PREMIÈRE QUINZAINE D'AVRIL
Travaiiï agricoles lUi printemps. — Concours d'animaux de bouclierie. — Concours r6fiionaux. — Concours national île Poissy. — Concours d'animaux de boucherie à Périgueux. — Remarquable exposition de volailles. — Prix d'honneur général. — Concours d'animaux de boucherin à Carhaix. — Prix divers. — Les prix de bande. — Le Comice d'Amhert. — Lettres de MM. Jamet et de la Tréhonnais, relatives à la présence de bœufs durhams-manceaux au concours de Smithfield.— Mort de M. Masquelier. — Du prix de revient en agriculture. — Lettre de M. de Gasparin. — L'Agriculture à l'Exposition universelle. — Membres du jury. — Les termes de MM. Hamolr et Vandercolme. — Le thyphus des bêles à cornes. — Les engrais chimiciues. — Lettres de MM. Leroy, Charles du Peyrat et Hénard.
Quoique un peu pmue par les bruits venus des régions internationales, l'agriculture s'est hâtée, durant cette quinzaine, de proflter de toutes les intermittences de beau temps qu'un printemps peu clément lui a données pour exécuter les travaux de labour et d'ensemencement. Presque partout les semailles de mars étaient en retard et dans nombre de localités elles ne sont pas encore achevées. Le cultivateur ne se laisse jamais détourner de ses travaux. Pour lui un champ qui se présente mal à l'époque de l'approche de la moisson est comme une tache sur sa réputation. Aussi que d'efforts pour lutter contre les circonstances météréologiques défavorables, et quelle abnégation en présence de toutes les distractions qui peuvent s'offrir! Les solennités agricoles ont été nombreuses, mais le plus souvent le cultivateur n'y a donné qu'une attention distraite: ne fallait-il pas qu'il allât semer ses blés, ses avoines, ses betteraves.
L — Concours d'animaux de boucherie.
Une grande partie de ce numéro est consacrée aux comptes rendus que nos collaborateurs ont bien voulu nous adresser sur les concours régionaux d'animaux gras qui ont eii lieu pendant la semaine qui a précédé la semaine sainte à Nîmes, Lyon, Bordeaux, Châteauroux, Nantes, Nancy et Lille. Lorsque nous aurons terminé cette chronique, nous irons nous-même voirie concours national de Poissy afin de pouvoir écrire une appréciation de cette solennité; on la dit remarquable; elle couronne dignement un ensemble de luttes où l'on peut constater que les vaincus aussi bien que les vainqueurs ont rendu des services au pays.
Nous avons annoncé déjà que plusieurs Sociétés d'agriculture, conseils généraux ou conseils départementaux ont créé des concours d'animaux de boucherie, qui, sans avoir l'importance de ceux du gouvernement, exercent néanmoins une grande influence sur l'amélioration du bétail. Parmi ces concours nous citerons notamment ceux de Périgueux et de Carhaix. Le concours de Périgueux a eu lieu le jour de la fête des Rois. Depuis cinq ans que ce concours a été institué, il a continuellement progressé. Cette année tme somme de 4-00 fr. et une médaille d'or offerte par le ministre de l'agriculture ont accru son importance en permettant d'augmenter les récompenses à décerner aux nombreux concurrents, pour la plupart très-méritants.
On remarquait principalement parmi les animaux exposés, la bande de bœufs de madame de Sanzillon, un bœuf de M. Mathé et une vache de M. Montagut. Dans l'espèce ovine, le prix unique a été obtenu par M. Vigier. Une bande de porcs de M. Boissière a mérité le premier prix. M. Chapeau s'est fait remarquer pour ses porcs ou truies. Dans les oiseaux et animaux de basse-cour, MM. Aubin et Pierre Pi- Tome n de 18fi7. — 20 avril. o
clion ont fait une exposition remarquable. Le prix (Vlionnenr général, toutes sections réunies (médaille d'or du ministère) a été décerné à M. Marc Montagut, qui a présenté une très-belle et très-brillante collection de bêtes à cornes.
Le concours de Carhaix (Finistère), aura lieu le 4 juinprocbain, pour les départements des (lôtes-du-Nord, du Finistère et du ftlorbiban. Les prix qui seront décernés dans toutes les classes et dans toutes les catégories s'élèvent à une somme totale de 5^375 fr. En outre, un prix d'honneur, consistant en une médaille en or, offerte par Madame la princesse Bacciocchi, et une somme de 120 fr., sera décernée au bœuf reconnu le plus parfait de forme et d'engraissement, parmi les bœufs primés dans le concours, sans distinction d'âge, de race ni de poids. Un deuxième prix d'honneur, consistant en une médaille en or, offerte par M. le ministre de l'agriculture, et une somme de 100 francs, sera décernée à la meilleure bande de quatre bœufs. Cette bande pourra être formée par des bœufs ayant concouru et ayant remporté des primes ou non dans les différentes classes. Outre les primes données aux animaux d'étable, une somme de 100 francs sera mise à la disposition du jury pour être distribuée entre les plus beaux lots de volailles grasses. Chaque lot devra être composé de deux volailles au moins. Une seconde somme de 100 francs sera distribuée entre les meilleurs échantillons de beurre et de fromage.
Le principe de décerner des prix de bande est de plus en plus appliqué dans les concours agricoles. Nous venons de le signaler dans les concours de boucherie où il ef-^ y-J-^'-ûi^ivuus T-wi.drions qu'il en fût de même dan« '- i-^^^^/'s d animaux reproducteurs où trop souvti.t dps?-=- "'^ exceptionnels, qui ne prouvent rien pour l'ensemble des .Liiljles, remportent les prix. Notre observation s'applique surtout aux Comices et Sociétés d'agriculture. C'est là surtout qu'il faut cherchera récompenser la bonne tenue de tout un troupeau. On pourrait suivre comme exemple celui donné par le Comice agricole f! Av.l.rf ip^yde-Dôme), présidé par ]\L Gustave Celeyron.
Le Comice d'Ambert fait concourir d'abord chaque animal pour les prmies attribuées à chaque catégorie, ensuite il donne le prix de bande a tous les animaux d'une étable groupés ensemble et présentant une .or^-^Tr- "^'"^'^ "^ ^"" dernier concours quia eu lieu à l'automne de 18b0 a Olliergues, il a proclamé lauréat du concours un propriétaire paysan qui avait conduit toute son étable composée d'environ 25 têtes taureau, vaches laitières, élèves et veaux; pris individuellement les animaux n avaient rien d'exceptionnel, mais un ensemble régulier et suivi justifiait des soins continus et donnés avec intelligence Ce lauréat avait eu quatre prix dans diverses catégories du concours; c'est M. Granet, lermier au Poumarrat, qui a ainsi obtenu la médaille d'or donnée par le ministre de l'agriculture.
La ville de Troyes a tenu, le 5 et le 6 avril, un concours d'animaux gras, de beurres et de fromages, qui avait attiré beaucoup d'agriculteurs delà contrée. Les premiers prix ont été décernés pour les'bœufs et les moulons, à M. Herbo-Prévost d'Lclance, un des lauréats du concours de Poissy ; pour les vaches, à M. Guérin-Gauthrot, de Iroyes; pour les veaux à M. Mérat-Goujet; pour les beurres à M. Naret,
CHRONIQaE AGRICOLE (PREMIÈRE QUINZAINE D'AVRIL 1867). 103
deVillemorien, et pour les fromages, à >IM. Etienne Marot, Regnault- Payen et Laurent Michon.
Puisque nous parlons d'animaux envoyés aux concours, nous viderons aussi une ^polémique relative à la présence supposée d'animaux français au dernier concours de Smithfield, à Londres. Cette présence avait été rapportée par notre collaborateur, M. Jamet, comme unondit, qui honorait la race durham-mancelle et la race durham-cotenline. Notre collaborateur, ^I. de la Tréhonnais, a énergiquement nié le fait dans sa chronique agricole de TAngleterre, ce qui a donné lieu à une réplique de M. Jamet que nous avons insérée dans notre numéro du 20 mars, t. I, 1867, p. 548. M. de la Tréhonnais nous a adressé à son tour la lettre suivante:
Douar d'Oued-Zenati, province de Constantine (Algérie), le 30 mars 1867, Mon cher Directeur, .il ,
Au moment où je quittais Bone pour me rendre à Constantine, afin de terminer la mission agronomique dont on m'a chargé, j'ai pu lire, dans votre numéro du 20 mars, un nouvel article de AI. Jamet en réponse à la rectification que j'avais cru devoir faire à propos de la mystification dont il a été la victime et avec lui les lecteurs du Journal de l'Agriculture.
M. Jamet, au lieu de me remercier du service que je rendais k lui et à vos lecteurs, en mettant k l'index les deux gros mensonges qu'on lui avait débités, semble tourner vers moi toute son indignation et même un peu sa vengeance, au lieu de faire tourner l'une et l'autre contre ceux qui avaient si gratuitement abusé de sa bonne foi et, je le répèle, de sa crédulité.
M. Jamet se plaint de deux mots dont j'ai fait usage, — c'est-à-dire les mots absurde et crédulité. — La première de ces expressions ne pouvait atteindre M. Jamet, puisqu'elle s'appliquait non à lui mais à ce que notre excellent collaborateur s'obstine encore à appeler des faits. — Quant à la seconde, je ne sache pas qu'elle dépasse les limites de la courtoisie, et elle est certes bien justifiée par la légèreté avec laquelle M. Jamet a accueilli deux assertions qui, par leur importance, valaient bien la peine qu'on en vérifiât l'exactitude avant de les consigner comme monnaie de bonaloi, dans une publication aussi sérieuse que la vôtre. La chose était facile d'ailleurs. L'article de M. Jamet paraissait le 20 janvier; le 5 du même mois, c'est-à-dire quinze jours avant la promulgation de ces deux assertions, votre journal publiait mon compte rendu de ce même concours de Smithfield dans lequel on assurait que ces fameux croisés durhams français avaient remporté l'un le 1", l'autre le 2" prix. Il est possible que M. Jamet ne me fasse pas l'honneur de lire ce que je publie dans votre journal, mon cher directeur, mais n'eiît-ce été qu'i titre de renseignement, son devoir d'écrivain était naturellement de vérifier par tous les moyens à sa disposition l'exactitude de deux assertions qui, si elles avaient été vraies, auraient jeté sur l'agriculture française une distinction des plus flatteuses, celle de battre chez eux les agriculteurs et éleveurs anglais.
Je le répète, si un fait pareil s'était produit, je n'aurais certes pas manqué de le consigner dans ma chronique, et mon silence absolu au sujet de ces fameux bœufs lauréats aurait di"! éveiller les soupçons de M. Jamet et le rendre moins crédule.
M. Jamet n'est pas heureux dans sa riposte, il rappelle le concours de Poissy oiî les Anglais, invités par nous, sont venus concourir entre eux, dans des catégories ([ui leur étaient spécialement consacrées. Je me demande quel rapport existe entre ces faits et les deux lauréats mythes de M. Jamet; au moins c'était bien réellement des bœufs et des vachesqueles Anglais exposaient, et ils les avaient bien réellement fait concourir.
* Tout cela est fort peu intéressant pour vos lecteurs, mon cher directeur, et je me serais abstenu d'y revenir, si ce n'était la dernière partie de l'article de M. Jamet dans laquelle il a voulu mettre du fiel afin de donner cours à la mauvaise humeur qui lui est surgie en voyant ses chers durhams-manceaux si brusquement détrônés du piédestal oii il les avait si compl-aisamment placés.
En effet, à propos de ces fameux lauréats du concours de Smithfield qui, au dire du voisin de l'éleveur de la Vendée, sont venus dans le grand concours de l'Augle-