‹ Journal de l'agricultureChapitre 296 sur 527 · Tome II de 1867. —-20 avril · texte numérisé non relu

Tome II de 1867. —-20 avril

terre pour y voir et pour y vaincre, voilà M. Jamet qui, à propos de bottes, enfourche son vieux dada Sans-Pareil. Je vous demande un peu quel rapport il y a entre un vrai taureau qui a réellement figuré dans un concours, bien qu'il y ait douze ans de cela, et qui y a gagné un vrai preoaier prix, et les deux croisés^durham dont parle M. Jamet qui, quoi qu'en dise son ami, le voisin du Vendéen, non-seulement n'ont point gagné de prix au concours de Smithfield du mois de décenabre dernier (il n'y a pas longtemps), mais n'y ont pas même figuré?

M. Jamet dit que j'ai pris et vendu le taureau Sans-Pareil, et il a soin de souligner ces deux mots afin de mieux acérer le trait qu'il a voulu me lancer. Mais là encore, il jette son coup d'épée dans l'eau, car ce n'est pas moi qui ai vendu Sans- Pareil. L'éleveur qui l'a vendu, ce n'est autre que Richard Stratton, l'un des hommes les plus éminents et les plus honorables dont s'enorgueillisse l'agriculture de l'Angleterre, un homme qui a rempo-rté plus de victoires, dans les grands concours, avec des animaux de la même souche c£ue Sans-Pareil, que M. Jamet n'a écrit d'articles sur les durhams, et ce n'est pas peu dire. II est vrai que c'est moi qui ai choisi Sans-Pareil, mais certes, si je me suis trompé dans ce choix, je l'ai fait en bonne compagnie. Il y a d'abord l'habile éleveur qui l'a vendu, puis vient la liste des hommes qui, au Concours de Paris, en 1855, l'ont jugé digne du premier prix. Parmi les membres de ce jury, composé des éleveurs les plus éminents de l'Europe, on compte en effet des hommes comme Hugh Watson, Millevard, de Sainte-Marie, de Kergorlay, etc. Certes, je ne pense pas que M. Jamet, malgré la haute idée qu'il a et proclame si souvent de son infaillibilité en matière de durhams, ait la prétention de se comparer à d'aussi bons juges, à des éleveurs qui, eux, ont fait leurs preuves dans l'étable, dans l'arène des concours, et non pas seulement dans le cabinet, la plume à la main; mais si, malgré ces cunsidérations, M. Jamet persiste à revendiquer le don de clairvoyance qui, dans un jeune animal jugé digne du 1" prix par les éleveurs les plus éminents de l'Europe, lui a fait deviner le taureau étique, mal nourri, portant enfin toutes les traces d'un élevage inintelligent et faisant si piètre figure au Concours international de 1860, dans une catégorie composée d'animaux préparés en Angleterre et présentés par les plus habiles éleveurs ; s'il persiste dans cette prétention, dis-je, je lui abandonne volontiers le mérite qu'il s'arroge, et celui non moins remarquable du tact qu'il manifeste en rappelant d'une façon aussi inopportune un incident qui se rattache si peu au débat soulevé par la mystification que j'ai cru devoir signaler à vos lecteurs.

Il est évident que M. Jamet, en rappelant ce vieux souvenir, a voulu insinuer je ne sais quoi de très-méchant, dans sa pensée et dans son intention, pour me punir d'avoir détruit par la base tout ce bel échafaudage qu'il avait construit sur deux faits qui ne sont pas des faits. Vous voyez, cher directeur, comme dans ce concours remarquable de 1855, mon jugement et mes connaissances en matière de durham, dont M. Jamet fait si bon marché à propos de Sans-Pareil, qui y remporte une médaille d'or de grand module et 1,000 francs en argent, et cela bien réellement, je le certifie, mes connaissances, dis-je, rencontrent dans ce même concours d'autres triomphes qui, s'il fallait en croire M. Jamet, ne prouveraient que mon ignorance ou ma spéculation. Dans ce même concours, il y avait en tout cinq animaux choisis par moi et, sur ma recommandation, achetés par des exposants français. Eh bien! sur les cinq, quatre ont été primés. Bien plus, parmi les lauréats, dans la catégorie de la race durham, c'est le sang d'oîi sortait le taureau Sms-Pareil qui a remporté le plus de prix. Donc, si je me suis trompé dans mon choix, il faut dire que le hasard ou l'ignorance du jury m'ont singulièrement favorisé. Je le répète, ce n'est pas par une telle argumentation que notre excellent et habile collaborateur fera passer ses convictions à l'endroit du durham dans l'esprit de ceux qui s'opposent à sa propagation dans notre économie agricole. Son thème est assez fertile, et M. Jamet l'expose avec trop d'habileté pour qu'il ait besoin de raconter sérieusement toutes les vaines histoires de succès et de profits extraordinaires qu'on lui rapporte. Certes, les faits ne manquent pas pour établir le mérite transcendant des durhams, comme élément indispensable d'amélioration dans l'espèce bovine. et ceux qui, comme M. Jamet, ont consacre leur talent et leur esprit d'observation au triomphe de cette bonne cause devraient strictement s'y renfermer. Ce sont les exagérations qui fournissent des armes à nos adversaires.

F.-R. DE LA TrÉHONNAIS.

Afin de ne pas avoir à revenir dans un autre numéro sur cette polémique, nous avons envoyé à M. Jamet la lettre précédente, pour qu'il pût } répondre immédiatement, et voici la note que notre collaborateur nous a fait parvenir :

M. Robiou, dit de la Tréhonnais, s'étonne que je ne l'aie pas remercié pour l'aimable avertissement qu'il m'adressait dans sa chronique de l'Angleterre. En vérité ne lui devais-je pas un remercîment pour les phrases gracieuses où il signale, à différentes reprises, ma Irop grande crcdulité à l'égard d'un fait absurde? Si l'élonnement de M. Robiou n'est pas une mauvaise plaisa,uterie, cela prouve, du moins, que l'auteur ne connaît pas plus le sens des mots que la portée de ses phrases.

M. Robiou dit que j'ai voulu mettre du fiel dans la dernière partie de mon article; sous ce rapport, je baisse pavillon, car le fiel déborde dans toute sa réponse. Gela ne me suprendpas, Sans-Pareil devait émouvoir la bile de mon contradicteur, je m'y attendais.

Il me demande quel rapport il peut y avoir entre le fait du concours de Smithlield, en 1S66, et celui du concours de l'Exposition universelle de Paris, en 1855; mais ce rapport est tout à fait logique.

Dans telle circonstance, M. Robiou me reproche d'avoir cru une chose qu'il qualifie d'absurde; je lui réplique qu'il s'est singulièrement trompé dans une autre occasion. Eh ! bien, ce rapprochement n'est-il pas tout naturel?

Seulement, je ferai observer que mon erreur n'a porté préjudice à personne.

Je ne prétends pas à l'infaillibilité en matière de durhams; mais, je puis le dire sans manquer à la modestie, je me crois un peu plus fort que M. Robiou , lors même que le fait de Sans-Pareil n'existerait pas, et ce fait est grave; il suffit de lire la chronique de l'Angleterre pour voir que l'auteur ne se connaît pas beaucoup en hélail. E. Jamet.

M. de la Trélionnais étant revenu de son voyage en Algérie, nous lui avons donné connaissance de cette note de M. Jamet; il nous a rerais cette dernière réplique :

Paris, le 16 avril 1807.

Cher Directeur, M. Jamet entre en pleine verve de personnalités. Non-seulement il me conteste mes connaissances en bétail, ce qui me touche fort peu, mais il vient me contester mon nom, ce qui me touche encore moins. Seulement j'ai tenu à vous fournir les preuves que j'ai bien droit au nom de Robiou de la Tréhonnais ; vous les avez vues et je compte sur votre témoignage pour le dire à vos lecteurs qui, sans cette contradictiou, pourraient croire que j'ai eu la faiblesse de me parer d'un nom qui ne m'appartient pas. F. Robiou de la Tréhonnais.

M. de la Tréhonnais nous a en effet apporté le nobiliaire de la Bretagne où sa généalogie se trouve établie. Nous le déclarons sans hésitation. Mais ce que nous devons dire aussi, c'est qu'il est désirable que les agriculteurs soient un peu indulgents les uns envers les autres. Il est facile de se tromper sur la valeur d'un taureau, 11 est difficile aussi de savoir la vérité sur ce qui se passe dans les étables et les transactions sur le bétail. Éclairons-nous les uns et les autres sans aucune acrimonie.

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