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Voici les notes détaillées que nous ont envoyées nos correspondants. Nous y avons intercalé les renseignements sur l'état des récoltes qui nous sont parvenus depuis notre dernier numéro.
M. Villeroy écrit de Rittershof. (Bavière rhénane), le 2i mars :
Je vous écrivais le 7, qu'après avoir eu le printemps en février, nous avions l'hiver en mars. La terre était alors couverte de neige. Elle n'a pas tenu longtemps, mais après huit jours do pluie, le Ihermomètre est descendu le 16 à 5 degrés au-desous de zéro, et il est encore une fois tombé de la neige qui heureusement a presque disparu. Le Foleil luit, les oiseaux chantent et tout fait espjérer que l'hiver est enfin passé. Mais on ne peut pas encore entrer dans les champs et les travaux sont arriérés.
Le bétail déjà cher a encore haussé et le foin a baissé de prix, parce que le bétail manque. On sentira encore pendant plusieurs années les suites de cette disette de fourrage qui a forcé les cultivateurs à sacrifier tant de bonnes hêtes qui devraient aujourd'hui garnir les élables.
La peste bovine est encore loin de nous, mais elle ne nous laisse pourtant pas dans une enlière sécurité. Vour savez qu'elle est en Autriche. La Bavière, le Wurtemberg et Bade se sont entendus pour envoyer à la frontière des commissaires qui doivent prendre les mesures qu'ils jugeront nécessaires pour prévenir l'invasion du fléau.
M. l'abbé Muller écrit d'Ichtratzheim (Bas-Rhin), le 8 mars :
Février s'est distingué particulièrement par la douceur de sa température. Dans la période de vingt-neuf ans, son minimum de température est descendu plus bas 26 foissur 29. Lesminimade 1848, 18-j9 et 1850, qui sont— 3". 5,-3°. 4et— 3 degrés, s'en rapprochent le plus. Les températures les jjlus basses de février en ladite période ont eu lieu en 1853, 1854 et 1865, et sont descendues à — 14». 6, — 15 degrés et — 15°. 4. — Le maximum, 16 degrés, a été identique à celui de ce mois l'an passé. Il a été, avec celui-ci, le plus élevé de toute la période. Les maxima de 1846, 1848, 1858 et 1865, -f- 15».8, -f- lïi'.S,' 15 degrés et 15». 5, viennent après. — La température moyenne 6». 38 est unique pour février en cette période ; elle en a dépassé toutes les moyennes. Déjà celle de ce mois, l'an passé, les avait dominées toutes ; cependant elle est restée de 1».07 au-dessous de celle de cette année. Elle a dépassé de 4». 57 la moyenne de vingt-neuf ans, qui est 1».81, et de 5'. 53 celle d'Ichtralzlieim calculée sur la base de sept ans, et qui est 0''.85. De plus, elle a dépassé de l^.ôl celle de mars calculée pour vingt-neuf ans, et qui est 4». 77. Ladite moyenne doit avoir été la plus forte depuis 1779. La moyenne température de cinq observations diurnes a été V».66, et celle de 8 heures du matin de 5°. 3. — Minimum de pression atmosphérique, 7i9 mil!. 21, le 3, à 2 heures du soir; maximum, 760 mill. 18, le 6, à midi; moyenne pression, 750 mill. 68. — Tempêtes les 5, 6, 8 et 9 du mois. Nébulosité moyenne 6,6. — La quantité d'eau météorique^, 31 mill. 30, dont 1 mill. 90 provenant de la neif<e fondue est restée de 4 mill. 99 au-dessous de la quantité moyenne de vingt-neuf ans, 36 mill. 29, et de 12 mill. 40 au-dessus de la quantité moyenne tombée à Ichtralzheim pendant sept ans, 18 mill. 90. La quantité totale de février, en cet intervalle de temps, ne donne que 23 mill. 50. Mon pluviomèlre est élevé de 145 mètres au-dessus du niveau de la mer. Son orifice do réception est à 1 mètre au-dessus du sol.
L'an passé, février eut un orage accompagné de tonnerre, le 5, et cette année le 6.
M. Bronsvick écrit de Mirecourt (Vosges), le 3 mars : Le mois de février n'a rien eu de remarquable en faits agricoles. La température la plus basse du mois a eu lieu le 28, elle a été de 3». Le thermomètre semble redescendre encore; grâce à cette r.ouvelle période de froid, les arbres qui allaient se mettre en fleurs arrêtent leur végétation trop hâtive. Le 19, vers 5 heures, un éclair vif et brillant, suivi d'un coup de tonnerre sec, dans la direction du S. 0., nous faisait pressentir une température printanière ; en efiet, depuis celte époque jusqu'au 26, nous avions de 9 à 10 degrés en moyenne au-dessus de zéro. Nous avions eu 19 jours de pluie ce mois, c'est beaucoup trop pour les travaux de culture, aussi les mauvaises herbes en ont-elles profité. .\u moment où je vous écris, une tempête de
N. E. règne depuis deux jours, le thermomètre descend à — 8", la terre se sèche, les insectes périssent ou s'enfoncent profondément. Ge temps à souhait promet une continuité au moins jusqu'au 6 mars.
M. le docteur Bardy écrit de Saint-Dié (Vosges), le 7 mars :
Le mois de février a été très-pluvieux, mais assez doux. Les vents du sud-ouest ont dominé et causé de violentes bourrasques les 6, 7, 8 et 9. Des brouillards épais se sont manifestés les 4, 13, 16, 19, 21. Nous avons eu aussi trois gelées blanches. Les cigognes sont arrivées à Strasbourg le II.
M. X. Thiriat écrit de Saint-Amé (Vosges), le 1" mars :
Une température très-douce et un ciel brumeux et humide ont été les caractères dominants de la météorologie de février dans les Vosges. Les pluies des derniers jours de janvier et les averses torrentielles qui sont tombées au commencement de février ont fait déborder les cours d'eau ; les vallées de la Haute-Moselle ressemblaient à des lacs immenses. Ces eaux chargées de limon ont laissé sur les prairies, en se retirant, un dépôt fertilisant qui va influer considérablement sur la production des fourrages. Depuis longtemps le vent n'avait été déchaîné avec une telle violence que pendant les tempêtes qui se sont succédé sans intervalle pendant 60 heures consécutives du 5 au 9. Dans la soirée du 5, le tonnerre, les éclairs, la grêle se mêlaient aux rugissements de l'ouragan. Depuis le 1" janvier 1851, époque ou j'ai commencé h tenir note des phénomènes météorologiques, je n'ai jamais vu d'orage en février. Depuis le 10, l'air a été très-calme et l'ortdoux, depuis le 14 surtout. Le 16, nous avions 15° de chaleur, température que je n'avais observée qu'une fois en 16 ans. La température moyenne de février est de 2''.32; cette année, cette moyenne a été de 4°. 60. Depuis le 20, l'air s'est refroidi, et le 28 nous avions un froid de — 5° le matin, le veut était à l'est, et tout annonçait une période de froid, peut-être le luile de mars,^ quelquefois si funeste aux champs et aux prairies dans notre région après un hiver humide. Le printemps, qui dans nos hautes vallées ne s'annonce jamais qu'à la fin de mars ou en avril, semblait être arrivé le 18. Les bandes de pinsons qu'on vit dans les Vosges s'éloigner vers le midi au commencement de janvier, sont revenues aussi nombreuses, volant vers le nord par troupes composées de plusieurs milliards d'oiseaux. Les cigognes étaient de retour en Alsace. Dans le val de Gleurie, à 600 mètres d'altitude, l'aaéuione sylvie n'étdit plus rare le 10. L'alouette chantait dans les airs. Le 14, les premiers papillons s'ébattaient au soleil et les ramiers roucoulaient dans les bois. Le 18, nous avions une rosée abondante, la première de l'année, et la primevère des prairies épanouissait ses premières fleurs. Les pinsons chantaient dans les vallées au-dessous de 500 mètres d'altitude, et les prairies avaient revêtu une verdure qui n'est pts toujours si apparente au commencement d'avril.
La forte gelée qui sévit au moment ou nous écrivons aura une influence funeste sur les jeunes pousses de l'herbe, mais détruira une quantité d'insectes nuisibles, surtout les chenilles qu'on voyait déjà écloses dans les nids suspendus aux arbres, et les vers blancs qui se métamorphosent déjà en insectes parfaits.
M. Alexis Perrey écrit de Dijon (Cùte-d'Or), le 6 mars :
J'ai recueilli 60""". 6 d'eau dans ma cour. Pluie les 2, 4, 5, 6, 7, 8, 11, 12, 16,
17, 20, 26, 27 et 28. Neige le 27 et le 28. Grésil le 7. Brouillard les I, 12, 19, 22 et 24. Vent très-fort et même tempétueux du 5 au 8. Le 8, premier maximum de 9'>.0 dans le jour. A 9 heures du soir, le thermooiètre remonte et atteint 10''.5, dans la nuit dont le minimum de 9°.0, égal au maximum de la veille, n'a lieu qu'à 9 heures du matin le 9. Le 15, premier papillon, (soufré), au bas de Fontaine-les-Dijon. Le 24, j'en ai vu plusieurs à Bonvau. Les scilles, les violettes et même les pervenches étaient en fleurs. '
La moyenne de la température en février a été :
Del845ilS6G. Ea 1861. Del84.Dàl866. Enl86:.
9 heures du matin 2i'.6 . 6°. 9 9 heures du soir 3».0 7''.1
Midi 4.9 9.4 Maximum moyens 6.6 10.7
4 heures du soir o.l 9.3 Minimum moyens 0.5 5.0
Maxim, abs. dcp. 22 ans. . 15».4 le 28, en 1846. Minim. abs. dep. 22 ans. -18». 0 le 21, cnlS4j.
De 1845 à 1866.
En 1867.
Millim.
Millim.
9 heures du matin 741.98
Midi 741.75
40 MÉTÉOROLOGIE AGRICOLE DE LA FRANCE EN FÉVRIER ET MARS. La moyenne hauteur du baromètre a été en février :
De 1845 à 1866. En 1865.
Millim. Millim.
4 lieures du soir 741.15 745.87
9 heures du soir 741.75 746.30
Maxim, abs.dep. 22 ans.. 761""'.431e ll,enl849. Minim.abs.dep.22 ans.. 714°'".181e 14,enl855 L'altitude de la cuvette du baromètre est de 245"'".63.
La moyenne de l'humidité relative a été dans le même mois :
Del845àl8C6. En 1867. De 1845 à 1866. EnlStiT.
9 heures du matin 82 81 4 heures du soir 74 73
Midi 74 74 9 heures du soir 82 80
Quant au maximum et au minimum de l'eau tombée et de l'eau évaporée depuis 22 ans, ils ont été en février :
Millim. Millim.
Maxim, de l'eau tombée... 93.0enl866 Maxim, de l'eau évaporée.. 56.0enl8D7
Minim. — ... 3.0enl863 Minim. — „.. 2.aenl861
M. le D' Rotlée écrit de Clermont (Oise), le 6 mars :
A part quelques jours de pelée de peu d'intensité au commencement et à la fin du mois, la température de février a été douce et humide. Les pluies ont été plus considérables pendant la première semaine que dans le reste du mois; elles ont coïncidé avec des tempêtes et des vents violents d'ouest et ses composés qui ont été dominants. Geu.x du sud ont aussi souflé assez fréquemment. Le baromètre était à 763""". 5 le 2, vent N. 0. ; il descendait rapidement en quelques jours et était le 6 à 731""". 0 minimum, vent d'O, pendant la tempête ; puis, il remonta graduellement et s'arrêla le 21 à 766"". I, maximum, vent N. 0, pour redescendre à 751™'".6 à la fin du mois. La moyenne a été de 754™"". 4,
M. Huette écrit de Nantes (Loire-Inférieure), le 3 mars :
Le gros temps elles teropètes ont été fréquents dans le mois de février. Tempêtes pendant les journées des 4, 6 et 7. Gros temps dans celles des 5,7 et 11. Mois sans aucune apparence de gelée sèche, mais humide température constamment douce.
M. Boudy écrit de Grand-Jouan (Loire-Inférieure), le 7 mars :
Une température extraordinairement douce et humide (moyenne du mois 9". 5) pour la saison a été le caractère principal de ce mois de février, pendant lequel nous n'avons eu ici aucune gelée à glace ni neige.
M. Mauduyl écrit de Poitiers (Vendôme), le 22 mars :
Nous avonsdepuis le 1" de ce mois un temps détestable ; il pleut continuellemLnt Après cpielques jours d'un froid assez vif qui a gelé les arbres fruitiers trop avancés, la pluie a recommencé et n'a pas cessé depuis cette époque. Le 18, à 8 heures 1/2 du soir, nous avons eu un orage terrible ; le tonnerre, les éclairs, se succédaient avec une rapiditi effrayante. Uue pluie mêlée de grêlons de la giosseur d'une noisette tombait à torrent. Je ne crois pas que l'orage ait eu lieu sur une grande étendue et qu'il ait causé des dommages sérieu.K. Les vents sont toujours à l'ouest ou au sud- • ouest. Il est à désirer que la chaleur nous revienne promptement.
M. de Villiers de l'Isle-Adam écrit de Sargé (Sarthe), le 14 mars :
Le mois de février 1867 a été très-remarquable par la douceur de sa température ; il n'a pas gelé une seule fois. Le ciel a été presque toujours couvert; j'ai compté quinze jours de pluie ; nous avons eu un orage avec quelques coups de tonnerre assez forts le 15 entre cinq et six heures du soir.
M. Blondin écrit de Blois (Loir-et-Cher), le 6 mars :
Le mois de février 1867 est remarquable par sa température relativement élevée, sa moyenne 8°. 83 est de 2 degrés et plus supérieure à toutes les moyennes du înême. mois depuis 1841; b, l'exception de 1859 et 18ô2, elle dépasse même toutes
les moyennes du mois de mars pendant ces vingt-sept dernières anni^es. Le 15 février, veille du maximum, qui a été de 17°. 3, nous avons eu à Bois, dans la soirée, éclairs et tonnerre comme au mois de juin.
M. H. Trénel écrit de Septème (Isère), le 12 mars :
Le beau temps, avec le vent du nord et une température moyenne de-}- 2 degrés pendant la nuit et -)- 10 degrés pendant le jour, s'est maintenu du 13 au 28 février; pendant cette période, le baromètre est resté au beau. — Du 1"' au 7 mars, abaissement du thermomètre à — k degrés pendant la nuit et — 2 degrés pendant le jour. — Du 8 h ce jour, vent du sud, chaleur moyenne de 14 degrés, pluies fréquentes et peu abondantes.
M. Delalo écrit de Salers (Cantal), le 16 mars :
Le mois de février n'a présenté rien de remarquable au point de vue météorologique. La température a été assez douce, et s'il n'était survenu au commencement de mars quelques jours de forte gelée, l'on aurait eu à redouter la précocité de la saison.
Puisque vous demandez à chacun de vos correspondants l'attitude des stations sur lesquelles ils opèrent, voici celle de Salers : 933 mètres au-dessus du niveau de la mer. Salers est au centre d'un canton, dont le point le plus élevé est le Puy-Mary, 1795 mètres, et le point le plus Las, Saint- Vincent; dans la vallée de Mars, 642 mètres.
M. Guillier écrit de Nîmes (Gard), le 28 février :
Le mois de janvier dernier a été assez beau. La température moyenne s'est élevée à 5°. 08. Le minimum extrême a été de — 16 degrés le 17, et le maximum le plus élevé 15 degrés. — Il a neigé les 13, 14, 15 et 18. Ce n'est que vers la fin du mois que cette neige a pu fondre sous la double influence du soleil et de la pluie. Nous avons eu 6 jours de pluie. — Le ciel a été couvert les 5, 6, 7, 8, 10, 13, 14, 15, 20, 21, 22, 24; il a été à demi couvert les 9, 12, 18, 25 et 27. Le soleil n'a pas cessé de se montrer dans les journées qui ne figurent point dans l'énoruératioa ci-dessus. — Les vents du nord ont dominé, ils ont régné pendant 23 jours, assez souvent avec force, quelquefois avec violence.
M. Auguste du Peyrat écrit de Beyrie (Laudes), le 2 mari :
Il est tombé 40"'"'. 25 d'eau en .7 jours de pluie et la moyenne générale des 16 années antérieures est de 50"'°'. et de 7.31 jours de pluie dans ce mois. La température moyenne du mois est de 10''. 95, taudis que la moyenne générale n'est que de 6°. 70, c'est 4". 25 en plus, ce qui est énorme et tient à ce qu'il n'y a pas eu un seul jour de gelée; la plus basse température, le 13, a été de 2". 2, et la plus haute, le 10, de 20''.6. Aussi la végétation s'est-elle mise en mouvement. Il y a eu 12 jours sombres, 5 jours demi-couverts et 11 jours de beau ciel brillait de soleil ; les vents ont régné 14 jours de la région de l'ouest et variables le reste du temps. Les observations ozonométriques sont les suivantes : à 6 heures du matin 15°. 61, à 6 heures du soir 13°. 82, moyenne du mois 14°. 71.
L'année météorologique, du 1" mars 1866 au 28 février 1867 a eu 137 jours de pluie, tandis que la moyenne générale des 16 années précédentes n'est que de 105 jours 75, c'est une ditYérence de 31 jours de pluie en plus, et les mois les plus pluvieux ont été : mars 94"'"'. 7 5, août 90"'"'. 25 et se^jtembre 85'°'".5Û. Cependant, la pluie tombée dans l'année n'est que de 735""". 75 et la moyenne générale à Bjyrie est de 8 22°'"'. 09 ; il a plu un plus grand nombre de jours avec moins d'intensité qu'à l'ordinaire ; aussi ni l'Adonr ni ses nombreux aifluents n'ont débordé cette année comme dans le centre de la France. La température moyenne de l'année a été de 14°. 90 et la moyenne générale étant de 13°. 45, c'est une différence de 1°.45 en sus, ce qui est énorme.
M. Paganon écrit de Grenoble^ le 16 mars :
La pluie est presque toujours continue; mais le temps est doux, les arbres fruitiers sont en pleine floraison. La vigne n'a pas encore boygé. Le vin a un peu augmenté.
M. Allard écrit de Cervières (Hautes- Alpes), le 26 février :
La température de ce mois a été fort douce; le thermomètre n'a pas dépassé — 5»; les vents du sud et du sud-est ont été très-fréquents. Le beau temps a régné les 1, 2, 3, 4, 10, 11, 12, 13, 22, 24, 25 et 26 ; il a neigé le 5 et le 6; le ciel a été couvert les 7, 8, 9, 16, 17 et 18; les 19, 20, 21 et 23 le ciel a été en partie couvert; il a plu le 14 et le 15.
M. de Moly écrit de Toulouse, le 16 mars :
La fait saillant à mentionner aujourd'hui, est la Laisse des céréales. Celle baisse, arrivée il y a quelques semaines inopinément, et sans qu'on paraisse l'expliquer autrement que par la hausse qui l'avait précédée et qui avait pris des proportions inquiétantes. Celte baisse a surpris le commerce auquel il a occasionné des pertes considérables et qui ne croit pas à sa durée d'après les besoins énormes de la consommation et les ressources que présentent encore les pays de production jusqu'à la prochaine récolte. A en juger par l'état très-avancé des blés, cette récolte serait précoce; mais tout dépend des mois de mai et de juin, puissent-ils être favorables et la récolte satisfaisante.
M. Aubert écrit de Paillerols (Hautes-Alpes), le 27 mars :
Les pluies sont trop fréquentes, la campagne commence à souffrir de l'excès d'humidité et surtout de l'absence du soleil. 'Tous les travaux sont en retard. Les affaires en céréales sont à peu près nulles ; le bétail est toujours fort cher.
Il a peu ou point neigé pendant le mois de février. Quant à la quantité d'eau tombée, elleaété considérable et bien au-dessus de la moyenne générale. L'évaporation a été forte en raison de la température élevée qui a régné pendant tout le mois. On se rendra facilement compte des quantités d'eau tombée et évaporée en février dans plusieurs villes du Nord, du Centre et du Midi de la France par le tableau suivant :
Eau tombée. Eau évaporée. Eau tombée. Eau évaporée.
niillim. millini, millim. millim.
Lille 38.30 25.81 Nantes. . . . 70.00 51.00
Paris 39.80 42.40 Bordeaux. . . 49.10 38.00
Vendôme. . . 51.20 12.40 Alger 15.90 53.20
Dijon 57.50 7.00
Quelques orages ont eu lieu dans l'Est et le Centre de la France; ils accompagnaient les ouragans violents du sud-ouest et du sud qui ont soufflé dans le commencement du mois.
J.-A. Barral.
On ne saurait trop souvent, dans les journaux d'agriculture, rappeler l'enquête agricole. Ailleurs on l'oublie volontiers. C'est bien le moins que nous puissions revenir ici sur l'importance de cet événement.
L'enquête n'est pas encore terminée, ou, du moins, on ne connaîtra pas de quelque temps le résumé de toutes les dépositions ; mais on sait déjà quelle est la tendance générale qui a prévalu. Les anciens partisans d'une protection efficace se sont-ils défendus comme ils auraient pu, comme ils auraient dû le faire? Je ne le crois pas, et je regarde comme un devoir de le dire, au risque de me trouver presque seul dans l'arène.
A bien peu d'exceptions près, il semblerait que, ployant sous la force irrésistible du fait accompli, ou dominés par le discrédit qui s'attache à toute cause vaincue, tous ceux qui ont milité précédemment en faveur de la protection s'entendent pour justifier les doctrines de leurs adversaires. Au lieu d'arborer franchement le drapeau de la protection, au lieu d'affirmer hautement, à l'aide de l'expérience acquise dans ces dernières années, et des faits dont la signification est au-dessus de toute controverse, que cette protection est la première et la plus essentielle vérité économique, le devoir le plus impérieux et le plus sacré de la société vis-à-vis de ses membres; au lieu, enfin, de prendre les libres échangistes corps à corps et de leur prouver qu'il ne sont pas des économistes, pourquoi plaider presque toujours la circonstance atténuante, et se rabattre avec une humilité synonyme d'un défaut de confiance en soi sur la nécessité d'une transition et la justice de certaines réformes qu'on indique avec plus ou moins de timidité ? « Ce ne sont pas des droits internationaux qu il faut réclamer, entendons-nous dire maintenant dans notre camp si réduit; la question est tranchée et il est impossible de revenir sur les pas que nous avons faits. Si le prix de vente des denrées alimentaires est au-dessous du prix de revient, cela tient à l'énormité et à la multiplicité des droits et des impôts qui pèsent sur les producteurs; laissons de côté toute doctrine économique et insistons sur le principe de l'égalité devant la loi pour solliciter la diminution des droits d'enregistrement sur les ventes, les échanges et les successions, et la transformation des droits indirects, comme celle des octrois. Si la population agricole diminue, c'est aux habitudes malthusiennes qui ont pénétré dans les campagnes qu'il faut en attribuer la faute ; en parvenant à moraliser le peuple, nous aurons fait disparaître la cause qui s'oppose avec la plus désolante énergie au développement de l'humanité. »
Ah! sans doute, il y a là une multitude de problèmes dont la solution doit provoquer sans cesse, et au plus haut degré, les efforts des moralistes, des publicistes et des économistes. Plus que qui que ce soit, je suis convaincu qu'avec une ferme volonté et une persévérance soutenue, il est possible de réaliser avec le temps les progrès les plus heureux dans cet ordre d'idées; mais le temps, beaucoup de temps, et des circonstances favorables sont les conditions sans lesquelles rien ne se peut. Quel est donc celui dont la confiance serait assez robuste pour admettre qu'avec le fusil à aiguille et le développement de l'armée, qu'avec des budgets de ville dépassant 240 millions, il y ait d'autre réforme à attendre dans nos impôts qu'une aggravation destinée à peser de jour en jour plus lourdement sur notre production? Pourtant notre agriculture est aux abois; le capital s'amoindrit de tous les côtés à la fois, et au Nord comme au iVIidi, à l'Est comme à l'Ouest, partout l'ouvrier fuit une profession qui n'offre parfois que privation et misère, en échange des efforts les plus pénibles et les plus persévérants. Faudra-t-il attendre pour aviser que le vide se .soit fait là où les souffrances ne peuvent se prolonger sans compléter une abstention fatale? Non, cent fois, mille fois non; car, à toute diminution dans nos forces agricoles, correspond une prostration décuple dans nos forces sociales; car le jour où notre sol perdrait sa puissance de production, la France ne serait plus qu'une nation déchue.
Il n'y a rien de plus extraordinaire que de voir la facilité avec laquelle on admet que, parce que des principes ont disparu sous une forme surannée ou défectueuse, il est impossible de les apphquer désormais sous une forme nouvelle et meilleure. C'est là une vieille rengaine démentie constamment par l'expérience, et à laquelle des esprits séi'ieux ne devraient jamais se laisser prendre. N'a-t-on pas dit, à diverses époques : les rois s'en vont, la royauté est morte à jamais; et cependant, partout et toujours, dans tous les siècles, sauf des exceptions justifiées par des circonstances particulières, c'est la royauté qui a succédé à la royauté, aussitôt que les peuples ont pu comprendre qu'il n'y avait aucun autre moyen d'échapper à une dissolution radicale. Combien de fois, naguère, du temps du pouvoir parlementaire, n'a-t-on pas répété que le pouvoir d'un seul était à jamais impossible en France? La question n'est pas là ; elle consiste exclusivement à savoir si ce qu'on a détruit a été remplacé utilement pour la société, ou bien s'il en est résulté un vide dans lequel notre activité vient s'engouffrer et s'anéantir.
Je reconnais et je déplore profondément le mal produit par ce qu'on est convenu d'appeler la doctrine malthusienne ; mais c'est se faire une complète illusion que de la signaler comme l'une des causes les plus actives de la dépopulation des campa-
44 l'enquête agricole.
gnes. Les habitudes malthusiennes n'ont jamais été qu'une conséquence forcée de la législation qui régit la famille, la propriété et le travail, et si elles n'existaient pas, on peut affirmer que la détresse agricole et l'abandon de la culture seraient encore plus intenses que nous ne le voyons. Nous pouvons imposer à la société les lois les plus absurdes, mais nous n'avons pas le pouvoir de modifier celles que la Providence a décrétées. Or, l'une de ces lois imprescriptibles veut que la vie ne soit possible que dans la proportion des moyens matériels d'existence préparés d'avance. Si donc on porte atteinte à la fécondité du sol ou à la rémunération de l'ouvrier, il faut, à l'instant, que le nombre des intéressés diminue d'une manière ou d'ime autre dans la même mesure. Gela est tellement vrai que, parallèlement à la décroissance du nombre des enfants dans les familles, nous assistons à une désertion générale qui frappe tout le monde de stupeur. Rendons, au contraire, à notre agriculture une prospérité qui pourrait être sans limites ; obtenon^ pour la main-d'œuvre qu'elle emploie une rémunération relativement égale à celle de l'industrie; aussitôt nous verrons s'arrêter cette effrayante émigration qui est par ellemême une véritable décomposition sociale, et si, en même temps, nous savons reconquérir les conditions de durée sans lesquelles la famille devient impuissante, nous aurons levé l'obstacle, insurmontable aujourd'hui, qui s'oppose à la multiplication de l'homme, et les vides se combleront rapidement par une population sans cesse croissante.
Les libres échangistes n'ont pas produit, que je sache, un seul argument nouveau en faveur de leurs doctrines. Leur grand cheval de bataille est toujours la liberté du commerce, expression aussi élastique que sonore, à laquelle tout le monde paraît se rallier, sans comprendre mieux ses exigences que sa véritable signification. Assurément, la liberté du commerce est l'une des conséquences naturelles et nécessaires des conditions dans lesquelles la Providence a placé l'homme; mais il en est de cette liberté comme de toutes les autres; par cela seul que l'homme est toujours porté à abuser à son profit des moyens dont il dispose, il faut établir certaines limites, certaines règles pour empêcher la société de se partager en exploitants et en exploités, en habiles et en dupes. Le commerce étant le moyen de distribuer partout les produits du travail, et l'homme ayant à compter, non-seulement avec l'homme mais encore avec la société dont il '"ait partie, puisque cette société a droit à une part, il est évident que c'est au moment de l'échange, lorsque la denrée est apparente et a sa valeur, que l'État doit généralement prélever ce qui lui revient.. Or, pour les libres échangistes, la liberté du commerce consiste uniquement à priver l'Éiat de toute participation aux produits importés, et à le forcer ainsi à se redîmer sur les produits indigènes. Ne répond-on pas invariablement îi toute demande de diminution des droits indirects, de succession et d'enregistrement, à toute suppression d'octroi : o II faut bien que l'État et les villes puissent vivre? » Si tout est dit avec cette fin de non-recevoir, en revanche, elle est destinée à tourner à la confusion de l'école nouvelle, aussitôt qu'on se rendra compte de l'énormité qu'elle consacre.
Malgré les milliards qu'il remue, le commerce extérieur n'a qu'une importance très-secondaire, quand on le compare au commerce intérieur; d'abord par les totaux, puis, et surtout , parce que ce commerce ne représente qu'une minime fraction de travail national, tandis que le commerce intérieur n'agit presque que sur la production indigène. Chacun peut se rendre compte de cette vérité, en constatant, dans sa consommation et dans celle du voisin, la proportion entre les produits étrangers et les produits provenant exclusivement de nous.
Maintenant, si la liberté absolue du commerce est indispensable, si elle consiste en un affranchissement totale de droits, n'est-ce pas un déni de justice inqualifiable, aussi bien qu'une dérision stupide, d'ordonner la liberté pour l'échange international et de déclarer qu'elle est impossible pour l'échange de nos propres denrées ? S'il est impossible de supprimer la charge d'un côté, celui qui nous intéresse le plus, pourquoi ne pas la partager?
La réponse est connue : on prétend que si la logique est blessée, la justice ne saurait être atteinte, paice que tout le monde y gagne. Gela n'est pas vrai. Quelques-uns peuvent en retirer un bénéfice exceptionnel, mais les masses sont tellement frappées qu'elles disparaissent sous la charge, La preuve en est banale à force d'être évidente et répétée. Vingt-huit millions d'hamtants des campagnes, composés de cultivateurs, d'industriels et de commerçants, se fondent au grand
soleil, entraînant dans leur ruine actuelle la ruine prochaine de la Société tout entière. Le fait est constaté universellement et trop significatif pour qu'on puisse en méconnaître la portée ; mais combien de temps faudra-t-il encore pour comprendre qu'il constitue un acte d'accusation foudroyant conîre le libre échange et une démonstration accablante de la fausseté de ses théories?
Les populations de nos campagnes se fondent au grand soleil parce que leur rémunération n'est pas suffisante, et cette rémunération est insuffisante parce que le prix de leurs denrées est subordonné aux prix déterminés par la concurrence étrangère.
Quoi que l'on dise ou quoi que l'on fasse, telle est en réalité la situation. L'enquête le démontre de tous les côtés à la fois; mais les moyens d'y remédier y font complètement défaut. Dans l'impossibilité où l'on se trouve d'obtenir du jour au lendemain des dégrèvements suffisants et des réformes efficaces, on demande à peu près unanimement que le droit fixe d'entrée des blés étrangers soit relevé. On comprend avec toute raison que le blé est l'étalon du prix de tous les autres produits agricoles, et que lorsque le blé monte ou descend, tout monte ou descend avec lui ; mais ce serait préparer une inévitable et calamiteuse déception que de recourir à un droit fi.xe. Le statu quo est encore préférable, parce qu'avec lui, l'expérience est franche et complète, et démontre de plus en plus par l'absurde l'inanité des doctrines absolues du libre échange ; tandis qu'un semblant de protection mal combinée aurait pour conséquence de fausser encore l'opinion puWicjue et de retarder ainsi indéfiniment l'adoption des mesures indispensables.
Le droit fixe soulève trois objections principales que l'enquête de 1859 avait déjà signalées, et sur lesquelles il est impossible cie se faire illusion, h. moins de le vouloir. Il constitue une impossibilité pratique, une insuffisance radicale, et une injustice inconciliable avec le principe de l'égalité devant la loi. Quelques mots devraient suffire pour le prouver.
L'impossibilité pratique résulte de ce qu'un droit fixe doit être uns moyenne, et que cette moyenne devrait disparaître dans les périodes de pénurie. Quel est celui, je le demande, qui aurait le courage ou le pouvoir d'imposer un droit de 2 fr., je suppose, et cependant ce droit de 2 fr. est bien au-dessous des charges fiscales que supporte notre production , lorsque le prix du blé dépasse 30 fr. et menace de s'élever indéfiniment, comme tout doit le faire supposer en ce moment ? Et si la perception du droit est suspendue, la dénomination ae droit fixe est-elle donc autre chose qu'un mensonge ?
Par cela seul que le droit fixe doit être une moyenne, ses effets ne peuvent être
?[u'incomplets dans les périodes d'abondance. Dès le moment où l'agriculture est orcée de subir toutes les conséquences de la concurrence étrangère dans les années de cherté, il faut qu'elle y ait été préparée par les bénéfices antérieurs provenant des années de bon marché. Or, quand bien même le droit fi.xe aurait le pouvoir de relever les prix du montant de son chiffre, ce qui n'est pas possible , ce n'est pas un prix de quinze francs, au lieu de treize, qui déterminerait une prospérité capable de traverser la crise prochaine.
Mais, ce n'est pas en cela seulement que consiste l'insuffisance du droit fixe. Il y a une seconde cause tout autrement active, qui s'oppose invinciblement à ce qu'il exerce une action générale, qui partage la France agricole en deux catégories tellement différentes que ce qui peut suffire à l'une est absolument inutile à l'autre, ce qui constitue ainsi au suprême degré le caractère d'impuissance et d'injustice dont je viens de parler. Le prix du blé est invariablement déterminé en France par la concurrence étrangère; mais cette concurrence ne se produit pas de la même manière au nord et au midi. Au nord, ce n'est pas l'importation qui pèse sur les cours, mais la nécessité d'une exportation provoquée par une production surabondante, tandis que le midi, sur la Méditerranée, éprouve toujours un déficit. Si donc la production du midi peut-être soutenue par un droit fixe sérieux, je dis sérieux, car un droit annulé par des acquits-à-oaution est une dérision, il est évident comme le jour que le centre, le nord et l'ouest n'en peuvent retirer aucune espèce de bénéfice, puisqu'un droit d'entrée est impuissant par nature à exercer une action quelconque sur l'exportation. Pourquoi alors proléger d'un côté et non de l'autre ? C'est ce que faisait l'ancienne échelle mobile et ce qui a paralysé tous les bons effets qu'on s'en promettait. Ne retombons pas dans une aussi lourde faute, d'autant mieux que nous avons appris à nos dépens, par de trop nombreuses crises ali-
mentaires, que nous avons toujours besoin d'une importation considérable, afin de nous mettre à l'abri de la faim comme celte année-ci en est une preuve nouvelle et péremptoire.
Ainsi, au lieu d'essayer de nouveau, avec la certitude de n'y pas parvenir, de réserver notre marché à notre production, il faut qne la loi fiscale détermine à la fois une importation et une exportation aussi considérables que possible, tout en soutenant nos prix en temps de récoltes abondantes, et, s'il est hors de doute qu'un droit d'entrée est absolument nécessaire pour les importations, il est de toute évidence qu'il faut une prime de sortie pour les exportations. Le droit d'entrée ne serait qu'une faveur révoltante; accompagné d'une prime égale de sortie, il devient une justice que nous avons le droit de réclamer et qu'on obtiendra lejour oii on comprendra en quoi consiste l'intérêt général. Je supplie de nouveau toutes les personnes dont les intentions sont droites, et le nombre en est grand encore, Dieu merci, de peser mûrement les considérations que j'essaye de faire valoir de mon mieux, de ne pas se laisser dominer par la défaillance, et surtout de réfléchir qu'un droit et une prime, qui doivent disparaître en temps de cherté, ne peuvent pas ne pas être mobiles. L'intérêt de la société n'est pas d'acheter du ble au-dessous des frais de production, dans les années prospères, mais d'obtenir le meilleur marché possible, lorsque les récoltes sont insuffisantes. C'est en cela que consiste la compensation et, en agriculture, la compensation est l'unique moyen de dominer la variation des produits.
Je répéterai en terminant ce que j'ai déjà dit bien souvent : si je m'occupe exclusivement en ce moment de la question des céréales, c'et parce qu'elle est la seule dont on puisse attendre une solution et des effets immédiats, et que chaque jour de retard ajoute à l'intensité du mal. Les autres n'en viendront pas moins à leur tour, surtout si notre populalion agricole peut arriver à connaître la force et l'autorité qu'elle a le droit de puiser dans les vrais principes sociaux.
M'' DE Francueu.