RÉSULTATS D'UN CROISEMENT CHINOIS-MÉRINOS
J'ai déjà eu l'occasion d'entretenir le pubHc agricole des premiers essais de croisement tentés avec un bélier chinois que Son Exe. M. Rouher avait bien voulu me confier en avril 1864. Les heureux résultats qui ont suivi ces essais m'engagent à l'en entretenir de nouveau.
Je rappellerai sommairement l'origine de cette entreprise et le but que je me suis proposé.
Un assez grand nombre de moutons chinois de races diverses avaient été envoyés en France à différentes reprises, mais aucun d'eux ne m'avait paru devoir appeler particulièrement l'attention, lorsque le hasard me donna lieu de remarquer, dans |e jardin de l'hôtel de Son Exe. M. Rouher, deux animaux chinois bien supérieurs à tous ceux que j'avais vus jusqu'alors. La rusticité, la fécondité dans sa complète acception, la nature de la laine me donnèrent à penser, après avoir suivi ces animaux pendant plus de six mois, qu'en opérant un croisement avec des mérinos bien adaptés au but que j'entrevoyais, il serait possible d'oblenir des produits rustiques, précoces, féconds, avec une laine propre à la fabrication des étoffes de Roubaix et de Turcoing, dont la consommation grandit sans cesse.
Je me concertai avec M. Garnot (de Genouilly), dont l'excellent troupeau est bien connu et dont les qualités s'adaptaient à mes vues, et avec M. Roux, négociant en laine d'une grande expérience, tous d'eux d'un zèle et d'une obligeance à toute épreuve, puis nous commençâmes nos essais en avril 1864. Dans une première lutte, le bélier chinois sb comporta parfaitement.
Les brebis mérinos, toutes sacrifiées depuis afin de maintenir intacte la pureté du troupeau de Genouilly, mirent bas chacune un agneau, sauf une qui en fiit deux. Ces agneaux s'élevèrent admirablement et marquèrent beaucoup de rusticité et de précocité. Il s'agissait de savoir si le mâle chinois avait transmis à ses enfants, dès la première génération, cette fécondité qui caractérise sa race, ce dont je doutais. Aussi devions- nous faire couvrir les demi-sang par ce même mâle afin d'arriver plus sûrement au résultat désiré; mais, par suite de circonstances inutiles à rappeler ici, il fallut y renoncer et force fut de faire couvrir nos jeunes agnelles à neuf mois avec leurs frères du même âge. A quatorze mois, elles mettaient bas chacune deux agneaux qu'elles ont nourris avec la plus grande facilité et menés à bien. Afin de nous assurer de la puissance prolifique, elles n'avaient pas encore sevré que nous les mîmes de nouveau avec les mâles demi-sang.