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SUR UNE PRÉPARATION AVANTAGEUSE A FAIRE SUBIR AU GUANO

sible, le fait n'en est cependant pas moins intéressant à observer : le cultivateur rationnel en tirera la conséquence qu'il doit, par des essais, s'assurer si l'addition de sel de potasse au guano préparé donnera sur ses terres des résultats avantageux ; c'est une question que ni la théorie, ni les chimistes ne peuvent décider, sa solution dépend uniquement de la pratique.

H. Groiiven,

Directeur de la ferme expérimentale de Salzmiinde (Prusse) .

Immeubles par destination. — Chevaux, voitures et chariots. — Brasseur. — La Cour impériale de Metz était dernièrement saisie d'une question qui peut offrir un certain intérêt pour le propriétaire rural et pour les créanciers , soit hypothécaires , soit chirographaires des cultivateurs. Il s'agissait de savoir si les chevaux, chars et voitures d'un brasseur sont immeubles par destination lorsqu'ils servent à transporter chez les acheteurs la bière fabriquée. Cette question se présentait dans les circonstances suivantes: Après la faillite d'un sieur Husbaum, brasseur, il fut procédé à la vente de différents objets dépendant de son commerce, et notamment de chevaux, chars, camions, douves en chêne, vieux tonneaux, etc. Le syndic avait auparavant fait vendre l'immeuble où était installée sa brasserie. Un ordre s'ouvrit entre les créanciers hypothécaires sur le montant de cette vente; ils prétendirent faire comprendre, dans les sommes qui devaient leur être distribuées, le prix des chevaux, voitures, etc., objets qui, suivant eux, étaient des immeubles par destination. Lejuge-commissaire à l'ordre en établit ainsi le règlement provisoire et, sur le contredit du syndic agissant dans l'intérêt de la masse chirographaire, le tribunal de Thionville maintint le règlement provisoire, en décidant que les objets litigieux entre les deux masses de créanciers ayant été placés sur le fonds par le propriétaire pour le service et l'utilité de ce fonds, étaient devenus des immeubles par destination. Mais, sur l'appel du syndic, la Cour a réformé la décision des premiers juges par les motifs suivants :

1 En ce qui concerne les voitures, chars ou chariots, chevaux et harnais : n Attendu cfue ces objets, meubles de leur nature, ne peuvent perdre ce caractère et devenir des accessoires immobiliers, susceptibles d'iiypothèque, que par l'effet d'une fiction de la loi, c'est-à-dire lorsque le propriétaire d'un fonds les y a placés pour le service et l'exploitation de ce fonds ; — Attendu que l'art. 524 du Code Napoléon, qui n'est pas limitatif, pose des exemples qui servent à donner le véritable sens de sa disposition générale, et que, pour une usme, il faut entendre par objets placés pour le service et l'exploitation du fonds, ceux qui sont les agents nécessaires du système spécial de production auquel l'établissement industriel est consacré ; — Attendu que, dans une brasserie, le cheval qui serait employé à mettre un mécanisme en mouvement devrait être considéré comme immeuble par destination , aussi bien que celui qui tire une charrue dans une exploitation rurale , mais qu'il n'en est pas de même des chevaux et voitures employés par le brasseur pour transporter en divers lieux les produits de la brasserie; que ces objets, en effet , ne sont nas des agents de fabrication, mais des instruments extérieurs du débit des choses abriquées; — Attendu que ce système d'appréciation est consacré par le législateur dans l'art. 8 de la loi du 21 avril 1810 sur les mines, lequel ne cou-

sidère comme chevaux attachés à l'exploitation, et par suite comme immeubles, que ceux qui sont exclusivement attachés aux travaux intérieurs des mines; — Attendu que ce sens restreint de l'article 524 Du Code Napoléon résulte encore du rapport présenté par le tribun Goupil de Préfeln, qui disait au Tribunal, dans sa séance du 20 janvier 1804 : « Il y aurait de graves inconvénients à ne pas donner n le caractère d'immeubles à quelques objets mobiliers par leur nature, que le pro- « priétaire a placés sur son domame, pour son service et son exploitation, et qui ne « peuvent en être retirés ou enlevés sans rendre impossible l'exploitation de ce <i domaine ou sans le détériorer essentiellement; — Attendu enfin qu'il est constaté que Husbaum, indépendamment de son industrie de brasseur, faisait le commerce de grains; qu'il pouvait, dès lors, employer ses chevaux et ses voitures pour les opérations de ce même commerce, et que cette circonstance ôte à la destination des objets en question Ij caractère de spécialité nécessaire pour en faire des immeubles;

« En ce qui concerne les autres objets, tels que sacs, brouettes, scies, meules, douves en chêne, articles de fer et de plomb, etc., etc. :

« Attendu que les déductions qui précèdent s'appliquent à plus forte raison à ces objets, qui ont été employés à des usages divers et n ont jamais perdu leur caractère purement mobilier;

« En ce qui concerne les tonneaux :

0 Attendu qu'il s'agit de vieux tonneaux qui étaient devenus impropres au service de la brasserie, et qui, à raison même de cette circonstance, n avaient pas été compris dans le procès-verbal de saisie du 13 avril 1865; — par ces motifs, etc.... »

A l'égard de tous les objets autres que les chevaux, chars et chariots, nous ne comprenons pas que le doute ait pu exister, et nous comprenons encore moins comment le tribunal de Thionville avait pu attribuer à de tels objets le caractère d'immeubles par destination.

Mais à regard des chevaux, chars et chariots, la question nous paraît beaucoup plus délicate, et nous nous demandons si, en fait et en droit, le motif puisé parla Cour dans la loi de 1810 doit être accueilli sans contestation ; c'est là un point importantpour l'agriculture comme pour l'industrie et qui mérite d'être examiné.

La Cour reconnaît que l'art. 524 du Code Napoléon est simplement énonciatif et non limitatif; que, par conséquent, on peut regarder comme immeubles par destination des objets autres que ceux spécialement déterminés par cet article. Cela nous paraît évident et admis par tout le monde. Mais la Cour restreint l'application de l'art. 524 aux objets servant exclusivement aux travaux intérieurs de l'exploitation ; puis, prenant pour point de comparaison l'interprétation de la loi en matière d'agriculture, elle ajoute que, dans « une brasserie, le cheval qui serait employé à mettre un mécanisme en mouvement devrait être considéré comme immeuble par destination, aussi bien que celui qui tire une charrue dans une exploitation rurale, mais qu'il n'en est pas de même des chevaux et voitures employés par le brasseur pour transporter en divers lieux les produits de la brasserie. « Le motif delà Cour est que ces objets ne sont pas des agents de fabrication, mais des instruments extérieurs du débit des choses fabriquées.

Si ce principe était admis, il faudrait évidemment l'appliquer à l'agriculture et décider que le cheval servant au transport des récoltes sur les marchés ne serait pas regarde comme immeuble par destination, tandis que le cheval de charrue le serait au contraire. Nous ne voyons pas sur quoi peut se fonder cette distinction, arbitraire selon nous. Elle ne résulte pas des termes de l'art. 524; tout au contraire, elle nous paraît formellement repoussée par eux, puisqu'ils désignent comme immeubles par destination « les objets que le pro-

priétaire du fonds y a placés pour le service et l'exploitation de ce tonds. )) Les objets placés par le propriétaire pour l'exp{oilalion du fonds sont ceux qui servent soit à la création, soit à l'écoulement des produits du fonds. Exploiter une usine, c'est employer les matières premières, vendre et livrer les marchandises fabriquées ; exploiter un héritage rural, c'est cultiver la terre pour obtenir des récoltes, les vendre et les livrer aux acheteurs. Nous croyons donc que la distinction faite par la Cour de Metz doit être repoussée. Peut-être, si nous avions à examiner l'art. 524 du Code Napoléon au point de vue de la législation, en abandonnerions-nous volontiers le principe, car nous aimons peu ces fictions légales qui s'écartent de la nature des choses; mais la loi existe, il s'agit de l'interpréter, et nous croyons que la Cour deMelz s'est trompée dans son appréciation.

Victor Émion,

Ayocat à la Cour impériale de Paris.

Un mot de réponse à M. Robiou de la Tn'lionnais.

Bdunsle posl-scriplum inséré au numéro du 20 janvier fp. 151), et faisant suite à un article sur la race bovine de Durliam, pul.lié le 5 du même mois, je parlais de deus prix obtenus, au concours de Smiihfield, par un bœuf'durham-coteDtin et un bœuf durham-manceau. j'avais avancé le fait sur le dire d'un fermier de la Vendée, voisin de l'engraisseur de l'un de ces bœufs.

Voici venir M. Robiou de la Trélionnais, qui me donne un démenti formel dans sa Chronique agricole de l' Angleterre {n° du. 5 mars, page 418), en disant que c'est %iJie invenlion ridicule, q\. il s'étonne de me voir accepter des assertions aussi absurdes.

Nous allons voir si mon contradicteur avait le droit de m'adresser des expressions si peu.... parlementaires.

J'ai raconté tout .amplement les faits sans les nier ou les affirmer : d'ailleurs, pourquoi ne les aurais-je pas acceptés comme vrais? Des engraisseurs d'outre- Manclie ont amené plusieurs fois des bœufs gras à Poissy; il ont concouru dans des catégories séparées et leurs animaux ont remporté des prix comme les bœufs indigènes. Je pouvais donc parfaitement croire que, en raison d'une juste réciprocité, nos bœufs seraient également reçus et primés au concours de SmithlielJ. En quoi donc cette croyance est-elle ridicule ou absurde ? Quel était mon but en publiant mes deux articles? Je voulais rassurer les éleveurs de la race de Durham, en leur disant que les prétendus bœufs de travail, si estimés de la bouclierie londonienne, étaient tout simplement des métis courtes-cornes, ou, du moins, que ceux-ci formaient la tête des animaux exportés. Mon contradicteur dit que mon enthousiasme pour les durhams me rend par trop crédule. Distinguons : j'estime beaucoup, la race de Durham, j'en ai donné mainte et mainte fois la preuve; mais l'enthousiasme ne m'aveugle pas; j'ai critiqué très-sévèrement bien des sujets de cette admirable souche, et l'on ne peut raisonnablement m'adresser un pareil reproche. Mon contradicteur en sait quelque chose; il doit se rappeler le fameux Sans-Pareil , taureau courtes-cornes importé par lui d'Angleterre, et qui obtint le premier prix au Concours universel de Paris, en 1855. Je blâmai, dans le temps, la décision du jury, et je m'étonnai qu'on eût classé en première ligne un animal aussi défectueux. On trouva généralement ma critique trop sévère; mais ce reproducteur fut présenté une seconde fois au Concours universel de 1856, et il me donna complètement raison. N'étant plus fardé par la gi-aisse de l'année précédente, ses nombreux défauts apparurent à tous les yeux. Je veux bien croire que mon contradicteur ait pu prendre et vanter Sans Pareil comme un type de sa race, et le vendre en conséquence; alors, il voudra bien me permettre de lui dire qu'il se montra par trop crédule à ce sujet, car l'anima! aurait dû s'appeler Sans-Valeur.

E. Jamet.

RenneS; 6 mars 1867.

Si la culture de la betterave est une source de profils pour l'agriculteur, elle est aussi pour lui l'occasion de grands ennuis et de mécomptes sérieux. Les uns sont inhérents à la culture même de celte racine, les autres viennent de la tyrannie de l'industrie sucrière, et ce sont les plus nombreux et les plus insupportables. Le cultivateur est habitué à se soumettre aux caprices du temps, il sait s'y résigner, mais il se révolte volontiers contre les exigences souvent injustifiables du fabricant.

Tout n'est pas fait quand la betterave est arrachée et nettoyée, il faut ensuite la porter à l'usine et s'en débarrasser le plus rapidement possible par craintes des gelées précoces. Ce sont alors des charrois précipités qui absorbent une partie du prix de vente. Puis il faut, pendant toute la durée de la fabrication, exécuter de nouveaux charrois pour aller chercher les pulpes. Que d'ennuis de toute sorte à cette occasion ! D'abord pour être servi ; ensuite pour arriver à la conservation de ce précieux aliment. Combien il serait préférable de fabriquer soi-même, de ne dépendre de personne et d'être dispensé de ces voyages à l'usine, dont la dépense est aussi considérable qu'il est difficile de la chilïier exactement. Aussi quelques agriculteurs hardis ont-ils, depuis longtemps déjà, essayé de se soustraire à la dépendance de l'industrie en devenant fabricants eux-mêmes. Ceux-là étaient de grands cultivateurs, disposant de ressources sulfisautes, et qu'une installation industrielle n'a pas fait reculer. Mais ces tentatives ne sont pas à la portée de tout le monde, aussi ontils eu peu d'imitateurs. Bien que de temps en temps on reparle des sucreries agricoles, dont tout le monde désire l'avènement , néanmoins les progrès accomplis jusqu'ici dans la fabrication ne paraissent pas tendre vers ce résultat. Pour que le fermier puisse fabriquer le sucre lui-même, il faudrait simplifier le plus possible les procédés d'extraction. Or, depuis que cette industrie a vu le jour, c'est toujours le contraire qui s'est produit ; les procédés à" chaque perfectionnement ont été en se compliquant de plus en plus et en voici la raison : l'industrie sucrière se propose pour but, les betteraves étant achetées, d'en extraire la plus grande quantité possible du sucre qu'elles contiennent; aucun effort ne lui paraîtra trop considérable pour arriver à ce but, et, quelle que soit la complic?ition des moyens, elle n'hésitera pas à les employer, pourvu qu'elle y trouve un profit quelque minime qu'il soit. Au début, la fabrication était fort imparfaite ; c'était dans ce temps-là qu'on déféquait avec du sang. Ensuite est venu le perfectionnement Rousseau qui consiste à mélanger au jus un lait de chaux. Il se produit un double résultat : les ferments et les acides sont neutralisés et leur combinaison avec la chaux amène leur précipitation; ainsi s'opère la défécation. 11 y avait là un grand progrès accompli, aussi le rendement s'éleva-t-il beaucoup. La chaux ne se combine pas seulement avec les matières organiques azotées que contiennent les jus, elle se combine aussi avec le sucre et forme un saccharate ou sucrate de chaux; il faut ensuite, pour obtenir le sucre, décomposer ce sucrate de chaux par un courant d'acide carbonique. Ce perfectionnement Rousseau n'est donc obtenu qu'au moyen d'une nouvelle opération; la fabrication se complique davantage et devient dès lors moins abordable aux cultivateurs. Ije procédé Maumené est presque identique au précédent.

M. Robert de Massy imagina de substituer à la chaux, l'hydrate de baryte. A part cela tout se passait comme dans les procédés précédents ; mais l'hydrate de baryte était un corps nouveau moins familier que la chaux aux cultivateurs, et son emploi devait plutôt les éloigner de toute tentative de fabrication.

Dernièrement enfin, M. Kessler imagina de substituer à la chaux et à la baryte un phosphate acide de chaux que l'on mélange aux jus et aux pulpes au moment même où iis s'échappent ensemble de dessous la râpe. Je ne sais si véritablement on pouvait appeler cela un perfectionnement, car on substituait à la chaux une substance demandant déjà par elle-même une préparation particulière et compliquée, dont l'emploi e.xige certainement plus d'attention et de surveillance que celui de la chaux qu'elle venait remplacer. Mais il parait que l'on obtient de cette manière un rendement plus considérable, et c'est en cela qu'il y a un perfectionnement industriel. Pour préparer le phosphate acide, il fiut traiter !e phosphate des os par l'acide

sulfuriqiie. Le phosphate ainsi obtenu est étendu jusqu'à ce qu'il marque 4". 5 à l'aréomètre, et bien qu'il contienne un excès d'acide sulfurique, il ne produit, assure-t-on, qu'une action très-lente de transformation sur le sucre, de sorte qu'il ne présente d'autre inconvénient que de demander plus tard une nouvelle opération pour arriver à sa neutralisation. Que penser de cette fabrication du phosphate acide qui doit précéder la fabrication même du sucre? Comme elle sera commode pour un cultivateur ! Ce n'est pas là la seule complication du procédé Kessler, en voici encore d'autres. Il extrait les jus non plus par la presse mais par déplacement, c'est-à-dire qu'on laisse d'abord égoulter les pulpes sans leur faire subir aucune pression, puis on les plonge ^suite dans une citerne où on les lave à plusieurs reprises ; l'eau déplace les jus sucrés, d'où le nom de l'opération. Il faut ensuite neutraliser avec de la chaux l'acide sulfurique dont nous avons signalé la présence dans le phosphate acide de chaux, et ramener à l'état basique le phosphate acide luimême. Ce n'est pas encore tout; comme il reste de la chaux en dissolution, on s'en débarrasse par clu sulfate de magnésie ; il se forme un sulfate de chaux qui se précipite en même temps que la magnésie.

Il paraît que le sucre obtenu par ce procédé est très-beau et que l'extraction est allée réguhèrement à 6,5 à 7 pour 100. Mais les pulpes qui ont macéré dans l'eau sont très-médiocres et d'une conservation difficile à cause de la grande quantité d'eau qui les imprègne, sans compter qu'elles contiennent des sels abondants qui ne sont d'aucune utilité pour le bétail. Certes, de tous les procédés imaginés jusqu'à présent, celui de M. Kessler est de beaucoup le plus compliqué. Cependant tous les journaux compétents ont célébré à l'envi cette invention, surtout depuis qu'elle a reçu son application en grand chez M. Demiautte, à Saint-Léger, près d'Arras. Ils ont déclaré que le problème de la sucrerie agricole était résolu par cela seul qu'on pouvait se passer des presses hydrauliques, qui demandent un grand déployement de force. Non 1 le procédé Kessler est tout ce qu'il y a de plus industriel et de moins agricole ; car il ne suffit pas, pour qu'un procédé mérite les honneurs de ce nom, qu'il ait été mis en pratique par un agriculteur; à ce compte-là, il y a vingt-cinq ans que les fermiers du Nord ont résolu le problème, quand ils ont fabriqué du sucre dans leurs bâtiments de ferme, en employant le procédé industriel de leur époque, et certes il était loin d'être aussi compliqué que celui de M. Kessler et ne demandait pas une aussi grande dextérité de fabrication. De plus, le procédé Kessler ne peut lonctionner sans l'aide d'une machine à vapeur, qui est indispensable pour faire mouvoir la râpe. Il est vrai qu'au lieu d'une machine fixe ordinaire, on pourra se servir d'une machine locomobile. Or, peut-on appeler agricole un procédé qui nécessite l'établissement d'une machine à vapeur et toutes ses conséquences? Qu'arrivera-t-il si cette machine vient à se déranger au milieu de ia saison sucrière, dans une ferme éloignée d'un centre industriel qui puisse fournir les ouvriers nécessaires k une prompte réparation? Il semble que la première amélioration à demander à un procédé qui se dit agricole, c'est la suppression de la machine à vapeur. Malheureusement, les procédés employés jusqu'à présent ont tous exigé l'emploi d'une machine fixe ou locomobile, nécessaire pour mettre en mouvement la râpe et les presses. On ne manquera pas de dire que cette machine ne sera pas seulement destinée à faire marcher la sucrerie ; qu'elle aura encore d'autres emplois, qu'elle servira à mettre en mouvement la machine à battrie, le coupe-racines, le hache-paille, etc. Soit, mais il n'en est pas moins vrai que tant qu'elle sera indispensable à la fabrication du sucre, celle-ci ne pourra être essayée que dans de grandes exploitations.

Le véritable procédé agricole sera celui qui pourra être mis en pratique dans de moyennes fermes de quatre-vingts à cent hectares, qui n'exigera pas de la part du cultivateur un long apprentissage préalable, ni une habileté particulière. Quand la sucrerie agricole ainsi comprise sera possible, l'agriculture aura accompli un grand progrès. Elle deviendra un des rouages de l'exploitation, elle sera la pourvoyeuse de retable et son travail sera subordonné à la consommation des pulpes, en un mot, la fabrication du sucre sera réglée par les besoins de l'écurie. Alors la culture de la betterave sera améborante au plus haut point, car il ne sortira de la ferme que le sucre, substance chimiquement composé d'eau et de charbon, et qui se forme uniquement aux dépens de l'atmosphère. Les pulpes et les écumes qui contiennent les matières azotées, les mélasses qui contiennent les sels de potasse et

les phosphates, seront rendus à. la terre après avoir servi à la nourriture des animaux.

Pour bien comprendre quelle est la difficulté essentielle de l'extraction du sucre de betterave, il est bon de se rendre compte des phénomènes chimiques qui se passent dans les jus pendant la fabrication. Dès que la betterave a été déchirée par la râpe et que les liquides renfermés dans les cellules ont été mélangés et mis en contact avec l'air, l'altération commence aussitôt. Les transformations sont trèsrapides; les matières azotées albuminguses donnent naissance à des ferments qui décomposent le sucre et le changent en alcool ; un autre ferment transforme une substance nommée pectose en acides divers. Ceu.vci convertiront le sucre cristallisable en sucre incristallisable qui se retrouvera plus tard dans les mélasses, au grand détriment du fabricant. C'est pour empêcher la formation des ferments et des acides dérivés de la pectose qu'ont été imaginés tous les procédés. Les uns, comme nous l'avons vu, emploient la chaux ou la baryte, l'autre le phosphate acide de chaux; mais tous se proposent et arrivent au même résultat, la neutralisation des matières organiques. Nos ménagères nous diront qu'il y a encore un autre moyen bien simple d'obtenir ce résultat, c'est d'employer la chaleur. Quand elles veulent arrêter la fermentation des jus qui doivent servir à confectionner leurs conlitures, elles les font cuire; quand une pièce de viande commence à s'avancer elles la mettent à la broche. Pour la fabrication du sucre, il est insuffisant de faire bouillir les jus après leur extraction; le temps qui s'écoule entre la râpe et la chaudière est trop long ; quand on arrive à l'ébullition, le mal est accompli en grande partie. C'est pour cela que l'on opère le mélange des substances préservatrices le plus tôt possible. M. Kessler arrose les pulpes avec le phosphate acide immédiatement après le râpage, et c'est à cela qu'il doit le beau rendement auquel il est arrivé. Pour que la chaleur pût efficacement prévenir toute altération, il faudrait faire cuire la betterave elle-même, de telle sorte que les jus ne soient mélangés et exposés à l'air qu'après la cuisson.

Or, ce mode de fabrication M. Labarre l'a imaginé et mis en pratique ; il procède à la cuisson de la betterave préalablement à l'extraction des jus. De celte maniène l'albumine coagulée ne peut plus donner naissance aux ferments alcooliques, et les autres matières organiques ont subi par l'action de la chaleur une modification telle, qu'elles ne sont plus aptes à donner naissance aux acides. Ces deux agents de destruction du sucre étant supprimés, le rendement se trouve augmenté et le travail de la fabrication devient plus facile.

Voici la description des ditïérentes opérations qui constituent l'ensemble de la méthode de M. Labarre. Il découpe la betterave avec un coupe-racines ordinaire, et met les morceaux ainsi obtenus dans un vase percé de nombreux trous. Ce vase s'adapte à une chaudière dans laquelle on le descend et qu'il remplit. M. Labarre verse dans cette chaudière une quantité d'eau égale en poids à la quantité de betteraves employée ; mais il nous semble que cette quantité d'eau pourrait être diminuée, ce qui rendrait moins longue la concentration des sirops. Quand la cuisson est complète, on retire le vase de la chaudière, on le porte à la presse et la betterave est soumise à une pression moyenne qui fera sortir environ les trois quarts du jus qu'elle contient. 11 n'y a aucun inconvénient dans la fabrication agricole à ne procéder qu'à une extraction incomplète des jus. Dans une ferme où les animaux doivent consommer les pulpes, il n'est pas nécessaire d'e.'itraire la totalité des jus, puisque les animaux profiteront de ce qui pourra en rester dans les pulpes et les rendre plus savoureuses. C'est en ceci que la sucrerie industrielle ditlère de la sucrerie agricole. L'industrie fabrique et doit s'efforcer d'extraire de la betterave la plus grande quantité de sucre possible. Pour l'agriculture, le problème se présente dilléremment; elle doit tirer de la betterave le meilleur parti, soit qu'elle en extraie le sucre, soit qu'elle la fasse servir à la nourriture du bétail. J'ai posé en principe que la sucrerie agricole doit être la pourvoyeuse de l'étable. C'est avant tout au bétail que la betterave est destinée; seulement, comme elle contient une grande proportion de sucre, et qu'une partie de celui-ci serait consommée sans profit pour les animaux, on se propose pour but, par une fabrication en quelque sorte accessoire, d'extraire préalablement cette quantité en e.xcès qui, donnée aux animaux, serait détruite sans résultat pour le cultivateur.»

Revenons aux opérations qui constituent le procédé Labarre. Les jus recueillis dans la chaudière et sous la presse sont mélangée à un lait de chaux qui n'a pas

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d'autre but que d'aider à la défécation par la précipitation des matières organiques en solution. On laisse ensuite déposer pendant deux heures, la portion sup/'rieure est soutirée, l'autre plus trouble et qui contient la chaux combinée avec les matières organiques précipitées est passée à travers un filtre en étoffe qui a la furme d'un sac. Ces jus ainsi filtrés sont portés à la chaudière; on les fait bouillir pendant quelques instants pour retirer les écumes, puis on éteint le feu. Ensuite, après refroidissement suffisant on filtre sur le noir animal pour décolorer, puis on jette dans les formes.

Ici, j'appellerai l'attention sur la simplicité des opérations de M. Labarre et de sonoutillage. Un coupe-racines fontionnerait à l'étage supérieur, puis par une trappe on jetterait dans la chaudière ou plutôt dans le vase à claire-voie qui la remplit, ks morceaux de betterave découpée. Après la cuisson on enlèverait ce vase avec une grue et on le placerait tout plein de betierave cuite sous la presse qui pourrait ressembler à nos pressoirs de vendange. Les jus peuvent s'écouler tant de la presse que de la chaudière dans ua récipient placé un peu au-dessous. C'est là qu'ils seront mélangés au lait de cliau.x qui doit aider à la défécation. De là, soutirés en partie, en partie passés à travers les filtres en étoffe, ils descendraient dans une seconde chaudière qui en les portant à l'ébullition permettrait la séparation des écumes. Enfin viendrait la décoloration par le noir animal, et en dernier lieu la concentration. Par ce procédé, plus de machine à vapeur; à la rigueur, il n"est nullement besoin d'un manège, quelques hommes suffiront. La plus grande dépense de force sera nécessité par le lavage des betteraves et par leur transport au premier étage. Je vais tout à l'heure vous soumettre les comptes approximatifs pour une fabrication de 5,000 kilog. par jour, et je compterai largement ou plutôt j'exagérerai la main-d'œuvre, la valeur de l'outillage.

M. Labarre, chaque semaine pendant l'automne et une partie de l'hiver, accomplit dans son laboratoire un travail complet de fabrication, et il admet le public à suivre ses opérations. Il emploie chaque fois 7 kilog. 1/2 de betteraves; ce chiffre est déterminé par la grandeur des appareils dont il se sert. Ces 7 kilog. 1/2 de betteraves donnent 4 kilog. 200 de jus et laissent 3 kilog. 800 de pulpes. Dans l'industrie ordinaire ces 7 kdog. 5.0 donneraient 6 kilog. de jus et 1 kilog. 500 de pulpes. Si M. Labarre pressait plus fortement, la quantité de jus augmenterait et celle des palpes diminuerait, car elles sont encoie très-succulentes en sortant de la presse. Mais comme elles sont destinées aux animaux du fabricant il n'y a pas là perte, il y a, ainsi que nous l'avons dit, emploi différent. De ces 4 kilog. 200 de jus M. Labarre obtient 600 grammes de masse greuée. Ou ajipelle ainsi la masse de jus concentrés qui commence à cristalliser et qui est un mélange de cristaux de sucre et de mélasse. La séparation s'opère dans les furmes, la mélasse s'écoule en laissant le sucre à l'état de masse cristalline qui, lorsqu'elle est bien réussie, prend le nom de bonne 4'= et se vend en ce moment, au cours du marché, 5S fr. les 100 kilog.

Si nous rapportons le calcul précédent au système décimal, nous voyons que M. Labarre, de 1,000 kih'g. de betteraves obtient 440 kilog. de pulpes et 560 kilog. de jus dont il tire 80 kilog. de masse greuée. Quel est le rapport de la masse grenée à la bonne 4% en d'autres termes quelle quantité de sucre commercial M. Labarre tire-t-il de ses 1000 kil. de betteraves? Il est difficile de le dire, car la quantité des mélasses varie par bien dts motifs. La qualité de la racine, la température, la saison, l'habileté des ouvi'iers et peut-être aussi le hasard eu font varier la proportion. C'est pour cela que l'industrie suciière comporîe tant d'imprévu. M. Labarre n'a pas pu éclaircir pour nous ce point obscur. Il affirme qu'il est certain par son procédé d'extraire de 6 à 7 pour 100 de sucre de la betterave f[ui, vous le savez, contient d'une manière absolue de 8 à 9 pour lÛO suivant la saison et les années. Cette alfirmation n'est peut-être pas exagérée, puisque par la cuisson préalable on se met à l'abri aussi complètement que possible de la transformation et de la décomposition du sucre. Cependant j'ai voulu supposer qu'il pourrait en extraire seulement 5,5 pour lûû, et voici les calculs auxquels je suis arrivé.

Un cultivateur faisant valoir une ferme de 100 hectares pourrait mettre 20 hectares en betteraves ; s'il produisait 35,000 kilog. par hectare, il aurait eu tout 700,000 kilog.; s'il en traitait 5,000 kilog. par jour, le travail durerait 4 inois 1/2, ce qui n'est pas indifférent dans une ferme. Cliaque jour, il aurait 2,200 kilogrammes de pulpes à donner à ses animaux.

DE l'industrie SUCRIÈRE ET DE L'AGRICULTURE. 553

fr.

Oi-, les "00,000 kilog. de betteraves, à 55 kilog. de sucre pour 100,

donneraient 385 sacs qui, à 5S fr., produiraient 22,330

Plus les pulpes, qui vaudraient, à raison de 18 fr. le 1,000 5,544

Ea fout 27 ,874

Plus les mélasses, que je ne compte pas, et qui ont cependant une grande valeur.

Voici les dépenses par jour : fr.

6 hommes à 3 fr 18.00

2 femmes à 1 fr. 50 3.00

2 enfants à 75 c 1 . 50

En tout 22.50

qui, multipliés par 140 jours de travail, donnent 3,050.00

Intérêt de 15,X)00 fi:, de capital (e.xagéré) en amortissant à 10 pour 100 1,500.00

Charbon 3,000.00

Patente, entretien du matériel 1 ,200.00

Ensemble 8,750.00 8,750

Il resterait net 19,124

Le mille de betteraves rapporterait donc au cultivateur fabricant 27 fr. 32, et il aurait l'avantage d'avoir sous la main, et au jour lejour, d'excellentes pulpes; si, au lieu de compter les pulpes à 18 fr. le 1,000, on les comptait à 10 fr., le mille de betteraves rapporterait 23, 50. Quelle comparaison établir, quant à la valeur, entre les pulpes de l'industrie et celle de M- Labarre? Dans rindusirie, 1,000 kilog. de betteraves donnent 200 kilog. de pulpes et le procédé Labarre en produit 440. Cette différence de 240 kilog. en faveur de ce dernier n'est autre chose que du jus qui n'a pas été extrait et dont le bétail pourra profiter. Si donc à poids égal les pulpes de l'industrie paraissent devoir être plus nourrissantes, je vous ferai observer que celles de M. Labarre, à cause de la cuisson préalable, doivent contenir des matières organiques azotées, telles que l'albumine par exemple, qui n'existe pas dans les premières. Il est donc difficile de comparer ces deux sortes de pulpes, il faudrait que l'expérience comparative eût pu être faile sur le bétail. Celles-ci auront au moins le mérite d'être produites au jour le jour, à mesure des besoins, et de pouvoir être employées sans préparation aucune.

Ainsi donc, l'idée de M. Labarre e.st ingénieuse et mérite d'être prise en c.nsidération. Par elle, une partie de la betterave serait transformée en sucre, l'autre sous forme de pulpes succulentes serait consommée par les animaux, et grâce à elle la culture de la betterave serait améliorante au plus haut point. Il est à regretter que le travail de l'inventeur n'ait pas permis de donner avec plus de certitude le rendement précis en argent; mais je conviens que ce calcul est difficile parce que la fabrication de M. Libarre s'accomplit sur une trop petite échelle. Ces calculs, quelquefois difficiles à établir pour la grande industrie, sont presque impossibles dans de si petites proportions, puisque les moindres causes amènent des erreurs considérables quand pour établir la comparaison on est forcé de les centupler et au delà. C'est en faisant ces réserves que nous co.. durons en disant : Le procédé de M. Labarre est peut-être appelé à donner de précieux résultats pour la culture, puisqu'il retire à la fabrication du sucre une grande difficulté en remplaçant la neutralisation des ferments et des acides par une cuisson préalable, opération qui ne présente aucune difficulté, et puisqu'il supprime l'emploi de cet outillage si dispendieux que l'on connaît. Il peut s'etîectuer sur des quantités aussi petites que l'on voudra, puisqu'il réussit entre les mains de M. Labarre qui met chaque fois en œuvre 7 kilog. 1/2 de betteraves. Enfin il reste à formuler un vœu, c'est que cette tentative nouvelle sorte du laboratoire de l'inventeur pour recevoir dans une ferme la sanction de l'expérience.

D' Germain, Membre du Comice agricole de Chàteau-Tiiierry.

RL Georges Ville nous fait parvenir, toujours par l'intermédiaire d'un huissier, s'adressant à M. Delagrave qui n'a rien à faire dans la question, une nouvelle réponse à M. Rohart. Cette réponse est pleine de personnalités et de détails en dehors du déhat. Néanmoins, nous en commençons l'insertion, car nous voulons que M. ^'ille ne puisse pas dire qu'il a été le moins du monde gêné dans l'expression de ses idées. D'un autre côté, nous laissons M. Rohart mettre des notes à tous les passages de l'article de M. Aille qui lui paraissent en mériter. Nous nous contentons de dire que, malgré tout ce flot d'encre, la discussion n'avance nullement. D'ailleurs, elle est éclaircie : l'idée d'employer des engrais chimiques pour suppléer, suivant les sols, à l'absence de quelques principes manquant soit dans le fumier, soit dans le sol arable, était dans le domaine public avant que M. Ville vint au monde. Des expériences analogues à la sienne avaient été faites par beaucoup d'expérimentateurs en France, en Allemagne et en Angleterre avant qu'il se mît à l'œuvre. Il n'a pas indiqué un seul ingrédient qui n'eût été essayé avant lui. Son système commence alors qu'il dit qu'on peut se passer de fumier par l'emploi exclusif d'un engrais c'nimique qu'il appelle complet. Mais avec ce système commence aussi l'erreur. Dans la grande généralité des cas, une quantité de fumier d'une valeur égale à celle des engrais chimiques employés selon la formule de M. Ville, produit des effets totaux plus considérables. C'est là le seul pomt en litige désormais, en litige pour RI. Ville, car pour nous, la vérité luit plus brillante que le soleil. Cela dit, nous laissons la parole à M. Ville, qui parle de lui-même à la troisième personne.

J.-A. Barral.

La question de priorité dont vous avez fait honneur à M. Boussingault se trouvant écartée, malgré Tiusistance de vos dénégations, résumons rapidement les résultats les plus essentiels que l'on doit à M. Ville, et montrons comment leur enchaînemetit conduit à un ensemble de règles qui suffisent à tous les besoins de la pratique ('). 1° Le premier résultat des travaux de M. G. Ville a été de mettre en lumière ce qu'il appelle le principe des forces collecHves, ou, si vous l'aimez mieux, la vérité de ce fait, que deux engrais dont l'effet utile est exprimé par 6 ou par 8, lorsqu'on les emploie isolément, peut aller jusqu'à produire 30 ou 40 lorsqu'on les fait agir ensemble, à la condition toutefois qu'on les réunisse dans un certain ordre et d'après certaines règles déterminées ('). 2° Avant M. Ville on admettait l'existence

1. Voir les numéros du 5 et du 20 février, pages 281 et 333, et la dernière Chronique agricole, page 40U. 'i^i

(1) La question de priorité que nous avons invoquée en faveur de M. BoussingauU est de droit; jiûus la maintenons sans réserve. Voici d'ailleurs de nouveau.'i faits qui l'établissent.

marquable du système de M. Ville, M. Pépin-Lehalleur, ancien élève de l'École "polytechnique, agriculteur et industriel des plus distingués, s'exprime aiusi dans le journal

Dans un exposé tres-rema

/'Union" du 27 juillet 1866 : a Dans des expériences remontant à 1837, que M. Ville a le tort de ne pas se rappeler, car elles sont anicrieures de dix années à celles qu'il a faites sur le même sujet et en adoptant une méthode et des procédés tout à fait idcntiijucs, M. BoussingauU, recherchant l'origine de ra.iote dans les plantes, mit le premier en évidence que certaines espèces de plantes, telles que les graminées, ne paraissaient pas prendre d'azote à l'air qui est composé aux 4/5" de ce gaz, mais que d'autres espèces, comme les légumineuses, devaient puiser directement une partie de leur azote dans l'atmosphère, x C'est net et précis. Nous avons dit la vérité, et la priorité appartient bien réellement à M. Boussingault, et non pas à M. Ville, qui s'empresse de se l'attribuer. Remarquons que, malgré ces témoignages et ces preuves écrasantes, c'est M. Ville lui-même qui, à ce propos, parle de « tout ce qu'on lui doit, » sans attendre que la postérité lui mette la couronne sur la tête. — Roh.4rt. . , „.

Ci) Le principe des forces collectives est un assez joli mot, et il pourrait bien être de l'invention de M. Ville. Quant aux faits qu'il exprime, ils ont été parfaitement établis par M. Boussingault, dans son travail sur les hélianthus, déjà cité, lequel montre, en effet, la part d'influence revenant à chacun des agents qui concourent au développement du végétal. — R.

d'pnp:rais spéciaux, on croyait par exemple que le phosphate acide de chaux sutfit aux besoins d'une production continue de turneps et de rutabagas, et que les matières azotées suffisent à la production indéfinie du froment ('). M. Ville a prouvé que c'était là une interprétation fausse des phénomènes ; que ni le phosphate acide de chaux, ni les matières azotées ne possèdent cette faculté, et que l'efficacité temporaire de ces agents tient à. la présence dans le sol des autres produits que la végétation réclame (''). M. Ville a, de plus, prouvé qu'un engrais composé de phosphate de chaux, de potasse, de chaux et de matière azotée, réalise les conditions par excellence de la fertilité, et que si on a pu croire un moment à l'efficacité des engrais spéciaux, c'est parce que chacun de ces quatre corps remplit par rapport aux trois autres une fonction subordonnée ou prédominante suivant la nature des plantes ('). 3° En fixant aux quatres termes que je viens d'énoncer la composition de l'engrais complet, M. Ville n'a pas avancé un fait arbitraire et banal, mais une proposition rigoureuse et certaine, déduite d'une longue comparaison entre des cultures dans le sable calciné et dans des terres naturelles de toute composilionC). D'autres avant M.Ville avaient proposé l'emploi d'engrais se rapprochant par leur composition de son engrais complet, mais entre leurs propositions et les siennes, il y a toute la distance qui sépare une proposition démontrée par la science, d'un fait empirique qui ne peut servir de base à aucune règle générale dans son application ("). A° On doit ensuite à M. Ville une méthode nouvelle pour définir les agents utiles que le sol contient et ceux qui lui manquent. Nous reviendrons dans un moment sur le caractère et les avantages de celte méthode et sur la réclamation de priorité que vous élevez en faveur de M. Bobierre. En résumé, les conditions de la production végétale pénétrées et définies pour toutes les situations de la pratique agricole; — la composition de l'engrais type fixée par l'expérience; la preuve que les quatre termes qui composent cet engrais remplissent une fonction subordonnée ou prédominante ; enfin une méthode nouvelle à l'aide de laquelle l'agriculteur peut toujours savoir ce que sa terre contient et ce qui lui manque, voilà, monsieur, pour ne parler que des applications agricoles, ce que l'on doit aux travaux de M. Ville et ce qu'il ne viendra à l'idée de personne de lui contester, lorsqu'on aura pris la peine de s'enquérir des questions de dates et de faits ['). Au moyen

(3) M. Ville aurait bien dû citer des fait, ou au moins des auteurs et des dates. Nous savons que dès 1839, c'est-à-dire bien avant les travaux de JI. Ville, MM. Lawes et Gilbert, de Rothamsted, appliquaient, pendant dix ans consécutivement , le biphosphate de cbaux à une culture de froment qui recevait annuellement 1 , 132 kil. de phosphates à l'hectare, et que Ton a récolté 1,2W kil. de grains, et 2,057 kil. de paille. En présence de ces faits, que penser des affirmations et des belles assurances de M. Ville, el que penser surtout des éloges qu'il veut bien s'accorder à lui-même? — R.

(4) Personnellement, nous avons assez longuement insisté sur ce fait, dans le Guide des ençjrais (1R58); et, avant nous, comme avant M. Ville, tous les agronomes avaient dit ce que M. Ville répète aujourd'hui : Ce que les fumiers ou les engrais ne fournissent pas aux plantes, celles-ci le prennent au sol. — R.

(ô) Même léllexion qu'au renvoi 2. — R.

(G) N'ous ne contestons pas l'énoncé général formulé par M. Ville en ce qui concerne les lois de physiologie végétale, nous disons simplement qu'elles ont été énoncées avant lui et qu'il a grand tort de chercher à se les attribuer on propre. — R.

(7) M. Ville touche là à la formule indiquée précédemment par M. Boussingault. L'appréciation qu'on fait M. Ville doit nous dispenser de toute réflexion. Nous nous contentons de la livrer au jugement du lecteur. — R.

(8) C'est ce que nous venons de faire et nous ne voyons pas du tout que les dates et les faits justifient les prétentions excessives de M. VUle. — R.

(le ces quatre résultats^ tout s'explique et devient simple dans le travail des champs, la théorie éclaire la pratique et la pratique consacre à sou tour les règles formulées par la théorie.

« Mais, dites-vous, il n'jr a rien de neuf dans tout cela. Dans la doLîtrioe de M. Ville on ne sent qu'un vide affreux, ou tout au plus quelques idées d'emprunt, mais rien qui révèle un novateur, un artiste. On retrouve comme un relU des anciennes idées de M. deLiebig.... Mais avec quelle différence de vne et de portée!...

Chez M. deLiebig le libéralisme déborde ce n'est pas seulement le savant qui

décrit après avoir trouvé, c'est encore l'artiste, le philosophe, le logicien, le dialecticien, l'homme qui crée enfin, et dont les œuvres rayonnent, malgré le temps, en faisceaux toujours lumineux. »

Eh bien^ monsieur, puisque 31. de Liebig est un de vos familiers, veuillez résumer, mais résumer sans le secours d'une paire de ciseaux, sa théorie et sa doctrine. — Veuillez surtout nous dire à quelle fumure il faut avoir recours, d'après M. de Liebig, pour produire du froment, et fonder vos assertions sur une citation authentique que vous hii aurez empruntée ('). Mais avant de répondre à cette invitation, veuillez nous dire ce qui a motivé autrefois, de votre part, ces paroles si peu conformes à votre admiration de fraîche date :

« Nous tenons k ajouter nos protestations à celles de tous les agronomes et agriculteurs qui ont pu lire l'étrange livre de M. de Liebig, sur V Agriculture moderne. Nous avions commencé une analyse de cet ouvrage , il ne nous a pas été possible d'aller jusqu'au bout; jamais les hérésies et les contradictions n'ont été plus choquantes, sans parler des épithètes fort malsonnantes qui s'y rencontrent. » (Rohart. Annuaire des engrais pour 18i32, page 245.) ('°)

Vous m'accusez, monsieur, d'ignorer les premiers éléments de la

science économique.

a L'emiloi des engrais chimiques ne répond pa-s, dites -vous, à une pensée d'avenir. Non, ce n'est pas une solution ; elle ne réussira pas, parce qu'elle est un

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