LA POMME DE TERRE DE NORVÈGE
exposée par M. Michel GrelT, auquel nous devons aussi des remercîments pour son initiative éclairée et pour la bienveillance avec laquelle il a apprécié nos efforts personnels.
Nous ne saurions donc recommander trop chaudement les instructions de IM. Michel Greff. On y sent tout à la fois un esprit pratique et méthodique, et ces deux conditions sont bien précieuses dans le cas actuel. Il ne suffit pas de tenter un effort, il faut surtout y apporter l'attention et les soins nécessaires pour qu'il puisse réussir. Rien ne se fait seul. M. Greff l'a parfaitement compris^ et nous prions instamment les intéressés de vouloir bien tenir compte de ces recommandations.
Quoi qu'il advienne, il y a là, pour chaque agriculteur, un bien intéressant sujet d'étude. Ouvrons, en faveur de cette seconde providence des malheureux qui n'ont pas de pain , une enquête sérieuse dans laquelle elle viendra déposer, dans l'intérêt de son avenir comme dans l'intérêt de tout le monde. F. Rohart.
Dernier accusé de réception et dernière liste :
MM. Dolléans. — Ed. Pallier. — Fléchot. — Lasné. — Briau. — Vilmorin- Andrieux et Cie. — D'Haranguier de Quincerot. — Comte du Buat. — E. Jamet.
— Legrand — Duguet. — Charles Legrand. — Holzmann. — G. Geleyron. — Marquis de Fournès. — Mauguin. — de la Bastide. — Demiaud. — Atlienor. — Ch. de Fougières. — A. Ballot. — Marquis de Joca. — Comice agricole de Lille.
— Comte Perrault de Jotemps. — Petit (de l'Eure). — Bonnet, de Paris. — Gontard, pour le Comice agricole d'Avallon. — Vicomte de Narcé. — H. Taffin Peuvioa. — Lion. — Proyart. — De Thèze. — E. de Villeverde. — B. Barrault.
— Luzeau de la Mulonnière. — Bailleau aîné. — Ltillemant. — H. Bordet. — Y. Corbière. — ^lagnier-MaLire. — P. Bourqueney. — Piudhomme. — Général baron de Béville. — J.-B. Pontus. — Lefas. ~ Vicomte de Lambilly. — P. L. Henry. — J. Gallois. — Isid. Boutin. — Baron Arthur d'Aubigny. — Marqui? d'Audiffret. — Pasquay frères. — Comte de Coral. — Comice agricole de Toul. — L. Guichard. — A. Abord. — Lavavé. — E. de Girard. — Talmant-Davaine. — Bossin. — De Barau de Muratel. — Wetzel. — Jules Delbriick. — Réjaunier. — A. Lanternier. — Abel Ducondut. — F. Villeroy. — Gros le Jeune. — Vidal. — De Jansac. — Guignet. — H. Béjond. — Bitault. — François Féry. — Fleurer.
— Aug. Belmont. — Henri Garette. — E. Michel. — Couzac. — Salichon. — Gougiiet. — Ad. de Bruchard. — E. Rollet. — J. Sermage. — Léon Prat. — Jules Chapelet. — F. Dayé. — Man'ani.
aOj.Hnvier 1867-
Novembre et décembre, les mois sombres de l'année, passent avec leurs longues nuits, leurs brouillards et leurs eaux froides roulant les feuilles mortes. La nature est triste, morne, le sommeil l'envahit peu à peu ; elle a déjà froid, elle attend la neige pour revêtir ce noble manteau protecteur. Comment se fait-il donc qu'au sein des eaux, le printemps, l'amour règne dans sa splendeur? Que signiEe cette anomalie des truites et des saumons se poursuivant, se recherchant en vue de la propagation de l'espèce, au lieu de demeurer cachés comme les autres poissons dans les profondeurs où l'eau plus chaude leur permet un sommeil léthargique très-voisin de l'engourdissement ? Pourquoi le printemps au milieu de l'hiver?
Dieu fait bien ce qu'il fait ! Que les poisson.=; '"'' •"rayent au premier J.. ilors que les feuilles rec '-"• v^ue les herbes de la prairie et celles du rivage mor/ ...es pousses tendres et
jaunes, que les joncs reparaissent, rien de mieux. C'est que, pour eux, la table est mise, c'est que, se nourrissant d'herbages, ils vont trouver abondamment de quoi vivre. A cette première raison, ajoutons-en une autre aussi péremptoirc. Le temps d'incubation des œufs est très-court ebez les poissons blancs. Les gardons naissent en huit jours, la brème de même, les carpes à peu près, la tanche en six à sept, le brochet luimême ne demande que quatorze à vingt jours à la chaleur solaire, et il est un des plus lents, car il doit lais'ser prendre une avance d'au moins une semaine aux jeunes poissons blancs nés en même temps que lui et qui plus lard lui serviront de nourriture. Nul inconvénient donc que tous ces habitants de nos eaux aliendent les mois d'avril et de mai pour créer leur progéniture : la température est plus douce, l'eau est moins froide, tout marche à la vapeur. D'ailleurs, les jeunes poissons de celte catégoi'ie sont conformés eux-mêmes en vue de prendre rapidement leurs ébats. A peine nés, ils sont ingambes et se sauvent en se faufilant dans les moindres interstices du sable ou des herbes, attendant un beau rayon de soleil pour se réunir en troupes et venir folâtrer au bord de l'eau, sur le sable, dans les endroits tranquilles où le peu de profondeur de la nappe liquide à peine visible, leur permet d'évoluer grâce à leur taille hilipiitienne, mais interdit absolument l'approche de ces lieux à leurs ennemis beaucoup plus volumineux.
Pour la truile et ses congénères, il en est tout autrement. Les œufs sont énormes, proportionnellementà l'animal qui les produit, car leur volume rappelle celui d'un petit pois et est cinquante fois plus considérable que celui d'un œuf de carpe, par exemple. Il est donc facile de supposer d'abord que le temps d'incubation sera plus long, en outre, que l'œuf doit être pondu dans le moment des froids afin que les jeunes alevins deviennent alertes quand les eaux seront chaudes. L'œuf de la truile demeure donc cinq à six semaines avant d'éclore, et il est certain que ce nombre de jours, déduit des expériences de nos laboratoires, même les mieux montés, comme à Huningue, est beaucoup au-dessous de la vérité dans la nature et où il ne doit guère être porté au-dessous de trois mois, je pense, selon l'abaissement plus ou moins grand de la température.
Ce n'est pas tout encore. Au sortir de l'œuf, la petite truite ou le jeune saumon sont absolument incapables, non-seulement de chercher leur nourriture, mais même de se lirer d'affaire. Ils portent sous l'abdomen une énorme vessie saillante et contenant une nourriture appropriée à leur faiblesse qu'ils mettent quarante jours à résorber avant de sentir le besoin de recourir à une nourriture étrangère. Comment se garer avec un poids semblable qui les force à se traîner en frétillant sur le sable, semblables à de petits têtards maladroits? Comment se glisser, se faufiler entre les feuilles, les herbes ou les grains de sable avec un pareil boulet ? Ils ne le peuvent. Aussi le nombre d'alevins qui meurent ou qui sont avalés par leur prochain est-il incalculable. Sans cela, les salmonidés seraient plus communs que les poissons ordinaires. Or, cette enfance, emmailloltée d'ambages, n'indique-t-elle pas à l'homme qu'il doit ici intervenir ? Roi de la nature, disaient les écrivains du grand siècle, ne doit-il pas porter secours à tous ses sujets? Et, dirons-nous mieux aujourd'hui, ne doit-il pas asservir, à son profit, les créatures trop faibles pour se sauver elles-mêmes?
Résumons tout ceci en quelques mots. La truite, — que nous prenons comme type moyen de la famille, — fraye donc en novembre et décembre, et il lui faut trois mois d'incubation, plus un mois et demi de résorption de la vésicule ombilicale, en tout quatre mois et demi, pour devenir ingambe : janvier, février, mars, avril, et, à la mi-mai, elle commence la chasse aux cousins, mouches et petits insectes naissants que le soleil fait éclore par milliards et qui viennent essaye r leurs ailes à la surface de l'eau, où elle joue, débarrassée de son boulet natal. Elle aura donc devant elle cinq mois environ pour continuer sa chasse
Kig. 24. Appareil à cascades pour l'incubation ai-tificisUe des tiuites, installé dans une serre.
de plus en plus abondante, à mesure que l'été avance, parce que les insectes grandissent et augmcnlent en nombre, et parce que la truite elle-même profite et grandit à son tour. (Juand viendront les premiers froids, elle aura acquis une force suffisante pour résister à l'hiver, gagner les eaux chaudes des sources ou des pe'àts ruisseaux que celles-ci alimentent, et y attendre, cachée, le retour du printemps, happant de tenips à autre, — car maintenant elle a toutes ses dents, — un petit poisson imprudent au passage, et commençant ainsi la vie de carnassier qu'elle continuera toujours.
Que si, au contraire, les œufs de truite eussent été pondus au mois de mai, comme ceux des poissons ordinaires, ils fussent éclos au mois d'août ou de septembre, les petits n'eussent été ni ingambes, ni valides, ni aguerris contre l'hiver tôt venu, et tous auraient péri indubitablement.
Ce que Dieu fait est bien fait!... Et que fait l'homme, à présent? L'homme s'efforce de sauver lesjeuncs salmonidés des causes de destruction qui les menacent : l'hommeiesélèveen captivité, leur fait trouver une nourriture convenable, à l'abri du danger, dans des rivières organisées pour cela. L'homme leur épargne les rigueurs du premier hiver, et, au printemps, les lâche en pleine eau, leur laissant la liberté pour croître et renouveler l'espèce, quitte, à la prochaine génération, à recueillir encore les oeufs des filles comme il a recueilli ceux des mères, pour les sauver de la dent du f/loulon.
Pour qui veut faire des Iruitcs, deux moyens se présentent : le plus simple, mais le moins intéressant, consiste à écrire à l'établissement de Huningue et à y demander des œufs que l'on s'empresse de vous envoyer, — sans frais auti'es que le port, — tout fécondés, tout embryonnés, tout prêts à éclore. Le second, plus délicat, mais plus fécond en jouissances, consiste à se procurer, dans son pays, des truites mâles et femelles, à opérer la fécondation artificielle soi-même, — rien n'est plus facile, — et à diriger l'éducation de ces élèves ab ovo.
Quel que soit le mode adopté, le point de départ sera toujours le même : la récolte des œufs et leur imprégnation. Mais ici une difficulté imprévue se présente. Toutes les truites ne frayent pas au même moment dans le même pays. Pourquoi? On ne le sait pas au juste. Les conditions d'organisme particulières à chaque individu, l'âge, la nourriture plus ou moins considérable suivant le lieu habité, toutes ces causes doivent contribuer à ces variations. Le mouvement, l'agitation ordinaire des eaux, les grands courants influent sans contredit sur la maturité du frai des salmonidés, sinon pour toutes les espèces, au moins pour 1 Ombre commun [Thymallus vexillifer). Ainsi les ombres péchés à Nohl, au bas de la chute du Rhin, près de Schaffouse, sont toujours d'une douzaine de jours plus précoces que ceux que l'on prend à Ermatingen, sur le lac de Constance, où l'eau n'est que faiblement agitée par le courant. Cette remarque, que nous tenons de M. Bienner, explorateur de Huningue, est pleine d'intérêt pour les pisciculteurs qui veulent procéder eux-mêmes, dans leur pays, à la fécondation des œufs qu'ils se proposent d'élever ; car ils sauront désormais qu'il faut aller chercher soit dans les calmes, soit dans les grands courants, soit sous les chutes, les sujets dont ils ont besoin, suivant que la saison de frai est avancée ou retardée, et suivant que les individus dépareillés qu'ils ont en leur possession sont en avance ou en retard. Pour les uns comme pour les autres, d'ailleurs, truites, etc., il ne faut jamais perdre de vue que le point important est que la fécondation ne se fasse pas , autant que possible, au moyen de poissons mâles et femelles depuis longtemps dans des réservoirs, mais bien au moyen d'individus péchés en grande eau et dans la plénitude de leurs fonctions et de leur vie sauvage. Quoiqu'on ignore la cause, le fait est patent. Pourra-t-on |donc trouver des individus en nombre
suffisant pour recueillir des œufs et les prendre, dans le même moment, si le pays est pauvrement doué en salmonidés? Cela peut être difficile. En 1 8G5, à Huningue, les premiers œufs de truite commune ont été reçus le 14 novembre — et ce sont les plus hâtifs que Ion ait eus depuis dix ans — tandis que les derniers ne sont parvenus à l'établissement que le 25 février! Aussi tous ces œufs viennent-ils de la Suisse et de l'Allemagne, là oîi les truites, en nombre considérable, permettent de trouver, à coup sûr et simidtanément, des individus dans les conditions de maturité nécessaires. Ce que nous constatons d'ailleurs pour la truite, n'a pas lieu que pour elle ; il en est de même pour la truite saumonée et pour les différentes espèces de saumon.
Le temps de frai de la truite saumonée concorde parfaitement avec celui de la truite commune, et les deux éducations peuvent marcher simultanément. La truite des lacs, elle, fraye un peu plus tôt, environ une quinzaine de jours. Ainsi, en 1865, les premiei's œufs fécondés reçus, l'ont été le 24 octobre et les derniers le 3 février. Quant au temps d'éclosion, il est à peu près le même; par conséquent, en prenant, au milieu des envois, des œufs qui concordent comme fécondation, ils arrivent à bien au même moment. En effet, la truite commune, dont les œufs furent fécondés le 2 décembre, étaient embryonnés le 1 1 janvier et éclos le 2 février, ce qui donne quarante jours à l'embryonnement et cinquante-sept à soixante jours jusqu'à l'éelosion.
Le saumon, lui, ne doit pas êti-e mis en incubation avec les espèces précédentes: il est le second dans la marche des opérations de la campagne d'hiver, car son temps de frai peut être compté de la mi-novembre à la mi-décembre ; mais ce temps de frai est plus court que celui des autres analogues. En 18G5, les premiers œufs fécondés ont été reçus à Huningue le 1 5 novembre, les derniers le 1 1 décembre. Les œufs, fécondés le 30 novembre, étaient embryonnés le 13 janvier été clos le 31 janvier, ce qui donne 44 jours pour la période d'embryonnement et 62 jours pour la période d'éclosion et d'incubation totale.
Quant à l'opération de l'incubation , elle se fait dans des appareils divers dont la plupart sont encore à l'étude. La figure 24 en représente un; c'est un appareil à cascades installé dans une serre.
Il est fâcheux devoir la France tributaire de l'étranger pour le repeuplement de ses eaux ; surtout, quand nous dirons cette vérité que tous les départements de la France — un seul excepté, — tous possèdent la truite commune, la truite saumonnée .-environ 2/3, le saumon, et 1/6 l'ombre. Avec une telle réserve naturelle , notre établissement national de pisciculture est obligé d'aller s'approvisionner à l'étranger, non-seulement parce qu'il y trouve économie, mais surtout activité et soins dévoués que nos nationaux ne savent ou ne veulent pas prendre.
Non loin de Huningue, cependant, les Vosges renferment des milliers de ruisseaux à truites ; il était naturel d'essayer de s'y approvisionner. C'est ce qu'on a fait. On s'est adressé à des gens placés dans les conditions les plus exceptionnelles et qui semblaient les plus favorables; mais, faute de grands centres d'approvisionnements, ces correspondants étaient obligés de faire leur récoite à dix lieues à la ronde et de transporter les truites dans leurs réservoirs. L'un de ces correspondants, M. Vinçon, de la Bresse, près Gérardmer, avait même inventé un sys- Tome I de 1867. — 5 février. 11
tème d'a«'>ration très-remarquable pour le transport de ses poissons vivants, lequel lui a permis, si je me souviens bien, d'en emporter sains et saufs jusqu'en Algérie. Ces appareils se composaient d'une charrette à bras, munie d'un soufflet marchant automatiquement par le mouvement des roues, et amenant de l'air au milieu de l'eau qui contenait les poissons. Il y avait encore une sorte de hotte imperméable, ét^alement munie du même soufflet, que l'homme qui la portait faisait manœuvrer dans le même but. Tout cela a dû être abandonné : la production était trop vacillante et la récolte trop chanceuse, tandis qu'aux bords des grands et féconds lacs de la Suisse, la récolte ne manque presque jamais et se maintient au niveau nécessaire.
Quand donc la France aiira-t-elle fait son éducation ?
[La suite prochainement .) H. de la Blaxchère.
On sait que les hirondelles arrivent dans notre France vers le commencement du printemps, ordinairement du 15 mars au 10 avril, suivant la température.
L'hirondelle est un oiseau des plus gracieux par les mouvements rapides qu'elle exécute en volant à la recherche de sa nourriture, "insistant exclusivement en petits insectes pour la plupart très-nuisibles et dont elle fait une destruction considérable, qui rend tant de services à l'agriculture. Chaque individu a ordinairement, à la (in de la journée, 200 à 250 insectes dans l'estomac ; un martinet en a de 300 à 500, et il est fort probable que cela se renouvelle plusieurs fois dans la journée. A l'époque de l'arrivée des hirondelles, chaque espèce choisit la localité qui lui convient le mieux, où elle va se reproduire. C'est ordinairement !e nid qu'elle a abandonné l'année précédente et qui souvent l'a vue naître : elle s'y installe de nouveau pour s'occuper du soin de la reproduction. Les unes, comme les hirondelles de cheminées et celles de fenêtres, ne quittent jamais l'habitation de l'homme sans lequel elles semblent ne pouvoir vivre. Une autre espèce, celle de rivage, s'en éloigne au contraire, et va établir son nid dans des trous qu'elle se creuse dans une berge au bord d'une rivière ou dans une sablière voisine d'un étang. Une autre espèce encore, celle de rocher, habite, dans le midi de la France, le versant des plus hautes montagnes bordant la Méditerranée. Puis enfin un petit sous-genre, composé de deux espèces, les plus grandes de toutes, les martinets, établissent leur demeure dans les trous de nos vieux monuments, des tours, clochers, et dans toutes les plus hautes montagnes alpines. Ce sont : le martinet noir et le martinet à ventre blanc. La reproduction chez toutes ces espèces a lieu vers les mois de mai, de juin et de juillet. Leurs nids, pour les premières espèces, sont construits avec de la terre, de la vase prise au bord des eaux et consolidés avec une salive gUitineuse très-abondante, que l'oiseau dégorge pendant son laborieux travail : ces nids sont placés dans un coffre de cheminée, d'autres dans l'angle d'une croisée, sous une corniche ou sous la colonnade d'un monument, ou bien encore attachés aux solives sous une
crande porte de ferme, dans un grenier, dans une écurie, partout enfin où il V a un abri et des insectes. Ils sont garnis intérieurement de crin et de plumes soyeuses avant de recevoir les 5 ou 6 œufs qui doivent composer leur nouAelle famille.
Ce n'est que vers la fin d'août ou le commencement de septembre que les jeunes hirondelles sont parvenues à tout leur déyeloppement, et capables de suivre leurs- parents à la recherche de leur nourriture et de supporter le voyage d'émigration qui va les transpoi'ter sous un ciel plus doux jusqu à l'année suivante. Chacun sait que la véritable cause de ces émigrations annuelles est non-seulement le froid qui va nous arriver, mais encore et bien jjlus le manque d'insectes pour b nourriture de ces oiseaux.
Eh bien! voyez à quoi sont exposés ces indispensables auxiliaires de l'homme, et ce à quoi on fait ordinairement trop peu d'attention ; c'est à la chasse qu'on leur fait chaque printemps, à leur arrivée et tous les automnes, à leur départ dans le midi de la France, en Italie et en Espagne, sur le rivage de la Méditerranée, avec filets, lacets, pièges, qui détruisent en même temps des millions d'oiseaux de passage insectivores. Des ordres de l'autorité devraient suffire, ce me semble, pour empêcher cette chasse monstrueuse.
Yoyez encose comme le malheur poursuit ces pauvres hirondelles. Les éléments semblent aussi vouloir contribuer à leur destruction. Voilà ce qui arrive trop souvent : vers l arrière saison, septembre ou octobre, des tempêtes, des ouragans viennent s'abattre sur un continent, un pays, et surprendre les hirondelles au milieu de leur existence. Alors, ne pouvant plus trouver leur nourriture, qui vient de leur être enlevée par le vent, le froid et l'eau, épuisées de fatigue et de faim, les hirondelles se rassemblent en troupes nombreuses, cherchent une retraite, un abri, se réfugient dans une caverne, un trou d'arbre, se serrent les unes contre les autres pour trouver un peu de chaleur, et, si le mauvais temps continue, elles meurent de faim et de froid. Cet horrible dénoûment a fait naître des fables à leur sujet et a fait dire depuis l'antiquité que les hirondelles ne quittent jamais le lieu qui les a vues naître, et qu'à l'époque du froid elles se rassemblen et set renferment dans des cavités pour passer l'hiver et reparaître au printemps. Celles qui n'ont pu trouver un abri, et il y en a beaucoup, volent encore énergiquement au-dessus de l'eau, avec un dernier espoir de rencontrer quelques insectes; mais, hélas 1 rien : alors, épuisées, elles tombent dans l'eau et meurent, ce qui encore a fait supposer qu'elles passaient l'hiver au fond de l'eau.
Tout ceci pourrait paraître exagéré, ridicule même, s'il n'y avait que la vie de ces malheureux oiseaux à regretter, quoi qye ce soit déjà bien assez, mais il y a désastre, ruine pour nos intérêts, et nous pouvons en quelque sorte nous en garantir en cherchant à améliorer le sort des hirondelles à cette époque.
Je demande que, pour conserver le plus possible les protecteurs naturels de notre agriculture, on leur établisse des abris contre le mauvais temps, dans toutes les propriétés rurales, etc., en y ajoutant ce que moi-même j'ai essayé avec succès au moment du départ. On place sous des abris de longues boîtes ou des gouttières remplies
de farine de hanneton', pour empêcher les hirondelles de mourir de faim, en attendant une journée de beau temps qui leur suffira pour exécuter leur voyage. Ceci est particulièrement pour les deux espèces qui ne quittent jamais le voisinage de l'homme et qui sont presque domestiques; les autres espèces^ qui sont plus méridionales, ont peutêtre moins souvent ces dangers sérieux à redouter et moins de peine à s y soustraire.
Florent Phévost,
Membre de la Société impériale et centrale d'agriculture de France.