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NON-SENS AGRONOMIQUE ET ÉCONOMIQUE

Ainsi voilà qui est décidé, mon ignorance ne peut être comparée qu'à votre savoir, j'allais presque dire à votre génie. Sans réclamer contre cette condamnation, qu il me soit permis cependant d'invoquer ici d'autres témoignages :

« Mon cher collègue, j'ai eu beaucoup de regret de ne pouvoir ass'ster à votre conférence à la Sorbonne, je me suis consolé en lisant le Moniteur. Ce que vous dites est convaincant. Vous proavez, parle raisonnement et la science agronomique, ce qu'il y a de fondé dans l'opinion économique d'après laquelle le capital appliqué à l'agriculture détermine très-énergiquement le bon marché des produits agricoles. C'est ainsi que toutes les sciences se tiennent comme des sœurs, et que la chimie appliquée à l'agriculture donne une assistance décisive à l'économie politique. Je vous serai reconnaissant de me faire savoir si cette conférence si intéressante sera publiée dans un format plus commode que le Moniteur; je tiens à la garder dans ma bibliothèque. Je corrige en ce moment les dernières épreuves d'un Traité sur la monnaie, c'est à quelques égards, un traité d'économie politique. J'allais donner le bon à tirer de la feuille 45, je la remanierai pour y introduire une mention de votre conférence. Je vous réitère l'assurance de mon affectueuse coosidération,

'i Michel Chevalier. »

(9) Laquelle"? Je n'en ai emprunté aucune à M. de Liebig, et si je l'ai fait, comme vous le prétendez, citez, expliquez-vous, prouvez enfin. — R.

(10) Cette prétendue contradiction que vous signalez, nous l'acceptons parfaitement, bien que vous ayez l'air de ne la comprendre pas. Elle prouve tout simplement que nous n'avons pas d'admiration systématique, même envers un homme de génie et d'un maître illustre. Deux ouvrages sont deux œuvres parfaitement distinctes, et il peut y avoir éloge pour l'une et critique pour l'autre, sans sortir, dans l'un ou l'autre cas, des limites de la plus compU-te indépendance. Votre prétendue accusation ne prouve donc absolument rien de ce que vous voulez prouver. — P.

L'auteur de cette lettre vous serait- il inconnu ? (") A ce témoignage j'ajouterai celui des hommes pratiques qui ont eu recours aux engrais chimiques et dont l'opinion repose sur une appréciation exacte du résultat financier. Voici comment s'expriment MM. Cavallier, Leroy et Denoyon :

« Sur deux champs d'un hectare soumis au régime de l'engrais complet, j'ai obtenu sur l'un 59,640 kilog. de racines dëcolletées et 47,325 kilog. sur l'autre. Ces résultats sont étonnants et cependant je les déclare inférieurs à ce qu'ils auraient pu devenir si la levée s'était faite moins irrégulièrement ; un quart de la graine ensemencée n'ayant germé et ne s'étant développée que fort tardivement. Je conclus de ces rendements, avec la rude logique et le gros Bon sens d'un cultivateur vaincu par la brutalité du fait, que votre méthode me paraît la plus profitable pour la prompte et rationnelle fertilisation du sol. Aussi vais-je au mois d'avril prochain réserver cinq à six hectares sur lesquels j'appliquerai vos engrais chimiques, et si, comme j'en ai l'intime persuasion, le succès répoud de nouveau aux espérances que j'ai conçues, je bouleverserai de fond en comble mon système de culture et je le réglerai définitivement sur votre théorie.

<i Quel avantage incalculable et, pour le fabricant de sucre et pour le cultivateur le jour où votre mélhode réalisera toutes ses promesses! (Voir le Journal des Fabricants de sucre du jeudi 28 îénier.) « A. Cavallier,

" Au llesnil-Saint-Nioaise ("). »

« M. Leroy, cultivateur à Varennes, près Noyon, a fait l'année dernière des expériences sur diverses récoltes et notamment sur la betterave. Ces essais fails avec soin ont parfaitement réussi. Les betteraves récoltées sur ce qu'on appelle l'engrais complet, composé d'azote, de phosphate de chaux, de potasse et de chaux, ont donné 62,370 kilog. à l'hectare. D'un autre côté, un fabricant de sucre de la Somme a fait aussi des expériences avec des engrais chimiques provenant de la maison Bacquet, de Saint-Quentin, et nous pouvons affirmer que ces engrais ont produit d'excellents résultats. Les engrais patronnés par M. Georges Ville sont donc appelés à faire dans la culture du sol une révolution importante et favorable aux intérêts des cultivateurs intelligents qui sauront en tirer parti, en les appropriant à la nature de leur terre. {Journal des Fabricants de sucre, jeudi 7 février 1867.)

" Dekoyon ("). »

(11) Quel triste expédient! Il faut bien l'econuaitre cependant que cette lettre ne dit pas grand'chose, quant à la valeur économique des conceptions de M. Ville. On sent là une première impression, bien plus qu'une appréciation proprement dite, car elle est purement générale et ne spécifie rien. Ak! M. Michel Chevalier ne devait guère s'attendre à vous voir colporter ainsi politesse toute confidentielle; mais il ne connaissait pas votre modestie, apparemment, et surtout votre désir d'étaler en public un certificat de capacité.

Présenter une lettre de M. Michel Chevalier, c'est beaucoup, sans doute, mais c'est bien peu quand on s'adresse à un adversaire qui pourrait en montrer dix. L'une entre autres, relative à ce Ùnidc des engrais qui vous inspire tant de dédain, est conçue en termes tels, que si je la rapprochais de la vôtre, vous en rougiriez de dépit jusqu'aux deux oreilles. Entendez-vous bien? Et si vous avez bien entendu, demandez à l'éminent économiste si j'ai menti. — R.

(12) Faisons remarquer la conclusion de M. Cavallier, il attend que le jour soit venu où le système aura réalisé toutes ses promesses. Il reste donc encore beaucoup à faire avant de prononcer aussi souverainement que M. Ville le fait. Comment rester indifférent à tout le mal que peut faire une idée remplie de séductions et de promesses anticipées, quand on entend dire : Je bouleverserai de fond en comble mon sijsième de culture. Poursuivons toujours, M. Cavallier conclueia ensuite comme il l'entendra. Dans tous les cas, et comme l'a si judicieusement observé .AI. Barrai, il eut été sage, avant de conclure, d'opérer au moins comparativement «vec le fumier de ferme, et à dépense égale. — R.

(13) Tout cela est très-joli, mais ne prouve pas grand'chose, et n'ajoute absolument rien à ce que Ton savait déjà, savoir qu'à l'aide de sels ammoniacaux, de phosphates, de potasse et de chaux, on pourrait faire pousser des récoltes. Il n'y a guère que 25 ou 30 ans que ces faits sont

dûment acquis à la science agricole. M. Ville se les est appropriés, voilà tout, mais il a oublié quelque chose, en citant le Jowr/mi des Fabricants de sucre, c'est ce petit passage de l'un des hommes qui semblent les plus attachés aux idées que nous coml'attons et qui a eu l'impru lence de nous donner r.isou en disant :« On n'atteint la limite extrême des rendements qu'à la condition d'ajouter « encore du calcaire et de l'hunnis. » Voilà biea nos prévisions ré-disées dans une première constatation, car nous n'avons cessé de

Je citerai enfin l'opinion d'un fabricant d'engrais, dont la production est je crois l'une des plus importantes de France :

« Monsieur, j'ai suivi, avec la plus sérieuse attention, vos expériences et vos leçons, et j'ai besoin de vous dire qu'il m'en est resté la conviction profonde que vous êtes un des hommes très-rares qui ont poussé le plus loin l'étude des phénomènes agricoles, qui se sont le plus rapprochés de la solution si importante du problème de la fertilisation. " « A. Jaille, d'Agen ('*). »

Vous trouvez mauvais, monsieur, que je recommande l'usage des produits chimiques d'un titre élevé. Préférer la potasse épurée oa le nitrate de potasse aux potasses brutes et aux sels d'Allemagne^, est à vos yeux une véritable hérésie. Je conviens que ces prescriptions sont difficilement compatibles avec l'emploi à peu près exclusif des déchets de toute nature sur lesquels repose votre fabrication. Mais, que voulez-vous? La science a d'autres mobiles et d'autres points de vue. J'ai employé à Vincennes la potasse épurée de préférence aux potasses brutes, parce que ce champ a essentiellement pour destination de définir le rôle des agents de la production végétale, et que ce résultat ne peut être atteint qu'à la condition expresse de recourir à des substances pures et d'un titre défini. Supposons pour un moment que mon choix se fût fixé sur la potasse brute, cette potasse contenant 50 pour 100 de sels éventuels,

17 pour 100 de chlorure de potassium, 16 pour lOU de carbonate de soude, 5 pour 100 de sulfate de potasse, 12 f)Our 100 de carbonate et de sulfate de chaux.

Total 50 pour 100,

n'aurait-on pas eu le droit de contester mes conclusions, le jour où j'aurais rapporté à la potasse seule les effets de ce mélange? — Avec la potasse épurée j'ai pu éviter ce reproche et définir avec certitude la fonction de cet alcali ('*). Dans la pratique, je préfère la potasse épurée à la potasse brute, parce que, avec la première, les engrais ont une fixité de composition et des effets d'une régularité auxquels on ne peut prétendre avec la seconde ("^). J'ai conseillé le nitrate de potasse, de préfé-

dire : « Oui, et toutes réserves faites quant à l'économie des moyens, les essais pourront réussir partout où la couche humifère est abondante; mais comme vous niez l'utilité de l'humus et que vos produits n'en apportent pas un atome, vous allez détruire celui qui est accumulé dans la couche arable, vous effriterez celle-ci, et dès que cet humus deviendra iusuffisant, il y aura nécessité d'en fournir, ou bien les rendements baisseront de plus en plus. C'est là qu'est le fond du déliât, et, vous avez beau faire, rillusion ne sera pas de longue durée. C'est suule terrain de l'avenir que nous vous attendons. »

Ce premier aveu d'un adepte vient justiSer toutes nos craintes, et, certes, ce n'était pas difficile à prévoir, mais alors, que devient donc la fameuse doctrine de l'exclusion de l'humus tt de ce pauvre vieux fumier qui menace de rester maître de la place, en dépit de l'éloquence et des jolies combinaisons de M. Ville ? — R.

(14) M. Jaille a beaucoup mieux compris M. Ville qu'on ne pourrait le croire au premier abord. C'est très-négociant ce que M. J^Ue a fait là, et après tout il a bien fait. Seulement, l'y voilà pris à son tour, en compagnie de M. Michel Chevalier, qui ne s'y attendait guère sans doule. — R.

(15) Cela est parfaitement juste; aussi, ne nous sommes-nous pas élevé contre l'emploi des produits purs employés dans les recherches, mais seulement contre l'usage usuel cousiiUé aux agriculteurs. — R.

(IG) Cela n'est pas douteux, mais en matière de travail productif, il faut aussi se préoccuper de l'économie des moyens. Si l'on prenait tout cola à la lettre, on en arriverait à conseiller à l'agriculture pour les herbages, du sel raffine de table, pouvant coûter le double du sel marin ordinaire. et n'ayant ni plus de valeur agricole ni plus d'utilité réelle. 11 ne faut pas poser de pareilles questions sur la pointe d'une aiguille, et nous maintenons tout ce que nous avons dit. — R.

rence à la potasse épurée, lorsque son prix et les résultats de mes expériences me l'ont permis '. Dans mes conférences de Vincennes, le prix du nitrate de potasse est fixé à 120 fr., parce que ces conférences ont été prononcées en 1864, et que je n'ai pas cru devoir en modifier le texte ("). Je n'emploie ni le chlorure de potassium, ni le sulfate dépotasse, parce que je n'ai pas obtenu de bons effets de ces deux sels, et que mes recherches sont sur ce point conformes à celles de M. Schlœsing («).

{La suite prochainement .) Georges Ville,

Professeur-administrateur au Muséum d'iiistoire naturelle.

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