‹ Journal de l'agricultureChapitre 464 sur 527 · V- Cerfeuil bulbeux · texte numérisé non relu

V- Cerfeuil bulbeux

peut pas lui fournir de l'eau en abondance. Le cbervis étant d'une digestion très-facile, il est supporté par les estomacs délicats, auxquels il est d'autant plus utile, qu'il est beaucouj) plus nutritif que la pomme de terre.

On sera surpris de nous voir ranger l'angélique (fig. 45) parmi les légumes, car cette belle plante n'est guère connue que des confiseurs et des liquoristes; les premiers font avec ses hampes florales l'angélique confite, et les seconds emploient ses graines, ses feuilles et ses racines pour fabriquer la célèbre liqueur appelée chartreuse. Rien n'est cependant plus juste , puisque ces mêmes hampes florales, blanchies dans l'eau bouillante, pelées et coupées en tronçons, servent de pain

qu'il SER.UT UTILE D'LMPORTER OU DE DOMESTIQUER.

aux habitants des régions polaires. On a un peu de peine à s'habituer à ce mets; mais, une fois qu'on en a pris l'habitude, on ne peut plus s'en passer, et on doit à son usage d'échapper aux fièvres de marais, si communes dans ces régions pendant leur été si court, mais trèschaud. L'angéliquc est une belle et forte plante bisannuelle qui devrait être cultivée dans tous les pays froids, ne fût-ce que comme fourrage, parce que tous les bestiaux la recherchent avec avidité.

La patate douce (fig. 46) est un excellent légume qui mérite d'être essayé, mais seulement dans le jardin des riches, parce que sa cul-

Aijgélique,

ture est assez difficile ; il faut, en effet, en garder des boutures en pot, pendant l'hiver, et ne les risquer en plein air que quand les gelées ne sont plus à craindre; leur culture ressemble d'ailleurs à celle de la pomme de terre. Les feuilles se mangent en guise d'épiuards, mais le produit principal se tire des racines, grosses comme le poing, et de couleur rouge, jaune ou blanche, et dont la saveur douce et la consistance farineuse sont parfaites ; malheureusement, il faut les consommer à mesure qu'on les arrache, parce qu'elles pourrissent en hiver. La tétragonie, ou épinard de la Nouvelle-Zélande, se trouve déjà dans beaucoup de jardins, quoique la saveur de ses feuilles laisse à

désirer; c'est une précieuse ressource, au gros de l'été, pour les ménagères, parce qu'elle rapporte d'autant plus qu'il a fait plus chaud et plus sec; mais elle craint le froid.

Aux espèces d'arbres qui peuplent les forêts, on pourrait associer, partout où le sol est humide et l'air froid, le célèbre et magnifique érable à sucre du Canada (fig. hl). On sait qu'en évaporant sa sève, on obtient un sucre excellent identique à celui de canne et dont la production va augmentant sans cesse à mesure qu'on étend les plantations de cette admirable essence. Comme l'extraction de la sève ne

Kouyef

Fig. 46. — Patate dojcs.

nuit pas au développement de l'arbre, le sucre est obtenu en produit nel, en sorte que le bénéfice est énorme. Le bois est dur, de couleur brune et d'un grain tellement lin, qu'il est un des plus recherchés par les ébénistes.

Les différentes espèces de chênes d'Amérique méiitent aussi l'attention des forestiers, et plus encore, les différentes espèces de noyers à bois blanc qui, sous le nom de hickory, fournisse|nt aux États-Unis leurs meilleurs bois de construction. i,,; -

Quant aux gigantesques sapins du Mexique et de la Californie, ils sont actuellement l'objet de nombreux essais qui permettront déjuger bientôt de leur valeur comme essences forestières. M. Henri Schlum-

berger, entre autres, a planté '2,000 séquoia girjanlea (fig. 48) dans ses terres de Guebwiller, où ils viennent à merveille; espérons que, dans son zèle pour toutes les clioses grandes et bonnes, il essayera aussi d'importer le pin de Lambert, qui est au séquoia ce que cet arbre est à notre sapin commun; on assure, en effet, que cet arbre atteint la bauteur vraiment incroyable de 600 à 800 pieds, et que ses cônes ont 1 pied de long !

La question des baies n'est pas bien comprise ; elles ne sont pas assez nombreuses , et on les plante constamment en épine blanche

via. 47. — Érable à sucre du Caiiuda.

ou noire, qui ne donnent aucun produit; autant vaudrait n'avoir que des murs, si ces baies, impénétrables à tous leurs ennemis, ne servaient pas d'asile aux petits oiseaux, qui y élèvent leurs co:ivées. Or, comme ou atteindrait le même but en leur substituant des Jiaies d'arbres capables de produire du fourrage, comme celles de mûrier, de frêne, de saule, de chêne ou de noisetier, on fera bien de les adopter partout oià cela peut se faire, c'est-à-dire partout où on n'exige pas de la haie une parfaite impénétrabilité. Les haies ne servent pas seulement à enclore les terrains, mais elles les abritent et les fertili.sent, en empêchant les vents de les dessécher; c'est aux haies essentiellement

kdO

i#tfek

F]g. 4J. — Auculja japowca.

qu'il serait utile d'importer ou de domestiquer. 431

que les fertiles pâturages de la Normandie doivent leur existence^ en sorte que leur multiplication sur tous les terrains exposés à l'action des vents augmenterait certainement leurs produits.

Dans le voisinage des habitations, où il est permis de faire la part du luxe, nous ne saurions trop recommander de planter le plus beau des arbres toujours verts, Vaucuba japonica (fig. Â9) à feuilles vertes ou panachées. Il y a longtemps qu'on a ce bel arbrisseau à larges feuilles coriaces, mais on ne possédait que des pieds femelles, en sorte qu'on n'en connaissait pas les fruits; ce n'est que depuis peu d'années qu'on possède le mâle, grâce à l'influence duquel on voit tous ces buissons couverts de longues grappes de fruits du plus beau rouge, dont la nuance éclatante tranche admiraldement sur le beau vert glacé du feuillage, et, pendant l'hiver, sur le blanc manteau qui couvre le sol.

Prof. Sacc,

Quelle bonne chose n'a pas son revers? Les beaux concours même y sont sujets. L'exposant supérieur de c<'ai-ci a été le vent d'autan. Fléau de ce pays, il a tenu à se produire en souverain et à tout maîtriser. N importe! Ses rafales violentes et les flots de poussière qu'elles ont jetés six jours durant, n'ont pas empêché le succès. Le concours de Carcassonne est à citer parmi les meilleurs. Bon emplacement, bonnes dispositions générales, nombre et qualité des objets, annexes intelligentes, lai'ge et cordial accueil, on y a trouvé tout cela. J'aime à le dire ici, pour faire honneur au département de l'Aude et à son cheflieu d'abord, aux personnes qui s'y sont employées ou prêtées ensuite, mais aussi pour en féliciter la région agricole dont il était le centre.

On avait eu à craindre, ces dernières années, que l'institution des concours n'eût fmi sa carrière dans cette région; Carcassonne vient de prouver le contraire. Je crois même qu'on y a appris une des manières de la lui faire reprendre avec éclat. Aucun agriculteur n'y est venu sans emporter l'assurance qu'il suflirait de quelque extension donnée aux programmes, dé quelques modifications aux arrêtés pour rendre la vie aux concours des départements méditerranéens, et maintenant que l'agriculture a retrouvé un ministre économiste, maintenant que la tradition de M. Rouher éclaire librement son horizon, on les dotera certainement de cette vie nouvelle. Incommensurable est l'utilité qu'ils sont appelés à exercer encore dans ces départements.

Des couplets de Nadaud, spirituels et empreints de ses plus charmantes qualités de poëte, ont donné à Carcassonne une de ces popularités à craindre, dans notre pays rieur, parce qu'elles établissent un préjugé d'ironie dont le public ne revient pas volontiers. Ce serait trèsinjuste pour cette ville. Elle est assise gaiement au bord de l'Aude; les pics neigeux des Pyrénées ou les hautes lignes de la Montagne -Noire lui font des aspects grandioses; ses places sont pleines d'ombre; de vastes ogives de platanes l'entourent splendidement; des eaux vives el fraîches la sillonnent de toute' part; au-devant d'elle se di'esse, sur un rempart hardi, une des cités ecclésiastiques de l'âge féodal où l'art

architectural s'était le plus prodigué. Pour le touriste au moins, voilà quelques mérites. Le touriste agricole, lui, s'y voit au centre d'une contrée où ont travaillé des maîtres de premier ordre, où leur exemple et leurs efforts ont fait naître des exploitations remarquables, répandu de proche en proche l'habitude et l'outillage de pratiques avancées. Dans la crise d'enfantement que notre industrie rurale traverse depuis vingt ans, ce n'est certes pas quelque chose de peu de prix.

Machines et instrumenls. — Au concours de Carcassonne on voyait peu d'instruments étrangers à la région, et le jury m'a paru plus que généreux, eu égard à la valeur des objets, dans cette catégorie particulière. M. Pialoux, d'xVgeu, par exemple, aurait dû s'y montrer avec ses pressoirs, qu'il comprend et qu'il fait très-bien; ily avaitconduit seulement ses instruments de dépicage : manège, batteuse et vanneuse. A la rigueur, il est vrai, ces outUs étaient à leur place dans l'Aude, où la moitié du département appartient encore à l'agriculture des céréales; mais au delà du chef-lieu , en allant vers Nice, il n'y a plus que vignes, (leurs ou vergers. Le public ne pouvait donc être que très- restreint pour ces outils. On n'a pas pu juger si les batteurs et contre-batteurs à pointes de la batteuse Pialoux égrenaient satisfaisamment; on manquait de gerbes pour une expérience ; mais elle paraît dépêcher beaucoup la besogne; elle a un chasse -paille qui amoindrit l'inconvénient des petites batteuses de mêler le grain à la paille battue; elle est accompagnée d'un bon et solide manège avec transmissions multiples. Le vannoir du même constructeur a paru d'un usage excellent, et d'autant plus que la comparaison a pu s'établir avec le modèle de 1 86G, présenté au concours dans une collection de propriétaire.

MM. Carolis, dé Toulouse, avaient exposé la batteuse à vapeur de Nassivet, et la batteuse de Gérard, de Vierzon. Celle-ci m'a semblé copiée de celle de Cumming, avec cette différence que le batteur est percé de trous pour éviter ou amoindrir l'écrasage du grain. L'évite t-il? le diminue-t-il? Je l'ignore. Cette batteuse marchait au moyen d'une petite locomobile d'Arliges, de Toulouse aussi. A côté de ces instruments était un tombereau à traction latérale, pour fumer les vignes. Ce véhicule fait passer les roues d'un côté de la raie et l'animal de l'autre; on lui a trouvé en général un certain mérite. Il était exposé encore par un constructeur de Toulouse, M. Arligue.

J'aurais dû citer, en première ligne des exposants hors région, la maison Bérenger-Cathenot, de Lyon (la Mulatière), dont la vaste fabrique d'instruments de pesage est dirigée maintenant par M. Mairet. On a admiré ses bascules agricoles, non-seulement très-bonnes parce qu'elles sont bien faites, mais parce qu'une fois placées elles ne sont pas altérées par le jeu de leur bâtis, qui est tout en fonte. La plus forte, qui pèse 10,000 kilog., a accusé devant nous le poids de I kilog. aussi aisément que la moindre balance; elle forme un grand rectangle, est destinée à tous usages et coûte" 1 ,200 fr. Une autre, étroite et allongée, du prix de 350 fr. seulement, a été établie pour le pesage des voitures à deux roues; elle rendra de grands services dans toutes les exploitations où l'on se sert particulièrement de charrettes de ce genre pour toutes sortes de transports. Enfm, une petite bascule, en fonte aussi, est destinée au pesage des fûts et coûte 200 fr.

CONCOURS RÉGIONAL DE GARCASSONNJï: 433

Je ne parlerai pas,contradictoirementàce que jedisais touial neure, de la réussite du concours de Carcassonne, en écrivant que les exposants d'instruments de la région se montraient avec beaucoup plus d'avantage dans une annexe placée hors du concours régional, que dans son enceinte. Aux deux endroits, en effet, on voyait les mêmes outils; mais au concours, c'était isolément et devant peu de public, tandis qu'à côié c'était en grand nombre et par groupes, au milieu de visiteurs empressés et en ti'ain. D'où venait cela? D'une très-heureuse idée, qu'avaient eue des personnes plus que dévouées au progrès agricole, et heureusement soutenues dans leur tentative par la justesse de vue et l'appui chaleureux de M. Magnien, préfet du département.

Les concours régionaux donnent des prix considérables, trop élevés quelquefois peut-être, aux animaux, et n'offrent aux instruments que des médailles. Qui plus est, une fois une médaille obtenue, l'instrument ne peut plus avoir que des rappels, à moins qu'une modification importante ne molive une médaille nouvelle. De là deux résultats regrettables dont, chaque année, les concours renouvellent la démonstration. Le premier, c'est que les fabricants d'instruments n'ont pas assez d'intérêt pour persister à se produire; on croyait qu'ils seraient rémunérés, par la vente, des frais nécessités par le déplacement : la vente est trop peu active. Le second consiste en ceci, que, dans la vue d'activer cette vente, ils cherchent à se procurer le prospectus officiel très-légitime du concours, c'est-à-dire le plus de médailles possible. Vaniteux comme nous le sommes en France, de simples rappels d'une médaille obtenue ne suffisent ni au fabricant pour son amour-propre, ni à l'acheteur pour le décider; c'est l'inverse de ce qui a lieu en Angleterre. 11 laut donc s'ingénier à modifier sans cesse un détail à chaque outil qu'on a fabriqué, un engrenage, une distance, une clavette, une courbure quelconque à l'outil produit par le voisin, danS' l'espoir d'avoir une médaille nouvelle ou d'en ôter une à autrui. Sans parler du manque de sérieux, pour ne pas dire plus, qui s'est introduit par là dans la fabrication de l'outillage agricole chez nous, ces modifications, le plus souvent, sont des défauts maladroitement jetés dans de bonnes, même dans d'excellentes choses. Ainsi, le millier de changements malheureux qu a subis la charrue Dombasle, ceux qu'on inflige aux ingénieuses combinaisons d'Howard, etc. Il n'y a pas de concours régional qui ne fasse voir cet inconvénient des programmes presque autant de fois qu'il s'y trouve d'instruments exposés.

La Commission départementale a donc essayé, à Carcassonne, d'indiquer une autre voie et elle y a réussi. A côté du concours régional, séparé par une claire -voie pure et simple, elle avait organisé un concours des corps d'état de l'outillage agricole dans le département. Ce n'était pas une concurrence, mais une adjonction. On n'y recevait point d'instruments isoles, des collections seulement; on n'y primait aucune invention, mais les services rendus, justifiés par le nombre des instruments de chaque espèce; car c'est là la présomption naturelle de leur utilité respective. Enfin, on n'y décernait point uniquement des médailles, mais de beaux prix de AOO, 300, 200 et 100 fr. On a employé ainsi 3,000 fr., et certes avec un grand profit pour tout le monde, sur les fonds votés par la ville ou le département pour la tenue du concours.

II fallait voir comme l'enceinte de ce concours départemental était remplie. Forgerons, charrons, fabricants de pressoirs, de robinets, de pompes, de harnais, d'outils à main, de charrues, de véhicules, de cordes, de pompes, de râteaux à cheval y avaient des magasins véritables, que le public ne cessait de visiter et d'achalander. Aucun d'eux, je crois, qui n'eût un spécimen de sa fabrication habituelle au concours régional. Mais l'animation était à l'autre concours, et comme tout le monde s'y tenait de préféi'ence, on s'inquiétait à peine du jugement qui serait rendu ailleurs, bien sûr du peu d'effet qui y serait produit.

Voilà comment Carcassonne a montré ce qu'il y a à faire pour relever les concours régionaux. A coup tùr, ces concours n'ont pas épuisé leur vitalité. Ils ont vieilli, voilà tout; c'est le moment de les rajeunir. Donner des prix en argent aux conslrucleurs d'instruments, ce sera un des moyens principaux. Ces constructeurs affluei'ont d'abord; ensuite ils sortiront de la voie devenue nuisible des prétendus perfectionnements. Que l'on réduise du cinquième ou du quart les pi'ix des animaux reproducteurs, on ne chassera pas des boxes un éleveur, un seul spéculateur. Or, ce cinquième ou ce quart, reporté aux instruments, ne doublerait pas seulement soudain le nombre de leurs exposants; tout de suite on verrait les fabricants s'attacher à un outil, s'efforcer de^le rendre le meilleur qu'il pourrait et le produire avec persistance devant le public; car chaque exhibition serait d'autant plus pour lui un moyen de vente que le public le verrait s'appliquer avec plus de suite à cet outil et mériter plus souvent le rappel du prix obtenu. Il corrigerait, il ajouterait, comme l'ont les Howard, les Ransome en Angleterre, mais avec connaissance de cause, après étude raisonnée et pratique ; il ne perfectionnerait plus, dans le sens iïifime et souvent regrettable où il le fait aujourd'hui.

Croit-on qu'une pareille direction donnée aux concours régionaux, n'offre pas un intérêt aussi actuel et aussi grand que l'a été celui d'encourager l'importation et l'élevage des beaux types de bétail il y a vingt années? Croit- on qu'eu égard à la rareté croissante du travail de main et à l'élévation si générale, si inévitable encore du salaire, on ne rendrait pas aujourd'hui à l'industrie agricole un service aussi considérable qu'alors, en faisant tout le possible pour diriger cette industrie vers l'amélioration de l'oulillage? Qu'on la conduise à voir que ses profits naîtront de l'application sans cesse plus habituelle et plus appropriée des forces mécaniques, comme on l'a amenée à comprendre que le bétail mauvais ou défectueux était une perte et le bétail raffiné un bénéfice, voilà ce qu'elle attend à cette heure. C'est donc de ce côté que les programmes des concours régionaux sont à modifier. Si l'on veut donner une nouvelle et fécoade existence à ces solennités annuelles, qui ont été très-utiles à une foule d'égards, on n'a qu'à y introduire ce que la Société d'agriculture et le département de l'Aude viennent de faire. Qu'à cela on ajoute un bon choix de juges, et le progrès s'opérera très-vite. Pourquoi le minisire ne féserverait-il pas, dans chaque jury d'instruments, une place à une personne spéciale au moins? Il ne manque pas de professeurs, d'ingénieurs agricoles en état de conseiller les constructeurs en les jugeant. Leur présence, qui

éviterait beaucoup de mauvais.es applications de prix, aurait l'avantage de servir d'enseignement. Une sorte de conférence publique existerait grâce à eux dans chaque concours, et ce serait très-utile aux petits forgerons de campagne, qui font, somme toute, le plus grand nombre des instruments d'agriculture. Les grandes machines, les instruments importants sont allés se faire apprécier et conseiller, à Paris un jour ou l'autre; c'est pourquoi ils ont acquis une certaine perfection relative. Les petits, au contraire, restent dans leur pays et manquent de maîtres; aussi demeurent-ils fort arriérés, ignorants de leur vraie théorie le plus souvent. A y regarder de près, on constate que, sous prétexte de prétendus perfectionnements, ils reviennent de jour en jour aux plus anciennes, aux plus défectueuses formes.

Les exposants de la région, au concours de Carcassonne, avaient le caractère tout particulier d'appartenir à peu près tous à la ville même ou au département. Aucun département méditerranéen n'égale celui de l'Aude quant à l'emploi et à la fabrication de bons outils agricoles, surtout en ce qui concerne la culture des plantes sarclées et de la vigne, et en ce qui a trait aux manipulations de cave. C'est à Carcassonne que sont les Tiquet (Jean et Charles), avec leur scarificateur et leur houe si parfaite; avec leur chariot agricole à quatre roues, à usages si multiples, et si commode pour tous ces usages; avec leur rayonneur à planter la vigne, avec toute leur ferronnerie rurale expertement et loyalement établie. C'est dans cette ville que se trouve M. Marsal, avec sa robinetterie hors ligne, ses fouloirs à vendange excellents, ses pompes à vin mobiles de toute force, ses pressoirs à percussion parfaitement construits, et, à côté de lui, MiM. Fufflear frères, presque également habiles dans les mêmes objets. Tout auprès, à Conques, un village rural, M. Moffre fabrique son harnais pour attelage des bêtes bovines au demi-joug, appareil de traction qti'il faudrait populariser dans tous les pays qui travaillent sans chevaux, et que j'espère décrire prochainement pour les lecteurs du Journal de rAgricuUure. La liste des prix est presque toute occupée par les nombreux outils ou engins d'exploitation de ces ouvriers précieux, et c'est de toute justice.

Mais, ce qu'il convient de consigner ici, parce que ce n'était indiqué nulle part, c'est à qui ce pays doit ces outils si utiles, ces ouvriers excellents, et à qui ces ouvriers eux-mêmes doivent d'en avoir connu le modèle, de les avoir vendus avec profit et surtout de les comprendre, de satisfaire en les établissant à ce que la théorie de leur action exige, de les maintenir dans leur type, malgré les incitations de la routine. L'auteur de tout ce bien agricole est quelqu'un que l'on ne prendrait, il le rencontrer, que pour l'homme du monde le plus agréable, et qui est cependant un agriculteur supérieur; quelqu'un dont il faut dire qu'il a eu le don des choses agricoles parce, qu'il est vivant, mais dont on dira qu'il en avait le génie dès qu'il ne sera plus; quelqu'un qui, à dix-neuf ans, commençant sa carrière par des voyages d'étude, surprenait, embarrassait parfois M. de Dombasle à Ro ville par ses questions ou ses idées; quelqu'un qui, dans celte carrière déjà longue, a su être toujours heureux et trouver la fortune ; quelqu'un qui n'a cessé d'apprendre et de montrer aux autres à mesure qu'il inventait, découvrait pu réalisait pour lui; quelqu^un, néanmoins, qui fuit la célébrité et le

bruit presque autant que d'autres les cherchent, s'effaçant pour laisser arriver autrui et préoccupé uniquement du progrès commun. Le jury de la prime d'honneur de 185!^ l'avait proclamé le maître de tous, quoique absent du concours; celui de 18G7 en a parlé de même quoiqu'il ne l'y ait pas trouvé davanlage. C'est lui qui a fait cette exposition départementale remarquable, et nulle part on ne voyait son nom. Ce nom courait cependant dans toutes les bouches, et quand, à la distribution des prix, M. le préfet, dans une allocution pleine de bonnes inspirations et de paroles sympathiques, a fait remonter hautement le mérite du succès à cette intervention si dévouée, un immense applaudissement a retenti dans l'assistance, témoignant à M. Portai de Moux la reconnaissance universelle, profonde de son pays. L'agriculture tout entière doit y joindre la sienne, et c'est pour cela que je prononce ici ce nom, qui semble n'être occupé qu'à éviter l'éclat, mais qui recevra certainement un jour le lustre qui lui revient.

Il y a bien peu de concours où, dans la masse des instruments ou engins ruraux habituels, n'apparaisse à l'observation quelque invention ingénieuse en germe ou dfjà avancée. On pouvait constater, à Carcassonne, dans les charrues mêmes du pays, plusieurs tentatives pour donner à l'instrument la facilité de mouvements, la diversité d'effets qu'exigent les difTérents sols, les conditions multiples de l'œuvre, et dont les Anglais ont fait et ne cessent pas de faire l'étude. Les charrues de M. Casenave, celles de M. Fabre, peuvent être citées notamment, et de même un scarilicateur de M. Viau, dans lequel le parallélisme des raies était observé soigneusement. Mais le mérite de la nouveauté et de l'invention heureuse, à ce concours, appartient surtout à un petit semoir à bras, présenté par un habitant de village, . un simple cultivateur, M. Léguevaques, de Conques (Aude), et offert au prix très-modique de 1 0 fr. En voici le dessin (fig. 50) ; mais, pour

Fig. uU. — Semoir à puquuts de M. Léguevaques.

le décrire, je dirai que c'est une boîle ronde B, une sorte de tambour plat de 12 à 15 centimètres de côté, ayant, sur une de ses faces, une porte P pour recevoir la graine, et armé, sur sa circonférence, de chevilles en saillie D, dans l'intervalle desquelles est percé un orifice 0. Ce tambour est monté sur un manche M, à douille de fer fourchue F,

lequel se trouve fixé au centre par une cheville de fer C. Sur cette cheville viennent aussi s'attacher deux petites dents de houe H, courbées comme la circonférence du tambour et jouant Hbreraent. On pousse l'outil devant soi dans la raie; en tournant pour avancer, il porte sur deux des dents de la circonférence et laisse échapper, par l'orifice qui est au point milieu de l'une à l'autre, un peu de la graine dont on l'a rempli ; il forme ainsi des poquets que les dents de la petite houe recouvrent ensuite de terre.

Cet outil a été présenté, on le voit, en toute naïveté d'exécution. Tel quel, il a rendu de grands services pour l'ensemencement du chardon à foulon, dont on fait dans l'Aude d'assez notables étendues. Mais il est appelé à de l'avenir. Il n'y a qu'à graduer la dimension du tambour, l'espacement des dents, l'orifice des trous à graine; il n'y a qu'à monter l'instrument plus fortement, pour l'appliquer à nombre de fins utiles. A mon avis, le jury a été parcimonieux vis-à-vis de lui, en ne lui attribuant que le second prix, surtout à côté de son concurrent, un semoir polisoc, présenté par M. Lavandet. Je ne conteste pas la valeur de ce dernier comme type, mais il est probable que sa construction laissait beaucoup à désirer; car M. Lavandet n'amène guère au concours d'outils en bon état, bien que d'ordinaii'e ils portent le nom de constructeurs réputés.

Voici la liste des pi"ix décernés aux instruments; on y verra figurer une médaille d'or et une d'argent pour des collections d'outils de propriétaires, c'est-à-dire d'outils dont l'usage quotidien sur un même domaine est attesté. C'est une récompense nouvelle dans les concours, établie par l'article 18 de l'arrêté de 1867, et qui sera d'une grande efficacité si on la donne judicieusement.

Exposants de la région. — Travaux d'extérieur. — Charrues. — Rappel de 1" prix : M. Lavandet, à Arles; 2', M. Viau, à Avignon; 3% M. Gazanave, à Pieusse (Aude). — Charrues-sous-sol. — 2'' prix : M. Viau. — Herses. — 2' prix : M. Charles Tiquet, à Carcassonne. — Semoirs. — l"prix: M. Lavandet; 2', M. Léguevaques, à Conques (Aude). — Scarificateurs et cxlirpatcurs. — Rappel de 1" prix : M. Tiquet (Charles), à Carcassonne; l" prix : M. Tiquet (Jean), à Carcassonne ; 2% non décerné. — Machines à faucher les prairies naturelles ou artificielles. — 2' prix : M. Lavandet. — Machines à faner. — 3' prix : Lavandet. — Râteaux à cheval. — 1" prix : M. Hue, à Villasavary (Aude); 2% M. Lavandet. Mention honorable : M. Cazanave. — Véhicules destinés aux transports ruraux. — l"prix : M. Charles Tiquet (fourgon agricole). — Harnais propres aux usages agricoles — 1" prix : M. Moffre, à Conques (Aude); 2% M. Sarda, à Conques ^Aude). — Pompes à purin. — l" prix : M. Lavandet; 2% M. Escourou, à Floure (Aude). — Ruches. — 2'' prix : M. Buzairies, à Limoux (Aude). — Araires vigneronnes à une ou deux bêles. — 2* prix : M. Bourrât, à Saint- André (Pyr. -Orient.); 3% M. Amouroux, à Laredorte (Aude). Mention honorable : M. Viau. — Extirpateurs, houes à cheval pour la culture de la vigne. — Rappel de 1" prix : M. Tiquet (Jean); 1" prix : M. Tiquet (Charles). — Collections d'instruments à main pour les travaux extérieurs. — 1" prix : M. Jean, à Leuc (Aude).

Travaux d'intérieur. — Collections d'instruments pour le drainage. — 1" prix ; MM. Bel et Guirail, à Carcassonne; 2% M. Abeillou, à Carcassonne. — Tarares, — 1" prix : M. Lavandet. — Concasseurs de graines. — 2'" prix .• M. Lavandet. — Coupe-racines. — 1" prix : M. Lavtfndet. — Hache-paille. — 1" prix : M. Marsal, à Carcassonne; 2', M. Lavandet. — Appareils à cuire les aliments destinés aux animaux. — l" prix : M. Marty, à Carcassonne. — Machines à fouler et à manipuler le raisin. — l" prix :M. Bureau, à Puisserguier (Hérault) ; 2% M. Marsal. — Pressoirs à vin mobiles. — \" prix.: M. Bureau; 2% M. Caslillon,àSt-Nazaire(Aude); 3% M. Marsal. — Pressoirs à mn fixes. — 3' prix : MM. Fafeur frères. — Tonnellerie

ordinaire. — 3' prix : M. Gonquet, àPézens (Aude). — Pompes à vin fixes. — l"' prix : M. Marsal ; 2% MM. Fafeur frères. — Pompes à innmobiles. — l"prix :MM. Fafeur frères; 2% M. Marsal. — Pompes à vin mobiles pouvant servir de pompes à incendie. — 1" prix : M. Marsal; 2% MM. Fafeur frères; 3% M. Lavandet. — Appareils distillatoires à fabriquer les eaux-de-vic et esprits. — 1" prix : M. Gliabaud, à Carcassonne. — Instruments propres à soufrer la vigne. — 1" prix : M. Pinsard, à Montredon (Aude), hotte à soufrer. — Pressoirs à hitile. — 1" prix : M. Bureau.

Exposants étrangers à ht région. — Travaux d'extérienr. — Charrues. — Rappel de médaille d'argent : M. Artigue, à Toulouse; 3" prix : M. Pialnux, à Agen (Lotet-Garonne). — Machines à faucher. — 1" prix : MM. Garolis père et fils, à Toulouse.— Machines a faner. — 2' prix : MM. Garolis. — Râteaux à cheval. — l^prix: M. Artigue; 2% MM. Garolis. — Véhicules destinés aux transports ruraux. — 3' prix : M. Artigue, tombereau à vigne. — Harnais propres aux usages agricoles. — 2'' prix : M. Garle, à Toulouse. — Araires vigneronnes à une et deux bêtes. — 3" prix : MM. Garolis.

Travaux d'intérieur. — Manèges applicables aux divers besoins de l'agriculture. — 2<^prix : M. Pialoux. — Machines à vapeur mobiles, applicables à la machine à battre ou à tout autre usage agricole. — Rappel de médaille d'or : M. Nassivet, à Nantes (Loire-Inférieure) ; 1" prix : MM. Garolis. — Machines à battre mobiles, vannant et criblant. — Rappel de médaille d'or : M. Gérard, à Vierzon (Gher). — Machines à battre fixes, ne vannant ni ne criblant. • — Rappel de 1" prix : M. Cusson, à Aiguillon (Lot-et-Garonne). — Machines à battre jnobiles, ne vannant ni ne criblant. — 1" prix : M. Nassivet. — Tarares. — 1" prix : M. Pialoux. Mentions honorables : M. Bossu, à B^zoilles (Vosges); M. Gaperan, à Perguin- Raillac (Gers). — Cribles et trieurs. — Rappel de 1" prix : M. Gasquet, à Gastres (Tarn); S' prix : MM. Garolis. — Concasseurs de graines. — 1" prix : MM. Garolis. — Coupe-racines. — Mention honorable : MM. Garolis. — Hache-paille. — 2° prix : MM. Garolis. — Barattes. — Rappel de médaille d'argent : M. Bossu. — Bascules pour peser les animaux et les fourrages. — 1" prix : M. Mairet, à Lyon. Pressoirs à vin mobiles. — 2' prix : ^I. Mabille, à Amboise (Indre-et-Loire). — Pressoirs à vin fixes. — 1" prix : M. Mabille. — Tonnellerie grosse (de 1 0 à 500 hectolitres). — 2« prix : M. Fauré, k Toulouse.

Instruments non prévus au programme, à quelque section qu'ils se rattachent. — Rappel de médaille d'or : M. Pialoux, pour sa machine à dépiquer. — Médailles d'or : MM. Roger, à Garcassonne, pour sa mécanique de cordief; Marsal, pour ses robinets de foudre. — Médailles d'argent : INIM. Tiqiiet (Charles), pour son râteau à main Howard; Tiquet (Charles), pour son rayonneur; Faleur frères, pour leurs boîtes à clapet; Hue, pour son égrenoir à maïs; Longin-Guillaumon, à Puisserguier (Hérault), pour son compteur; Marsal, pour son robinet dégustateur. — Médailles de bronze : MM. Ganet, à Montpellier, pour son syphon à soutirage ; Andrieu, à Villepinte, pour sa romaine ; Fafeur frères, pour leur dégustateur; Gabelle, à Lauraguel (Aude) pour sa raclette à jardins ; Martin, pour son appareil de fermentation sans air; Rouquet, à Carcassonne, pour son arrache-vigne ; Garolis, pour son laveur de racines; Garolis, pour son cric à hélice; Gallouin, à Neufbourg (Eure), pour son armure de taureau ; Gommard, à Toulouse, pour son échenilleuse à fourrages.

Collections d'instruments agricoles de propriétaire (Art. 18 de l'arrêté). — Médaille d'or : M. Denille, directeur de la ferme-école de Besplas (Aude). — Médaille d'argent : M. de Fournas, propriétaire-agriculteur, à Garcassonne.

Animaux reproclucleurs. — Le nombre des animaux a dépassé toutes les prévisions. 232 têtes de l'espèce bovine inscrites, 201 de l'espèce ovine : dans la région méditerranéenne, ces chiffres avaient été rarement atteints. Qui plusest, quelques boxes àpeinesontrestéesvidesetquelques sujets seulement étaient médiocres. En se rapprochant de la Montagne- Noire et du Roussillon, le concours rencontrait un pays d'élevage ou bien un climat moins défavorable pour l'élevage ; il devait ainsi se peupler plus qu'ailleurs. En outre, les exposants habituels ont fait un effort nouveau, d'anciens concurrents sont rentrés en lice et le concours s'est trouvé très-brillant.

Ce n'est pas qu'il faille trop compter sur la continuation de ce succès, et qu'il n'y ait pas à se préoccuper de faire aux programmes des modifications pour assurer la vie des concours de bétail dans les départements méridionaux. 11 convient peut-être, au contraire, de profiter de cette renaissance d'entrain pour examiner si ces concours ne doivent pas recevoir une autre organisation, mieux adaptée à la contrée. L'organisation actuelle prendrait fin de ceite manière en pleine réussite, et non faute d'efficacité, par désertion, ce qui autrement pourrait bien arriver.

Les concours d'animaux reproducteurs ont-ils une raison d'être suffisante dans le midi? N'est-ce pas en créant d'autres catégories de bétail et en rendant leurs circonscriptions moins absolument délimitées par la division administrative appelée département, qu'on assurera la durée de l'inslitulion? Pour la race bovine, du moins, on aura beau faire : sauf celte partie du département de l'Aude comprise sous la dénomination de Montagne-Noire, sauf la Cerdagne et quelques hautes vallées des Pyrénées-Orientales, on n'élèvera jajnais qu'avec perte, dans toute la circonscription des concours méditerranéens. Un de ses lauréats les plus distingués, celui qui a véritablement appris à cette circonscription en quoi consistait le beau bétail et dans quelles races il pouvait le chercher sans trop de perte, M. G. Bazille, après s'être livré dix ans à l'élevage régulier d'une quinzaine de têtes dans un domaine qu'il a abondamment pourvu de prairies, ce qui est rare, estime qu'à 13 ou 14 mois un jeune animal lui revient à 460 fr., tandis qu'il vaudrait à peine 200 à 225 pour la boucherie ; sa perte est de 230 fr. sur chaque tête à cet âge. Cet élevage-.là a été poursuivi particulièrement en vue des concours, ce qui rend l'exemple d'autant plus concluant. Il faut ajouter que l'exemple est pris chez quelqu'un de trèsentendu de toute manière : 2G médailles d'or obtenues avant ce concours-ci en sont le témoignage irréfragable. A quels résultats moins heureux ne doit-on donc pas arriver ailleurs, et pourquoi tenter plus longtemps d'attirer dans cette direction une contrée aussi peu faite pour y persister?

Que la Montagne-Noire et les vallées pyrénéennes soient mises à même, par un changement à la règle, de conduire leurs animaux bovins aux concours de rAriége,de la Haute-Garonne, du Tarn, du Sud-Ouest en général, du Centre même; ils y seront à leur place comme reproducteurs, ils y tiendront convenablement leur rang, tout ira ainsi pour le mieux. Mais dans le reste de la région du midi, ce sont d'autres qualités que celles de la reproduction qu'il convient de faire rechercher par les cultivateurs. Il serait utile d'y primer les qualités laitières, celles de traction, celles de boucherie; au contraire, on fera sans utilité durable des frais de récompenses et l'on exposera l'agriculture à perdre son temps et ses avances dans des spéculations qu'elle délaissera inévitablement, si l'on maintient la règle actuelle. On a refusé, jusqu'ici, d'associer le mulet et le cheval de labour aux animaux de l'ace bovine : je ne crois pas qu'il eût été mauvais de faire fléchir ce parti pris dans cette région, et qu'il n'y eût point avantage encore à en revenir.

En attendant, il n'y a qu'à s'applaudir du concours de 1867; constatons-le avec empressement. On y retrouvait la belle écurie de M. Gas-

ton Bazille, celle de M. Sauvajol, qui progresse rapidement, celle de M. Causse, celle de M. de Gaja; puis les exposants qui se sont élevés autour de ceux-ci depuis quelques années : MM. Mourgues, Jambon, Bardou : puis d'autres qui s'étaient abstenus quelque temps : M. Numa Rives, M. Faral. Et je ne cite que les plus marquants. On a même vu les maîtres distancés par les disciples. M. Bazilie, si habitué aux premiers prix et qui les remportait en laissant bien loin ses concurrents, se les est vu disputer avec succès, tant on est arrivé, autour de lui, à pratiquer le chemin qu'il a ouveit et si supérieurement enseigné. La deuxième section des mâles, aux races françaises, aurait pu fournir les quatre prix d'un second concours; trois mentions honorables ont dû être accordées par le jury. J'en dirai autant de la deuxième section des femelles, qui a mérité deux mentions honorables et dont une tête, trèsbonne de formes, a dû être écartée par excès d'engraissement. Mais la section suivante, celle des vaches de quatre ans et plus, était surtout remarquable, et il en était de même de la section correspondante des races étrangères. Une des destinations caractéristiques de l'espèce bovine dans la région, le lait, s'est trouvée ainsi indiquée avec éclat, et ce n'est pas un argument sans force en faveur de l'idée que j'émettais tout à l'heure. Dans cette dernière catégorie d'animaux, on peut voir que M. Bazille aurait eu deux prix pour les races françaises, et semblablement pour la première section des femelles des races étrangères si le règlement des concours ne s'opposait à ce cumul.

Quel que soit, du reste, le rang auquel l'examen place les animaux de M. Bazille, ils ont un mérite que peu d'autres pourraient lui disputer; c'est d'être nés chez lui pour la plupart. Je me suis porté un jour le défenseur des exposants qui n'ont pas fait naître leurs sujets de concours, qui les amènent de lieux éloignés de production; je suis prêt à les défendre encore. Il le faut dans l'intérêt des concours en euxmêmes, des concours de la région méditerranéenne particulièrement; il le faut surtout dans l'intérêt des pays d'élevage quelque part qu'ils soient. J'aime toutefois à proclamer très-haut la supériorité des exposants qui élèvent chez eux. Sous ce rapport je ne saurais ne pas citer M. Numa Rives et M. de Gaja. M. Rives principalement, qui a eu le premier prix des jeunes génisses dans les races françaises, le premier aussi des génisses pleines ou à lait dans les croisements divers, a montré dans ses animaux l'entente de l'éleveur. Propriétaire dans la Montagne-Noire, le travail devait être, avant tout, la qualité dominante de son élevage, et a\ec elle la conformation qui assure un engraissement, tout au moins une mise en chair profitable à un moment donné. Or, c'est visiblement par ces avantages que M. Rives s'est distingué au concours.

Deux prix sur trois, non décernés dans la deuxième section des femelles de races étrangères , et le retranchement des deux afférents à la deuxième section des mâles aux croisements divers, n'infirment pas ce que j'ai dit de la qualité générale du bétail bovine. La première de ces sections était plutôt faible par comparaison que d'une manière absolue. Quant à la seconde, les prix n'ont pas été donnés par l'idée, que le jury des bêtes bovines de cette région a appliquée d'autres fois, de ne pas encourager les croisements de hasard ou mal conçus, et par

celle aussi d'éviter de primer, à titre de croisement, des animaux de race pure que leurs propriétaires n'ont pas jugés capables de soutenir le concours dans leur catégorie naturelle. Pour les femelles, il peut ne pas exister beaucoup d'inconvénient à primer un croisement plus ou moins heureux ; mais le préjudice est visible dans les mâles.

Le concours de Carcassonne a fait voir une fois de plus quelle belle race et bien appropriée aux contrées méridionales était la race tarentaise. Si j'ai bonne mémoire, M. G. Basiile introduisit le premier avec quelque importance, au concours de Draguignan, ce bétail de la Savoie. Depuis, tout le monde l'a imité, au grand avantage des nourrisseurs, qui y trouvent plus de profit, du public des villes, pour qui ses qualités laitières ont fait baisser sensiblement le prix du lait, et pour le public des concours , devant les yeux duquel elle ne met guère que des sujets d'une conformation parfaite. Dans la catégorie des races françaises, presque tous les prix ont été remportés par la tareutaise.

L'espèce ovine et l'espèce porcine n'offraient pas la supériorité générale du bétail à cornes. On a pu s'étonner que le jury ait décerné presque tous les prix. Ces bienveillances excessives nuisent évidemment au progrès ; comment des hommes de progrès s'y laissent-ils aller? L'origine de cela est dans la pensée de ne pas rendre au .budget un argent que 1 on considère comme acquis à 1 agriculture du moment où un arrêté ministériel l'a mis à sa disposition ; mais on devrait songer au résultat, qui est de faire pei'sister des éleveurs dans de très-mauvais, parfois dans de déleslables types de bétail, et de donner à croire au public, bien contrairement à la vérité, que les concours ne sont qu'une manière de subvention dans des vues d'action administrative sur le pays, au lieu d'un mode d'enseignement et d'instruction agricoles. Les porcs surtout laissaient à désirer, sauf deux ou trois têtes au plus. Dans les bètes ovines, déplus que médiocres ont été primées. C'était avec d'autant moins de droit qu'il y en avait de très-remarquables, avec lesquelles la comparaison se trouvait plus fâcheuse. Celles de M. Sarda, qui ont remporté sept premiers prix, offraient notamment presque toutes des qualités supérieures : mérinos et métis mérinos , southdowns purs et croisés , lauraguais de laine commune, tous attestaient de très-grands soins d'élevage. MM. de Belissens, Lades-Goût, Causse, Théodore Denille en avaient aussi de fort bons. Hors de ceux-là, on peut d'autant moins approuver la générosité du jury, que l'espèce ovine est tout spécialement le bétail des départements méditerranéens; il y a le plus grand intérêt à ce que les éleveurs y soient dirigés dans les meilleures voies, et le ministre leur rendrait un immense service en composant les jurys très-spécialement à cette fin. On s'expliquait difficilement les principes qui avaient dirigé celui de Carcassonne dans ses décisions. A apprécier les formes et la physionomie del'animal, qui donnent, il me semble, la présomption la moins trompeuse quant au profit qu'il promet, le 2° prix des femelles mérinos était supérieur au 1" avec une complète évidence, et le 4* l'emportait de beaucoup sur le 3'. La même observation sautait aux yeux dans la catégorie des laines communes ; le bélier le meilleur était incontestablement un lauraguais à M. Th. Denille, qui

n'a eu qu'une mention honorable; et entre le 1" et le 2" prix j'aurais, pour ma part, donné la préférence au 2^ Je crains que le jury ne se soit laissé beaucoup influencer, comme l'an dernier à Avignon, par la dénomination de laine commune.

Du reste, il faut bien dire que la règle des concours est souvent la première cause des erreurs ou des insuffisances d'appréciation de la part de Tune ou de l'autre des sections du jury des animaux. Cette règle, en effet, oblige à juger trop toi pour les animaux et trop vite d'ailleurs. Les animaux arrivent le mercredi , et il faut que dans l'après-midi du lendemain le jugement soit rendu. Ceux qui ne viennent pas de loin, qui n'ont pas souffert de la route, se présentent ainsi dans des conditions très-bonnes eu égard aux autres. De là, en partie, la grande différence que le public remarque parfois entre des bêtes qui sont placées aux rangs secondaires, ou même qui n'ont pas de prix, et celles qui ont paru les meilleures; le public les voit toujours reposées, détendues, tandis que le jury a dû les juger fatiguées et se présentant mal. D'autre part, le jury n'a pas le temps matériellement nécessaire pour bien comparer et se rendre compte. Les quelques heures dont il dispose sont trop couries pour qu'il puisse revenir sur ses pas. Il faut dépêcher la beîogne. Le public attend impatiemment, les écritures du commissariat pressent : se hâter est le devoir; se tromper plus d'une fois est donc la conséquence. Quel inconvénient verrait l'administration de l'agriculture à prescrire l'entrée des animaux le mardi? Les frais de nourriture et de litière sont si peu onéreux qu'une journée de plus ne grèverait guèi'e personne, tandis que cette journée-là permettrait de juger plus tranquillement et dans des conditions préférables pour tout le monde. C est une des modifications utiles que les arrêtés puissent recevoir : jointe à la liberté pour l'éleveur de choisir son concours, de déclarer son bétail de toute sorte à celui qui lui convient le mieux, elle aurait, je crois, d'heureux effets.

Les prix ont été attribués comme il suit ; il faut y ajouter 4 médailles d'argent, 3 de bronze, distribuées, avec une somme totale de 500 fr., aux serviteurs ruraux ayant donné leurs soins aux animaux qui ont eu le plus de prix.

1'° calcgorie. — Races françaises diverses pures. — Mâles. — i" section. — Animaux nés depuis le 1«'' mai 1865 et avant le I" mai 1866. 1" prix : M. de Marion- Gaja, à Gaja (Aude), bazadais; 2", M, Gaston Bazille, à Montpellier, tarentais; 3% M. Sauvajol,àLunel, Tarentais; 4% M. Combes, à Montolieu (Aude), montagne. Noire. — 2' seclion. — Animaux nés avant le I" mai 1865. — l" prix : M. Gausse, à Sommières (Gard), breton; 2°, M. Gaston-Bazille, tarentais; 3°, M. Bardou, à Cette, aubrac; 4'', M. Sauvajol, tarentais; mention honorable : MM. Fournie, à Cailhau (Aude), ariégeois; de Marion-Gaja, tarentais; Jambon aîné, à Arles, tarentais.— Femelles. — l" seclion. — Gén.sses nées depuis le l^mai 1865 et avant le 1" mai 1866, n'ayant pas encore fait veau. 1"' prix : M. Numa Rives, à Cuxac- Cabardès (Aude), aubrac; 2% M. Sauvajol, 3% M. Bazille, tarentaise; 4% M. Bardou, aubrac; mention honorable : M. Boch, à Montpellier, tarentaise. — 2" seclion. — Génisses nées depuis le 1"' mai 1864 et avant le 1" mai 1865, pleines ou à lait. 1" prix : M. Richard, à Montpellier (ce prix a été retiré postérieurement, par suite de déclaration d'âge erronée); 2% M. Sauvajol; 3% M. Boch; 4'', M. Bazille; mentions honorables : MM. Sauvajol ; Mourgues, à Montpellier. (Toutes les bêtes primées étaient de race tarentaise). — 3° seclion. — Vaches nées avant le 1" mai

1864, pleines ou à lait. 1" prix : M- Bazille, tarentaise; 2', M. Sauvajol, tarentaise; 3% M. Rives, aubrac; 4% M. Bardou, aubrac; 5% M. Mérendet, à Cette, tarentaise; mentions bonorables : MM. Sauvajol, Pdchard, Bazille.

2'" catégorie. — Races étrangères diverses pures. — Mâles. — l" section. — Animaux nés depuis le 1" mai 1865 et avant le 1" mai 1866. 1" prix : M. Bazille, aoste; 2% M. Causse, schwitz; 3% M. Jambon aîné, 6ch\\-itz. — 2' section. — Animaux nés avant le l"mai 1865. — l"prix : M. Jambon aîné, schwitz; 2", M. Causse, schwitz; 3% M. Sauvajol, schwitz. — Femelles. — l" section. — Génisses nées depuis le 1" mai 1865 et avant le 1"' mai 1866, n'ayant pas encore fait veau. 1" prix : M. Jambon aîné, schwitz; 2% M. Bazille, schwitz; 3% M. Causse, schwitz; mention honorable : M. Bazille, aoste. — 2" section. — Génisses nées depuis le !"■ mai 1864 et avant le 1" mai 1865, pleines ou à lait. 1" prix : M. Causse, schwitz. — 3' section. — A'aches nées avant le 1"' mai 1864, pleines ou à lait. 1" prix : M. Mourgues, schwitz; 2% M. Sauvajol, aoste; 3% M. Gassagne, à Montpellier, schwitz; mentions honorables : MM. Bardou, schwitz; Sauvajol, schwitz.

y catégorie. — Croisements divers. — Mâles. — 1'" section. — Animaux nés depuis le 1"" mai 1865 et avant le 1" mai 1866. 1" prix : M. Faral, à Alzonne (Aude), agenais-bazadais; 2% M. de Marion-Gaja, bazadais-gascon. — Femelles.

— 1" section. — Génisses nées depuis le !"■ mai 1865 et avant le l'' mai 1866, n'ayant pas encore fait veau. 1" prix : M. Faral, agenaise-suisse ; 2% M. Sauvajol, tarentaise-aoste; mention honorable : M. Rives, aubrac-fribourgeoise. — 2' section.

— Génisses nées depuis le 1" mai 1864 et avant le l" mai 1865, pleines ou à lait. 1" prix : M. Rives, aubrac-bordelaise; 2", M. Causse, ayr-suisse; 3' section. — Vaches nées avant le 1" mai 1864, pleines ou à lait. I" prix : M. Mourgues, bretonne-aoste; 2", M. Causse, ayr-bretonne.

1" catégorie. — Races mérinos et métis-mérinos. — Mâles. — Animaux nés avant le l"mai 1866. l^prix : M. Sarde, à Lézignan (Aude); 2% M. de Marion- Gaja; 3% M. Tempier, à Aimargues (Gard); 4% M. Gauthier, à Marseille ; 5% M. de Bellissens, à Trèbes (Aude); 6% M. Tronche, à Arles; mentions honorables : MM. Sarda; Delcasse, à Lauraguel (.\ude). — Femelles. — Lots de cinq brebis.

— 1" prix : M. Trouche; 2% M. de Bellissens; 3', M. Sarda; 4% M. Lades-Goût, à Carcassonne; 5", M. Gauthier; 6% M. Delcasse.

2'^ catégorie. — Race barbarine. — Mâles. 1" prix : M. Fabre, à Trèbes (Aude); 2% M. Latrasse, à Uchaud (Gard). — Femelles. — Lot de cinq brebis. — 1" prix : M. Tempier; 2% M. Trouche.

3* catégorie. — Race southdown pure. — Mâles. — Rappel de médaille d'or, à M. Lades-Goût; 1" prix : M. Sarda; 2%M. de Marion-Gaja; mention honorable : M. Sarda. — Femelles. — Lot de cinq brebis. — 1" prix: M. Sarda; mention honorable : M. Sarda.

41^ catégorie. — Races à laine commune. — Mâles. 1" prix : M. Sarda, lauraguais; 2% M. Causse, caussinard; mention honorable: MM. Denille, à Besplas (Aude), lauraguais; Caverivière. à 'Saint-Polycarpe (Aude), Corbière. — Femelles.

— Lots de cinq brebis. 1" prix : M. Sarda^ lauraguaises : 2% M. Sicre à Carcassonne, lauraguaises ; 3% M. Trouche, Barcelonnette.

5' catégorie. — Croisements divers. — Mâles. Rappel de 3" prix, M. Lades-Goût, southdown-mérinos; l^prix : M. Sarda, soulhdown-mérinos; 2% M. Denille, southdown-lauraguais; 3% M. de Fournas, à Carcassonne, southdown-lauraguais; mentions honorables : MM. Cazaben, à Carcassonne, anglo-mérinos-lauraguais; Trouche, southdowti-barbarin. — Femelles. — Lots de cinq brebis, l" prix : M. Sarda. southdown-mérinos; 2% M. de Fournas, soiithdown-lauraguaises; 3°, M. Tempier, barbarines-croisées; mentions honorables : MM. Denille, southdownlauraguaise^; Lades-Goût, southdown-mérinos.

Races -diverses pures ou croisées. — Mâles. — Animaux nés avant le l" décembre 1866. 1" prix : M, Gau, à Garlipa (Aude), anglais; 2% M. Gausse, new-leicester; 3«, M. de Marion-Gaja, anglais; 4% M. Rives, berkshire- croisé; 5% M. Escargueil, à Castelnaudary (Aude), anglais; 6", M. Rergnes, à Carcassonne, croisé; mention honorable : M. de Marion-Gaja, Middlesex. — Femelles plemes ou sui-

tées. — 1" prix : M. de Marion-Gaja, middlesex; 2% M. Rives, berkskire; 3% M. Causse, new-leicester; 4% M. Gau, croisée; 5% M. Bergnes, croisée.

4« CLASSE. — ANIMAUX DE BASSE-COUR

Médailles d'argent : MM. Denille, à Brame (Aude); Sarda; Viau, à Avignon. — Médailles de bronze : M. Sabatier, à Azille (Aude); Mme Cornet-Peyrusse, à Linaouzis (Aude); MM. R. de Marion-Graja; H. de Marion-Gaja; Ricard, à Pomas (Aude); Mme Denille, à Saint- Martin-le- Vieil (Aude); MM. Duston, à Saint-Martin-de-Villereglan (Aude); Roudières, à Pomas (Aude): Rives, Gaverivière.

Récompenses aux serviteurs ruraux pour les soins donnés au bétail.

Médailles d'argent : MM. Befîre, serviteur chez M. Sarda, dont les animaux ont eu 7 premiers prix; Dupuy, chez M. Causse (6 prix); Ghatton, chez M. G. Bazille (6 prix); Chavanac, chez M. de Marion-Gaja (5 prix). — Médailles de bronze : MM. Renaud, chez M. Sauvajol (5 prix); Puech, chez M. N. Rives (4 prix); Jany, chez M. Mourgues (2 prix).

Je me garderai de passer sous silence une catégorie de prix qui a, ce me semble, une grande importance; je parle des médailles d'éleveurs. Ces médailles-là rachètent^ à mon sens, tout ce que quelques personnes voient de désavantagea ce qu'on admettedans les concours les animaux qui ne sont pas nés chez l'exposant. Grâce à elles, un éleveur de la Suisse ou des Pyrénées, de la Normandie ou du Charolais, de l'Espagne ou de l'Angleterre n'a pas seulement le bénéfice des beaux animaux qu'il produit; il voit son mérite proclamé et il en reçoit le témoignage en même temps que son écurie se fait connaître et s'achalande. On ne peut trop demander que la déclaration du nom de l'éleveur soit faite rigoureusement par l'exposant. Au catalogue du concours de Garcassonne on voyait que ce soin avait été pris par un grand nombre; si c'est dû à l'insistance de l'administration, je me sens fort disposé à l'en remercier; si c'est à l'initiative des exposants, tout ami des concours leur doit sa gratitude. Trois médailles d'or d'éleveur et six médailles d'argent ont été données. En voici les titulaires :

Médailles d'éleveurs. — Une médaille d'or à MM. de Bernon, à Ablon (Drôme) ; Caubet, à Lyon ; Lière, à. Villeneuve-de-Paréage (Ariége).

Une médaille d'argent à MM. Moyet, Vaudret, Maxime Pivot, Têtu, à Bourg- Saint-Maurice (Savoie) ; le baron de Westerweller, à Carnaton (Ain) ; le marquis de Bouille, à Villars (Nièvre).

Produits agricoles et matières utiles à l' agriculture . — Le pavillon des produits s'est trouvé malheureusement placé trop peu en vue, car il aurait fait très-belle figure dans le concours. Décoré d'une manière heureuse par la collection de la ferme-école de Besplas, qui était formée de produits bien appropriés et fort beaux, il abritait des toisons trèsfines, une intéressante collection de graines d'arbres résineux, des vins dont plusieurs avaient une qualité incontestable, des maïs, des betteraves, des fourrages de belle venue, un remarquable échantillon de coton de 1 Hérault, d'excellents fromages. On y voyait aussi une double école d'arbres à fruit, de poiriers en palmette et en pyramide, chose si rare dans le Midi qu'on peut la dire non-seulement nouvelle mais presque unique. C'est M. Hortolès, de Montpellier, qui est venu porter cet exemple, exemple infiniment précieux dans des départements comme l'Aude, les Pyrénés-Orientales, le Var, Vaucluse, où les fruits ont constitué depuis longtemps un revenu considérable et sont appelés à en produire un bien plus grand. Son auteur l'a donné dans une per-

feclion complète. Il a sacrifié dans ce but des arbres pour de vrai, si l'on veut bien me permettre d'ainsi parler, de très -beaux arbres depuis le premier âge jusqu'au plein développement. M, Hortolès professe avec une lucidité et une supériorité pratique peu communes, et il a renouvelé ses démonstrations au concours chaque fois qu'on l'en a prié. La médaille d'or qui lui a été décernée n'a pas été souvent mieux méritée. L'an prochain, à Montpellier, où M. Hortolès fait ses cours réguliers et où il a ses jardins, il présentera, nous l'espérons, une exposition plus complète encore. Le Midi, dans beaucoup de lieux, peut tirer grand parti des espaliers, des quenouilles, mais bien plus généralement de l'arbre à plein vent. Tous les vergers d'amandiers des Basses-Alpes, des Bouches-du- Rhône ; tous ceux de pêchers des Pyrénées-Orientales ou de Hyères ; toutes les orangeries et bois d'oliviers des Alpes-Maritimes sont en arbres de plein vent. De ce côté se trouvent donc les besoins et doit surtout se diriger un enseignement raisonné comme celui entrepris par M. Hortolès.

Le jury des produits a peut-être un peu prodigué à son tour les médailles. Je dirai, toutefois, que les vins ont été l'objet particulier de son attention, et que, dégustés jiarun des hommes qui s'y connaissent le mieux de tout le pays, par M. Bézenech, de Celte, ils ont été jugés tout à fait en connaissance de cause. Je signalerai, comme un produit peu commun dans cette région, l'eau-de-vie de M. Boyer, de Béziers, qui peut rivaliser avec de très-bonnes eaux-de-vie des Charentes; mais je dirai que les fromages de M. Dugaret me paraissent avoir été appréciés au-dessous de leur mérite.

Voici la liste générale des prix :

Médailles d'or : M. Adaraoli, à Liraoux (Aude), pour ses vins ; Mme Denille, à Saint-Martin-le-Viel (Aude), pour son viu ; MM. T. Denille, à Bram et Besplas (Aude), pour sa colleclion de produits ; Hortolès, à Montpellier, pour ses modèles d'arbres fruitiers. — Rappel de médailles d'arfrent : M. Sarda, à Lézignan (Aude), pour sa collection de laines en suint. — Médailles d'argent : MM. Alibert, à Carcassonne, pour ses vins ; Affre, à NarLonne (Aude), pour son vin rouge; Boyer, à Béziers (Hérault), pour ses eaux-de-vie et alcools; David - Guillabert , à Garpeniras (Vaucluse), pour son vin ; Delcasse, à Lauraguel (Aude), pour son vin; Gourrier, à Fraissé-Cabardés (Aude\ pour sa collection de produits; Hortolès, à Montpellier, pour ses cotons en capsules, nettoyés et cardés ; Mahul, à Villardonnel (Aude), pour sa collection ; Pech, à Pézens (Aude), pour son eau-de-vie ; le comte de Pujol, à Pennautier (Aude), pour ses toisons mérinos; Bives, à Villalier (Aude), pour son vin rouge; Singla, à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), pour son vin de grenache.— Médailles de bronze : MM. Aubinel,à Salles-d'Aude, pour son vinaigre de vin rouge, 1834; Bocs, à Caslelnaudary (Aude), pour sa collection de produits ; Cambes, à MazeroUes (Aude), pour son mais ; Mmes Deuille, à Saint-Martin-le- Vieil (Aude), pour son maïs; id., pour ses betteraves; MM. Dugaret fils, à Lunel (Hérault), pour, ses fromages lunellois ; Larobertie, à Carcassonne, pour son vin blanc; Lamur, à Narbonne (Aude), pour son vin-liqueur; Laffitte Bosc, à Limoux (Aude), pour sa blanquette; le comte de Pujol, h Pennautier, pour son miel; Rivel, à Villalier, pour son maïs ; Salaman, à Villedubert (Aude), pour ses betteraves; Singla, à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), pour son vin rouge ; Tholosé, à Gastelnaudary (Aude), pour son maïs.

Primes d'honneur des exploitations. — Je mets ce titre au pluriel. L'Aude possède dans le domaine de Besplas une ferme-école remarquable, et doit d'avoir eu deux primes d'exploitation à la victoire remportée par les faibles de l'agriculture, l'année dernière, contre la déci-

sion de M. Rouher qui avait admis les fermes-écoles à concourir avec les autres domaines pour une prime unique. Cette prime unique ne recevait que plus de valeur à être disputée par une exploitation que l'on croyait favorisée parce qu'elle s'appelait : la ferme-école. Je ne verrais pas ce qu'on aurait pu gagner à l'alTaiblir, si en même temps le jury n'avait reçu l'autorisation dé ne la point décerner. Mais enfin la question est vidée ; attendons maintenant le soulèvement qui se fera chaque fois que le jury usera de cette faculté, et les attaques que dirigeront les vaincus contre la fortune, les protections ou les chances favorables du lauréat. Avant, c'était si commode de couvrir sa défaite derrière les avantages excessifs de la ferme-école! Ce paravent n'existant plus, on ne tardera pas à voir que le vrai sentiment qui poussait était souvent de vilaine provenance.

La ferme-école de l'Aude s'est donc présentée comme méritant la coupe d'argent de 2,500 fr. promise par le programme, et qui s'est trouvé une statue de Cérès montée sur une sorte de boîte ronde à basreliefs agricoles et à guirlandes de fleurs et de fruits. Le jury a attribué ce prix sans conteste à cette ferme ^ car elle réunissait tout ce qui' fait obtenir la grande prime et j'oserai dire quelque chose de plus. M. l'inspecteur général Rendu lui-même a voulu apprendre au public les titres de M. Théodore Denille. Il voit annuellement Besplas depuis vingt années, il en a suivi la marche judicieuse et constamment progressive; parlant donc d'une œuvre où il avait comme une part, il ne pouvait pas en parler seulement avec la ccmpétenced'un juge éprouvé, mais avec l'émotion d'un ami; l'assistance s'y est associée sincèrement.

Besplas est un des plateaux à bords abrupts de la petite chaîne de collines le long de laquelle court la voie ferrée, entre Carcassonne et Castelnaudary, et qui fait face à la Montagne-Noire. On a dû y créer le sol, le fertiliser ensuite, et il s'agit de 100 hectares. Aujourd'hui, la culture la plus avancée y règne, et avec elle le maximun de rendement; non la culture à bras, comme quelques-uns le penseraient, mais la culture avec les meilleurs outils, avec les houes achevai, etc., etc. M. Théodore Denille a pris Besplas affermé 2,500 fr. mal payés; sa moyenne nette des dix dernières années est 12,000 fr. L'œuvre foncière, défoncement, drainagcdel 7 hectares^ a donc été parfaite. Veut-on mettre cette œuvre-là en majeure partie au compte des subventions de l'école? Je l'accorde, quoique assurément cette œuvre ne se fût pas faite sans la judicieuse direction de M. Denille, sans ses qualités de commandement et s'il n'avait su donner à l'enseignement assez de valeur pour y attirer des jeunes gens capables de fournir du travail utile. L'œuvre culturale, en tout cas, lui est bien personnelle. Ni les circulaires du ministre, ni les conseils de l'inspecteur, ni la pension des élèves ne font celle-là. Or, à Besplas on n'a pas eu la vigne pour créer de grands produits; elle y est récente et encore peu étendue; il a fallu tout tirer des cultures fourragères et céréales, du bétail, ce qui ne vient pas précisément tout seul dans le climat méridional et avec les tempêtes du vent d'autan. A l'heureprésente, Besplas engraisseSO bœufs annuellementet nourrit 7 attelages. De l'avis unanime du jury de la prime d'honneur^ aucun des domaines concurrents n'aurait soutenu la comparaison avec lui, au point de vue de la culture, de l'exploitation proprement dite, de l'agronomie et

de l'industrie personnelle; même je crois peu de domaines du département non plus que de tout le jiays de Toulouse, lequel est dans les mêmes conditions. On n'a donc accordé qu'une minime compensation de la prime d'honneur régionale à M. Th. Denille, en lui conférant la prétendue coupe d'honneur spéciale aux fermes-écoles.

Mais Besplas a rendu des services trop attestés, trop universellement reconnus dans son pays, pour qu'une autre sorte de récompense ne vienne pas bientôt honorer son directeur. Je parle des services d'enseignement agricole, c'est-à-dire de ce que l'agriculture doit apprécier le plus, parce que c'est ce dont elle a le plus besoin et ce qui est le plus difficile à établir et à faire durer, les esprits pratiques le savent. Jusqu'à ce jour. M. Denille a reçu dans sa ferme-école 1 84 élèves. Eh! bien, voici ce que sont devenus ces élèves : 12 sont décédés et 31. se sont disséminés dans des positions diverses autre que l'agriculture; mais 45 sont actuellement régisseurs ou chefs de culture, 1 8 exploitent leurs propres terres , 13 sont propriétaires et font cultiver pour eus, 11 sont fermiers, 8 simples ouvriers agricoles, 5 comptables agricoles, 1 est jardinier; il faut ajouter 11 soldats, dont plus d'un sans doute restera dans le giron de l'agriculture, et 2 instituteurs qui, probablement ne sont pas les moins préparés de tous les maîtres d'école de village, adonner les notions élémentaires d'agriculture qu'il est question de faire entrer dans l'enseignement primaire normal. Enfin les 27 restants forment le personnel actuel de la ferme. Quel département a été mieux servi par sa ferme-école? Quel directeur a fourni des titres plus positifs à une haute distinction du gouvernement ?

Le concours de la grande prime régionale ou des médailles de spécialité offrait dix concurrents. Le lauréat de la prime est M. Sarda, propriétaire-exploitant d'un vaste vignoble auprès de Lésignan. Je ferai connaître ultérieurement, avec quelque détail, les mérites supérieurs que le jury a trouvé dans cette exploitation. Il suffit de dire aujourd'hui que la proclamation du nom de M. Sarda a été pleinement et sympathiquement ratifiée par le public. On verra, par la liste ci-après, le nom des agriculteurs qui oni été jugés dignes de médailles spéciales.

Prime d'honneur pour l'exploitation du département de l'Aude la mieux dirigée ■ et qui a réalisé les améliorations les plus utiles et les plus propres à être offertes en exemple : à M. Sarda (Auguste), au Grand-Caumon,commime de Lézignan,une somme de 5,000 fr., et une coupe d'argent de 3,500 fr..

Récompenses aux agents de l'exploitation. — Médailles d'argent : MM. Fourcade (Jean), régisseur-comptable; Mezel (Jean), premier surveillant; Chaffat (Baptiste), garde, deuxième surveillant. — Médailles de bronze : Espérou (Etienne), chef de labour; Gâche (Jean), premier charretier; Roques (Paul), charretier.

Médailles de spécialité. — Une médaille d'or à MM. le copite d'Auberjon, à La Pomarède, pour ses chemins d'exploitation; Gourtejaire, à Gondal, pour son barrage de retenue d'eau ; Hue, à Saint-Eugène, poui' l'agencement de ses caves et 'bâtiments d'exploitation; de Marion-Gaja, à Gaja-la-Selve, pour ses prairies irriguées ; Marty, à Garcassonne, pour ses travaux de drainage.

Prime d'honneur spéciale aux fermes-écoles : à M. Denille (Théodore), directeur de la Ferme-Ecole de Besplas, une coupe d'argent de 2,500 fr.

Récompenses accordées aux employés et agents. — Médailles d'argent : MM. Gayde (François), comptable; Alby (François), chef de main-d'œuvre. — Médailles de bronze : M"" Gayde (Marie), ménagère; MM. Alaux (Antoine), chef d'attelage ; Pellegry (Jean-Marie), jardinier.

La ville de Garcassonne avait eu le bon esprit de ne pas détourner la

population du concours par des fêtes ou des divertissements étrangers à l'agriculture. Une exposition d'industrie et d'art seulement existait, où plus d'un exposant du concours régional avait pris place ; les deux choses se soutenaient ainsi l'une l'autre , loin de se nuire. Un feu d'artifice et de très-belles illuminations ont clos cette semaine si heureusement remplie, mais suivie par malheur de grêles réitérées. M. le préfet Magnien, qui a porté à tout une participation empressée et efficace autant qu'intelligente, n'a pas peu contribué au succès du second secours de Carcassonne; les hôtes qu'à eus cette ville en conserveront le souvenir.

Henry Doniol.

NOUVELLES ÉTUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE. — lll

Dans les premières parties de mon travail, j'ai présenté le résultat d'expériences tendant à établir que l'on peut provoquer une grande mortalité dans les éducations de vers nourris avec des feuilles que l'on a recouvertes de poussières sèches ou fraîches, à la condition que ces poussières renferment des débris empruntés à la substance de vers ou de papillons chargés des petits corps désignés sous les noms

de corpuscules vibrants, corpuscules de Cornalia Ayant désiré mettre sous les

yeux de l'Académie des sciences l'une des expériences dont je parle, j'ai prié notre confrère, M. Peligot, qui élève chaque année de petits lots de graines, dans le but de se procurer les éléments de ses importantes recherches sur la composition du précieux insecte et de la feuille du mûrier, de vouloir bien me remettre quelques centaines de ses vers. Ceux-ci se trouvaient avoir déjà dépassé la quatrième mue.

.l'en élevai une partie que je séparai sans choix en trois portions égales de cinquante vers chacune. A l'une d'ellesje continuai le repas de feuille ordinaire, alternant avec des repas de feuille humectée par de l'eau tenant en suspension des débris du corps de papillons non corpusculeux. Le troisième lot de vers fut élevé de la même façon, avec cette différence essentielle que les papillons dont je viens de parler étaient au contraire choisis corpusculeu.x.

En opposition aux résultats d'expériences que j'avais faites à Alais, les vers du troisième lot ne périrent pas, et firent leurs cocons à peu près aussi bien que ceux du premier et du deuxième lot. La seule différence a été que les vers étaient un peu plus petits, un peu retardés à la montée, de deux jours environ, et les cocons un peu plus faibles que ceux des deux autres lots. Dans le dernier lot la montée fut terminée le 20 juillet. Le 25 j'examinai au microscope dix chrysalides de chacun des lots. Voici le résultat de cette étude :

Page 1