‹ Journal de l'agricultureChapitre 74 sur 527 · V. — Sar lu typhus des bêtes à cornes · texte numérisé non relu

V. — Sar lu typhus des bêtes à cornes

Nos lecteurs connaissent( V. noive Bulle H nn" 5) la mesure que le gouvernement vient de prendre pour empèclier l'introduction en France des animaux ruminants provenant de la Prusse et de la Bavière rhénanes, où le typhus épizootique s'est réceni ment déclaré. Ils savent aussi que la Société centrale d'agriculture n'a pas cru devoir adopter la proposition faite par un de ses correspondants, M. Bethmont, de demander la prohibition absolue du bétail étranger. Le rapport fait à ce sujet par notre confrère

M. Reynal n'en doit pas moins rester comme un document utile à consulter, et pour cette raison nous le reproduisons. Il est ainsi conçu :

« Un de nos honorables correspondants, M. Bethmont, propriétaire dans le département de l'Indre, a sollicité l'intervention de la Société centrale d'agriculture pour obtenir l'interdiction en France des bêtes ovines de provenance étrangère, notamment des bêtes ovines originaires des États de l'Autriche. Vous avez renvoyé cette proposition à l'examen préalable de la section d'économie des animaux. Pénétré de l'importance et de la gi-avité de cette proposition, la section s'est réunie immédiatement chez un de ses collègues; elle l'a examinée avec la plus scrupuleuse attention, et, tout en rendant justice à la pensée qui l'a inspirée, la section ne saurait donner son arprobalion à la proposition de M. Bethmont. A l'unanimité, la section d'économie des animaux est d'avis qu'elle ne croit ni utile ni opportun de la transmettre et de la recommander à l'administration supérieure de l'agriculture.

« Organe de la section d'économie des animaux, je vais avoir l'honneur de vous exposer les considérations sur lesquelles elle appuie la décision qu'elle a l'honneur de soumettre à votre approbation

« Et, tout d'abord, nous ferons remarquer que nous croyons trop sombre, pourle moment actuel, le tableau que nous a fait M. Bethmont de la situation sanitaire des États limitrophes de la France relativement au typhus.

» La peste bovine sévit, il est vrai, avec une certaine intensité dans la Hollande; mais en Angleterre on ne compte plus que quelques rares foyers d'infection; la Suisse, par des mesures administratives rigoureuses et qu'elle a pu appliquer sans délai, grâce à l'organisation d'un service sanitaire permanent, a détruit à sa source le typhus contagieux, en sacrifiant tous les animaux malades et suspects. On ne trouve pas ailleurs, que nous sachions, la trace de ce terrible fléau.

« La France, par sa situation topographique, est merveilleusement située pour avoir à redouter, moins que tout autre pays, les atteintes du typhus. Au nord elle se trouve protégée par les mesures protectrices qui s'opposent à l'importation du bétail provenant de l'Angleterre, de la Belgique et des Pays-Bas. De plus, on sait que dans ce dernier pays la surveillance de l'administration a été jusqu'à ce jour assez puissante pour arrêter, dans le lieu même où ils s'étaient développés, une trentaine de foyers de contagion Sur la frontière de l'Est, dans le Luxembourg, en Bavière, dans le grand-duché de Bade, aucun cas de typhus n'aencore été observé. Dans ces divers Etats, des mesures sanitaires sont mises en vigueur pour se préserver de la peste bovine. Nous ajouterons que la France a appliqué, depuis le début de l'épizootie, un régime sévère île surveillance sur toute la frontière du nord-est.

<t D'après quelques renseignements parvenus à un des membres de la section d'économie des animaux, le typhus aurait envahi quelques localités de la province de Clèves, dans le voisinage du duché de Limboufg. Mais pour donner une idée de la garantie sanitaire que nous oifre la Prusse, pour sauvegarder son bétail, et par suite le bétail de la France, de l'invasion du typhus, nous demandons la permission de vous lire le texte d'un arrêté que vient de prendre le gouvernement prussien.

•■ 1° Les bêtes à cornes, les bêtes ovines, les porcs, les chèvres, les chiens et les volailles, les peaux fraîches des bêtes bovines et d'autres animaux, les cornes et le suif en branche, laviande des bêles bovines, le fumier, le fourrage, les ustensiles d'étable ayant déjà servi et de quelque nature qu'ils puissent être, ne seront plus admis au passage par les frontières des cercles précités.

<• 2° La lame en suint ou non préparée, les peaux sèches, les poils d'animaux (les brosses exceptées) seront repoussées à l'importation, chaque fois qu'il y aura lieu de supposer qu'ils proviennent de pays infectés.

« 3° On ne pourra même laisser entrer Hb'-ement sans aucune formalité que les personnes qui ne viennent pas d'un lieu infecté ou n'ont pas eu de contact immédiat avec des animaux atteints de la contagion.

« Ainsi toute personne qui^ par sa profession, est présumée s'occuper d'un commerce qui la met en contact avec les bêtes bovines, par exemple les marchands de bestiaux ou de cuir, les bouchers, les tanneurs, mégissiers, équarrisseurs, seront repoussés à l'entrée du pays, à moins qu'il n'y ait des motifs sérieux pour la leur accorder; mais ils devront dans ce cas se soumettre d'abord, sous la surveillance de la police, à une désinfection scrupuleusement faite. »

' Cet exlraitdonne un exemple de la sévérité de la législation applicableau typhus. Il semble dilficile d'ajouter de nouvelles rigueurs aux prescriptions sanitaires édictées par la Prusse contre l'invasion du typhus.

t-Nous ajouterons qu'il n'est pas douteux que si, malgré ces énergiques mesures, le -typhus venait à se manifester dans les provinces rhénanes, le gouvernement français substituât le régime prohibilil qui frappe le bétail de l'Angleterre, de la

Belgique el de la Hollande, au régime de surveillance adopté jusqu'à présent sur la frontière de l'Est. A cet égard, le passé nous répond de l'avenir. Guidé par ces considérations, la section d'économie des animaux a jugé que le danger de l'invasion de la France par le typhus était moins grand et moins imminent surtout que ne le pense M. Bethmont.

« La seconde partie de la proposition de M. Bethmont, tendant à demander au gouvernement d'interdire l'entrée en France des animaux de l'espèce ovine, notre section l'approuve d'autant moins qu'elle ne partage pas au même degré que cet honorable correspondant les craintes de l'importation du typhus en France par le transport des moutons infectés.

« S'il est vroi qu'on ait observé en Autriche, en Angleterre, dans les Pays-Bas, quelques cas de transmission de la peste bovine à l'espèce ovine, il est incontestable que ces cas sont isolés, très-rares, très-escepiionnels ; tous les observateurs s'accordent à reconnaître que l'aptitude du mouton à contracter cette maladie est incomparablement moindre que celle du bœuf; qu'il faut, pour que cette transmission s'effectue, un ensemble de conditions spéciales qui ne se trouvent qu'exceptionnellement réunis. Gela résulte de ce fait d'observation à savoir que, dans le pays où le typhus sH'it avec l'intensité la plus grande, on a compté à peine quelques cas isolés chez les propriétaires. Les grands marchés de Londres, de la Hollande, de l'Allemagne n'offrent même pas d'exemple de contagion.

i. La France reçoit depuis longtemps, toutes les semaines, un chiffre considérable de moutons étrangers, à destination de Sceaux et de Poissy, et, bien qu'un grand nombre proviennent des pays où le typhus bovin exerce fréquemment ses ravages, jamais aucun cas de contagion de typhus, au gros bétail , ne s'est produit sur nos marchés d'approvisionnement ni chez les propriétaires.

« Nous ajouterons que le temps qui s'écoule entre le jour de départ et le jour d'arrivée des moutons provenant de l'Autriche, de la Hongrie notamment, offre une garantie nouvelle contre l'importation du typhys par les bêtes ovines. Jamais les animaux de cette provenance n'arrivent directement de ces parties lointaines de production dans les centres éloignés de consommation. La plupart ont été exposés suf les marchés de Peslh, de Vienne, ou ont séjourné dans l'intérieur de l'Allemagne avant d'être conduits sur les marchés de Sceaux et de Poissy. Il se passe presque toujours, sinon toujours, un temps plus long que celui qui est généralement assigné à la période d'incubation du typhus. S'il est vrai, d'après le tarif spécial du chemin de fer que les marchandises peuvent arriver de Pesth à Paris dans le court espace de sept à huit jours, nous ferons remarquer que, dans la pratique, il n'en est pas ainsi, en ce qui concerne tout au moins les bêtes ovines. Un des membres de la section a pu constater qu'en comptant le temps de séjour à Pesth, à Vienne, à Kelh,en tenant compte surtout que la route est faite partie à pied, partie en chemin de fer, on trouve que le temps de parcours est deux fois au moins plus long que celui indiqué par le tarif. Enfin une considération dernière qui a, dans l'espèee une très-grande valeur, c'est que les moutons achetés dans les Etats de l'Autriche se trouvent souvent mêlés et confondus avec les troupeaux du Wurtemberg, de la Ba- Tière, etc., et que dès lors l'interdiction devrait atteindre non-seulement la provenance de l'Autriche, mais encore des contrées qui, avec ce pays, concourent à alimenter nos marchés. »

D'un autre côté, au moment où nous écrivons cette chronique, nous recevons d'un de nos. correspondants de Belgique la grave communication suivante :

<t Saint-Trond, 31 janvier 1867.

« Le cordon sanitaire établi avec tant de soins par le gouvernement belge sur les frontières hollandaises n'a pas suffi à préserver plus longtemps la Belgique de l'envahissement du redoutable fléau. Des cas multiples de typhus contagieux viennent d'être constatés dans le chef-lieu de la province de Limbourg. Hasselt, centre principal de la production de l'eau-de-vie, possède de nombreuses et importantes distilleries dont les étables renferment ensemble et en moyenne trois mille têtes de gros bétail. On conçoit sans peine l'émotion que l'apparition du mal a produite au sein d'une contrée exclusivement agricole et qui n'a pas, comme la Néerlande, les ressources d'un commerce étendu pour faire face aux perles irréparable^ auxquelles la peste bovine donnerait lieu.

u II paraît que la maladie a été introduite par ua convoi de bœufs importés par la frontière prussienne, mais provenant de Hollande. Ces bœufs, destinés à l'engraissement, ont été répartis dans diverses distilleries, même sans subir de quarantaine. Ou a raison de s'étonner de l'imprudence des industriels de Hasselt, qui, peu soucieux de leurs propres intérêts, ont négligé toute précaution.

« La plupart des distilleries de Hasselt sont très-rapprochées les unes des autres; c'est pourquoi il est k craindre que la contagion ne se propage rapidement. L'adminislralion supérieure a pris sans retard les mesures les plus énergiques pour circonscrire le mal dans son foyer actuel. Tout le bétail de l'établissement oîi le typhus s'est manifesté en premier lieu a été abattu le jour même. Celui de deux autres doit l'être au moment oîi nous écrivons ces lignes; l'un de ces derniers comptait cent sept lêtes, l'autre soixante. Quoique onait eu recouvsà tousles moyens indiqués par l'expérience pour arrêter oulimiterlesravages du fléau, on prévoitqu'il sera nécessaire de sacrifier encore de nombreuses victimes. En outre,- un arrête du 27 janvier prescrit que « jusqu'à disposition ultérieure, aucune bête bovine ne « peut être conduite hors du territoire de la ville de Hasselt ni y être introduite. »

« Une demi-heure avant la promulgation de l'arrêté susdit, un convoi de gros bétail quittait Hasselt et arrivait à Saint-Trond, oîi les autorités furentimmédiatement sur pied et demandèrent d'urgence des instructions à Bruxelles. L'administration centrale a fait abattre les animaux suspects. On le voit, malgré toutes les précautions, la prospérité d'une industrie importante est à cette heure gravement comprouiise. Emile Rodigas. »

Nous ajouterons que le cattle-plague n'a pas encore complètement disparu de l'Angleterre. Depuis les diminutions progressives qui faisùent espérer une cessation radicale en quelques semaines, nous n'avons pas encore eu la satisfaction de constater l'absence complète de cas d'infection. Le chiffre des contaminations a baissé aussi bas qu'il était possible, sans cependant tomber à zéro.

VL — Mortalité des agneaux en Angleterre.

Les journaux anglais parlent d'une grande mortalité qui frapperait les agneaux, notamment dans le Northumberland. A ce sujet on a même publié en France des articles assez inquiétants. Ce qui résulte de nos informations, c'est qu'un ver principalement intestinal, leStrongle blaire (Strorigiilus filaria) paraissait s'être beaucoup multiplié dans certains pâturages. Un changement dans la nourriture et la séparation des animaux atteints parviennent à arrêter la multiplication des parasites.

VIL — Nécrologie.

Nous avons à signaler plusieurs morts regrettables dans la grande famille agricole. C'est d'abord celle de M. Constant Rabourdin, frère de M. Antoine Kabourdin, l'habile agriculteur de Villacoublay, près Paris. M. Constant Rabourdin est mort à l'âge de 76 ans. C'est ensuite celle de M. Henri Alexandre Faure, un des doyens de l'agriculture méridionale, mort à l'âge de 80 ans. Enfin c'est celle de M. le baron de Triqueti, maire de Conflans, décédé au château du Perthuis, près Montargis. M. de Triqueti a passé toute sa vie au milieu de la campagne et il était considéré comme un père par les laboureurs de son village. Il a laissé après lui plusieurs institutions de bienfaisance pour l'éducation des enfants et le soulagement des malades. Il appartenait à l'une de ces grandes familles oii l'on comprend que ceux qui ont la fortune et l'éducation doivent fonder leur maison au milieu des champs et non pas dans les villes.

Dans notre dernier numéro, nous avons annoncé la mort de M. le vicomte de Saint-ïrivier. Le Journal de Lyon, dans lequel nous avions

pris cette nouvelle, contenait quelques inexactitudes que nous devons rectifier. M. le vicomte Bellet de Tavernost de Saint-Trivier était président du Comice del'Arbresle. C'était un agriculteur pratique et intelligent. Il a laissé un digne héritier, M. Camille de Saint-Trivier, secrétaire de la section de viticulture de Villefranche, qui veut bien être un de nos coUaraborateurs. M. Camille de Saint-Trivier s'est spécialement adonné à la viticulture et a fait plusieurs essais d'après les principes du docteur Guyot.

C'est avec une profonde reconnaissance envers les agriculteurs que dans chaque chronique nous devons ouvrir un paragraphe pour inscrire de nouveaux adhérents. Dans cette quinzaine, ont bien voulu se placer parmi les fondateurs : MM. Gallois, président du Comice agricole de Thionville (Moselle), et Ch. Vérel, à la ferme de Langevinières (Sarllie).

En outre, sont devenus nos collaborateurs ou correspondants, MM. J.-C, Casanova, propriétaire agriculteur à Bastia ;^Corse); — Casanova, avocat à Baslia; — Dauverné, propriétaire à laRochelette ([Ileet-Vilaine); — Hipp. Dejoud, au ciiâteau de Mauras (Ardèclie;; — Desaincthorent, à Boussac (Creuse); — Franc, notaire à Ramatueile (Var); — Alfred Dudouy, à Paris; — le marquis de Joca, propriétaire à Carpentras (Vaucluse); — Charles Lefèvre, propriétaire agriculteur^ près Provins (Seine-et-Marne); — Lecat-Butin, membre de la Société d'agriculture et du Comice agricole de Lille (Nord). Le nombre total des fondateurs, collaborateurs ou correspondants du Journal de l'Afjriculiure, est maintenant de 435, Disons encore une fois merci à ceux qui sont venus, et à ceux qui viendront.

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