EN MAI
Le mois de mai s'est fait remarquer par sa température irrégulière. Au commencement et dans les derniers jours du mois, la chaleur a été beaucoup plus élevée qu'elle ne l'est généralement à cette époque de l'année, ainsi que l'on peut le constater en consultant le tableau des températures maxima extrêmes. Entre ces deux périodes estivales, le thermomètre a oscillé considérablement; la température a été tantôt douce, tantôt froide, et, du 22 au 25, il s'est produit un refroidissement général qui a amené de la neige dans l'est et le midi de la France et des gelées qui ont causé de grands dommages. En somme, la température moyenne a été supérieure à la moyenne ordinaire du mois. Les chiffres suivants le prouvent :
Température Température
moyenne ordinaire moyenne de mai. Différence,
de mai. 1867.
Lille 11°52 13°20 -}- l^SS
Metz 14.85 14.62 — 0.23
Ichtralzheim. . . . 13.91 15.40 -f 1.49
Nantes 17.40 )7.76 » 0.36
Paris 14.53 15.75 » 1.22
iJijon 14.50 14.90 » 0.40
Nous avons reçu de nos correspondants les notes météorologiques suivantes :
M. Meureifl écrit de Lille (Nord), le 4 juin :
Ce qu'il y eut de plus remarquable dans le mois de mai ce fut l'état électrique de l'atmosphère et son humidité. Dans la nuit du H il y eut un magniiique halo lunaire, et le lendemain 12, à 5 h. 39 m. du soir, le tonnerre se fit entendre; à 6 h. 5 m. commencement d'une forte pluie fournie par les nuages et la £' couche venant du N. 0. Vent très-fort 0. N. 0. 7 h. 10 m. fin de l'orage. La pluie recom-
mence un peu plus tard et dure jusqu'à 1 1 h. 30 m. Le 19, k 7 h. 25 m. du soir, orage durant jusqu'à 7 h. 40 m. Vent; nuages 2' couche E. S. E. et S. E. Le 26, 4 h. 55 m. du soir, petite pluie; 5 h. 5 m. tonnerre; vent S. 0., puis 0. N. 0.; forte pluie continue fournie par les nuages de la 2' couche S. et S. S. 0.; 6 h. fin de l'orage et de la pluie. Le 27, à 4 h. 52 m. du soir, un coup de tonnerre. Le 30, à 4 h. (lu soir, tonnerre éloigné; 4 h. 50 m. pluie feurnie par les nuages de la 2' couche S. et S. E.; vent N. N. 0., éclairs, tonnerre ; 6 h. 20 m. fin de l'orage et de la pluie.
M. Renier écrit de Racquinghem (Pas-de-Calais), le 24 mai :
Pour satisfaire au désir que vous avez exprimé dans un de vos derniers numéros, je vous fais savoir que le lieu d'où je vous écris est situé à 73 mètres au-dessus du niveau de la mer, qu'il est assis au pied d'une colline qui s'étend sur une longueur d'environ 20 kilomètres et dont le plateau se trouve à 85"'. 50 au-dessus du même niveau. Depuis le 24 avril, jour oi^i je vous écrivais ma dernière lettre, nous avons subi des variations de température tellement fortes et il a plu avec une telle abondance que, non-seulement tous les travaux des champs sont en retard, mais qu'il existe des craintes pour les récoltes en terre. Dans la nuit du 22 au 23 mai, le thermomètre a descendu au-dessous de zéro. En outre, et comme si une calamité devait peser sur notre contrée, les insectes coléoptères et autres fourmillent dans les champs et dans les jardins, détruisant tout ce qui se trouve sur leur passage. Je termine par les observations météorologiques de la fin du mois d'avril. Pendant la nuit du 24 au 25, pluie abondante ; — le 25, 6 h. m., S.-O., 1 1°.6, temps couvert avec petite pluie ; midi, 15".9, nuageux; 4 h. s., N.-N.-O.; 6 h. s., 11". 3, pluie. —Le 26, 6 h. m.,N.-E., 8». 5, temps couvert; midi 11». 8; 6h. s., 12°. 8. —Le 27, 6 h. m., N.-N.-E., 10°.5, beau; 9 h. m., ciel couvert avec forte brise; 10 h. m., petite pluie; midi, N-0., 13», pluie; 6 h. s , 11°, nuageux. — Le 28, 6 h. m., N., 11°, ciel couvert; midi, 14°, 2, 6 h. s., 11°8. —Le 29, 6 h.m.,N., 9».7, pluie; midi, ll°,"='pluie ; 6h. s., N.-O., 10°. 2, nuageux. — Le 30, 6 h. m., E., 9°. 1, beau ; 9 h. m., S., pluie; midi, 13°. 2, pluie abondante; 6 h. s.^ 11°. 8, nuageux.
M. de Villiers de l'Isle-Adam écrit de Sargé (Sartbe), le 13 juin : La température a été extraordinairement basse pendant presque tout le mois de mai, il a gelé assez fortement dans la nuit du 23 au 24. Les premiers jours ont été très beaux et assez chauds, puis à partir du 10 jusqu'à la fin du mois le temps a été presque toujours couvert, pluvieux et froid. Nous avons eu 13 jours de pluie, souvent très-abondante, et 3 orages faibles le 10, le 14 et le 29.
M. Huette écrit de Nantes (Loire-Inférieure), le 3 juin : Dans la soirée du 10, nombreux éclairs, tonnerre dans l'éloigncment, foudre tombée sur plusieurs points du département de la Loire-Inférieure. 15 mai éclairs, tonnerre éloigné. Du 25 au 26 mai, nuit, tonnerre, éclairs ayant en partie porté sur Nantes, grande pluie, etc.
M. Tassin écrit de Soissons (Aisne), le 8 juin :
Le pluviomètre officiel ne donne pour le mois de mai que 64™"'. 75 d'eau; nous avons constaté à notre udomètre 73""". 30. — Dix ans d'observations pluviométriques n'ont permis à l'administration des ponts et chaussées de constater qu'une moyenne annuelle de 40 centimètres d'eau tombée à Soissons. Est-il possible d'avancer officiellement une plus grande erreur?
M. l'abbé MûUer écrit d'Icbtratzheim (Ras-Rbin), le 8 juin : Dans une période de 29 ans, la température n'est descendue en mai au-dessous de zéro que 8 fois; ce fut en 1847, 1850, 1852, 1853, 1861, 1864, 1865 et 1866 que le miniuium atteignit —1».7, — 1«. 7, — 0».7, — 0».4, — l<'.6, — 0».6, — 4''.0 et — i''3. Le minimum de mai, — 0°.6, a donc été identique à celui de ce mois en 1864. Ici un brouillard, arrivé avant le jour, l'a empêché de descendre plus bas, comme cela est arrivé ailleurs, oii le gel a fait d'affreux ravages. — Le maximum de température du mois, 31°. 0, n'a été atteint ou dépassé que 3 fois en celte période, en 1861, 1863 et 1865, où il monta à 32".5, 23°. 6 et 52». 5. — Les maxima qui en ont approché le plus en la dite période ont été ceux de 1841, 1846, 1849, 1855, 1862 et 1564, qui s'élevèrent à 29». 3, 25». 8, 29». 0, 38». 7, 30°.0 et 29°. 6. — La température
moyenne, 15°. 40, a été dépassée 10 fois sur 29; le plus en 1841, 1842, 1845, 1847 et 1862 où elle arriva à 18». 45, 16».00, Ib^SS, lô^SG. Elle a dépassé de 2». 76 celle que mai avait donné l'an passé, et qui était 12». 64, et de l''.49 la moyenne de ce mois, calculée sur la base de 29 ans. — La température moyenne de 5 observations trihoraires et diurnes, a monté jusqu'à 17». 06. Celle de 7 heures du matin a été 12». 6. — Minimum de pression atmosphérique, 731 mill. 59 le 22, à 6 heures et demi du soir; maximum, 749 mill. 90, le 3, à 9 heures du soir; moyenne pression, 743 mill. 85. Elle a dépassé de 0 mill. 37 -celle d'avril, mais est restée de 4 mill. 65 au-des.'^ous de la moyenne locale. — La quantité d'eau tombée en mai, 39 mill. 30, est restée de 43 mill. 40 au-dessous de la quantité de ce mois tombée l'an passé ; de 26 mill. 13 au-dessous de la moyenne calculée sur la base de 28 ans, et de 22 mill. 66 au-dessous de celle d'Ichtratzheim basée sur les observations de 7 ans. — La nébulosité moyenne, déduite de 7 ob.servations diurnes, s'est élevée à 4.3.
M. Bardy écrit de Saint-Dié (Vosges), le 20 mai :
Le mois d'avril a été marqué par des pluies presque continuelles et fort abondanles, puisque la hauteur des eaux tombées a atteint le chiffre de 181"'"'. Il y a eu de nombreuses averses torrentielles, principalement dans les soirées du 2 et du 4, dans les nuits du 5 au 6, du 8 au 9, du 9 au 10, et dans les journées des 15, 16, 17, 20 et 21. Presque toutes ces averses étaient accompagnées de violentes bourrasques d'O. et surtout de S.-O. L'ouragan qui a sévi sur notre contrée dans la nuit du 8 au 9 avril a été des plus intenses. Un très-fort vent d'O. soufflait par rafales, la pluie tombait à torrents et avec une force inouïe, et cela pendant plus d'une heure. Je ne me souviens pas avoir entendu l'eau tomber avec pareille violence et en aussi grande abondance pendant un laps de temps si long. Aussi y eût-il de sérieux dégâîs : dans la ville, nombre de toitures et de cheminées ont été plus ou moins endommagées. Dans un village voisin, à Saint-AIichel, la toiture et une partie du premier étage d'une maison ont été renversées par la tempête. Projetée sur une autre maison, à vingt-cinq mètres de distance, une poutre s'est enfoncée par une de ses extrémités dans le toit. Une génisse et une poule ont été écrasées et la perte totale résultant de ce sinistre est évaluée à 1800 francs. La toiture d'une autre maison de Saint-Michel a été enlevée pendant la même nuit par le vent qui n'a cessé de souffler avec une violence presque inconnue dans notre région de baint-Dié. Il y a eu plusieurs giboulées de petite grêle et de grésil : le 1", dans la nuit du 9 au 10, le 11 h diflérentes reprises et dans la nuit du 21 au 22. Il a fait le 13 au matin une très-forte gelée blanche en plusieurs endroits. L'électricité atmosphérique s'est manifestée avec une intensité extraordinaire pour la saison. Le 15, forte averse à 2 heures du soir; à 3 heures et demie, éclair suivi d'un assez tort c )up de tonnerre, dans la direction du S.-E. La pluie tombe à torrents pendant 8 à 10 minutes par un fort vent de S.-O. Quelques éclaircies se forment ensuite au Zénith et à l'O. A 4 heures 50 minutes, courte averse de petite grêle serrée, puis pluie abondante. — Le 20, vers 4 heures du soir, le ciel est orageux au S. et au S.-E.; vent S. A 5 heures, un orage éclate au Zénith de Saint-Dié, venant du S.-E. et se dirigeant lentement vers le N.-O. ; éclairs en zig-zag dans toutes les directions, mais sillonnant le ciel principalement du N. au S. Pluie torrentielle, mêlée de quelques grêlons, avec redoublements après chaque éclair. Coups de tonnerre éclatants et roulements prolongés. A 5 heures 20 minutes, magnifique éclair radié, à six branches parlant d'un centre très-ébiouissant et s'irradiant dans toutes les directions. Il y a dans le bel ouvrage d'Emm. Liais, l'Espace céleste et la Nature tropicale, page 381, un dessin représentant un éclair radié se rapprochant beaucoup de celui que j'ai vu. L'orage finit à 5 heures 35 minutes. La pluie continue, beaucoup moins forte, et des éclaircies se forment. A Ghatas (canton de Senones), l'orage a commencé à 5 heures 15 minutes du soir pour finir à 5 heures 50 minutes; S. -S.-E à E.-N.-E; éclairs brillants et fréquents, tonnerre fort; averse, grêle mêlée de pluie à 5 heures 15 minutes et pendant 1 à 2 minutes. Au Puid (même canton), l'orage a commencé à la même heure et a duré 1 heure et demie en présentant des particularités absolument semblables. — Le 24, à 1 0 heures 8 minutes du soir, on voit de grands éclairs diffus à l'O., et il fait une ondée à grosses gouttes. — Le 28, vers 7 heures du soir, le ciel est orageux, forte averse d'orage, éclairs et tonnerre, d'abord dans l'éloignement, puis plus rapprochés; la pluie continue k tomber et les éclairs à briller vers l'O. pendant le reste de la soirée et une
partie de la nuit. Dès le 2, il y avait dans les jardins quelques petites et bien rares asperges, mais on ne pouvait encore en trouver que pour satisfaire le désir d'un petit nombre de malades. Les asperges n'ont fait leur apparition réelle sur le marché que le 23. Le 10, arrivée des premières hirondelles. Le 23, première apparition des hannetons. Le 29, floraison des lilas.
M. Bardy écrit encore à la date du 6 juin :
La quantité d'eau tombée celle année en mai a été de beaucoup inférieure à celle du mois de l'an dernier. Nous n'avons eu que. 45 mililm. d'eau, tandis qu'en 1866, la hauteur de la pluie avait atteint le chiffre de 102 millim. Ces 45 millim. se sont répartis en dix-sepl journées, quand l'année dernière il n'avait lallu que quinze journées pour Fournir une quantité d'eau plus que double. Le refroidissement habituel de cette saison s'est manifesté du 23 au 25 inclusivement en 1866, l'abaissement de température avait eu lieu du 12 au 19. iVIais le froid a été, cette fois, bien plus vif, et la gelée du 25 au matin a fortement endommagé la vigne, les haricots et beaucoup d'autres plantes des jardins. Le 23, nous avons eu de la neige vers dix heures du matin, et à onze heures quarante minutes une averse de grêle avec des grêlons très-serrés et gros comme des lentilles. Nous avons eu dans ce mois de mai cinq journées orageuses. Le 12, dans la soirée, on entend le tonnerre gronder au loin. C'est un violent orage qui éclate sur le Haut-Rhin, surtout à Mulhouse, k Ottmarsheim, à Bollwiller, etc. De 7 h. à 7 h. 50 m. du soir, il en éclatait un autre à Strasbourg. Le 13, de midi h. 1 h. 20 m., pendant une pluie assez forte, on entend quelques roulements de tonnerre : c'est encore un orage qui a lieu dans le Bas- Rhin, aux environs de Strasbourg. Le 15, de 2 h. 10 m. à 3 h. 20 m. du soir, orage assez rapproché de Saint-Dié, et donnant principalement sur les montagnes des Vosges. Les 19 et 30, nous avons encore des orages, mais qui n'offrent rien de particulier. — Le 26, à 10 heures du malin, il y avait un fort beau halo, avec bord intérieur vivement coloré en rouge. Dans l'après-midi, surtout vers 2 h. 1/2, il était de toute beauté, vivement nuancé, principalement les couleurs bleue, jaune et orangée. Ce magnifique halo a aussi été remarqué à Strasbourg, de 11 h. du malin il une heure de l'après-midi, et il était tellement beau que le Courrier du Bas-Rhin du même jour a jugé à propos de signaler à ses lecteurs ce superbe phénomène d'optique météorologique.
M. X. Thiriat écrit du Syndicat de Saint-Amé (Vosges), le 3 juin :
Le mois de mai donne, année moyenne, dans-les Vosges, 4 jours de gelée. La neige apparaît assez souvent sur les sommets élevés de la chaîne et est tombée 5 à 6 fois dans les vallées au-dessus de 400 mètres depuis 1850, mais ces neiges tardives arrivaient toujours avant le 10. En 1866, par une exception peut-être sans exemple dans ce siècle, il neigeait dans nos vallées le 15 mai, mais en 1867 les phénomènes météorologiques ont présenté une anomalie encore plus extraordinaire. Depuis le 12 jusqu'au 20 mai. l'atmosphère était humide et chargée de nuages, la température baissait lentement. Le 23, la température moyenne diurne a été de 3° seulement; à 2 heures du soir le thermomètre était descendu à 0 — et il neigeait comme en plein hiver. Le 24, froid très-vif, giboulées nombreuses par un vent du nord-ouest. Le soir, le vent passe au nord et le ciel s'assérénit. Le 25, au matin, la neige couvrait les vallons des Vosges et la gelée blanchissait la terre partout. Le thermomètre dans l'herbe était encore à 5° — à 6 heures du matin ; à 1 mètre du sol il indiquait 2". 50 — ; à 7 houres 0° — . Une glace épaisse d'un centimètre couvrait les flaques d'eau dans les ornières des chemins. Le temps, devenu radieux, s'est radouci rapidement. Le 30, nous avions à 2 heures une chaleur de 27°.50 : c'était une différence de 30° de chaleur dans une période de 5 jours. Un phénomène curieux qui prouve une fois de plus l'inconstance et la variabilité du climat des Vosges, c'est que le 15 février dernier, nous avions à 2 heures du soir 15" de chaleur à l'ombre; le même thermomètre est descendu à 0 le 23 mai, à 2 heures. Je ne pense pas qu'une anomalie aussi remarquable se soit produite en ce siècle dans notre région.
M. Bronsvick écrit de Mirecourt (Vosges), le 6 juin :
Les trois premiers jours du mois de mai ont été nuageux, souvent pluvieux, par un vent d'ouest. Du 3 au 9 inclusivement, une température magnifique n'a point cessé de régner : ciel sans nuages, varialions barométriques peu sensibles, rosées
abondantes, thermomètres marquant de 19 à 22 degrés; enfin, temps fertile pour toutes les récoltes. Le 9, quelques nuages apparaissent au sud et le baromètre oscille lentement et baisse. Le 12, à 6 heures du soir, la pression barométrique augmente encore, le vent devient affreux an sud-ouest, la bourrasque se lève brusquement et enveloppe, dans une minute, toute la campagne d'uu nuage de poussière ; quelques gouttes de pluie apaisent le vent. Le 13 et le 14, le ciel était couvert et les vapeurs commençaient à se condenser en pluie. Le 16, de 9 heures du soir à minuit, de fortes averses de pluie refroidissent considérablement l'atmosphère, aussi, le 18, une légère gelée se fait sentir. La température diurne, atteignit à peine 2 degrés réaumur, fort heureusement, un épais brouillard empêchait le rayonnenement. Le 21, le tonnerre se lit entendre à 4 heures et demie du soir ; l'orage se dirigeait lentement au nord-est. Une forte averse de pluie mêlée de grêle tomba vers 5 heures sans occasionner de dégâts. Le 22, le froid se fit sentir; il neigeait le 23 toute l'après-midi, température vraiment extraordinaire à la suite des grandes chaleurs. Le 25, les magnifiques préparations de la vigne furent complètement détruites; pas un seul ceps n'échappa daus ce désastre; un temps magnifique, un vent presque nul aiderait la gelée à pénétrer dans les plus petits replis de terrain: Les haricots, les pommes de terre ont souifert aussi de la gelée, suivies de pluies peu abondantes. La chaleur revient avec le vent d'ouest, et le ciel, chargé d'électricité, était sillonné d'éclairs de chaleur dans les soirées du 30 et du 31, avec une température de 26 degrés. La pression barométrique du mois a été de 760'". 712.
M. le comle de Saiiit-JIauris-Monlbarrcy écrit du château du Bouchât, par Cuiseaux (Saùne-et- Loire), le 15 juin :
Nos cultivateurs étaient entièrement découragés par les pluies, qui n'ont pour ainsi dire pas cessé jusqu'au mois de juin. Nos terres, généralement argileuses ou argilo-siliceuses, craignent beaucoup l'eau, aussi, en mars et avril, ou n'a presque point pu semer d'avoines, et celles que l'on a hasardées ont bien mauvaise mine. Les maïs, principale récolte du pays (après le blé, qui occupe la moitié des terres), ont été semés avec beaucoup de peine, ainsi que les pommes de terre. Mais le soleil est enfin revenu et l'espoir avec lui. Le premier binage du maïs est presque généralement fini, et dans les meilleures conditions, mais il a nécessité un travail très-pénible. Les betteraves et les carottes fouragères commencent à bien lever. Les blés ont très-bonne apparence, seulement ils sont remplis d'herbes, mais ces herbes n'allèrent pas beaucoup la qualité du blé, car il y a peu de vesces et d'ivraie. La récolte se présente sous de beaucoup meilleures apparences que l'année passée. Les petites quantités d'orges d'hiver (orge à quatre rangs que l'on sème ici), sont récollées et ont donné un bon produit. La récolte de foin est supjrbe dans les prés hauts et sains; dans le pré bas elle est bien en retard, à cause de l'humidité constante de cette année, mais elle sera bonne aussi. On commençait à faucher, quand une petite pluie est arrivée le 14, qui a arrêté un peu l'élan. Cette pluie a fait le plus grand bien aux récoltes en terre autres que le foin, elle sera la bien-venue si elle s'arrête. En somme, le courage et l'espoir sont revenus chez tous nos cultivateurs.
M. de Brives écrit de Lavallade (Dordogoe , le 3 Juin :
L'événement agricole le plus saillant du mois de mai, c'est la gelée du 24 ; — 4 degrés au-dessous de zéro, quand la véfjétaiion a mis toutes voiles dehors, que les liges des végétau.x sont encore herbacées, les fruits à l'état embryonnaire, les récoltes de toute nature en voie de formation. PJn fallait-il davantage pour que la nuit du 24 lût un véritable fléau ! Il y a soixante ans, les vieillards virent semblable sinistre, comme cette année, les vignes, les pommes de terre, les haricots, les mais, les noyers, les châtaigners, les chênes noirs, ce végétal indigène de lu, Gaule, furent fatalement frappés. Le dommage produit s'est localisé avec une intensité variable qui ne sera que plus tard appréciée à sa juste valeur. L'agricultenr déjà si désastreusement atteint par la destruction de ses fourrages de toute nature, par la difficulté d'opérer ses travaux sous des pluies éternelles, dans un sol constamment détrempé, est au comble du décou'-agement. Faisons des vœux pour que l'horizon de nos espérances atcricoles se dépouille enfin de ces sombres nuages et qu'avec une température vivifiante et normale, la nature répare dans la limite de ses forces nos déceptions et nos pertes.
MÉTÉORoLuGrE AGRICOLE DE LA FRANGE EN MAI 1867.
BOURG