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LES LABOURS D'HIVER

Les pays incultes sont les pays à fougère. A la vérité, la fougère est la moins dommageable des plantes étrangères aux récoltes. Elle épuise moins que la plupart des mauvaises herbes d'un ordre plus élevé. Mais elle prend la lumière dont la récolte a besoin. Elle est de trop dans les champs en culture. Les labours d'hiver déchirant ses racines la détruisent.

Un ordre d'influences exercées par les labours d'hiver, développé récemment dans mon dernier livre [Journal dp f agriculture, t. II de 1866, p. 167) ne sera que mentionné ici, comme la plupart des résultats qui s'y rattachent : c'est la plus grande profondeur donnée à la zone habitée parles racines^ et à l'humidité entretenue pour les récoltes pendant l'été, par un plus grand réservoir. Sur un sol compacte, la pluie tombe, roule, descend dans la vallée. Sur un sol labouré, l'eau s'infiltre jusqu'au sous-spl. Ceci aussi bien en été qu'en hiver. Et si l'eau s'infiltre, si elle est retenue sur une nappe profonde de sous-sol, s'évaporant peu, elle s'emmagasine pour les jours secs et chauds, et les récoltes, au lieu de souffrir, prospèrent, les racines allant loin, nombreuses et longues, chercher l'aliment constitutif de la plante et de la graine.

Les labours d'hiver ne sont pas employés dans les contrées à pauvre culture. Et c'est pour cette raison en partie que la culture y est pauvre. L'ignorance, la pénurie du cultivateur, l'abandon du sol, les pauvres attelages, les tristes charrues, la déplorable succession de récoltes, bien des causes laissent la pauvreté dans ces pays. La terre maigre, où la vie paraît latente, la vie humaine, la vie animale, la vie des plantes; la terre qui ne reçoit rien que du ciel la terre où l'homme qui travaille avec un pauvre attelage, comme lui sans énergie, ne fait qu'effleurer la surface, arracher le gazon, recouvrir la semence, enterrer à peine un peu de mauvais fumier; la terre ainsi produit peu; ce n'est pas la bonne culture.

La terre est un foyer de combinaisons. Eau, air, chaleur, engrais, espace profond pour les racines, terre propre, terre soign ée par des familles intelligentes, travaillant bien et travaillant beaucoup, bien nourries pour être fortes, nourrissant bien les animaux pour en recevoir secours et produits, instruites pour agir juste et pour augmenter tous les ans l'aisance du ménage, voilà ce qu'il faut pour le bien de l'agriculture et pour le bonheur de la famille rurale.

Les labours d'hiver sont, dans les travaux agricoles, pour la plupart des terres, d'une valeur de premier ordre. Laisser an champ pendant l'hiver sans récolte et sans labour, c'est ignorer les propriétés de la terre, la valeur du temps et la puissance des agents atmosphériques dans la production.

14 novembre 1866. Pierre Méheust,

Fermier de Kergonan, près Quimper. '

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