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LES PROPHÈTES DE LA SOLOGNE

tait de l'état de la Sologne et indiquait déjà des moyens de progrès pour elle, c'est qu'il croyait à son avenir. Si M. de Froberville invoquait pour « cette province, qui en avait besoin plus que toute autre, les faveurs privilégiées du gouvernement, a c'est qu'il avait la même foi. Enfin si le Prince Président s'écriait, en 1850 : « La Sologne peut être assainie et fertilisée; ^ si, en 1S60, l'Empereur signait le décret des routes agricoles, c'est que l'Empereur, comme le Prince, voulait hâter, fixer cet avenir.

« La France entière, dit en 1852 le rapport de MM. Stourm et Godelle sur la Sologne, a applaudi au projet de conquête pacifique que l'Empereur lui révélait; elle a compris que la fertilisation de la Sologne n'était qu'un premier pas dans une voie féconde. » Cette voie féconde, sur laquelle nos premiers pionniers avaient déjà arboré courageusement notre drapeau de défrichement, s'est en efi'et élargie puissamment sous la protection du gouvernement.

La Sologne était indiquée comme une tache au centre de la France, une tache qu'il fallait effacer. MM. Rouher, Dumas, Vicaire, Boinvilliers, Bella, Lecouteux, MoU, Léonce de Lavergue, de Vogtié, de Vibraye, etc., se sont mêlés à nous, et de la parole, de la plume, de la charrue, ont si bien pesé sur le bélier, que la brèche est largement faite, et que l'armée des défricheurs est entrée dans la place.

« Nous avons connu la Sologne, mais nou's ne la reconnaissons plus, » nous écrivait un vieil ami le lendemain d'une fête de notre Comice de Lamotte-Beuvrou. Ce vieil ami avait raison. L'ancienne Sologne, qu'il a connue, est partie, selon l'expression de M. T. de Beauchêne, et elle n'a pas été remplacés par un pays <t artificiel, vivant seulement de secours et de protection. » Non. La Sologne est dans un véritable travail qui augmente chaque jour sa vie et sa force. Des roules agricoles, la marne lui ont été données; un chemin de fer de Gien à Tours lui est promis; elle payera les intérêts et l'amortissement de toutes ces avances. Déjà, par ses agriculteurs et sylviculteurs , cette puissance réelle , cette renaissance, si on veut, est démontrée. Les bruyères, les étangs, les pâtis s'en vont ; les moissons et les bois leur succèdent, les Comices s'élèvent. Nous sommes même entrés dans la période plus avancée de l'industrie. Nos seigles, nos topinambours se distillent ; la culture entretient des fours à chau.'î, des fabriques d'engrais ; nos argiles font des drains, de la poterie, des briques qui se disposent à lutter sur les marchés de Paris avec celles du Gâtinais et de la Bourgogne; nos sables font du verre; nos genêts, nos ajoncs, du papier; nos laines, des draps, etc.

Le mouvement de transformation enfin est donné. Nous avons refait jusques à notre air. Le chiffre de notre population, qui s'en trouve bien, s'est élevé depuis 1861, dans la seule partie de la Sologne dépendant du Loir-et-Cher, partie qui représente la moitié de 460,000 hectares, s'est élevé de 3,101 habitants; tandis que dans ce même département le Vendomois s'est accru de 1,087, et le Blaisois de 2,500 habitants....

Si l'ignorance de la culture, l'absence de travail, l'éloignement des capitaux, la rareté des subsistances, l'insalubrité , le manque de voie de communication et de transport sont des causes de dépopulation, les causes contraires produisent des effets opposés. Nos prophètes avaient donc bien dit en vérité ; et les niais du bon laFontaine sont loin aujourd'hui.

Ernest Gaugiran, Maire de Cliaon.

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