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VI. — Concours de dressage

Puisque nous parlons de concours hippiques, nous ne devons pas oublier de mentionner un concoui's pour la distribution de primes de dressage qui aura lieu à Alençon, le jeudi 27 juin prochain. Ce concours est destiné aux chevaux hongres et aux juments de demi-sang, nés et élevés en France, âgés de quatre à cinq ans, montés, attelés seuls ou à deux, et aptes à faire des chevaux de luxe. Une allocation de 12,000 fr., dont 10,000 donnés par l'administration des haras et 2,000 par le département de l'Orne, est attribuée à ce concours. A l'occasion de cette solennité chevaline, nous emprunterons au dernier compte rendu de la situation de lEmpire les lignes suivantes sur l'état actuel des écoles de dressage :

c Le nombre des écoles de dressage, qui était de 24 en 1865, a été porté en 1866 à 27, eu même temps que le chiffre des subventions de l'Etat s'est élevé de 233,500 fr. à 269,000 fr. D'autres établissements du même genre sont en voie de formation à Lyon, à Rouen, à Marseille, etc.; mais, pour que l'administration pût aider à la réalisation de ces projets, elle aurait besoin, répétons-le encore une fois, d'un crédit beaucoup plus considérable que celui dont elle dispose au budget. A son défaut, peut-on du moins espérer que les conseils généraux et les municipalités voudront bien se charger de cette œuvre? Il soi ait vraiment regrettable qu'il en fût autrement, en raison des services que les écoles ont déjà rendus aussi bien à la production qu'à la consommation du cheval de service en France. Les succès qu'ont obtenus celles en trop petit nombre qui ont envoyé des produits au concours tenu en avril dernier, au palais de l'Industrie, sous le patronage de la Société hippique française, ont affirmé l'utilité de ces établissements et montré aux j)ays d'élevage l'intérêt qu'ils ont à soutenir et à voir se développer cette intelligente institution.

<t A côté des services qu'elles rendent en ofl'rant au commerce des chevaux prêts à être employés, les écoles sont chargées de préparer des liommcs d'écurie, et tout

le monde sait quels progrès nous avons encore à faire sur ce point. L'administration, on se le rappelle, a conféré aux directeurs le droit de délivrer des certificats de capacité de difi'érents degrés aux piqueurs et aux cochers : cette mesure a reçu son exécution en 1866, et près de 50 diplômes ont été accordés, en cours d'année, et à la suite d'examens théoriques et pratiques. C'est peu sans doute, eu égard aux besoins ; mais l'institution est nouvelle, et il n'est pas douteux qu'avec le temps les avantages n'en soient de mieux en mieux appréciés, et que les services publics n'en reconnaissent eux-mêmes l'utilité.

« Le chiffre des primes de dressage, qui sont le premier encouragement donné par l'Etat au cheval de service, comme corollaire des écoles, n'a pu être augmenté, faute de ressources; il est resté ce qu'il était en 1865; cependant le nombre des concurrents qui sont venus les disputer, notamment en Normandie, tend incessamment à s'accroître. De ce côté, le mouvement commercial est bien accusé, et les dernières réunions de Caen, de Falaise (Gruibray) et Alençon ont donné lieu à des transactions considérables.

« C'est peut-être l'occasion de constater ici un fait d'une certaine portée ; nous voulons parler des ventes de chevaux qui se sont efl'ectuées à Paris au concours du palais de l'Industrie. Il résulte, en effet, du rapport lu à la Société hippique française, que ces ventes se sont élevées à 240,000 francs, et si l'on ajoute à celte somme les 51,000 francs de prix qui ont été décernés en séance publique, l'on pourra estimer à près de 300,000 francs le mouvement de fonds produit par celte réunion dans l'espace d'une douzaine de jours.

« A ce point de vue, la Société hippique a donc rendu un signalé service à l'industrie chevaline du pays, et il est à souhaiter que la part d'influence que ses sacrifices et ses efforts lui assurent dans l'œuvre des haras grandisse et s'étende encore. En reconnaissant celte société comme établissemmi d'uliUté publique, l'Etat a voulu lui donner un témoignage de confiance, une recommandation auprès de tous ceux qui ont à cœur la question chevaHne, question à laquelle se rattachent tant d'intérêts d'ordres divers. ■>

Nous rappelons aux agriculteurs que c'est dn 12 au '26 niai que doit avoir lieu, à Paris, sur l'esplanade des Invalides, le second concours de la Société hippique française dont parle le document oi'ficiel qu'on vient de lire. Notre collaborateur, M. Guy de Charnacé, s'est chargé de rendre compte de cette solennité.

VIL — Réunion annuelle des anciens élèves de Grignon.

Le mardi 16 avril a eu lieu, au Grand-Hôtel, la réunion annuelle dés anciens élèves de Grignon. Le but de cette réunion était de faire connaître la situation de l'Association amicale que les anciens élèves ont formée pour se venir en aide moralement et matériellement au besoin. Le but était aussi de faire fraterniser les nouveaux avec les anciens. Aussi voyait-on, assis à côté d'hommes dont les barbes grises attestaient de longs travaux, déjeunes hommes qui entrent dans la carrière.

L'école actuelle était représentée par les trois élèves que les derniers examens ont placés à la tête de leurs promotions. Mi>L Genay, delà Meurthe, élève de la 1" division; Vasselier, d'Ille-et-Vilaine, élève de la 2" division; etRandich, d'Odessa, élève de la 3'' division.

L'agriculture est l'une des industries qui exigent le plus impérieusement la connaissance exacte des conditions locales au milieu desquelles elle doit s'exercer; elle est aussi l'une de celles pour lesquelles cette connaissance est la plus, difficile. Cela tient évidemment à ce que beaucoup de ces conditions varient avec les années et ne se reproduisent qu'à des intervalles inégaux. C'est pour cela que la tradition, qu'on est sou vent porté à accuser de routine, est encore plus nécessaire

210 CHRONIQUE AGîilCÛLE (DEUXIÈME QUINZAINE D'AVRIL 1867).

pour guider les agriculteurs que pour guider les manufacturiers et les commerçants. Les anciens élèves de l'École de Grignon ont donc eu une trùs-îieureuse pensée lorsqu'ils ont créé entre eux celte confraternité qui a pour liut de faire profiter les uns de l'expérience des autres, de faciliter aux nouveaux venus dans une contrée les relations commerciales toujours longues à créer- La séance était présidée par M. Buignet, maire de Chelles et l'un des cultivateurs notables du département de Seine-et-Marne. Au banquet qui a suivi la réunion, le président a porté le toast traditionnel à la mémoire d'Auguste Bella, le fondateur de l'Ecole, et a donné à ses camarades l'assurance que l'œuvre fondée à Grignon ne périrait point avec la dissolution prochaine de la Société agronomique, mais que l'École qui a été leur berceau agricole allait être rajeunie et agrandie par l'administration.

Le directeur actuel de Grignon, après avoir remercié les anciens élèves du souvenir affectueux qu'ils ont conservé au fondateur de l'École, a rappelé le but patriotique qu'avaient en vue, il y a quarante ans, les hommes de bien qui ont puissamment contribué à la fondation de Grignon. A cette époque, il s'agissait déjà de combattre la tendance qui entraîne vers les villes les intelligences, les capitaux et les bras de nos campagnes. Il fallait réagir contre les conséquences de l'absentéisme, en montrant aux jeunes propriétaires l'exemple d'une culture assez efficace pour offrir un placement avantageux à leurs capitaux, assez scientifique pour occuper dignement leurs facultés intellectuelles. Cette culture ne pouvait être que la culture améliorante avec ses puissants moyens d'action.

Le capital d'exploitation demandé parle directeur-fondateur de Grignon parut énorme en 1 827 ; on craignait une culture ruineuse et on disait qu'il ne seraitjamais possible de retirer, des terres pauvres et en apparence ingrates dont on entreprenait l'amélioration, le capital qui ]£s a grandement améliorées. La fin du bail de Grignon et la liquidation de la Société agronomique qui en est la conséquence, font donc traverser à l'œuvre fondée par M. Bella la dernière et la plus décisive des nombreuses épreuves qu'elle a rencontrées. Aussi les anciens élèves de Grignon apprendront-ils avec une vive satisfaction que la liquidation de la culture améliorante de Grignon s'accomplit exactement comme le fondateur l'avait prédit et promis à ses associés, à ses élèves. Un capital d'exploitation de 1,200 fr. par hectare se dégage sans efforts du domaine qu'il a enrichi ; il s'en dégage en le laissant en parfait état et est déjà en grande partie disponible, bien que la Société agronomique ait encore une forte récolte à réaliser et un matériel à vendre.

Telles sont, en résumé, les nouvelles qui ont été données aux anciens élèves. Selon nous, elles intéressent aussi le public agricole; car la démonstration entreprise à Grignon a une haute importance pour l'économie rurale. On ne croit pas assez, en France, aux avantages économiques qui peuvent résulter- d'améliorations agricoles sagement et activement conduites, et notre agriculture manque de capitaux pendant que nos banques en regorgent.

Nous souhaitons, quanta nous, que, dans la nouvelle organisation de

l'École de Grignon, on n'oublie pas que, si l'enseignement agricole a besoin du concours des sciences physiques ou des sciences naturelles, il doit s'appuyer essentiellement sur l'étude sérieuse de l'économie rurale. S'il faut une culture expérimentale destinée à étudier la valeur des différents systèmes de fécondation du sol, des divers modes d'amélioration et d'éducation du bétail et des divers systèmes culturaux, cette valeur, en définitive, doit être mesurée par des résultats financiers. Aussi ne comprendrions-nous pas qu'on plaçât le nouvel Institut agronomique qu'il est question d'organiser dans un milieu restreint et ne comportant pas une organisation agricole industrielle de nature à montrer aux élèves comment tous les procédés, toutes les méthodes, tous les engins conseillés par la science doivent être agencés et doivent fonctionner, pour produire les bénéfices qui importent au pays autant qu'aux familles.

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