RÉSULTAT D'UN CROISEMENT CHINOIS-MÉRINOS
leurs frères. Cinq mois après, chacune d'elles mettait bas trois agneaux qu'elles ont nourris avec la même facilité que les premiers et sans en perdre un seul. Nous avons dû ajourner pendant quelque temps avant de les faire lutter de nouveau, parce que nous attendions, pour remplacer le premier, un bélier de race pure que nous avons en effet reçu, grâce à l'intervention de Son Exe. M. Rouher et à l'obligeance de M"" André. Aujourd'hui, elles sont pleines, dans un parfait étal de santé et tout annonce que la troisième portée sera semblable à la seconde.
Avant d'avoir atteint leur troisième année, elles auront donc fait trois portées, soit huit agneaux, dont deux à la première et trois aux deux suivantes, tandis qu'à cet âge nos races n'en ont fait qu'une et n'ont élevé qu'un seul agneau. D'un autre côté, les agnelles de la deuxième génération, filles des précédentes, ont été luttées à neuf mois et, de même que leurs mères, à quatorze mois elles ont mis bas chacune deux agneaux pour la première portée. Ainsi , avec le père seul et après une seule lutte , la fécondité a été transmise chez les demi -sang qui l'ont conservée et transmise eux-mêmes, fait physiologique qui mérite de fixer l'attention. Et quand je dis fécondité, je n'entends pas seulement parler de la faculté prolifique, je veux parler de cette véritable fécondité qui ne se borne pas à procréer, mais qui nourrit ses produits sans fatigue; nos races ne peuvent élever qu'un agneau et ne font qu'une portée par an, la première n'arrivant guère avant trois ans, c'est-à-dire pendant que nos croisés en auront fait et élevé trois, soit huit agneaux, la première n'étant que de deux, ce qui peut s'expliquer par l'époque un peu trop hâtée de la première lutte.
Comme il est impossible de ne pas reconnaître la santé exceptionnellement bonne de ces animaux croisés, il est encore bon de noter, au point de vue de la consanguinité, que l'union entre proches parents (frères et sœurs et pères et filles) n'a produit aucun résultat fâcheux, tant s'en faut.
Quant à la laine, la toison s'est affinée, le glissant a en partie disparu et la jarre presque complètement; la toison a augmenté en volume et en poids. Pour atteindre, le but, de même que pour la perfection des formes], il faut encore quelques générations, c'est-à-dire deux ans environ. Un de nos industriels les plus éminents, M." G. Larsonnier, a bien voulu se charger de la faire travailler et tisser. Les essais qu'il tente figureront à l'Exposition. Il est difficile, dès à présent, d'être positivement fixé, cette laine n'offrant pas encore un caractère suffisamment déterminé et les toisons, qu'on a dû mêler, différant entre elles; mais il y a tout lieu de penser que le type étant homogène, elle sera surtout employée par Roubaix et Turcoing, comme nous l'avions supposé dès l'abord.
La chair de nos animaux est excellente et leur poids en viande égale celui des meilleures races de boucherie, y compris les races anglaises. Plusieurs cultivateurs fort éclairés de Seine-et-Marne, principalement dans les cantons de IMormant et de Brie, frappés de la rusticité, de la. fécondité, de la nature de ces animaux, ont fait lutter par eux une partie de leurs brebis et, en ce moment, près de trois mille agneaux.
RÉSULTAT d'un CROISEMENT CHINOIS-MÉRINOS.
qui donnent toute satisfaction, sont le produit de cette lutte. M. Chertems (de Rouvray) en a six cents pour sa part. Tout le monde connaît la haute expérience de cet agriculteur aussi distingué que plein de sens. Au surplus, une partie de ces animaux seront exposés àBilJancourt et au parc, où chacun pourra les juger. Toutefois, il est bien entendu qu'il y a encore à perfectionner, mais tels quels et avec les résultats obtenus, je doute qu'aucune race offre plus d'intérêt.
Je pense que ces détails paraîtront dignes de la sollicitude de ceux qui s'intéressent aux choses agricoles, et s'ils veulent bien me le permettre, je ferai connaître dans quelque temps les nouveaux résultats qui seront obtenus. Je ne saurais terminer cette note sans dire que j'ai trouvé^ ainsi que mes honorables collaborateurs, le plus cordial appui de la part de tous avec un vif désir de voir notre entreprise réussir; je me plais à leur en témoigner notre vive gratitude.
Teyssier des Farges.