I-A. POMME DE TEI^E DE NORVEGE
que celle de la Sibérie : pluies diluriennes , gelées tardives , bourrasques affreuses, et souvent neiges en juin et en août, ne l'empêchent pas d'avancer et de donner des produits d'une qualité à nulle autre pareille. Voilà les faits : il nous a semblé qu'on pouvait raisonnablement espérer qu'étant importée sous un climat moins dur, la pomme de terre norvégienne résisterait mieux aux mauvaises influences climatériques de nos contrées, qui seront pour elle l'état moyen de ses plus beaux jours.
Certainement, il faut tenir grand compte de l'état physique et géologique du sol, de l'influence du milieu ; mais si, à l'égard du premier point, il est facile de trouver partout en France des terrains meubles, favorables à cette culture, on peut, à défaut d'uneconstitution géologique satisfaisante, y suppléer par des fumures spéciales, c'est-à-dire compléter les qualités du sol en lui fournissant les éléments qui lui manquent. Nous croyons donc que, sans faire abstraction d'aucun des engrais spéciaux reconnus favorables, par expérience, à la culture de la pomme de terre, selon les natures de terrain que l'on cultive, on devra se préoccuper sérieusement d'y ajouter des cendres vives, ou, à défaut de celles-ci, de la potasse dans l'état le plus favorable à une bonne assimilation, et préférablement le nitrate de potasse, ou mieux encore, un mélange de nitrate de potasse et de biphosphates calculé, autant que possible, d'après la nature des terrains.
Nous .pensons que la cause générale de la maladie de la pomme de terre a dû provenir originairement d'une alimentation incomplète, et si, dans quelques cas particuliers, la maladie se continue encore, en dépit d'une alimentation très-complète, c'est qu'aujourd'hui le mal est préexistant, et peut-être bien dans chacun des tubercules; mais nous croyons aussi que procédant à nouveau, sur une bonne vai'iélé, vigoureuse et saine, recevant une alimentation complète, toutes les cliances favorables seraient pour elle, à moins qu'elle ne rencontre dans le sol lui-même des germes d'infection. Mais, dans ce cas encore, si, par suite d'une transplantation dans un milieu plus favorable comme climat, la pomme de terre éprouve un accroissement de vitalité (tel est le cas pour la pomme de terre de Norvège), il y a les plus grandes probabilités qu'elle échappera à la maladie. C'est l'histoire du choléra dans les quartiers populeux et dans le faubourg Saint- Germain. C'est parce que les intéressés ont trouvé ces déductions juste? et rationnelles, que les demandes ont été si nombreuses. Espérons donc. Labor improbus omnia vincit, ou, suivant la parole du Livre des livres : Cherchez, et vous trouvères.
Comment les essais iV acclimatation devront-ils être dirigés? — Rien n'est plus rare que des essais bien faits. C'est toujours un travail délicat et qui pèche généralement plus par défaut d'entendement, de conception, que par défaut d'exécution.
Depuis notre première communication au Journal de f Agriculture, M. Michel Greff s'est chargé d'indiquer, dans une excellente lettre (n" 10, du 5 décembre 18GG, page 468), comment devront être conduites les expériences culturales à faire sur la pomme de terre norvégienne. Nous y renvoyons tous les intéressés, parce que la question a été parfaitement comprise, et aussi savamment traitée que clairement