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LE TROUPEAU DE LA MÂNDERIE

Le troupeau de M. Nouette-Delorme, qui vient de faire son apparition par un succès à l'Exposition universelle et dont plusieurs revues et journaux ont entretenu le public agricole, est un des plus importants troupeaux de pur sang southdovvn qui existent en France aujourd'hui. Il est placé sur la ferme de la Manderie, près Nogent-sur- Vernisson (Loiret). Ses reproducteurs ont la meilleure généalogie. Sa réputation s'est d'abord circonscrite aux alentours. Sans doute le propriétaire M. Nouette-Delorme ne jugeait pas à propos de lui faire encore aborder la lice où se signalent, depuis plusieurs années, nos éleveurs en possession de la renommée. Enfin, paraît-il, quelques amis le dé-

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cidèrent l'an dernier à exposer au concours régional de Châteauroux quelques produits de vieilles brebis qu'il avait introduites les premières dans sa ferme.

Malgré son inexpérience des concours et croyant avec juste raison qu'un reproducteur doit être montré sans laine et être d'nn embonpoint médiocre, pour qu'on puisse apprécier sa forme, tandis que certains éleveurs ne craignent pas d'envoyer des animaux portant leur laine d'une année, parés avec un art infini et ayant un état d'engraissement digne des concours de Poissy, le propriétaire de la Manderie n'en obtint pas moins deux prix au Concours régional de Châteauroux.

Les goûts héréditaires de M. Nouette-Delorme qui a cependant embrassé une autre carrière, le conduisirent judicieusement à penser, lorsqu'il fit l'acquisition de la terre de la Manderie, d'un sol sablonneux et humide, que la race des southdowns devait y prospérer, puisque justement leur nom rappelle les conditions où cette précieuse race prospère en Angleterre.

Quoique convaincu que la viande est un des besoins de notre époque M. Nouette-Delorme attache, sous un autre rapport, un grand prix à une race dont la laine est propre à certaines étoffes dont l'usage se généralise, telles que la popeline et l'alpaga. Aussi a-t-il pu vendre la laine de son troupeau 2 fr, 50 le kilog. 11 poursuit ainsi un but doublement utilitaire.

De 1853 à 1857, même avant l'acquisition de la terre de la Manderie, M. Nouette-Delorme avait fait de nombreux voyages en Angleterre et pu s'assurer du mérite des races dishiey, southdown. Cette dernière surtout avait attiré son attention par son admirable conformation et sa précocité. Il commença donc par faire avec succès le croisement du bélier southdown avec la brebis berrichonne; il voyait là l'avenir de son élevage. Il se rendit de nouveau en Angleterre, prit les conseils d'un éleveur distingué et acheta, dans l'espace de six mois, cent brebis de diverses âges, ayant toutes une bonne généalogie, au prix de 200 et 300 fr. l'une. Il compléta son étable par trois magnifiques béliers primés dans les concours dont l'im faisait de si bons produits qu'on ne voulait pas le vendre à des éleveurs concurrents, et que M. Nouette-Delorme ne put l'acheter que sous condition d'exportation.

Telle est l'origine, récente encore à vrai dire, d'un troupeau de pur sang qui se compose de près de cinq cents têtes, lorsque déjà, cédant aux lois physiologiques, plusieurs étables en renom attestent la nécessité de se retremper à la source. C'est donc aussi en parfaite connaissance de cause, selon nous, et non par un expédient, comme on l'a écrit, que le prix d'honneur a été attribué à M. Nouette-Delorme. Les acheteurs ont été du même avis que les membres du jury, puisque, seuls, les animaux de la Manderie ont trouvé preneurs avec quelques avantages. M. Nouette-Delorme nous paraît pénétré de la véritable doctrine de l'élevage; il a consulté les convenances de son exploitation; il connaît l'influence du sol et du chmat; il sait de plus qu'en comparant les résultats obtenus par le régime sur des animaux croisés et sur des animaux améliorés spontanément, on peut demeurer convaincu que les perfections sont aussi difficiles à conserver dans un cas que dans l'autre.

A. DE LA MonVONNAIS.

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