue à la surface, leur contenu ne sera pas trouvé sec, ni dans une condition à être emporté par le vent, mais dans un état humide et saturé de tous les principes fertilisants et de ses matières organiques dans un état soluble disposé, pour un emploi immédiat, au sol.
« Quand la décomposition est arrivée à un certain degré d'avancement, l'odeur du fumier est piquante et nauséabonde; par balles, il peut être convoyé par les rues de la ville, dans des bateaux, etc., sans aucune exhalaison; il est par Conséquent d'un transport facile parce qu'il ne jette aucune odeur; ce fait ne peut qu'être approuvé par les comités d'hygiène ainsi que par le pubHc.
«Même le fumier de ville, parle chargement, diminuera en valeur en comparaison du fumier en balles.
« De plus, la fermentation, si requise avant son application au sol, marche lentement, sans perte appréciable dans ces balles.
a Voici les avantages du fumier en balles :
« 1° 11 est pressé à environ un quart de son volume, ensuite il est entouré de quelques morceaux de bois et lié par dessus avec du (il de fer, cela forme une petite balle compacte d'environ 150 kilog. ; par ce procédé tous les principes vivifiants contenus dans le fumier sonl retenus.
« t" Ces balles peuvent être expédiées par chemin de fer, bateaux, sans augmentation de prix de transport, et dans les cales des bateaux, sans détérioration des bordages.
a 6° Le purin n'est pas extrait par la compression et reste dans le fumier.
« 4° Les balles sont facilement divisées avec la fourche.
« 5" L'ammoniaque n'est pas perdue par la compression, ni entraîné hors de la balle.
« 6° Après la compression, quatre tonnes de fumier occupent seulement la place d'une tonne.
ce 7° Le fumier en balles est facilement manœuvré, et par conséquent, vite chargé et vite déchargé.
« 8" 11 économise ainsi des frais de labeur et de main-d'œuvre.
« b° Toutes les graines, germant dans les balles, sont par ce moyen détruites, c'est pourquoi le préfèrent les horticulteurs et maraîchers.
« 10° 11 vaut pour une récolte trois fois la valeur du fumier ordinaire.
« Nota. — 11 faut plus d'un mètre cube de fumier pour faire une tonne de fumier en balles. »
Toute tentative qui peut avoir pour résultat de faire parvenir des engrais dans une localité oii ils sont rares, doit être vue avec faveur par les agriculteurs.
Xll. — Nécrologie.
Nous avons le regret d'annoncer la mort de M. DrocKe, banquier à Lyon. Son nom est, depuis de longues années, connu et estimé des agriculteurs. Il avait eu la généreuse pensée de consacrer à des encouragements aux progrès agricoles une partie de la grande fortune qu'il avait acquise dans une vie de travail. Chaque année, il donnait à la Société des agriculteurs de France une somme de 10,000 fr. destinée à récompenser les serviteurs ruraux les plus méritants.