ŒILLETTE GRISE ET CAROTTES FOURRAGÈRES
La carotte veut un sol riche, profond, fumé à haute dose ; les terres à blé ne luicon\iennent pas, quand tout au moins elles ont été disposées à reecToir du blé, car là où réussiront les carottes, les blés verseront probablement. La carotte veut ensuite un sol propre, aéré suffisamment, défoncé par des labours antérieurs, repris dans sa masse, mais ameubli à sa surface par des binages effectués en temps propice, toutes conditions qui ne se rencontrent point quand on la sème dans les céréales. Les carottes ainsi cultivées doivent du reste être semées à la volée, la levée s'en fait difficilement et le plus souvent très-inégalement; et que de peine ensuite pour biner et nettoyer la récolte intercalaire, quand enfin l'enlèvement de la céréale est venu lui laisser, à elle seule et trop tardivement, la jouissance entière du terrain.
En thèse générale, les récoltes intercalaires ne valent rien. Cependant, dans les petites cultures, alors que l'on dispose de terrains très-riches et de trop petite étendue, on peut quelquefois y recourir et avec juste raison. Le procédé suivant, que je pense avoir imaginé, m'a donné des résultats aussi avantageux que faire se peut.
En automne, je donne, avec une forte fumure, deux coups de charrue coup sur coup et superposés, aux terrains sur lesquels je veux opérer. Quelque temps après, si une gelée surtout est venue mûrir le terrain, je profite de la première occasion propice pour donner un ou plusieurs coups de herse, et je régularise les sillons, tout en achevant le nivellement et Tameublissenient du terrain par un coup rapide de râteau de fer donné à la main. Je trace alors, à l'aide du cordeau et du bout aigu d'une binette de jardinier, des rayons parallèles à peine indiqués et distants de 50 cent, environ; j'y répands des graines d'œillette grise, celles-ci lèvent facilement et végètent ensuite malgré les derniei's froids. Dès le printemps, et dès que les plants sont assez forts, je les fais biner et éclaircir, les laissant épais sur le rang, un large espace leur étant laissé de chaque côté. Cette opération à peine terminée, un nouveau sillon intermédiaire, parallèle aux lignes de pavots, est tracé avec la binette, et j'y sème des graines de carotte à collet vert, graines qui sont à peine recouvertes par un léger tassement opéré à l'aide du dos d'un râteau, ou au moyen de la roue d'une brouette que l'on promène dans la raie. Les carottes levées et fortifiées, on les éclaircit, on les bine, ce qui donne aux pavots un second sarclage, au moment où leurs tiges se disposent à monter; aussitôt arrivés à maturité, les pavots sont enlevés, un second binage est donné aux carottes restées, assez à temps pour que leur croissance n'ait pas été compromise; seules maîtresses du terrain, dès lors elles croissent, largement espacées en lignes régulières, dans les conditions ordinaires d'une culture soignée, atteignent leur volume normal et rendent à l'arrachage la quantité qu'on aurait obtenue si on les eût cultivées seules. Il va sans dire que la récolte des pavots n'a pas eu à souffrir de la présence des carottes, trop jeunes encore pour lui nuire, et qu'on obtient un produit de graines tout aussi abondant que quand on sème les pavots à la volée, plus épais, et sans adjonction de carottes intercalaires.
D'' A. Petit,
De !a Société d'agriculture et d'horticulture de Louhans.