VIII. — Les engrais
A cette époque de l'année, alors qu'on effectue les semailles de mars, la question des engrais revient naturellement davantage à l'ordre du jour. Elle est sans cesse essentiellement vitale, puisque l'engrais est la matière première avec laquelle se font tous les produits agricoles. On conçoit néanmoins qu'au moment où le cultivateur doit fumer son champ les préoccupations augmentent : c'est pourquoi les marchands d'engrais font en ce moment de plus nombreuses annonces. Nous n'avons pas cependantreçu le second article que nous annonçait M. Georges Ville; mais nous avons lu, dans le dernier numéro du Journal des fah'icantsde sucre, le compte rendu de deux expériences de son prétendu système des engrais chimiques sans aucun emploi de fumier. Notre devoir est de tout faire connaître quand les intérêts de l'agriculture sont engagés dans un débat. L'une des expériences a été faite par M. Leroy, à Yarennes, l'autre par M. Cavallier, au Mesnil-Saint-Nicaise. Toutes
deux portent sur les betteraves. Voici d'abord les résultats de la première expérience, faite sur six parcelles d'un are chacune. Nous rapportons tout à l'hectare :
Produit par hectare, kilog.
V Engrais complet; savoir : 500 kilog. de sulfate d'ammoniaque; — 800 kilog. de noir animal transformé en superphosphate de chaux; — 200 kilog. de carbonate
de potasse pur;- — 200 kilog. de chaux 51,000
2° Tous les éléments précédents, à l'exception de la chaux 47 ,445
3° 500 kilog. de sulfate d'ammoniaque ; — 200 kilog. de phosphate de chaux pur
ou 800 kdog. de noir animal sous forme de supcrpliospliate de chaus , 42,500
4° iSOO kilog. de phosphate de chaux pur sous forme de superphostate de chaux ; —
200 kilog. de carbonate de chaux pur ; — 200 kilog. de chaux 36,834
6" 500 kilog. de sulfate d'ammoniaque ; — 200 kiiog. de carbonate de potasse ; —
2C0 kilog. de chaux > 37 ,881
6° Sans engrais 25 , 500
M. Cavallier fait valoir avec raison le grand excédant de récoltes produit par le sulfate d'ammoniaque; et M. Leroy, qui, à Varennes, a constaté les résultats suivants, s'extasie aussi devant le grand excédant de récoltes qu'il a obtenu.
Produit par hectare.
Engrais complet 62,370 kilog. de betteraves.
— sans phosphate 48,330 —
— sans potasse 42,390 —
— sans matière azotée 28,350 —
Phosphate de chaux 18.900 —
Ciiaux 9,450 —
Et cependant, quelque remarquables que soient ces chiffres, nous nous permettrons de dire qu'ils ne démontrent rien qui ne soit parfaitement connu depuis vingt ans. M. Kuhlmann, en France, et une foule d'agriculteurs en Angleterre, ont fait des expériences semblables qui ont donné exactement les mêmes résultats. Pourquoi les engrais chimiques ne sont- ils donc pas les seuls employés? Par une raison bien simple. Les expériences que nous venons de citer ont un défaut capital qui consiste à ne pas donner de point de comparaison avec ce qu'aurait fourni le fumier. Ainsi, la dépense faite par M. Nicaise a été de 395 fr. par hectare. Si l'on compte le fumier à 5 fr., cela fait 79,000 kilog.; si on le compte à 10 fr., cela fait 39,500 kilog. Or, avec de telles fumures, tout le monde sait bien qu'on obtient des récoltes de betteraves bien supérieures même aux chiffres ci-dessus rapportés, et qu'il reste dans la terre une masse d'engrais pour les récoltes suivantes. Qu'on cesse donc de citer les expériences de M. Ville comme prouvant quelque chose contre l'emploi du fumier de ferme ! Les engrais chimiques ne seront jamais bons que comme agents complémentaires.