UTILITÉ DU CRAPAUD
sectes aptères auxquels il fait la chasse, M. Aug. Duméril ne laisse subsister aucun doute sur l'utilité du crapaud dans les jardins maraîchers et dans les champs, et il en cite des preuves de tout genre. Mais ce ne sont pas seulement les crapauds, ce sont aussi les lézards qui peuvent jouer dans nos cultures le rôle de surveillants.
La tortue est encore une excellente et très-sage jardinière. Un trait de ses mœurs, fort original, en fait même une bête d'excellent conseil : Porte-Maison, l'infante, ne sort pas quand il pleut; dès les premiers symptômes de pluie, on la voit, inquiète, chercher un refuge. Elle est, en cela, un excellent baromètre. Plus sûrement que tous les Mathieu, elle annonce le mauvais temps au cultivateur attentif. Ajoutons qu'elle ne demande aucun soin, qu'elle sait se suffire à elle-même et que, l'hiver venu, elle trouve parfaitement le petit trou qui lui est nécessaire pour y passer la mauvaise saison. Aux premiers soleils, on la voit reparaître. J'en sais une qui, depuis 6 ou 7 ans, vit ainsi dans un jardin, sans que personne s'en occupe. Il serait difficile de trouver un serviteur plus commode. Rappelons à cette occasion la célèbre « grenouille au père Bugeaud. » L'illustre général, en Afrique, avait une rainette dans un bocal, avec une petite échelle, et jamais il n'eût mis ses soldats en marche sans avoir consulté sa grenouille.
Je l'ai déjà dit vingt fois ailleurs ; mais je le redirai toute ma vie : nous ne savons pas assez le parti que nous pouvons tirer des animaux, et comme auxiliaires et comme conseillers même, en beaucoup de choses. Qui sait ce que nos soldats ont pu devoir à la grenouille au père Bugeaud, et le rôle que cette pythonisse a joué dans les destinées d'Abdel-Kader? Telle journée bien choisie par le général ne l'a peutêtre été que grâce à la grenouille. Les cultivateurs pourraient aussi, je crois, trouver dans le chant du crapaud d'excellentes indications météorologiques. Car, avouons, sans vouloir humilier personne, que beaucoup d'animaux en savent plus sur ce point que Mathieu Lœnsberg, Mathieu (de la Drôme) et Mathieu (de la Nièvre).
Les anciens n'avaient pas toujours tort de consulter le vol des oiseaux. Mais bien d'autres bêtes auraient à nous donner d'excellents conseils. Ne les méprisons pas. Eugène Noël.
La hausse que nous avons signalée dans notre dernier bulletin de quinzaine se maintient toujours. Nous n'avons pas entendu parler de grandes modifications dans les cours des bois façonnés depuis le milieu de décembre. Voici quelques cours de bois dans le Midi : A Aubenas, les hois de mine sont maintenant cotés comme il suit: pïqnets de petite dimension, 0'.40 le mètre courant; de grosse dimension, 0'.52 ; écoins, 0'.75 le mètre carré ; douelles, 0'.63 à 0'.75 le mètre carré. A Marseille, les douelles de chêne se vendent cher; on cote 44 à 45 fr, le cent celles pour bordelaises, provenant de l'Adriatique; celles pour pipes, provenant d'Amérique, se vendent de 65 à 70 fr. les 105 pièces. Les planches de sapin de 4 mètres de long sur 0'.28 à 0'.30 de large, valent 21 fr. la douzaine à Aubenas, celles de dimensions moindres sont cotées 1 fr. 60 le mètre carré; les planches de pin se vendent de 1 fr. 75 à 3 fr. le mètre carré, suivant l'épaisseur.
Quant aux écorces, on semble espérer une baisse sur les prix de l'an dernier. Nous lisons dans la Halle aux cuirs une correspondance de Château-Renault, où nous voyons que, dans toutes les foires et marchés de la région, il ne s'est encore rien traité relativement aux écorces. Les détenteurs seront sans doute forcés d'en venir à faire quelques concessions. En attendant, les cours du tan battu à Paris restent très-élevés. On cote le tan battu de Normandie, de première qualité, 140 à 150 fr. les 1000 kilogrammes ; celui de Berry, 120 à 140 fr. ; celui du Gâtinais, 116 à 130 fr. ; celui de Bourgogne, 100 à 120 fr. ; le tan ordinaire 100 à 110 fr. ; et le .sumac de Sicile en poudre de 120 à 125 fr. les 100 kilogrammes.
A. Perlet.
Mon cher Directeur, Vous entrouvrez à l'horticulture les portes du Journal de l'Agriculture et me confiez, un peu à limproviste, la tâche bi-hebdomadaire de causer jardinage avec vos lecteurs. Ce sera le hors-d'œuvre des graves et substantielles questions de l'économie agricole, que vous y traitez avec tant d'autorité. Mais, si mesurée que soit sa place, l'horticulture était digne d'attention et d'intérêt; vous avez bien fait de vous l'adjoindre. Cette aimable et utile science s'unit, en effet, aux plus importants problèmes de l'exploitation des champs ; elle n'est pas seulement la source de plaisirs purs pour des amateurs spéciaux, des jouissances dn goût par les produits des légumes et des fruits, de délassements pour la vie des villes, un exercice salutaire pour quiconque s'y adonne pratiquement. A la richesse qu'elle apporte aux industries particulières qu'elle fait naître, à la poésie même qu'elle déverse sur les plus prosaïques existences, il faut ajouter un attrait plus relevé encore. L'Horticulture est la sœur, non la fille de l'Agriculture. Nous dirions presque la sœur aînée, si nous remontions chercher ses titres de gloire dans l'antiquité, si nous voulions prouver que l'homme a cultivé son jardin avant de cultiver son champ. Mais ne penchons point vers le paradoxe. La culture des jardins a d'autres mérites. Elle a été, elle est encore le principe, le premier champ d'expérimentation des végétaux apportés d'hier, le creuset oij s'élaborent les procédés nouveaux, les modifications que la grande pratique adoptera seulement après de nombreux essais sur de petits espaces, après les avoir vues consacrées par l'expérience. Des jardins sont sortis, — et avec quelle peine, — la Pomme de terre, la Betterave, le Topinambour, l'OEillette, et toutes ces plantes industrielles qui sont la fortune de nos vallées méridionales. Les grandes Conifères, qui commencent à peupler nos forêts, ont dû passer par l'épreuve lente, mais souveraine, de la petite culture. La Vigne, abandonnée à la routine dans nos plus riches provinces françaises, la Vigne se régénère depuis quelques années par de nouvelles et sérieuses méthodes, sorties des petits jardins. Et quel avenir est réservé à ces multitudes de végétaux exotiques, envoyés chaque jour de toutes les contrées du monde, remarquables, celui-ci par les services qu'il peut rendre, celui-là par sa beauté! C'est donc à bon droit, sans crainte, siire de son intérêt appliqué même aux choses de la campagne,
88 CHRONIQUE HCRTICOLE.
que riiorliculture accepte l'hospitalité que vous voulez bien lui offrir.
Mais quel triste moment pour parler des jardins ! La saison clémente est évanouie : tout est désert, désolé, sans couleur, sans vie. L'année qui vient d'expirer ne laisse à l'ami des plantes que les espoirs des floraisons prochaines. Jusqu'aux premiers bourgeons, tout le charme restera absent. Les jardins se reposent, les jardiniers et les nouvelles aussi. Il n'est guère agréable de parlerdes rudes et monotones travauxdu verger et du marais. Les labours, la taille en sec, les fumures, les dépalissages, les terrassements, le creusement des fossés, les'drainages, au dehors,... rien que d'ordinaire et de connu de tous. Au dedans, les soins élémentaires de la culture sous verre, les couches et les chauffages à surveiller^ l'humidité et la gelée à éviter aux plantes que de longs jours sans clarté étiolent et affaiblissent, les longues veillées pour la greffe sur racines, la taille des églantiers, la confection des paillassons, autant d'opérations non moins monotones et rebattues.
Insister sur ces sujets serait empiéter sur le domaine des travaux mensuels de l'Almanach du jardinier. Ceci est du ressort de la science à 50 centimes. Passons.
Pendant cette période sombre de gestation hibernale, les grands travaux se préparent pour l'exposition d'horticulture de 1867 au Champde-Mars. On sait, — ou l'on ne sait pas, — que la Commission , impériale, après de longues tergiversations, s'est enfin décidée à consacrer une large part à l'horticulture, dans les merveilles qu'elle enfante. Une vaste section du Parc lui est attribuée, en face del 'École militaire et de l'avenue de La Bourdonnais, c'est-à-dire à l'extrémité gauche du Champ de Mars, s' l'on se place au pont d'Iéna en regardant l'Exposition. On promet des merveilles. L'Exposition horticole, qui occupera un espace de 50,000 met. car. (5 hectar.) sera même renforcée, si l'espace manque, d'une annexe dans l'île de Billancourt, à côté des machines de l'agriculture. Nous savons dès à présent que l'arboriculture fruitière, dont les produits prennent beaucoup de développement, seront installés dans cette annexe. Il est fâcheux seulement que la Commission n'ait pu s'entendre avec la Société maraîchère de la Seine, et créer là un marais modèle comme on en avait conçu le projet.
Nous venons de recevoir le programme de l'Exposition. Il compte 14 séries de concours, distribuées par quinzaine, du 1" avril au 31 octobre. Presque toutes les sections de l'horticulture y sont représentées. Nous disons presque, parce que nous n'y avons pas trouvé de concours pour les collections de Fougères de plein air, malgré que ces plantes charmantes soient très à la mode et dignes d'intérêt. Les Andais auraient pu nous apporter quelques-unes de leurs belles fougeraies [ferneries) et plusieurs de nos horticulteurs eussent lutté avec certains d'entre eus. C'est un oubli léger, facile à réparer.
Voici donc le tournoi ouvert. Qu'il va se rompre de lances, dans ce paisible champ-clos de l'horticulture, si la Commissioji tient à ne pas rester en arrière des grandes choses accomplies ces trois dernières an-
nées à Bruxelles, Amsterdam et Londres ! Nous avons eu là de grands exemples ; à nous d'en profiter et de dépasser nos prédécesseurs î
Nous j>arlions des longues et froides soirées de Ihiver. Tout manque au jardin, disions-nous ; il faut donc se reporter sur autre chose et préparer, dans les loisirs que nous font les temps sombres, les travaux des beaux jours. C'est l'heure où les bons livres sont les meilleurs amis du cultivateur des jardins.
L'an de grâce 1 866 aura laissé, dans ses dernières semaines, des ouvrages dignes de notre attention.
On manquait d'un travail bien fait sur les serres. M. de Puydt, secrétaire de la Société d'horticulture de Mons (Belgique), vient de publier la première partie d'un traité de cette branche importante de la culture. Nous n'avons qu'un mot à en dire : nous l'avons lu deux fois, du commencement à la lin, sans cesser un instant d'être intéressé et charmé. C'est un de ces livres remis vingt fois sur le métier, dont il faut parler en détail et sur lequel nous dirons plus tard notre sentiment plus au long.
M. le docteur Boisduval, vice-président de la Société d'horticulture (laquelle, par parenthèse, a vu ces jours derniers changer son titre, par un décret impérial, en celui de Société impériale et centrale d'horticulture de France, sans doute pour se présenter avec plus de majesté devant le public éti-anger de l'an prochain), le docteur Boisduval est fort connu comme une de nos sommités entomologiques.
Son Essai sur C Entomologie horticole a paru tout récemment chez Donnaud. Beau volume i*-8°, de 648 pages, avec 125 figures sur bois intercalées dans le texte, une classification scientifique, mais simple et facile à saisir; un style érudit sans pédantisme, clair, gai, cherchant ef ti'ouvant l'anecdote ; des faits, des faits, encore des faits , dont les sources sont rigoureusement citées, tels sont les traits saillants qui nous ont frappé dans une lecture rapide.
Lisez encore, à un point de vue plus fantaisiste et plus spécial, « le Monde des papillons, » que publie Maurice Sand chez Rothschild, et que George Sand a enrichi d'une de ces préfaces où éclate toujours la magie d'un style iYiimitable. C'est de l'entomologie, mais vulgarisée à merveille, et qui vous fait pénétrer sans effort dans les plus secrets, arcanes de ces mondes charmants et si peu connus du public.
Les nouveautés végétales de la saison ne sont pas nombreuses. Elles ont été si abondantes et si brillantes à la grande Exposition horticole de Londres, au mois de mai dernier ! Et puis, elles aussi, sommeillent jusqu'au renouveau et se préparent à la grande Exposition du Champ de Mars. A peine nous indique-t-on un Solanum à fruits d'ornement (le Solanum acanthocarpum), chez MM. Huber, à Hyères ; le Fremontia Californica, arbuste de pleine terre, à très-jolies fleurs jaunes, chez M. A. Yerschaffelt, à Gand; l'Aune à feuilles dorées, du même horticulteur, et quelques espèces de serre chaude, moins intéressantes.
La Fraise remontante, à gros fruits (une vraie et saillante nouveauté.
si elle justifie sa réputation), qu'annonce M. Gloëde, des Sablons (Seine-et-Marne); l'Épinard d'Australie, dont nous avons parlé dans le Journal de la ferme, comme d'un succédané de l'Epinard, qu'il égale en saveur et qu'il surpasse par la facilité de sa culture, en dépit des protestations peu parlementaires de ceux qui contestent notre assertion.... voilà, ou peu s'en faut, tout ce qu'on peut ajouter au chapitre « Potager, » dans cette chronique à bâtons rompus.
On nous annonce bien aussi un géant, un colosse du règne végétal contre qui les Séquoia de la Californie seraient des enfants. M. Muëller, qui l'a envoyé de Melbourne (Australie) à M. Ramel, prétend que V Eucalyptus colossea (c'est son nom) atteint 400 pieds (!) de haut. Nous en avons semé des graines qui sont déjà levées. La plante n'a pas encore quitté Paris, bien qu'on ait affirmé à tort que l'Empereur en avait fait planter à Biarritz, où l'on a essayé seulement des Eucalyptus globulus. Ne nous pressons pas d'en juger, et donnez-nous au moins jusqu'à l'année prochaine, pour formuler sur ce Titan une opinion quelconque. Mais constatons en passant que l'Australie se révèle à nous depuis peu par des végétations géantes qui semblent appelées à rendre de grands services à nos régions sud-occidentales^ de France.
Une grande figure des sciences et de l'horticulture a disparu d'ici bas il y a quelques semaines. Von Siebold (et non Sieboldt), l'intrépide voyageur est mort le 1 8 octobre dernier , après avoir fait trois voyages au Japon, et en avoir rapporté des trésors de toute sorte, de même qu'il y avait transporté les bienfaits de la civilisation occidentale. Pauvre Siebold ! Nous avons à l'instant sous les yeux la lettre funèbre où nous lisons ces tristes lignes, et nous pensons aux heures que nous avons passées avec lui à Bruxelles, à Amsterdam, et dans son jardin de Nippon, près de Leide. Quelle ardeur! quelle jeunesse! Sa grande taille et sa belle tête blanche lui donnaient un air d'autorité et imposaient un respect qu'adoucissaient bientôt son aménité et sa simphclté parfaites. Il s'est éteint à Munich, à 71 ans, espérant, peu de temps encore auparavant, retourner bientôt au Japon. Il a ouvert la route aux Fortune, aux Veitch, à tous les explorateurs qui ont enrichi nos jardins d'une profusion de belles plantes.
L'année finit dans le deuil. Hélas ! la plupart ne sont-elles pas ainsi? Nous ne vivons qu'au milieu des ruines.
Espérons qu'une note plus gaie nous permettra d'ouvrir la prochaine chronique, et croyez, je vous prie, mon cher directeur, à mes sentiments dévoués. Ed. André.
Concours de Birmingham. — Les deux grands Concours d'animaux gras, celui de Birmingham et celui plus important du club de Smithfield, à Londres, viennent d'avoir lieu au milieu des difficultés que la
peste bovine a dû naturellement créer à l'encontre de ces agglomérations d'animaux fortement engraissés et provenant de toutes les parties de l'Angleterre.
Les visiteurs du Concours de Birmingham arrivant catalogue en main, et remplis d'attente et d'impatience de voir et de toucher les bœufs et vaches des races les plus renommées engraissés et exhibés par les éleveurs les plus éminents, ont été bien étonnés en entrant dans l'enceinte de Bingley Hall de n'apercevoir que des stalles vides. Un ordre du Conseil de Sa Majesté reçu, après l'impression du catalogue, avait défendu l'exposition des classes de l'espèce bovine, quelques cas de peste s'étant déclarés dans le comté deWarwick, aux environs mêmes de Birmingham. Mes lecteurs comprendront facilement le grand désappointement ressenti par tous les agriculteurs visiteurs et exposants en présence d'un contre-temps aussi sérieux qu'd était inattendu. Ce qui rendait cet arrêt encore plus désagréable, c'est que le catalogue promettait une exposition des plus splendides. C'était M. lleath, le célèbre engraisseur du comté de Norfolk, avec des durhams et des hereford; c'était son ancien antagoniste du Concours de Poissy, le vétéran Mac-Combie avec des écossais sans cornes; le duc de Sutherland avec des highlands; M. Stewart, d'Aberdeen, avec ses animaux croisés dont l'étude est toujours si intéressante. II y avait encore des devons issus des étables royales de Windsor, et parmi les autres exposants on remarquait lord Radnor, M. Strattore, M. Overman et, en un mot, tous les célèbres éleveurs et engraisseurs de l'Angleterre ^t de l'Ecosse. Heureusement, tous ces animaux ont figuré au Concours de Smith field. Après plusieurs entrevues avec les membres du Conseil privé et des démarches faites par le duc de Richmond, le président du Club de Smithfield et les membres les plus influents, l'énergique secrétaire, M. Brandrelh Gibbs a pu obtenir la permission tant désirée de faire figurer l'espèce bovine dans l'enceinte de la salle d'agriculture à Islington, où je vais tout à l'heure conduire mes lecteurs.
Mais revenons en attendant au Concours de Birmingham.
Comme je l'ai déjà plusieurs fois remarqué, le Concours de Birmingham, précède d'une semaine seulement celui de Smithfield et presque tous les animaux exposés à Bingley Hall viennent figurer dans l'enceinte d'islinglon. Au premier abord, cette circonstance paraît être de nature à nuire au prestige du grand Concours de Noël, qui est devenu une des institutions de Londres, en lui enlevant son caractère d'originalité et de nouveauté. Mais quand on vient à réfléchir que l'immense majorité des visiteurs de l'Exposition de Smithfield consiste en habitants de Londres auxquels le Concours de Birmingham est complètement inconnu ; cette répétition dans l'exposition des principaux sujets du Concours n'a absolument aucune importance ; et quant aux agriculteurs, exposants et autres qui assistent aux deux solennités, leur curiosité est suffisamment excitée par la comparaison des décisions du jury dans les deux Expositions. Les mêmes concurrents ont naturel-
lement deux jugements à subir, et il arrive souvent que les premiers à Bingley Hall sont moins heureux à Islington. Pour la masse des visiteurs qui ignorent même cette circonstance, cela n'est d'aucun intérêt, mais pour la gent agricole, c'est autre chose, et i-ien n'est plus animé que les discussions , les paris et les critiques auxquels cette anomalie donne lieu dans les cercles fréquentés par les agriculteurs et surtout dans l'enceinte du Concours.
Cette année, les catégories de l'espèce bovine étant supprimées à Birmingham, tout l'intérêt duConcours s'est naturellement concentré sur les expositions ovine et porcine, sans compter les expositions annexes de chiens et de volailles dont je dirai quelques mots tout à l'heure.
L'exposition ovine était divisée en six principales catégories : 1" Les leicesters; 2° les longues laines autres que les leicesters; 3° les southdowns; 4° les hampsliires; 5° les oxforddowns ; 6° les croisés.
Comme j'aurai à décrire les mêmes catégories sinon les mêmes animaux dans mon compte rendu du Concours de Smitliiield, je me borne à indiquer ici le nom des principaux lauréats. Nous verrons plus tard si la décision du jury de Smitbfield ratifie celle des juges de Birmingham. Dans la classe des leicesters, c'est M. Foljambe, le célèbre éleveur, qui remporte les principaux honneurs. Dans la classe des longues laines, c'est M. Warner qui remporte le premier prix. Puis vient M. West, dont les cotswolds ont plusieurs fois figuré dans les Concours internationaux tenus en France. Dans la classe des southdowns, cette fois-ci , Iprd Walsingham , qui depuis Jonas Webb a toujours maintenu le premier rang, a dû le céder pour les agneaux de 22 mois, à lord Radnor et à lord Sondes et se contenter du troisième rang. Mais il prend sa revanche dans la classe des moutons de 21 à 32 mois, car là il remporte le premier prix et la médaille d'argent.
L'exposition des shropshire-down était, comme toujours à Birmingham, la plus nombreuse et la plus disputée. Cette partie du concoure étant purement locale, offre trop peu d'intérêt aux lecteurs pour qne je m'y arrête, et je passe à la catégorie des oxforddowns, qui de l'aveu de tous les connaisseurs, était certainement la plus remarquable de tout le concours. Du reste cette supériorité était tellement frappante et manifeste que le jury n'a pu s'empêcher de la constater en accordant à la catégorie tout entière la distinction unique d'une mention très-honorable. Il y a longtemps déjà que je prêche l'introduction en France de cette admirable race; son épaisse toison, la qualité de la chair comme viande de boucherie, sa rusticité et la beauté symétrique de ses formes cubiques et trapues, l'emporte, selon moi, comme race de rente sur toutes les races de l'Angleterre. Tout ce que je puis ajouter, c'est qu'ici la race des oxford-down gagne de plus en plus dans l'estime des éleveurs et engraisseurs. Le duc de IMarlborouhg (le descendant de celui qui s'en allait en guerre), et M. Druce se partagent les principaux honneurs, mais on peut dire qu'il n'y avait pas un seul animal médiocre dans toutes les diverses classes de cette admirable catégorie.
Au dire de tout le monde, l'exposition porcine, prise dans son ensemble était des plus médiocres. A l'exception de quelques spécimens de la grande race des yorkshires, et de celle non moins précieuse des berkshires, les divei-ses classes de cette partie du Concours offraient des animaux peu dignes d'être exposés. Espérons qiie le Concours de Smithfield compensera, par la perfection des animaux exposés, l'infériorité lamentable des porcs de Bingley-Hall.
Parmi les petites races, les étables royales de Windsor remportent le prix des cochons gras au dessous de 15 mois. Parmi les autres lauréats et exposants on remarque quelques noms bien connus, lord Radnor, M. Stearn, de Suffolk, M. Wainman et MM. Howard.
J'ai souvent remarqué en France que bon nombre d'éleveurs ont une aversion marquée contre les races porcines qui ont beaucoup de poil. Ces éleveurs prétendent de beaucoup préférer les races qui, non-seulement ont peu de poil, mais celles qui n'en ont pas du tout. Je me suis toujours élevé contre cette opinion qui, selon moi, est contraire aux notions les plus élémentaires de la zootechnie. En Angleterre, tous les éleveurs sont d'accord sur ce point, que l'absence du poil est un signe de dégénérescence, et qu'au contraire^, une toison longue et soyeuse est un indice de force de tempérament et de vigueur de constitution. Dans les Concours, les animaux dépourvus de poil sont inévitablement dédaignés du public et du jury, et une des qualités les plus estimées, c'est l'existence d'une toison longue, mais fine et souple, recouvrant tout le corps de l'animal.
Une assez belle exposition de graines et de racines, et une immense collection de machines, avec les volailles elles pigeons, complètent l'exposition de Birmingham. Le concours des chiens qui était aussi, diton, fort remarquable, était dans un autre local.
Concours de Smithfîeld. — La semaine du 10 au 15 décembre a été remplie d'intérêt pour les agriculteurs, et certes, le programme des incidents et l'éunions de cette semaine suffit pour remplir les loisirs de toute une année : comme le lecteur peut en juger par l'énumération suivante.
En première ligne le concours de Smittiield, ouvert le lundi aux exposants et aux membres du club, qui ont le privilège d'assister aux opérations du jury, privilège hautement apprécié par les exposants surtout, qui suivent avec la plus grande anxiété les moindres gestes des membres du jury et qui cherchent à lire le sentiment de ceux-ci dans l'expression et le jeu de leurs physionomies.
Mardi, réunion de la Société du Club de Smithfield,' et, le soir du même jour, banqiiet annuel des membres du Club des fermiers. Mercredi, réunion générale de la Société royale d'agriculture et, dans la soirée, banquet annuel du Club de Smithfield, sous la présidence du duc de Richmond. Jeudi, dîner et réception chez M. Thompson, président de la Société royale d'agriculture, etc., etc.
Voilà, j'espère, une semaine agricole bien remplie.
{La suite au prochain numéro) R. de la Tréhonnais.
REVUE COMMERCIALE (deuxième quinzaine de décembre).
Céréales et farines. — Nous avons à constater une hausse légère, mais générale, sur les céréales. Le mouvement d'augmentation de pris, assez accentué, à la veille des marchés de Noël, s'est un peu arrêté vers les 26, 27 et 28 décembre. Aujourd'hui les prix sont calmes et sans oscillation. A Paris, les blés blancs de choix ont atteint 37 fr. 08. Ceux de première qualité ont été pris à 36 fr. 25 ; les sortes coouantes ont été demandées à 35 fr. 42, et les sortes ordinaires à 33fr. 75. — Le tout par quintal. — Comme on le voit, la hausse a surtout agi sur la place de Paris. Le tableau suivant donne les prix moyens obtenus dans les différentes régions de la France.
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^ — - " — ^ PRIX MOYEN DU QUINTAL
Prix Sur la qiiinz. préc. .^ ^ — '•"^-^ — ^ ~-
Bégions. mojens. Hausse. Baisse. Seigïe. Orge. Avoine.
— fr. fr. fr. fr. fr. fr.
Nord-ouest 32.37 » 0.18 20.56 31.57 20.61
Nord. 33.11 0.96 » 21 16 21.24 20.40
Nord-Est 31 52 » 0.47 18.88 21.96 18.35
Ouest 31.62 0.15 • 20.53 20.66 24 31
Centre 30.20 0.94 » 19.95 19.68 19.24
Est 29.88 • 0.02 18.88 19.50 18.40
Sud-Ouest 29.72 1.61 » 17.31 19.02 21.13
Sud 29.73 1.45 » 19.62 20.51 20.28
Sud-Est 30.70 0.25 . 18.52 16.99 19.20
Moyennes i 30.71 » ' 19.40 19.3'' 20.30
Sur la 15" (Hausse..". 0.51 i> » 0.20 0.30 0.40
précédente. [ Baisse » » » » » »
La hausse continue toujours, le maximum est dans le Nord-Ouest et le minimum dans le Sud.
Les affaires en farines se sont faites aussi en hausse. Cependant la meunerie n'est pas encouragée par la boulangerie à travailler avec ardeur. Cette dernière ne conclut toujours que des transaction peu considérables.
Les correspondances agricoles, relatives à l'état et au commerce des céréales en Angleterre, sont très-satisfaisantes dans le cours de la quinzaine qui vient de s'écouler. Une température exceptionnelle, pour cette époque de l'année, a régné sur la majeure partie de la Grande-Bretagne, et ne s'est pas démentie. Un temps calme et légèrement humide s'est observé dans les comtés les plus riche, et l'état des semences doit donner le plus légitime espoir, à moins que les gelées, survenant brusquement, n'impriment à la marche des choses une impulsion fâcheuse. On espère toutefois que l'hiver courant ne sera pas rigoureux. Telles sont les nouvelles les plus récontes que nous aportent le Marklane Express et le North Briiish AgricuUurial, dont les information sont toujours d'une exactitude scrupuleuse. Il résulte de cet état de choses que le marché des grains, en Angleterre, a été partout plus satisfaisant que durant les dix derniers mois. A Marklane, le blé anglais se trouvait en petite quantité ; les comtés d'Essex et de Kent avaient envoyé dans cette dernière ville ainsi qu'à Londres de belles qualités, mais elles ne pouvaient suffire, et d'ailleurs les produits d'importation les ont facilement primées. La Russie a pourvu les marchés anglais en grande abondance ; les deux tiers des arrivages venaient de ses ports. La France a fait une importation moins active, pendant les deux dernières semaines. Quant à l'Amérique, dont les arrivages s'étaient si notablement ralentis, ils semblent destinés à reprendre avec une énergie nouvelle. Les avoines de la Russie et de la Suède se sont vendues avec une baisse extraordinaire, eu égard à leur qualité qui cependant laissait fort peu à désirer. Il faut constater que les marchés, celui de Londres excepté, ont présenté généralement fort peu d'animation dans le cours de cette quinzaine.
Dans le reste de l'Europe, sur les principaux marchés, nous avons à constater de la fermeté dans les prLx et de l'activité dans les affaires.
Alcools, vins, eaux-de-vie. — La marchandise disponible est peu abondante, et les mises en magasin continuent; aussi les prix se relèvent-ils depuis quelques jours : le courant du mois est revenu à 61 fr., et les quatre mois d'été à ô'i'.SO ; les 3/6 mauvais goût se traitent à 48 fr. Dans le nord, les prix se raffermissent également. — A Nantes, les affaires sont très-calmes. — Dans le midi, les spiritueux n'ont pas été atteints par le mouvement de faiblesse dont les marchés de Paris et du Nord ont souffert; nous retrouvons donc le 3/6 du Languedoc, disponible, coté 70 fr. A Béziers, Cette, Nîmes, Lunel et Pézenas; le courant du mois de 70 à 71 fr. ; les quatre premiers mois à 74 fr., et les quatre mois chauds à 78 francs.
A Bercy, les affaires en vins se sont ralenties peu à peu ; c'était à prévoir à cette époque de l'année, et l'on ne peut compter sur une reprise avant la seconde quinzaine du mois prochain. L'échéance du 31 courant est très-importante, et le commerce, qui se prépare à satisfaire à ses engagements et à régulariser ses comptes de fin d'année, a suspendu toute espèce d'achats. — Le cours des vins nouveaux reste stationnaire, à l'exception toutefois de ceux des vins de la Loire et du Cher ; le stock est très-chargé de ces vins, et il faut s'attendre à une baisse assez sensible.
Les eaux-de-vie, dans les pays de production, comme aux entrepôts et sur les marchés ont donné lieu à peu d'affaires depuis les fêtes de Noël. Les achats ont été faits de part et d'autres pour la solennité du jour de l'an, et les transactions ne recommenceront à avoir lieu qu'à la mi-janvier.
Houblons. — Les nouvelles d'Alsace, de la Bavière et de la Bohême se résument comme celles de la quinzaine dernière ; les existences s'en vont petit à petit de chez les planteurs, dont les prétentions augmentent en raison directe de la réduction de leur stock ; mais pour le moment les acheteurs, très-réservés, ne veulent pas payer en hausse. Les affaires sont languissantes ; la brasserie en Allemagne a eu à souffrir de la guerre et de ses suites : partout elle est contrariée par la cherté des orges et par le mauvais temps ; tout cela enrage la fabrication. On peut prévoir pourtant un réveil des besoins de la consommation, et l'élan qui s'en suivra dans les demandes ne pourra que nous conduire à des prix plus élevés que les cours stationnaires d'aujourd'hui. — En Belgique, les affaires sont peu importantes par suite des prétentions élevées des cultivateurs ; les houblons d'Alost se cotent à raison de 304 fr. les lOûkilogr.
Huiles et graines oléagineuses. — Les huiles de colza sont en hausse ; cela tient à ce qu'il ne reste plus que peu de chose à revendre, tandis que le découvert est encore considérable. Gaen, qui a fait vendre des quantités importantes sur décemet janvier, lorsque la plupart de nos usines parisiennes rachetaient, s'est arrêté ces jours derniers, effrayé de nos demandes. Les marchés de Rouen sont à la baisse; mais ceux de la ligne du Nord demeurent toujours à 3 et 3'. 50 au-dessus de la parité de nos cours. — Les graines de colza des environs de Paris, de la Vendée, de l'Anjou deviennent rares, et nos usines oôrent pour la graine de Normandie 41 ff. 50.
Chanvres et lins. — Dans le Maine-et-Loire les chanvres de valhc, ordinairement très-recherchés pour la filature, trouvent encore acheteurs, mais avec environ 6 pour 100 de baisse. Les premières qualités sont cotées à 125 fr. les 100 kilog. ; les secondes à 118 fr.; les troisièmes à 110 fr. ; les quatrièmes k 102 fr.; et les cinquièmes à 35 fr. Les chanvres pour cordages s'échelonnent de même de 68 à 80 fr, suivant les qualités. Les lins d'hiver ont subi une réduction de prix analogue. — A Lille, les transactions sont nulles, et les cours également en baisse. — En Belgique et en Angleterre, les marchés sont bien approvisionnés, et les prix restent fermes avec tendance à la hausse. — A Riga, le marché est très-calme.
Laines. — Les cours restent fermes sur les marchés das environs de Paris, mais sans changement appréciable. — Au Havre, les ventes de gré à gré effectuées cette
quinzaine, sans être très-nombreuses, ont été assez suivies. La vente publique mensuelle a été très-froide, et n'a pas donné de résultats satisfaisants. — A Marseille, les affaires ont été plus importantes^ mais les provenances de Perse ont baissé. — An Angleterre, la quatrième série d'enchères des laines coloniales, qui s'est tenue à Londres et qui vient de se terminer, a été moins favorable aux vendeurs que les précédentes. On se plaint d'un malaise général; les acheteurs demandent peu; les cours ont été généralement faibles.
Sucres. — Les sucres bruts sont plus fermes que pendant la quinzaine dernière. Dans le nord, la situation est également en train de s'améliorer ; le disponible oscille entre 55 et 56 fr. 50 c. — Les sucres coloniaux sont toujours sans affaires. Au Havre et à Bordeaux les affaires sont sans importance, et à Marseille, i 1 y a plutôt tendance à la baisse, par suite du petit nombre des demandes.
Les Suifs de boucherie se sont vendus en baisse pendant cette quinzaine. Le prix moyen a été de 122 fr. 70 c. dans Paris et de 115 fr, 50 c. au dehors pour les bons suifs. La chandelle a eu des prix plus fermes. Elle s'est vendue 142 fr. dans Paris. L'oléine est restée à 93 fr. 50 c. prise au dehors, et la stéanine n'a pas dépassé 190 fr. — Le tout par quintal.
Bestiaux. — L'animation a été assez vive sur nos marchés aux bestiaux. Dans les départements, nos correspondants nous annoncent qu'il y a eu hausse sur le gros bétail dans beaucoup d'endroits. La baisse qui s'est montrée sur quelques places n'a agi que sur les moutons et les cochons. A Sceaux et à Poissy, la vent s'est faite pendant toute la quinzaine avec activité et en hausse.
Malgré la cessation du cattle-plague, le marché des bestiaux de Londres ne se soutient que grâce à l'importation, et cette importation est des plus en plus active. Le Marldane Express, compare la semaine qui précède Noël de 1866 aux semaines analogues des années précédentes, et les résultats en sont assez caractéristiques pour qu'on s'y arrête un instant. Durant cette semaine, en effet, l'importation a été de 8,935 tètes de bétail, tandis qu'en 1865 elle était de 11,703 (c'était on s'en souvient le plus fort de la crise) ; en 1864, de 5,406 tètes; en 1863, de 3,251 ; en 1862, de 2,440; en 1861, de 2,382; enfin, en 1860, de 2,031 têtes de bétail. On ne comptait, dans le dernier marché de Londres, que 515 bestiaux de provenance britannique.
A Edimbourg les "moutons étaient rares, le mouvement d'importation ne se produisant que faiblement dans ce grand centre commercial. Les porcs se sont maintenus à leur prix de la quinzaine dernière, ou du moins leur commerce n'a présenté que des oscillations insignifiantes. Georges Barral.
PRIX COURANT DES DENRÉES AGRICOLES (i- Qumz. de décemb.)