III. — Le système de viticulture du D" Jules Guyot
Nos lecteurs se souviennent, sans doute, de l'accusation de plagiat poçtée contre notre collaborateur, M. le D' Jules Guyot, par M. Duchèsne-Thoureau, devant la Société centrale d'agriculture, dans sa séance du 5 décembre dernier (voir le tome II, page 530). Nous avons publié une protestation énergique contre cette accusation. M. Duchesne- Thoureau est venu nous demander des explications. Nous lui avons répondu que, selon notre habitude d'impartialité, nous ne pouvions que lui accorder le droit de réponse. Voici la note qu'il nous fait parvenir. Cette note excède certainement, par sa longueur, les limites raisonnables. Nous demandons pardon à nos lecteurs d'une telle polémique; mais il importe, on le comprendra, qu'il ne puisse pas être dit que le Journal de ragricuUure ne laisse pas toutes les opinions et tous les systèmes s'exposer librement.
Cliàtilloii-3ur-Seine, le 14 janvier 1867.
Monsieur, votre estimable journal, dans le numéro du 20 décembre écoulé, contenait, à propos de chronique viticolo, une note signée Barrai, et conçue en termes assez peu réservés pour motiver de ma part une réclamation dont vous n'avez sùrerementpas perdu le souvenir, non plus que de l'engagement que vous avez accepté d'insérer tel article qu'il me plairait vous adresser. Veuillez donc me permettre de réclamer de votre obligeance l'insertion de la présente noie, à laquelle est annexée la communication par moi faite le 2 décembre devant la Société impériale et centrale d'agriculture de France, communication que vous avez si gravement incriminée, sans en placer le texte sous les yeux de vos lecteurs, qui penseront comme moi, je u'en doute pas, que ce procédé n'est pas conforme à la justice et encore moins aux usages reçus en pareille circonstance. Mais vous avez offert trop gracieusement de réparer cet oubli pour que je ne me déclare pas satisfait.
De son côté (et toujours dans le numéro du 20 décembre), M. Guyot élevait contre moi, ou plutôt contre cette communication, les plaintes les plus amères ; je suis heureux de placer eu regard de ces récriminations le texte qui les motive, ou plutôt dont on s'autorise, et qui établira d'une façon positive que, d'abord, il n'y a dans mon fait rien qui ressemble à de la malveillance, et que tous les griefs de M. Guyot ne résident que dans son imagination. Voici donc la communication que j'ai faite à la Société impériale et centrale d'agriculture de France dans sa séance du 5 décembre 1866 :
« Permettez-moi, messieurs, de remplir un mandat ou plutôt un devoir, eu appelant votre attention sur des faits qui ne peuvent manquer d'avoir un grand retentissement dans le monde agricole en général, et d'exciter les sympathies des membres de la Société centrale et impériale d'agriculture de France, lorsqu'ils sauront que je viens réclamer, non une faveur, mais justice, pour un homme qui, au commencement de ce siècle, sous le patronage éclairé de cette éminente Société, parvint à inaugurer une ère nouvelle pour la viticulture, et réalisa un progrès tellement important, qu'aujourd'hui encore ces mêmes prmcipes, posés en 1800, sont considérés par un grand nombre de viticulteurs comme étant l'extrême limite du possible.
« Et ce livre (intitulé Manuel du Vigneron, par M. Clerc, licencié en droit à Gbâlillon-sur-Seine (Côte-d'Or), que je dépose sur le bureau, et qui contient l'exposé de ces principes si précieux, sembla tellement méritant, que la Société centrale d'agriculture, voulant donner k l'auteur un témoignage de sa haute estime, lui décerna en séance publique et solennelle une médaille, et le gratifia d'un ouvrage trèsremarquable, le Théâtre de l'agriculture.
« Ces encouragements, bien mérités d'ailleurs, eurent pour effet de stimuler encore le zèle de M. Clerc, qui continua avec toute l'énergie possible sa propagande; car, ne reculant devant aucune démarche, devant aucun sacrifice pécuniaire, il s'empressa de publier à ses frais de nouvelles éditions de son ouvrage, qu'il distribua gratuitement, en même temps qu'il prodiguait sa personne et ses conseils.
« Une pareille persistance ne pouvait manquer de produire des résultats utiles, et il est hors de doute que depuis longtemps la France, sous l'impulsion donnée par ce novateur intrépide, aurait été bien rapidement dotée de cultures perfectionnées, si les moyens de communication et de publicité n'eussent alors laissé beaucoup à désirer, si des concours eussent facilité l'exhibition des résultats, comme on peut le faire aujourd'hui, et si surtout la mort n'était brusquement venue moissonner cet apôtre de la viticulture.
« M. Clerc mourut à la tâche, au moment où l'avenir lui apparaissait sous les plus riantes couleurs, et il emporta en mourant le chagrin de constater que personne dans sa famille n'était en mesure de continuer l'œuvre à laquelle il avait consacré une si large part de sa fortune et de son existence ; car sa fille unique et son gendre étaient décédés avant lui, laissant pour seuls héritiers deux enfants en bas âge, par conséquent impuissants à prendre la suite des travaux de leur aïeul.
« -Mais une conception basée sur des fondements aussi solides n'était pas destinée à rester ignorée, et les premiers jalons jetés par l'homme de génie devaient infailliblement éclairer la voie ; aussi, ceux qui s'engagèrent dans le sillon si péniblement ouvert, n'eurent-ils plus qu'à récolter paisiblement les fruits élaborés par M. Clerc. Cependant, jusque-là tout était pour le mieux. Les enfants de M. Clerc, toujours larges dans leurs aspirations et généreux dans les limites du possible, assistaient heureux et fiers à la diffusion des principes posés parleur auteur, accompagnant de leurs vœux les plus sincères les continuateurs de son œuvre, et constatant sans envie, je dirai même avec une satisfaction qu'ils n'ont jamais cherché à dissimuler, quel chemin rapide avaient fait ces idées nouvelles, et quel avenir magnifique leur était réservé.
«t Toutefois, une pensée qui n'était pas sans amertume venait malgré eux assombrir le tableau. Eu effet, malgré que ce désintéressement de la famille de M. Clerc fût sans bornes, ses enfants n'avaient pu s'empêcher de constater un fait vraiment regrettable; c'est-à-dire que, plus les cultures basées sur les doctrines de M. Clerc prenaient d'importance, plus la faveur (et une faveur sans exemple) s'attachait aux propagateurs de ses doctrines, et moins on semblait se préoccuper de rappeler sa
mémoire, qui linit même par être complètement éclipsée par la colossale réputation des continuateurs de son œuvre.
« Cet oubli si complet, blessant au premier degré, finit par sembler tellement intolérable à la famille de M. Clerc, qu'elle se décida à protester contre un état de choses qui faisait que le grand initiateur semblait complètement effacé par ceux-là mêmes auxquels il avait communiqué le don des langues.
(1 Telle fut du moins la pensée qui dicta la réclamation que je suis chargé de for muler au nom de la famille Clerc, et qui est ainsi conçue :
'< Dijon, 19 novembre 1866.
"À Monsieur Duchesne-Thoubeal', à Châtillon.
■■ Ayant ouï [larler Ju système de M. Guyot sur l;i manitie de cultiver la vigne par le ployage horizontal et annuel des rameaux, il m'a semblé rjue ce système se rapporte complètement à celui dont mon aïeul maternel, U. Clerc, a été 1 inventeur, et qu'il a détaillé dans un ouvrage dont j'ai l'honneur de vous communiquer un exemplaire.
" Je vous adresse, monsieur, ma réclamation, non-seulement en raison des nombreuses relations que je vous connais avec les représentants de la presse parisienne, en raison des éludes spéciales arboricoles et viticoles auxquelles vous vous livrez avec tant de zèle, mais surtout parce qu'ayant acquis le terrain sur lequel M. Clerc faisait ses expériences, vous êtes mieux que personne susceptible d'éclairer la question.
« Sans vouloir amoindrir la gloire de M. le docteur Guyot, je serais heureux de faire constater la priorité de mon aïeul dans l'application do ce système, et ne croirais pas, ce me semble, faire preuve d'une ambition exagérée en demandant que ce svstème, fort improprement appelé du nom de M. Guyot, à l'avenir fût désigné parle nom de son vh'ilabk inventeur, M. Clerc.
« Je réclame instamment votre bon concours pour arriver à ce résultat, et vous donne pleins [ ouvoirs à cet effet.
a Agréez, je vous prie, etc. Courtois. »
« Je n'ai pas besoin de vous dire, messieurs , que si jamais réclamation a été formulée avec un sentiment d'exquise convenance, alliée à un profond désintéressement, c'est bien celle que j'ai l'honneur de vous soumettre ; car, en etîet, la famille de M. Clerc, dégagée de toute prétention spéculative, ne réclame rien pour elle, et se borne à me charger de vous transmettre un vœu unique : établir la priorité de conception et d'applicaiion, par leur aïeul, d'un système de culture consistant à diriger horizontalement les rameaux de la vigne, et remplacer chaque année par d'autres rameaux neufs ceux qui ont porté des fruits l'année précédente.
a Ce principe étant posé, à mon avis rien n'est plus commode et plus simple que d'établir une question de priorité, car, sans sortir du domaine des faits, la question se divise en deux points bien distincts, les dates d'une part, et les moyens mis en œuvre, d'autre part.
« Or, sur le premier chef, l'incertitude n'est pas permise, M. Clerc établissant, par un livre couronné dans cette même enceinte, et qui, par conséquent, à date certaine, que les premières applications de son procède furent faites vers l'an 1800, époque à laquelle M. Guyot n'était pas né. Bien mieux, M. Clerc était décédé avant que son illustre compétiteur élit témoigné qu'il possédât, même en germe, le feu sacré qui a fait de son nom le symbole du progrès et de la science viticole s portés au plus haut degré. C'est donc là un fait matériel, incontestable. ^« Maintenant, en ce qui concerne l'application, M. Clerc est-il bien réellement l'initiateur des procédés actuellement préconisés et connus sous le nom de M. Guyot?
u Puisque je suis mis en demeure de donner mon appréciation, je dois à la vérité de dire qu'il ressort pour moi, comme pour tous ceux qui voudront s'en rendre compte, que les ouvrages de MM. Clerc et Guyot reposent sur le même point de départ, inaugurent les mêmes principes, et ne diffèrent que par de bien minimes détails, en général, excepté une variante sur le bouturage de la vigne.
« Mais hors de là, tout est parfaitement identique, jusqu'au choix du plant.
« Comme preuve à l'appui, je cite dans l'ouvrage de M. Clerc, le passage qui délinit tout sou système, et qui est également la base de celui mis en œuvre d'après M. Guyot.
I. M. Clerc expose ainsi son procédé, page 12 de la deuxième édition :
■< Ce que j'indique consiste principalementà mettre les plants en ligne droite, à les « espacer, à donner une direction horizontale à deux branches du cep, et surtout à « remplacer le vieux bois par une jeune pousse, ce qui fait l'objet de la taille. C'est d une longue pratique personnelle, raisonnée et basée sur la théorie, qui m'a procuré « ce mode avantageux. C'est là où je l'ai trouvé ; je ne l'ai vu ni appris autreinent. »
« Cet exposé est trop net et trop précis pour comporter la moindre discussion.
« Toutefois, je suis loin de m'autoriser de cette similitude pour prétendre que M. le docteur Guyot ait copié ou se soit même autorisé de cet ouvrage; j'aime à croire plutôt qu'il y a là une de ces coïncidences qui peuvent se rencontrer. Il est des clioses si Bizarres dans ce monde !
a Peut-être même M. Guyot n'a»t-il jamais eu connaissance de ce Traité spécial à la viticulture. S'il l'a connu et qu'il n'en ait pas parlé, c'est probablement par oubli. Je suis donc loin d'accuser et de suspecter même en rien notro illustre viticulteur, et quoii]ue les apparences ne lui soient point favorables, je me garderai bien de formuler aucune appréciation malveillante contre un homme auquel je n'ai d'ailleurs pas mission de contester les services éminents qu'il a rendus à la viticulture, et dont on chercherait en vain à atténuer le mérite, ne fût-ce que comme propagateur de principes généralement fort appréciés.
« Je n'ose, messieurs, insister plus longuement; d'ailleurs il est question de faits dont chacun peut prendre connaissance par soi-même ; et le jugement que je réclame de votre appréciation si éclairée viendra, j'aime à le croire, donner satisfaction à l'opinion publique et à la famille d'un homme fatalement tombé dans l'oubli, mais dont il vous appartient de faire revivre le souvenir. »
Cette communication, faite en séance publique de la Société impériale et centrale d'agriculture, a été renvoyée à l'examen de la Commission spéciale de viticulture.
L'illustre viticulteur, il faut l'avouer, est d'une susceptibilité exagérée, ombrageuse, qui lui fait voir partout des embûches, des ennemis acharnés à sa perte. Quand on a, comme lui, une gloire de si bon aloi, il ne suffirait pas d'un souffle impur pour ternir son éclat. Qu'il se rassure donc et se réconforte; car, à le voir paraissant inquiet et troublé, les gens malveillants pourraient déduire des conséquences fâcheuses et susceptibles de jeter quelque défaveur sur ses théories. D'ailleurs, que lui demande-t-on ? Rien, inoins que rien, puisque l'on ne réclame qu'uue chose, dont il ne veut à aucun prix, qu'il a repoussée sur tous les tons, et en toutes circonstances, mais peut-être pas assez énergiquement pour qu'on ne l'ail pas, malgré lui, déposée sur sa tète, où elle se trouvait encore au moment de la réclamation.
Je veux parler de-cette couronne, que j'ai réclamée pour M. Clerc, au sujet du ployage horizontal de la vigne. M. Guyot n'y tenait en aucune façon, n'en voulait à aucun prix, c'est bien vu et bien entendu; mais quand il s'est agi de faire passer ce hochet sur la lête de M. Clerc, soit que cette couronne (amoureusement tressée par des mains amies) se fût à la longue incrustée sur ce front dont elle embrassait trop exactement les contours, soit encore qu'elle y fût pendante par racines, c'est ce que nul ne saurait dire, mais toujours est-il qu'au lieu d'accomplir le sacrifice avec cette bonne grâce qui eût doublé, que dis-je, décuplé le mérite de l'action, tout à coup, à propos d'un détail, un simple détail, voilà l'orage qui s'amoncelle, le docteur qui gronde, gesticule, se fâche, etc. De là aux invectives, il n'y a pas loin, et voilà comment a vu le jour cette regrettable lettre insérée au Moniteur vinicole, à la date du 22 décembre dernier, et auprès de laquelle celle publiée au Journal de l'agriculture n'est que roses et parfums. En lisant l'autre, on se croirait en pleines Odeurs de Paris.
Et cependant, « il n'en voulait à aucun prix, de ce hochet ! » Dites donc qu'il n'y a pas de drôles de choses dans ce monde!
Veuillez agréer, etc. Duchesne-Thoureau,
Propriétaire à Chàlillon-sur-Seine (Côte-d'Or).
Ces quatre pages répondent à un article de quelques lignes. Nou&^ avons supprimé une cinquième page qui ne contenait plus que des plaisanteries tout à fait en dehors du sujet. Pour montrer combien iM. Duchesne-Thoureau a tort^ il suffira de quelques mots. J'avais dit : « En France, plus on fait pour le bien public, plus on est exposé à de? imputations odieuses. (Tome II de 1866, p. 561.) M. Duchesne-
Thoureau est venu me demander réparation de cette phrase par les armes. Je lui ai répondu que j'étais prêt, mais qu'un coup d'épée ne prouverait absolument rien ; que, dans tous les cas, pour son propre intérêt il ferait bien mieux, au lieu de s'appliquer une phrase générale, de répondre à la question de fond, et qu'il savait bien que je n'avais jamais refusé d'insérer une réplique quelconque, pourvu qu'elle fût faite en termes convenables. Je n'ai donc pas pu dire que j'insérerais tel article qu'il lui plairait d'écrire. J'ajouterai que tout le monde jugera sévèrement le procédé de celui qui vient, devant une Société d'agriculture, poi'ter contre un absent une accusation de plagiat, mais qui ne laisse pas la preuve du plagiat et s'en va avec les documents en poche. C'est ce que j'ai dit à l'auteur de l'article qu'on vient de lire. Maintenant on a enfin le texte de l'accusation sous les yeux, mais non les pièces à l'appui. Néanmoins, sur le fond du débat, il sera amplement démontré, dans un article spécial, que le système auquel on donne le nom du docteur Guyot n'est pas celui de M. Clerc. Terminons aujourd'hui en plaçant ici une lettre par laquelle un homme consciencieux apprécie le débat soulevé devant la Société d'agriculture. Cette lettre est adressée au docteur Guyot, mais elle a été rédigée pour être publiée dans ce journal. Son auteur, M. Laurens, s'exprime ainsi :
Saveidun, 27 décembre 186U- Cher et honoré monsieur ,
Il y a déjà longtemps que j'aurais dû et que je voulais vous écrire, soit pour vous remercier de l'envoi de votre dernier rapport sur la viticulture du centre-nord de la France, rapport que j'ai lu avec le même intérêt et le même profit que tous ceux qui l'ont précédé, soit pour vous faire part de mes résultats viticoles, dont je suis de plus en plus satisfait, grâce à vos directions et à vos enseignements. Si des circonstances diverses, dans lesquelles je me suis exceptionnellement trouvé, ont forcément enchaîné ma bonne volonté à cet égard, j'avais le projet bien arrêté de réparer ce retard avec usure en vous adressant, au commencement de l'année qui s'approche, quelques communications détaillées sur mes modestes travaux en viticulture. Mais je viens de lire, dans le numéro du Journal de l' agriculture, VMslque inconcevable dont vous avez été l'objet dans la séance de la Société centrale du 5 décembre courant, et, quoique la note par laquelle vous avez répondu me paraisse aussi digne que péremptoire, quoique tous les viticulteurs éclairés et sérieux en aient fait bonne justice, j'ai senti le besoin de venir, sans retard, joindre ma faible voix à celle de l'honorable directeur du Journal, M. Barrai, et de témoigner, pour ma part, de la réaction énergique qu'il désire voir s'élever contre une telle conduite. Ce n'est pas d'ailleurs la première fois, vous le savez, que j'ai eu à me prononcer ouvertement sur des imputations de cette nature. Vous avez dû lire dans notre journal d'agriculture de la Haute-Garonue et de l'Ariége, la protestation que je m'empressai d'y faire entendre, il y a plusieurs années, lors de la campagne que vous avez raison de rappeler, dont le fameux M. Hooïbrenck fut l'occasion contre vous. Je tiens à la renouveler aujourd'hui dans le Journal de l'agriculture même.
Ce ne seront pas, à coup sûr, les viticulteurs praticiens de tous les centres viticoles que vous avez parcourus qui vous accuseront de plagiat dans l'exposé de vos principes sur la culture de la vigne. Ils vous ont entendu, ils vous ont vu à l'œuvre, et à l'enyi ils rendent un juste et complet hommage à l'inappréciable utilité de vos services, non moins qu'à la modestie avec laquelle vous aimez à les rendre. C'est là surfout, monsieur, le trait qui vous caractérise, et c'est bien l'impression que vous avez laissée parmi nous tous, lors de votre visite dans l'Ariége.
Vous, plagiaire ! Mais voire ouvrage, tous vos rapports officiels, vos expositions publiques et particulières s'élèvent contre celte imputation. \'ous ne vous êtes jamais présenté comme l'inventeur du svstème, mais seulement comme l'ayant régularisé, soumis à des principes rationnels, rendu facilement et fructueusement applicable. Je me rappellerai toujoui's la satisfaction que vous avez éprouvée lorsque.
GriRONIQUE AGRICOLE (PREMIÈRE QUINZAINE DE JANVIER 1867). 107
parcourant avec moi quelques vignobles des environs de Pamiers, A'arilhes et Foix, vous y avez vu la vigne taillée, échalassée, palissée, à quelques variations près, suivant les principes servant de bases à voire système. «Vous le voyez, me disiez-vous alors, c'est bien à tort qu'on m'accuse de prêcher des doctrines nouvelles, d'inventer, de créer. Le systè.'iie est trouvé, connu, appliqué de temps immémorial dans quelque partie plus ou moins étendue de la plupart des départements par où je passe, lie seul mérite que je puisse avoir, c'est d'en signaler l'importance, d'en perfectionner l'application, de le vulgariser en le soumettant à des règles sûres et à des principes rationnels. ■>
Et non-seulement vous mo l'avez dit en 1862, dès le début de vos inspections, mais vous l'avez encore imprimé dans votre rapport au Ministre sur la viticulture de l'Ariége. J'y lis (page 77), les lignes suivantes que j'en extrais : « J'ai été heureux « de trouver là cette démonstration toute faite des principes de viticulture que j'ai « appliqués pour mon propre usage, dont j'ai constaté la justesse, et que je me suis <: efforcé de vulgariser dans l'intérêt général. » Et tandis que vous, plein du feu sacré, apôtre fervent de la foi nouvelle, vous vous en faites le propagateur infatigable par vos écrits, par vos courses sur tous les points du pays, par vos entretiens avec les notabilités viticoles de chaque région, par vos démonstrations sur le terrain même, le sécateur à la main, au milieu des vignerons, prouvant ainsi que si, comme on le dit aujourd'hui, vous n'avez pas le mérite de l'invention, vous avez au moins celui du patriotisme, que faisaient, que disaient alors ces champions attardés du mérite méconnu, ces grands pourfendeurs des renommées mal acquises? Ils ne disaient mot.
Laissez donc passer et s'éteindre d'impuissantes clameurs qui ne feront rien gagner à ceux qui les poussent et qui ne feront rien perdre à celui contre lequel elles s'élèvent.
C'est dans ces sentiments que je vous prie, très-honoré monsieur, de me croire toujours votre bien dévoué et affectionné serviteur et disciple.
Laurens, Président «le la Société d'agriculture de l'Ariége , membre corrcspondanl de la SoQiété impériale et -centrale d'agriculture de France.
On ne saurait mi8u.\ dire et nous pensons que, laissant désormais les personnalités, M. Duchesne-Toureau ne discutera plus que le procédé de viticulture lui-même. Des descriptions bien faites avec figures à l'appui que le docteur Guyot a fait l'aire, dissiperont toute obscurité. La viticulture y gagnera une lumière nouvelle jetée sur les meilUeures métbodes qu'elle doit suivre.