LES PROPHKTES DE LS. SOLOGNE
tout en Sologne offrait l'image de la richesse et de la prospe'rité.... Une population nombreuse animait et fécondait chaque branche de culture etc. » Selon cet auteur, les causes du dépérissement de la Sologne sont l'impôt de la gabelle et une mauvaise répartition de la taille. Mais, un an plus tard, M. de Froberville semblait répondre à M. d'Autroche. Cherchant comme lui le passé de la Sologne, il accusait comme lui la gabelle, la taille, le désordre des guerres civiles ; mais il ajoutait : « Il n'en fallait pas tant pour consommer la ruine d'une province plus que toute autre pauvre par elle-même. » Pauvre, en effet, et peu peuplé, a toujours dû être un pays « abondant en pâtis, bois, hautes futaies, tailles, buissons, étangs, gibier et toute sorte de chasse, » tel enfin qu'on le peint dans l'histoire du duché d'Orléans, 1648.
« L'opinion que la Sologne a été plus peuplée qu'aujourd'hui, disait M. Lefour, nous semble problématique. j> Une population nombreuse, et par conséquent ingénieuse à se créer des ressources, ne sacrifie pas ses prés aux étangs et ne crée pas ainsi une culture contemplative. Une population nombreuse a sa raison d'être dans la richesse culturale ou industrielle du pays , dans la salubrité du climat. Or, notre sous-sol argileux, qui n'est pas changé depuis Louis XII , a toujours dû être, à mesure que le sol a été déboisé, une cause d'émanations paludéennes et de mau.x endémiques ; l'absence du calcaire dans la composition de notre sol n*a jamais pu permettre que la culture du sarrasin et du seigle.... Et quel seigle!... ergoté au point d'avoir été cause de ces maladies gaiigréneuses, dont l'abbé Tessier atteste les ravages, particulièrement en 1676, 1709, 1747 et 1772.
Quant à l'induslrie, nous trouvons que, sous Louis XIV, une sorte de conspiration fomenlée en Sologne reçoit le titre d'émeute des sabotiers
L'ergut pour moisson, le sabot pour industrie!...
Nous cherchons en vain les monuments, les noms d'hommes, les vieilles églises à grand vaisseau, les ruines, les traces qu'auraient dû laisser ces nombreuses populations présumées. On a parlé du grand nombre des moulins, barrant nos cours d'eau. On les a pris comme autant de témoins de l'époque florissante passée.... Je compte aujourd'hui dans ma commune, sur une distance de si.x kilomètres seulement, six moulins sur le Beuvron; les chutes sont bonnes, les meuniers vivent.... Faudrait-il en conclure que nos fermiers ont tous droit à la prime de la culture? Il y a peu d'années, la moyenne du rendement en seigle était de six hectolitres par hectare, et le froment était inconnu....
Quant aux massacres des guerres de religion, je les vois beaucoup plus aux environs de Mois qu'au cœur de la Sologne ; et si Goligny y a tenu la campagne, c'est, nous pensons, sur les bords de la Loire et du Cher.
M. Maréchal, président du Comice deVierzon, disait au comité central agricole, dans un rapport sur la culture delà vigne, que, « si la population et la fertilité en Sologne ont été développées dans les temps anciens, ce ne devait être que dans une proportion relativement restreinte. » Nous doutons, ainsi que M. Maréchal, ainsi que M. Lefour, de cette ancienne splendeur de la Sologne. Nous croyons que sous la cognée imprévoyante et barbare, sous la dent fatale des bestiaux, les forêts ont fait place au sarrasin et au seigle un peu, aux étangs, aux bruyères et aux moutons beaucoup. Nous croyons que le déboisement, l'éiang et l'ergot aidant, les populations y ont toujours été relativement chétives et peu nombreuses
Certainement, grâce à la présence des rois et de la cour à Romorantin, à Chambord , grâce au voisinage d'Orléans, quelques parties de la Sologne, à l'ouest et au nord, eut dû subir à certaines époques et dans certaines limites, une influence salutaii'e et préparer ainsi des arguments qu'on a trop généralisés, sans doute, dans l'histoire d'une Sologne florissante. Mais nous aurons toujours grand'peine à comprendre comment la Sologne boisée a pu être très-peuplée, et comment, depuis sa dégradation forestière, sou histoire a pu être autre que celle de ce triste pays dont ont parlé Lavoisier, Tessier, Arthur Yung, Puvis, etc.
Dans tous les cas, ce triste passé admis n'est pas une condamnation de l'avenir.
Si Arthur Yung appelait la Sologne misérable, il la disait « susceptible de grandes améliorations si on savait s'y prendre. » Si l'abbé Tessier étudiait son climat, son sol, les essences de ses bois, la nature des eaux, des herbes, des animaux, il recherchait les causes pour changer les efl'ets; ii voulait attirer l'attention publique sur une contrée qu'il estimait aussi comme capable d'être améliorée. Si Lavoisier trai-