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et qui est l'un des plus beaux ornements végétaux de l'Afrique. Dernièrement, est mort, à Alger, dans un hôpital, un horticulteur qui, par l'amour dont il entourait cet arbre, et par l'introduction d'un nouveau mode de plantation, avait mérité le surnom de Père aux caroubiers; c'était M. Sivadier qui, malgré les chagrins qui lui ont enlevé la raison et la vie, a laissé des amis, des admirateurs, presque une école, qui conseille la transplantation en plein été de préférence à celle d'automne, pour le caroubier et autres arbres pareils. Les Européens n'ont guère encore adopté la caroube comme aliment, mais les Arabes s'en servent, en guise de sucre, dans la confection de leurs confitures, leur sorbet, leur café. Les Maltais lui font jouer un certain rôle dans leurs fameux champoraux, et de là est venue, sans doute, à un industriel français, l'idée d'en faire le café de karouba.

Nous parlions, dans notre précédente chronique (5 novembre 1866^, des débats persistants, en Algérie comme ailleurs, entre la sélection et le croisement des animaux de l'espèce bovine. Depuis lors, on a cité une heureuse expérience en faveur du croisement, accomplie dans la propriété de M. Schwartz, directeur de la Compagnie genevoise, à Sétif. Après plusieurs essais infructueux, M. Schwartz a croisé les vaches schwitz avec des taureaux arabes, la mère devant donner aux produits la taille et les qualités laitières, le père la finesse et la rusticité. Les résultats sont, quant à présent, très-satisfaisants. Les élèves schwitz-arabes sont d'une bonne taille moyenne, le rendement en lait convenable, la finesse et la structure admirables. De plus en plus, l'élève et l'engraissement du bétail trouvent faveur, en vue de l'exportation plus que de la consommation locale. Voici l'exportation pour la France des deux deruières années ' :

Bœufs 12,588 15,467

Moutons 156,870 136,565

Sans être inquiétants pour les éleveurs français, ces chiffres constatent un mouvement d'affaires favorable aux éleveurs algériens et un appoint sérieux fourni à la population des villes du littoral.

Les courses de chevaux, qui sont une des fêtes que l'on pourrait appeler nationales en Algérie, ont été marquées, vers la fin de l'année, par quelques innovations. Cette année, l'Administration des haras d'Algérie a institué une course à réclamer, c'est-à-dire que, reconnaissant à cei'tains chevaux classés des mérites incontestables, comme géniteurs, la Commission des haras se réserve le droit de réclamer le vainqueur de cette course, à un prix débattu d'avance entre elle et le propriétaire du cheval. M. Marc Bellard, le mieux posé de nos sportmen algériens, a eu l'honneur de gagner le premier celte course, sans précédent en Algérie. C'est Fusée, cheval gris clair, âgé de huit ans, monté par G. Grenier, qui a remporté cette belle victoire; il a fait 1,500 mètres en 1 minute 52 secondes; ce cheval avait gagné le prix municipal de la ville d'Alger et le prix de l'Empereur. L'Administration des haras l'a réclamé pour 4,500 fr., en sus du prix de '2,000 fr.

1. D'après une lettre de M. Joaiinon, granil propriétaire de la subdivision de Bone, publiée daas l'Économiste français (31 janvier 186G).

attribué à cette course sans entrée. Voilà donc un vainqueur qui ne finira pas misérablement ses jours à la charrette d'un maraîcher. L'Etat lui fait des rentes, après avoir convenablement indemnisé son heureux propriétaire, auquel Fusée arapporté 9,800 fr.dans ces deux journées.

Alger a eu sa course au trot, dans laquelle un caïd sportman a lutté contre deux coureurs français. Le Terrible, à M. Pugnet, a gagné de deux longueurs VOuadj, à' M. Malherbe, fournissant une course de 3,000 mètres en 6 minutes 45 secondes. C'est la Chambre d'agriculture d'Alger, qui a fondé ce prix, fondé sur les véritables besoins du pays, dans lequel, avec le progrès, arrive le besoin de créer des chevaux de trait léger, des trotteurs en un mot. Alger réclame, en outre, un steeple-chase, comme la Société hippique de Blidah en a fondé un, car Blidah a ses courses annuelles qui sont fort intéressantes. Le progrès se compose aussi bien des erreurs abandonnées que des nouveautés adoptées. On estime comme un progrès l'abandon des courses de fonds de 20 kilomètres, qui ne servaient qu'à tuer les chevaux; une épreuve de 3,000 mètres, avec des poids de 60 kilog. et souvent davantage, paraît désormais plus que suffisante pour juger le fonds d'un cheval. Les vainqueurs des luttes sur l'hippodrome d'Alger étaient tous des chevaux aux formes athlétiques qui, sur un parcours double et triple, auraient également remporté la victoire. On demande enfin, dans toute l'Algérie, la suppression définitive de la fantasia des goums, qui semble instituée spécialement pour la propagation des tares dans l'espèce chevaline. Il y aurait là une belle économie à réaliser ou à mieux employer. A Constantine, la seule nourriture des goums, pendant la période des courses, coûte à l'État près de 25,000 fr., et les indigènes n'y viennent cependant qu'à contre-cœur.

Dans le courant de décembre, une vente a été faite, aux enchères publiques, de bêtes choisies dans le troupeau modèle de la bergerie de ïaadmit, province d'Alger. Nous ne connaissons pas les prix de vente, mais les mises à prix ne donnent pas une très-haute idée de la valeur attribuée aux animaux de ce troupeau plus ou moins modèle. Les voici, telles que l'affiche officielle les établii :

Sur le marché de Djelfa. Sur le marché de Laghouat.

Par tèie. Par têle.

19 béliers de 2 ans et au-dessus 15 fr. 19 béliers de 2 ans et au-dessus 15 fr.

15 béliers de 1 à 2 ans 10— 15 béliers de 1 an à 2 ans 10 —

153 brebis de 2 ans et au-dessus 15 — 154 brebis de 2 ans et au-dessus 15 —

21 brebis de 1 à 2 ans 10— 22 brebis de 1 à 2 ans 10 —

128 agneaux 5— 129 agneaux 5 —

12 boucs 15 — 12 boucs 15 —

22 cbèvres 8 — 22 chèvres 8 —

6 chevreaux 5 — 7 chevreaux 5 —

L'affiche annonce cependant que les brebis indigènes qui seront vendues ont été choisies avec le plus grand soin parmi tout ce qu'il y a de plus beau dans les troupeaux du cercle de Laghouat et de l'annexe de Djelfa, tant sous le rapport de la conformati(în des animaux que sous celui de la finesse et du tassé de leurs laines. La majeure partie des antenois, antenoises, agneaux et agnelles, sont croisés-mérinos, c'est-à-dire issus des brebis indigènes et des béliers mérinos de la bergerie de Ben-Chikao. Les chèvres sont également des bêtes de choix, mais toutes indigènes.

Une des séances du Comice agricole d'Alger a été consacrée à la dis-

cussion des circonstances d'un empoisonnement de bétail par le sorgho saccharifère. M. Lagardère, un vétérinaire, a donné des explications très-détaillées sur les symptômes, la marche et les caractères anatomiques de la maladie, qui s'est manifestée dans le troupeau de M. Beaurepaire, fermier de la propriété Herpin, à Birmandreis. Sur les 30 têtes de gros bétail qui composaient ce troupeau, il a vu 8 bêtes malades; 5 étaient mortes avant son arrivée. Les bêtes malades observées par M. Lagardère ne lui ont présenté aucun des symptômes ordinaires du météorisme et de la gastro-entérite : pas de fièvre, au contraire, un ralentissement sensible du pouls avec refroidissement des extrémités; poil lisse partout; mufle froid et humide; les matières excrémentielles rejetées peu de temps avant la mort étaient noires et d'une odeur très-forte. Chez tous les animaux. atteints, il y avait torpeur générale, inappétence, paralysie des mouvements des membres antérieurs; en un mot-, tous les signes d'une congestion du cerveau et des centres nerveux. Les cadavres ouverts n'ont présenté aucune trace de lésions inflammatoires du tube intestinal ou des poumons L'état des centres nerveux n'a pas été constaté. Le traitement auquel ]\L Lagardère a eu recours a consisté dans l'administration d'une forte décoction de romarin au camphre, et de potions vineuses excitantes; ce traitement, employé à temps, a parfaitement réussi. Un membre ayant demandé à M. Lagardère si les quantités de sorgho mangées par les bêtes malades étaient considérables, si les tiges de sorgho étaient humides ou souillées par des déjections de sauterelles , M. Lagardère a répondu : que chaque bête malade n'a reçu, chez M. Beaurepaire, que 4 à 5 tiges de sorgho; que chez M. Clovis, qui a perdu aussi, à Birmandreis, 2 génisses, on avait servi à ces bêtes des tiges de sorgho qui avaient séché pendant 4 à 5 jours au soleil. Quant à la détermination de la cause primitive de l'empoisonnement par le sorgho, le Comice décide que cette question sera réservée jusqu'à la présentation du rapport sur un Mémoire de M. Cabours, de Boufarik, et de la note annoncée à la dernière séance par M. Brier.

L'engrais animal que peuvent fournir les sauterelles a attiré l'attention de fil. Tisserant, inspecteur général des domaines de la Couronne, qui en a demandé plusieurs tonneaux pour vérifier les idées émises à ce sujet par le docteur Maurin. C'est une demande à laquelle le Comice d'Alger a promis son concours, et il a même invité les agriculteurs à marquer les endroits où des sauterelles auront été enfouies, afin qu'à une époque ultérieure on puisse exhumer et envoyer leurs débris aux propriétaires français qui désireraient les employer comme engi'ais.

Le Comice agricole du Sahel a voulu maintenir son Concours annuel, qui a eu lieu à Douera le 13 novembre. Neuf charrues étaient en ligne dès huit heures du matin. C'est, depuis la fondation du Comice, la lutte la plus complète et la mieux réussie qui ait eu lieu à Douera. Rien n'y manquait ; une jeune et jolie fille, robuste et hardi travailleur, a obtenu à ce travail, pourtant si pénible, une récompense justement méritée. L'exposition des animaux a succédé au Concours de charrues. Le Comice agricole d'Orléansviile a tenu son Concours le 30 septembre, au village de la Ferme. M. Christophe Gentil a obtenu le prix

d'honneur^ attribué par le Comice à l'agriculteur dont l'exploitation est la mieux dirigée et qui a réalisé les améliorations les plus utiles et les plus propres à être proposées comme exemple. Les extraits suivants du discours du président, M. Campredon, donnent une juste idée du caractère de cette fête agricole :

L'importance de cette institution s'accroît tous les jours, en raison de la juste considération toujours grandissante de l'art de cultiver la terre. En Algérie, cette importance est plus grande encore, ayant, en outre, pour but de montrer aux indigènes l'estime que nous portons à l'agriculture, et de leur faire connaître la supériorité de nos procédés, les cultures qu'ils ignorent, le parti qu'ils peuvent tirer d'une terre féconde que la générosité de la France a laissée tout entière dans leurs mains, et de contribuer par là à la civilisation de ce peuple.

Le Comice agricole d Ûrléansville, qui s"honore, ajuste titre, d'être le plus ancien de l'Algérie, a déjà pu constater les progrès des tribus environnantes. Quelques indigènes même ont mérité des récompenses qu'on s'est empressé de leur décerner.

En ce qui concerne les cultivateurs européens, votre jury a également à constater quelques progrès sur les attelages, la fumure des terres, la qualité des raisins et des vins, la bonne tenue des fermes et la conduite des serviteurs à gages. Nous aurions désiré cependant voir les cultures industrielles plus développées, et nous ne saurions trop les recommander. La culture des céréales, l'élève des bestiaux réclament de grands espaces qui nous font défaut, et sur lesquels il ne nous est plus permis de compter. N'ayant que de petites propriétés, nous ne pouvons songer à en retirer un produit convenable qu'au moyen de cultures riches. Je n'ai pas besoin d'insister sur ce sujet, et votre expérience à tous vous a démontré depuis longtemps la vérité de ce conseil. Mais, pour le suivre, me dira-t-on, il faudrait de l'eau, et nous n'en avons pas. Espérons, messieurs : le gouvernement a la ferme intention de faire prospérer le pays, et il n'ignore point ses besoins; il sait que les barrages sont nécessaires pour fertiliser nos terres : les barrages se feront. Il sait que des voies de communication sont nécessaires pour l'écoulement de nos produits : ces voies s'établiront. En attendant, continuons de travailler avec ardeur. Courage et confiance, pour nous-mêmes qui soufiVons; pour nos enfants qui espèrent ; pour les indigènes qui nous observent; pour la France qui nous aide, et pour l'avenir qui nous rendra justice.

Dans la province d'Oran, un Concours régional de bestiaux a eu lieu, le 28 octobre, à Mostaganem. Le discours prononcé par le président du jury, M. Dubreuil, en donnera une idée suffisante.

Messieurs, Depuis la création des. Concours régionaux de bestiaux en Algérie, je suis appelé à l'honneur de présider le jury de celui de Mostaganem. C'est vous dire que j'ai été à même de suivre avec un intérêt constant les résultats obtenus chaque année, que j'ai pu apprécier les soins, les efforts toujours croissants de nos colons pour l'amélioration de l'élève du bétail. Ces soins, ces efforts n'ont pas été stériles. Aussi est-ce avec un profond et légitime sentiment de satisfaction que nous le constatons. Le Concours de cette année en est une preuve évidente; il .l'emporte d'une manière remarquable sur ceux des années précédentes. Les races chevaline, bovine, ovine et porcine y sont admirablement représentées. Le nombre, la beauté des sujets ont dépassé toutes les espérances. Il y a progrès, progrès remarquable, auquel Européens et indigènes ont également concouru. C'est surtout à l'agriculture que notre colonie doit demander les conditions principales de sa prospérité, et l'élève du bétail constitue l'auxiliaire le plus puissant de l'agriculture. En effet, je l'ai dit, lors du précédent concours, et je ne saurais trop le répéter, l'engrais est indispensable à toutes les cultures. Or, le bétail, c'est l'engrais qui fertilise le sol. En augmentant le nombre de ses bestiaux, l'éleveur s'ouvre donc une source de prospérité pour son exploitation'agricole. En apportant tous ses soins à l'amélioration des races, il se crée encore de précieuses ressources par la vente de ses plus beaux produits. Vous avez compris tout cela, messieurs. Vous êtes dans la bonne voie. Continuez, persévérez dans vos efforts, et vos sacrifices seront largement récom-

pensés par les féconds résultats que vous ne manquerez pas de réaliser. Au nom du jury, je vous remercie de l'empressement avec lequel vous avez répondu à l'appel de l'administration supérieure, qui applaudit à vos succès et dont les encouragements ne vous feront jamais défaut.

Dans la province de Constantine^ le Comice agricole se distingue, entre tous ceux de l'Algérie, par une activité exceptionnelle. Sa dernière séance, en décembre, a été consacrée à un projet de banque agricole, proposé par le président du Comice, M. Lucet, et qui, depuis lors, publié en brochure, est devenu l'objet d'études et de polémiques dans toute la presse algérienne. En voici la substance : Une association civile de crédit mutuel agricole serait formée entre les propriétaires, sous le nom de Syndicat de crédit agricole de r arrondissement de.... Un mandataire, choisi en dehors des membres de l'Union, la représenterait sous le nom de directeur du syndicat.^ sous la garantie d'un cautionnement de 20,000 fr. Il serait entouré d'un conseil d'administration choisi parmi les associés. En demandant l'ouverture d'un crédit en sa faveur, tout propriétaire désignerait les immeubles qu'il entend soumettre à une hypothèque éventuelle. Sa garantie s'étendrait solidairement au crédit de chacun des associés, dans la mesure seulement du montant de son crédit, qu'il en ait usé ou non. Sur le montant de chaque crédit , un quart peut être appliqué comme réserve à la garantie éventuelle des risques. L'emploi du crédit, pour le reste, se règle par billets à échéance de cent jours au plus, à l'ordre du directeur, chargé de les négocier. Un douzième est retenu pour former l'encaisse destiné à payer les billets en souffrance. Une commission de 1 1i2 pour 100 est destinée à couvrir les frais d'administration. La durée la plus longue des ouvertures de crédit est fixée à trois ans, sauf prorogation. Les autres mesures, stipulées dans le projet de statuts de M. Lucet, sont secondaires ou réglementaires. Ne pouvant apprécier en quelques lignes incidentes des combinaisons qui ont été mûrement réfléchies par un homme aussi versé dans la pratique des lois que dans celle des choses agricoles, nous aimons mieux les livrer à la méditation de nos lecteurs. D'autres systèmes de prêts à l'agriculture ont été proposés dans les provinces d'Alger et d'Oran, dont un limité à un objet spécial : fournir des semences aux cultivateurs, à l'entrée de la saison des pluies. Celui-ci paraît avoir rendu de vrais services. C'est à ses opérations qu'a été appliquée, à titre de fonds de garantie, une partie des souscriptions recueillies en faveur des victimes du fléau des sauterelles. On attend une action plus puissante de la Société générale algérienne, mais, jusqu'à présent, elle paraît avoir réservé ses fonds aux travaux publics exécutés par le gouvernement. Nous terminerons cette chronique par un relevé des prix des principales denrées agricoles :

Blé dur, les 100 kilog., Mostaganem, 44 à 45 fr. ; l'hectolitre, Tlemcem, 31 à 32 fr. — Orge, les 100 kilog., Mostaganem, 30 fr. ; l'hectolitre, Tlemcem, 15 à 16 fr. — Fèves, les 100 kilog., Mostaganem, 31 fr. 25. — Huile, les 100 kilog., Alger, 108 à 109 fr. — Figues, les 100 kilog., Alger, 31 à 32 fr. — Cire, les 100 kilog., Alger, 370 à 375 fr. — Miel, le kilog., Alger, 1 fr. 40. — Oranges, le 100, Alger, 2 Ir. 75. — Citrons, le 100, Alger, 2 fr. 75. — Œufs, la douzaine, Alger, 70 c. — Beurre, le kilog., Alger, 2 fr. 40. — Lait de vache, le litre, Alger, 50 c. — Viande, le kilog., Alger : le bœuf, 1 fr. 30, 1 fr. 80 c. ; le veau, 1 fr. 20 et 1 fr. ; le mouton, 1 fr. 60 et 1 fr. 40. Jules Duval,

Membre correspondant de la Société imjiérhle et centrale d'agriculture.

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