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IV. — Uue boucherie agricole

Le dévouement est le caractère distinctifde toutes les institutions agricoles ; si dans les marchés qu'il conclut^ le cultivateur compte serré, il donne avec libéralité toutes ses observations, il veut que tous profitentde ce qu'il a découvert. Le cultivateur connaît aussi les bienfaits de l'association ; pour le prouver, nous n'avons qu'à citer les associations dites fruitières pour la fabrication du fromage : le métayage est toujours le résultat d'associations entre le cultivateur et le propriétaire. Donc, le principe d'association existant en germe plus ou moins développé dans toutes les campagnes, on peut chercher à le féconder davantage; pourquoi ne l'appliquerait-on pas à la vente de la viande, au débit des animaux domestiques : en un mot pourquoi n'y aurait-il pas de boucheries agricoles? La preuve qu'il peut y en avoir, c'est qu'il en existe une tout à fait florissante dans la ville de Pau. Dans cette ville, les producteurs de bétail eux-mêmes ont établi une boucherie par actions, sous la forme de société à responsabilité limitée. Nous lisons

dans le rapport que M. de Sers, un des censeurs de la Société, a fait le 31 décembre dernier, les constatations suivantes :

« Avant la création de la boucherie agricole, une corporation puissante, organisée en syndicat, sans concurience, nous tenait tous à sa disposition. Elle pesait sur le marché, en lixant aussi bien les prix d'achat que ceux de la vente Les producteurs de bétail gras étaient à sa merci, et non-seulement leurs demandes étaient repoussées systémétiquement, mais l'otire baissait de marché en marché, quand ils la trouvaient insuflisante et quand ils voulaient la faire modifier à leur avantage. D'autre part, les habitants de la ville étaient tenus de subir, pour leur consommation journalière, la marchandise telle qu'on la leur présentait, sans garantie aucune, quant au prix, quant au poids, quant à la qualité. Les intermédiaires obligés de ces transactions étaient les complaisants, on pourrait même dire les complices, d'exigences dont le consommateur était la victime.

« Aujourd'hui, grâce à la concurrence que vous avez établie, le marché n'est plus livré à cette influence exclusive. Nous avons pu constater que les prix se sont élevés pour l'engraisseur de 13 ou 14 pour 100. . «c Notre fourniture, en 360 jours, a été de 228,000 kilogr. de viande, ce qui représente un peu plus de 12 pour 100 de la consommation totale de là ville, et se divise ainsi : 259 bœufs, 500 veaux, 1,004 moutons. Les bœufs béarnais, qui forment la majorité, ressortant à 383 fr. 25; les autres, à 393 fr. 95 ; les veaux à 63 fr. 23; les moutons à 25 fr. 27. — Nous avons payé en moyenne au producteur : pour le bœuf, 69 cent. 1/2; pour le veau, 70 c; pour le mouton, 64 c. — Le rendement des animaux a été de 56 pour 100 de viande nette; pour le bœuf, 62 pour 100; pour le veau, 52 pour 100 pour le mouton. — En suif, le rendement a été de 50 kilogr. par ba'uf; 2 kilogr. par veau; 3 kilogr. par mouton. — En cuir et peau : 42 kilogr. 74 par bœuf, 9 kilogr. 10 par veau, 3 kilogr. 54 par mouton. — Chaque kilogr. de viande est grevée : 1° de frais généraux s'élevant à Of.20; 2° de frais d'octroi et d'abattoir, qui sont de : 10 cent, pour le bœuf, Il cent. pour le veau, 13 cent, pour le mouton.

I Chaque kilog. de viande, rendu à l'étal, nous coûte en moyenne I fr. 42, et nous le vendons 1 fr. 34, ce qui donne 0 fr. 08 de perte par kilog., perte qui est compensée par le cinquième quartier, c'est-à-dire par la vente des peaux, cornes, suifs, etc. On s'est beaucoup agité pour savoir si la boucherie agricole était une œuvre purement philautropique, ou si elle était une entreprise commerciale. Il nous semble qu'elle doit conserver ce double caractère, et elle ne peut remplir ces deux conditions qu'en réalisant des bénéfices modérés. Le premier service qu'elle a rendu ■ a été de faire payer à ses clients 51,000 fr. de moins leur consommation de viande. Tel est, en etîet, le chiS're que l'on trouve en appliquant à notre vente totale les taxes en usage avant nous.

a Pour la ville toute entière, le même calcul donne près de 400,000 fr. économisés

à la bourse de tous. Voilà le côté pbilantropique {juant aux résultais financiers,

tous frais payés et une somme suffisante étant mise à la réserve, un dividende de 6 0/0 a pu être touché par les actionnaires. »

De même que l'expérience de Pau, si bien résumée par j\I. Sers, prouve que, par l'association, on peut lutter contre les vieilles organisations commerciales de boucherie, de même aussi on pourrait, dans les campagnes et dans les villes, s'associer pour avoir du pain ou toutes autres denrées, sans payer des primes énormes aux intermédiaires. Nous reviendrons plus tard sur ce sujet.

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