CONCOURS DE POISSY
Garonne). — 3" catégorie. — Petites races à laine commune. — 1" prix : MM. le comte Charles de Bouille ; 2% Pargon; 3', le comte Robert de Poui talés; 4'', MM. de Coulonge et de la Vallelte, à Azé (Mayenne); 5% Patin, à Orange (Vaucluse). — Mentions honorables : M. Mathieu, à Saint-Parize-le-Châtel (Nièvre); Mme Malingié, à Pont-Levoy (Loir-et-Cher) ; M. le comte de la Tullaye, au Ménil (Mayenne); MM. Foacier de Ruzé et Samson.
Prix d'honneur à dispuler entre tous les lots primés. — Une coupe d'argent, à M. le comte Charles de Bouille, pour le lot de southdowns ayant remporté le premier prix des petites races à laine commune.
Espèce porcine. — V" classe. — Races françaises pures. — 1" prix : M. Maucuit, à Mousseaux (Seice-et-Oise) ; 2% M. Giraux, à Marcq (Seine-et-Oise); 3% jNI. Gaudelou, à Longues (Seine-et-Oise). — Mentions honorables : MM. Suzé, à Vienne en Arthies (Seine-et-Oise) ; Legoux, à Ameunecourt (Seine-et-Oise) ; Thevenon, à Aulnay (Seine-et-Oise).
2" classe. — Races étrangères puresou croisées entre elles. — 1" prix : MM.Hamot, à Charmont (Seine-et-Oise); 2% Deschamps, à Behoust (Seine-etOise); 3% Desmarchais, à FeucheroUes (Seine-el-Oise) ; k'-, Maisonhaute, à Bailleau-Lévêque (Eure-et-Loir),' 5% Poisson, à Morlac (Cher); 6% Cabaré, à FeucheroUes (Seineet-Oise); 7% Croiset, à Andelu (Seine-et-OiseJ. — Mention très-honorable M. Hamot. — Mention honorable : M. Lacour, à Saint-Fargeau (Yonne); MM. Hamot et Poisson.
3'' dusse. — Animaux provenant de croisements étrangers et français. — l'''prix .• MM. Paillart, à Quesnoy-le-Montant (Somme); 2% de la Brosse, à Orvault (Loire- Inférieure); 3-, Hamot; 4% Poisson; 5', Legendre, comte de Montenol, à Barquet (Eure). — mentions honorables : MM. Guillemin, à Garancières (Seine-et-Oise) ; Pantin, à Freneuse (Seine-et-Oise) ; Texier, à Yerteillac (Dordogne).
4' classe. — Bandes. — 1" prix : MM. Poisson; 2«, Gaudelou, à Longnes (Seineet-Oise); 3% Pantin; 4% Hamot. — mentions honorables : MM. Abel Laprade, à Mazerolles (Vienne) ; Texier ; Paillard.
Prix d'honneur à disputer entre tous les animaux primés. — Une coupe d'argent, à M. Hamot, pour le porc ayant remporté le premier prix de la catégorie des races étrangères.
Les quatre lauréats des prix d'honneur, MM. Tiersonnier, Lacour, de Bouille et Hamot ont été vivemeut applaudis, ainsi que plusieurs autres éleveurs qu'on était heureux de retrouver encore une fois vainqueurs. Mais ce quia surtout distrait l'assemblée, c'est de voir un jeune arabe en costume représentant de !MM. Foacier de Ruzé et Samson, monter six fois sur l'estrade et recevoir ses médailles avec un flegme imperturbable.
M. le ministre de l'agriculture avait ouvert la séance par le discours suivant, qui a été plusieurs fois interrompu par des applaudissements. Ceux mêmes qui désapprouveront rendront au moins hommage à la netteté avec laquelle a été exprimée la doctrine économique que le gouvernement entend suivre désormais.
a. Alessieurs, le concours de Poissy doit cette année à Touverture récente de l'Expciitiou universelle la visite de plusieurs étrangers de distmction ; leur présence au milieu de nous donne à notre lété agricole une solennité particulière et une sorte de caractère inlernati'n<il. Nous sommes heureux de leur souhaiter la hienvenue, et notre première pensée devait être consacrée ;iujûurdhui à remplir les devoirs de l'hospitalité. Nous ne saurions avoir la prétention d'oflrir aux représentants des nations réunies à la grande Exposition du Champ de Mars des produits qui puissent être comparés aux chefs-d'œuvre de l'art et de l'industrie. Ils ont compris cependant l'intérêt qui s'attache à ce concours, où sont exposés les types les plus remarquables de ces animaux utiles qui sont une des richesses principales de notre agriculture. Ils pourront apprécier les résultats obtenus par le rapprochement des races indigènes et des races étrangères, et y verront une preuve nouvelle de la solidarité qui, dans l'agriculture comme dans l'industrie, existe aujourd'hui entre toutes les nations du monde. Les bienfaits de la civilisation et de la paix se retrouvent' à des degrés divers, mais avec le même caractère, dans la simplicité de notre concours agricole et dans les magnificences de l'Exposition universelle.
a. Je viens, pour la première fois, messieurs, parler des grands intérêts de l'agriculture aux hommes qui la connaissent le mieux et la représentent avec le plus d'éclat. C'est une tâche difficde, mais je la remplis avec plaisir et avec confiance, car je sens que je suis des vôtres à plus d'un titre. Depuis quinze ans je préside un Comiee agricole dans mon déparlement , et j'ai toujours placé au premier rang de mes études favorites l'examen des questions économiques dans leurs rapports avec les intérêts de l'agriculture. Que! est l'homme public qui ne serait fier de consîcrer toutes ses forces et tout son dévouement à cette grande industrie nationale, qui compte plusieurs
millions d'ouvriers, qui nourrit plus de 40 millions de consommateurs, et dont Sully disait avec raison qu'elle était « la mamelle de la France"? »
« L'année dernière, mon honorahle et éminent prédécesseur faisait devant vous, dans un remarquable discours, rénumération des lois volées, des mesures réalisées, des résuUats accomplis depuis quelques années pour seconder les prop-ts de l'açricullurc. Oui, beaucoup a été fait sous l'Empire : ni le dévouement de l'administration, ni le concours des pouvoirs publics, ni la sollicitude personnelle de l'Empereur n'ont manqué au.x grands intérêts qu'elle reprcsonle. Mais le progrés est un but qui se déplace sar;s cesse. Quel que soit l'effort qu'il ait coûté, on ne peut s'arrêter même après le succès; il faut avancer toujours, il faut développer sans relâche, sous l'effort combiné de la science et du travail, tous les éléments de la richesse, asservir de plus en plus la mati'ere à nos besoins, et, sur ce vaste champ d'expérience que la nature offre au cultivaleur, rétablir ou activer la fécondité du sol et la puissance de la végétation L'industrie absorbe avec une rapiidté toujours croissante les matières premières qu'elle demande à l'agriculture, et les chemins de fer placent chaque jour sc« produits à la poriée d'un plus grand nombre de consommateurs.
a Au milieu de ces changements qui l'entourent et qui l'entraînent, l'agriculture traverse ellemême une période de transformation , et plus que jamais les questions agricoles sont à l'ordre du jour; elles s'imposent il tous ceux qui, dans l'activité de leur initiative individuelle ou dans le sentiment de leurs devoirs publics, se consacrent à cette noble cause, qui se lie étroitement au progrès du bien-être et de l'aisance acquise par le travail.
« Une enquête récente a de nouveau mis en lunière toutes les questions ù nombreuses, si complexes, si délicates, qui touchent à l'économie rurale et aux intérêts de la propriété foncière. Des documents nombreux et importants ont été recueillis d'un bout de la France à l'autre, et jamais plus vaste information n'a interrogé des faits plus dignes de fixer l'attention pul.liqne. Une commission supérieure, composée des hommes les plus compétents, est occupée en ce moment à réunir et à analyser, dans un travail préparatoire, les documents qui ont été recueillis et les opinions qui se sont produites; elle étudie les condition.s de publicité qui peuvent convenir le mieux à cette grande enquête et accomplit sa tâche avec un zèle et un dévouement auxquels je suis heureux de trouver l'occasion de rendre un hommage public.
« Je ne veux pas, messieurs, entrer ici dans l'examen des résultats de l'enquête : vous me permettrez cependant quelques mois sur une question qui, l'année dernière, semblait diviser les esprits : l'innuence de la liberté du commerce sur la prospérité de l'agriculUire.
« Vous savez que l'enquête est née des préoccupations qui s'étaient élevées à ce sujet. On attribuait à la suppression de l'échelle mobile l'abaissement momentané du prix des céréales, et vous vous rappelez l'efi'ort considérable qui a été fait pour entraîner l'agriculture sous le drapeau de la protection. L'enquête a prononcé aujourd'hui, et je puis dire que la {[uestion est jugée en faveur de la liberté commerciale.
a L'échelle mobile a été à peu près universellement condamnée, l'élévation du droit fixe avait rencontré un certain nombre de partisans. Les uns demandaient un droit de 2 fr. par hectolitre, les autres de 3 à 4 fr.; il y en a môme qui allaient plus loin encore et réclamaient un tarif plus élevé et une protection plus efficace. Mais l'insuffisance de la dernière récolte et la hausse rapide qui en a été la conséquence ont jeté le doute dans beaucoup d'esprits.
II Parmi ceux qui réclamaient l'élévation du droit fixe avec une conviction sincère, plusieurs ont été amenés à reconnaître eux-mêmes qu'un droit élevé ne pourrait être maintenu en cas de disette .
« Ce système ramenait donc, par une pente inévitable, à des combinaisons qi.i se rapprochent plus ou moins de l'échelle mol ile; il consacrait de nouveau à des degrés di?ers des incertitudes sur la quotité du droit, incertitudes funestes qui nuisent à la fois à l'agriculture, au commerce et à l'approvisionnement du pays.
<t La grande majorité des déposants entendus dans l'enquête s'est donc prononcée ouvertement pour un sysli me de législation qui, par la modération et la fixité du droit établi, laisse au commerce des céréales toute sa liberté d'action.
« Mais l'insuffisance de la récolte do 1866 a posé des problèmes nouveaux qui louchent encore, mais à un autre point de vue, à la liberté du commerce. On demandait l'année dernière l'intervention de l'État pour faire hausser le prix du blé; on demande aujourd'hui son inlervenlion pour faire baisser le prix du pain. On réclamait l'année dernière le droit protecteur; on réclame aujourd'hui la taxe officielle. Le Gouvernement résiste à ce nouvel elTorl contre la liberté des transactions; il rencontre dans cette résistance des préjugés anciens et la tradition des doctrines erronées que Turgùt combattait au dernier siècle dans ses I.etircs sur le commerce des hlh.
1 Ceux qui réclament en France le rétablisseiuent de la taxe officielle sur le pain savent-ils qu'en Europe elle a partout cessé d'.-xister'? Ce n'est pas seulement r.\nglelerre, la Hollande, la Belgique, qui ontabandoimé ces doctrines surannées. La liberté du commerce de la boulangerie est établie en Allemagne, en Italie, en Espagne; à Londres comme à Bruxelles, \\ 'Vienne comme à Berlin, à liambourgcomme à Francfort, à Venise comme ■\ Barcelone, on ne connaît plus la taxe officielle du pain. L'autorité publique n'intervient pas plus dans les campagnes que dans les villes ; partout le commerce du pain, comme celui de la farine et du blé, est livré à la libre concurrence.
a Est-il donc si difficile, même dans les communes rurales, de faire aux boulangers une concurrence dont les instruments sont à la poriée de tout le monde? Ne voil-on |ias d'ailleurs que l'intervention de l'autorité publique dans la fixation du prix des denrées offre des inconvénients sérieux, surtout dans les campagnes? Non-seulement elle s'opère par des mains moins expérimentées.
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qui aleilroit de liwr le |<iii du pain a i'g:iU.>ment le |i<JUVoLr de le réduire! La liberté seule peut écarterces rc;>|>oniabiliti;> dangereuses, ijui fuul rcuiuua'r jusqu'au OouvcrneioeQt lui-mf-me les
auscs de la disette ou de l'aiionUiiice. " Sans doute, en maliùre commelciale comme en nialiùie pcliti-iiie. lu lil^rrl.- ne sVlublil pas
ins effort. Mais, si la prolaction rr(.'kwoi)taire empêche -.ri de
cùiicurreucc. L'imlialivc individuelle et la rùsisLincc :de la
ius sûre contre ceux (jui demandent au commerce non des ln,iitlict-> lifitijnea, mait des profits
vagi-rès. Prenons Tbabilude de faire nous-mêmes nos alTaires, et no demandons au Gouvernement d'intervenir dans les transactions privées que pour maintenir, dans l'uilérCt de tous, les règles du droit et de lu justice.
« Les principes de liberli- quidoiveAt régir le commerce des céréales s'appliquent également au commerce des bestiaux. " '
« Longtemps un s'est opposé, en France, à la libre entrée des besliaiLX étrangers. On considérait comme uu molliour public l'inlroduclion île cts animaux précieux qui servent aux premiers besoins de Tbomme i-t concourent j l'alimeutatiou publique.
« Mais, depuis quelques années, la question a bien changé d'aspect. Ce n'est plus la concurrence des besliau.v étrangers, c'est l'élévatiou croissante du prix do la viande qui est l'objet d'une préoccupation lé^'itime.
« On ne peut que se féliciter de l'accroissement de la consommation. C'est un signe évident de bien-être, c'est un piogr&s dans l'alimeatatioa et, par conséquent, un élément de force et de santé pour les populations.
« Plus le fait est général et continu, plus il caractérise le développement de la prospérité. On
. peut guère l'apprécier dans les campagnes que par des observations individuelles ou des constatations locales ; mais, dans les villes, l'adminislration a pu recueillir des renseignements généraux et dignes de foi. Permeltez-moi doue, messieurs, de vous citer quelques chifl'res. J'ose esjierer qu'îbine parallronl pas trop arides <\ un auditoire sérieux et habitué au.\ affaires.
« J'en demande pardon surtout à la municipalité de Poissy, qui nous ferait oublier, par l'éclat qu'elle donne à cette fête agricole, le côté pratique de noire concours. Je la remercie de son hospitalité intelligente et généreuse, mais elle comprendra la première que dans celte ville, qui doit à son maicbé de bcstiauï une célébrité européenne, il n'est pas sans intérêt de rappeler l'importance des besoins que 1 iudusliio de l'élevage el le commerce de la boucherie sont appelés à satisfaire.
< Dans les villesau-dessus de dix mille îlimeset dans les chefs-lieu.^ de département et d'arrondissement d'une population inférieure, la consommation en viande de boucherie et en viande de porc étaiten 183H de 2W> millions de kib'grammes. Après une période de quinze années, en 1854, elle atteignait 3'Sô millions de kilogrammes. I.a progression augmente plus rapidement encore dans les années suivantes ; elledépassc en 18G'2 le chiffre de U2 millions de kd grammes. Il est vrai que la population des villes s'est accrue dans une proportion sensible ; mais, même en tenant compte de cet accroissement, on n'en arrive pas moins à recouualtrc que la consommation par tête a augmenté de 5 kilogrammes dînsla période comprise entre 1839 et 18C2. A Paris, la progression est devenue surtout remarquable 4ans les dernières années, grâce à l'activité du travail et à l'élévation des salaires. En effet, la consommation de la ville de Pajis, qui en 18GI était de 120 raillions de kilogram mes en viande de boucherie et en viande de porc, a dépassé, en ISGli, 141 millions de kilogrammes. L'accroissement de la consommation par habitant n'a pas été moijidre de 5 à G kilogrammes dans cet intervalle de cinq aimées, et la moyenne de la consommation par tête s'élève aujourd'hui à 77 kilogrammes.
.< Malgré les critiques, tantôt justes, tantOt sévères, adre.ssées à nptre temps, on ne peut méconnaître qu'il a fait beaucoup pour le bien-être des populaiions.
• Nous avons dépussé depuis longtemps la poiUe au pot du dimanche, ce vœu touchant d'un grand Uoi qui, lui aussi, aimait le paysan el 1 ouvrier et savait mesurer, dans La bonté de son cœur et la hauteur de son génie, leurs travaux, leui s souffrances et leurs besoins.
« Eu présence de la cousommaiioii qui ne cesse de s'accroilie el du reiicliéri>sement d'une denrée aussi nécessaire que la vi.ande, l'industrie de l'élevage et le commerce des bestiaux doivent redoubler d'efforts pour augniKutcr l'approvisionnement de nos marchés.
« La liberté du commerce, la facilité des transports, le perfectionnement de l'agriculture leur apportent heureusement des ressources nouvelles.
« Ce serait une erreur d'attribuer à l'importation étrangère une importance sérieuse dans nos approvisionnements. Le nombre des animaux appartenant à la race bovine introduits en France était de I2U,UU0 en I8G0; d ne s'élève qu'à iao,UUO en ISti.i. Ce n'est qu'un faible appoint à la production nationale qui représente environ 15 millions d'animaux. L'importation des moutons a été un peu plus considérable. Ue 1860 à ISCJ, elle s'est élevée de 484,000 à 830,000. Mais ces chiffres n'onl aucune importance relative si on les compare à notre production qu'on peut évaluer à 30 millions de bétes ovines. •
<• Encore faut-il ajouter que ces importations sont balancées en grande partie par les exporlations que nous faisons noiis-ruèmes Jans les pays étrangers. La lacililé di- transport due au développement de nos voies ferrées assure des ressources plus considérables au développemotit .le ms
grands niavclit-s. En 1842, 38 départements concouraient à l'approvisionnement de la capitale. On en compte aujourd'hui 65 qui envoient leurs Ijesliaux sur les marchés de Sceaux et de Poissy. Le chemin de fer de l'Est, qui en 1857 n'amenait encore à Paris que 40,000 bœufs ou vaches, en apportait l'année dernière 141,000. La Normandie, la Bretagne et nos autres dé)iartemenls de l'Ouest, malgré les exportations en Angleterre, continuent à diriger sur Paris des convois considérables. L'année dernière, les trains spéciaux ont suffi au transport de 314,000 bœufs ou vaches, tandis qu'en 1857 ils n'en amenaient encore que 114,000. Pendant la même période les transports de bestiaux ont doublé sur la ligne du Nord et de la Méditerranée, et augmenté de 56 pour 100 sur la ligne d'Orléans. C'est ainsi que se développe, par la facilité des communications rapides, le rayon d'approvisionnement de nos grandes villes. Ajoutons que, transportés dans de meilleures condituins qu'autrefois, les bestiaux arrivent sur les marchés en perdant moins de leur poids ou de leur valeur.
<i Envisagée dans ses rapports avec le commerce et les autres industries, l'agriculture profite donc de tout ce qui multiplie les transactions, supprime les obstacles artificiels et favorise le progrès des échanges et des consommations. En se perfectionnant, l'agriculturese confond de plus en plus avec l'industrie, et la ferme se rapproche de la manufacture. Aidée par la science, l'industrie découvre le sucre et l'alcool dans le jus des r.icines qui n'ont pas vu le soleil, et transforme l'agriculture dans les départements du Nord. L'élevage du bétail s'enrichit de ces découvertes et trouve des éléments nouveaux d'aliment;ition dans les résidus des végétaux sortis des laboratoires.
r Comparez les temps, messieurs, et jugez dos progrès accomplis. L'élève du bétail remonte aux premiers âges du monde. Les peuples les plus anciens dont l'histoire ait conservé lesouvenir étaient des peuples pasteurs, et nos éleveurs peuvent avoir la prétention légitime de se rattacher par la tradition aux patriarches de la Bible. Mais ils ne conduisent plus leurs troupeaux sur ces vastes espaces que ne fécondait pas la culture. Au pacage a succédé la prairie, aux prairies les cultures artificielles, aux cultures s'ajoutent les résidus nourrissants de la distillerie agricole, et la stabulalion remplace le pâturage.
« L'élevage dirigé avec intelligence produit avec le temps ces races perfectionnées dont l'Angleterre et la France ont enrichi leurs ètables. L'engraissage devient une industrie avancée qui dans les races améliorées crée des types exceptionnels. Vous complétez ainsi, messieurs, l'œuvre de la nature, en ajoutant à la beauté de ces animaux qui sont restés pour nous comme un symbole d'abondance. En comparant leurs mérites, en appréciant la perfection de leurs formes, le degré de leur engraissement, les membres du jury de concours, si habiles et si compétents, ne constatent pas seulement le succès de vos procédés et la sûreté de votre expérience ; j'ose affirmer qu'ils éprouvent quelque chose de la satisfaction d'un artiste en présence d'une œuvre remarquable. Pourquoi ne serait-il pas permis à des agriculteurs distingués d'admirer dans un concours la beauté d'un bœuf ou d'un taureau, comme on l'admire sur ces toiles dues au pinceau deTroyon ou de Rosa Bonheur?
a Au moment de vous distribuer les récompenses que vous avez méritées dans ce concours, j'ai le sentiment profond que nous n'accomplissons pas seulement une ceuvre utile, mais que nous honorons une industrie bienfaisante et digne des encouragements de l'Etat. L'Empereur, qui aime l'agriculture et qui, vous le savez , la pratique quelquefois lui-même, comme un délassement sérieux, au milieu des soucis du pouvoir, apprécie vos efforts et vos succès. Sa pensée se reporte sans cesse sur les questions qui touchent à l'économie rurale, au développement des voies ferrées ou des routes vicinales, au progrès des cultures, des dessèchements et des irrigations, enfin à l'amélioration des campagnes par une direction meilleure donnée .à l'instruct'on et au travail. Sous son règne, l'agriculture a eu quelque chose de plus que le progrès matériel, elle a vu s'élever les esprits et les cœurs, car cette nourrice féconde qui produit les riches mois.sijns a donné aussi à la France des soldats et des citoyens dévoués à la grandeur comme à la prospérité du pays. »
L'ensemble de tous les animaux exposés dans l'espèce bovine, quelles que fussent les races, montrait véritablement un grand progrès dans l'art de l'engraissement. Le bœuf durham-charolais qui a valu à M. Ttersonnier le prix d'honneur pour le bœuf le plus parfait, n'était âgé que de vingt-quatre naois et pesait 950 kilog. Nous ne nous souvenons pas on avoir vu un plus remarquable. Quand on le regardait du côté de la tète et de face, il pré.sentait une magnifique largeur de poitrine, en même temps qu'une table dorsale qui aurait constitué un large lit. On peut dire qu'il est à peu près impossible d'obtenir mieux. C'est aussi à un croisement durham-charolais qu'appartenait la vache âgée de vingt -neuf mois et pesant 745 kilog., qui a valu à M. Lacourt le prix d'honneur réservé à la vache la plus remarquable sous tous les rapports. C'est cette nature de croisement qui, en ce moment, réussit le mieux aux engraisseurs; la précocité et la perfection des formes en sont deux qualités tout à fait remarquables. Ajoutons néanmoins que plusieurs races françaises pures offraient des spécimens démontrant évidemment que nos éleveurs savent partout aujourd'hui mieux choisir leurs reproducteurs; c'est là un résultat certain de tous les concours. A force de voir de beaux types, chacun a pris l'habitude des bonnes formes ; chacun a, en quelque sorte, un compas dans l'œil, qui lui sert à rejeter des troupeaux les animaux mal conformés. Si ce résultat est