LES LABOURS D'HIVER
communes dans tant de terres, soit en raison de la composition même du terrain, soit à la fois pour ces deux raisons.
Et une cause encore, qu'il ne faut pas oublier, peut empêcher malgré tout ces semailles intercalaires : la maigreur du champ, l'absence d'engrais, une raison suprême.
Une terre qui n'est pas riche, qui n'a aucun engrais encore à recevoir, qui vient de donner une récolte qui salit et qui épuise, froment, seigle ou avoine, et qui doit l'année prochaine, au printemps, porter une l'écolte sarclée, bien fumée, demande maintenant un temps de respiration que les labouus d'hiver doivent préparer.
Puis une terre fertile d'ailleurs, bonne, mais lourde, argileuse, compacte, trempée, couverte de céréales l'été dernier, plantée de racines au printemps prochain, a besoin aussi, pour être prête à fournir sa pleine récolte, de s'aérer, de s'égoulter profondément, de se pulvéïiser à l'air, au soleil, à la glace, par les labours d'hiver,
Puis enfin, une terre sale, où les récoltes n'ont pas la moitié des engrais, les mauvaises herbes prenant la plus grosse part et le plus de soleil quelquefois, une terre sale doit, par des labours d'hiver fréquents,, variés, selon les espèces à détruire, se nettoyer entre deux récoltes^ ne perdant pas une année, mais ne donnant pas, comme les terres qui ne se reposentjamais, trois récoltes en deux ans.
Les labours d'hiver ont une action complexe due au temps, due au Eoleil, à la pluie, aux gelées, aux réactions de l'air extérieur, aux combinaisons déterminées par l'air confiné, au contact des agents naturels et des éléments du sol, et à l'action mécanique des instruments. C'est lent, c'est long, c'est intime, c'est énergique, c'est profond. C'est l'homme et c'est Dieu opérant le renouvellement des forces du sol épuisé par les récoltes, envahi par les mauvaises herbes, ou devenu inerte par l'affinité de ses éléments et par la compression exercée sur lui-même par son propre poids, par les pluies et par les transports.
Dans les pays de bonne culture, l'on sait combien est grande et favorable l'action des labours d'hiver. Il y a là de fortes charrues qui vont aux champs dans cette saison, après les semailles, et qui exposent à l'air, pendant l'hiver, une masse considérable de terre. Le soc pénètre loin, et cette terre, sur vingt ou trente centimètres d'épaisseur, même plus, se remplit d'air et absorbe les éléments utiles que la pluie donne à la terre. Ces mauvaises herbes périssent ou sont enlevées. Elles germent aux premiers beaux jours du printemps, avant les semis ou les plantations de racines. Un tour de herse les détruit. Et si une nouvelle série de mauvaises graines appai'aît par une nouvelle germination, les labours préparatoires de la récolte la détruisent de nouveau.
Dans de nombreuses localités il y a une plante qui fait dépenser en sarclages de nombreuses journées d'ouvriers. C'est la fougère. La fougère est très-vivace. Elle se multiplie par des racines traçantes profondément logées, ou plutôt par des tiges souterraines envahissantes, par des rhizomes à ramifications innombrables. Les tiges aériennes repoussent pendant tout l'été lorsqu'on les tranche. Il n'y a que les labours profonds qui les atteignent avec succès et rapidité, et qui les détruisent. Sans les labours profonds, il faut pendant quatre ou cinq ans les couper lorsqu'elles apparaissent, pour les faire périr.