‹ Journal de l'agricultureChapitre 94 sur 527 · JOURS DE · texte numérisé non relu

JOURS DE

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1. Le nombre d^ jours de pluie contient aussi le nombre des jours de neige, de grêle, de grésil, en un mot Tous les jours qui donnent de Peau à l'udomètre.

NOMS

DES LOCALITÉS

NOMBRE DE JOURS de venl.

NOMS

DES LOC.ILITÉS.

NOMBRE DE JOURS de vent.

NE

SE

SO

NE

SE

SO

Lille

Châtillon-sur-Loire. .

Nantes

Hendecourt

Clermont

La Châtre

Bûrirg

Soissons

Metz

Nantua .

Ichtratzheim

Paris . . .

Lavallade

Vendôme

Le Puy

Bordeaux

Beyrie

Berthaud

Rousson

Grand-Jouan

Saint-Dié

Mirecourt

Saint-Sauveur

Blois

M. l'abbé Mûller écrit d'Ichtralzheim (Bas-Rhin), le 9 janvier:

Le minimum de décembre 1866, — 6°. 3, a été plus bas 19 fois dans la période de 28 ans; le plus en 1840, 1846, 1853, 1855, 1859, 1864 et. 1865, années où il est descendu à — 17», — 14». 5, — 21".8, — l?».!, — 19". 8, — 1 5M et— 13». 8. Dans la même période, le maximum, 12". 5, n'a été atteint ou dépassé qu'en 1852 et 1861, où il est monté à 15" et 13». 4. Les maxima de 1852 et 1863, 12°.0 et de 1863, 12",4, l'ont presque atteint. La moyenne, 3°. 73, a été dépassée seulement quatre fois dans ladite période, en 1839, 1841, 1845 et 1852, où elle s'est élevée à 4». 38, 5". 01, 3». 78 et 5". 40. Les moyennes qui s'en sont rapprochées le plus sont celles de décembre en 1843, 1848, 1 862 et 1683, qui étaient 2". 29, 2». 66, 2". 58 et 3». 10. La température moyenne des cinq observations trihoraires et diurnes a donné le chiffre 4°. 05; celle de huit heures du matin a été 2°. 90. Pression atmosphérique, minima, 732""". 53, le 31, à six heures du soir; maxima, 760"''". 48, le 9, à neuf heures du matin. Moyenne pression, 748'"'". 29, restée seulement de 0'"'".2I audessous de la pression moyenne locale, 748"'"^. 50. Jours de tempêtes, presque toujours du S. S. 0., les 7, 8, 10, 13, 14, 16, 28, 29, 30 et 31 du mois. Calme vers le solstice, du 16 au 28. Le 31, entre quatre et cinq heures du matin, éclairs vifs à l'horizon. L'eau météorique du mois, 46"''" 10 est restée de 4'""'.0 au-dessous de la moyenne de 28 ans, qpi est 51"'"'. 10; mais elle a dépassé de 12"'". 72 la moyenne quantité tombée à Ichtratzheim, et calculée sur la base de sept ans, qui est 37°"". 38; c'est qu'à l'exception de 1860, décembre était les autres années sec ou très-sec. La moyenne de nébulosité, 7.6, s'r.ccorde avec la constitution sombre du mois.

Résumé général des observations faites à Ichtratzheim du l" décembre 1865 au 30 novembre 1866. — Température la plus basse, — 13". 8, le 16 décembre; température la plus élevée, 37». 4, le 14 juillet; ditîérence, 51».2. Moyenne des extrêmes diurnes, 10°. 64. — Moyenne de cinq observations trihoraires et diurnes, 11».50. Températures moyennes de l'hiver, 2°. 90; du printemps, 10°. 6}; de l'été, 18° 57; de l'automne, 10». 44. — Pression atmosphérique : minimum, 725 mill. 06, le

19 mars, à .«ept heures du soir; maximum, 761 mill. 15, le 16 novembre, à neuf heures du soir. Moyenne de l'année, 745 mill. 36. Pressions moyennes Je l'hiver, 744 mill. 64; du printemps, 742 mill. 33; de l'été, 744 mill. 64; de l'automne, 746 mill. 50. Vents à midi : N. 48, N. E. 19, E. 26, S. E. 29, S. 130, S.-O. 49, 0. 56,N.O. 8 fois. Ils ont souflé modérément 119 fois, avec force ou violence 94 fois. Calmes à midi 152 fois. — Vicissitudes du temps : jours de pluie, 147 ; de neige, 1 1 ; de grésil, 17; débrouillard, 65; de rosée, 83; de gelée blanche, 45; dégivre, 10; de gelée, 83. Jours d'orages accompagnés de tonnerre 31, se distribuant ainsi: 1 en février, 3 en avril, 4 en mai, 6 en juin, 6 en juillet, 10 en août, 1 en octobre. Premier tonnerre, le 5 février; dernier, le 4 octobre. — Moyenne de nébulosité annuelle, 5.6. — La quantité d'eau déversée dans l'udomètre a atteint 701 mill. 60. Elle a dépassé de 173 mill. 10 celle de l'an passé, 527 mill. S^p ; de 197 mill. 20 celle de 1864, 504 mil!. 40; de 122 mil!. 83 la moyenne réduite de vingt-huit ans, 624 mill. 43, et de 86 mill. 19 celle tombée à Ichtratzheim en six ans, et qui est 615 mill. 49. Par saison, elle se partage ainsi : hiver, 105 mill. 50: printemps, 219 mill. 60; été, 258 mill. iO; automne, 118 mil). 66. C'est pour la cinquième fois de suite que l'hiver a été la saison la moins humide. — Les tempêtes, cyclones, ont été fréquents. Ils ont eu lieu durant 32 jours, dont 6 reviennent à janvier, 12 à février, 2 à mars, 1 à avril, mai et juin, 3 à juillet et 8 à novembre.

M. de Fournès écrit de Vaussieux (Calvados), le 22 janvier :

Nous sommes sous la neige depuis le 12 janvier au soir; on en mesure 15 à

20 centimètres en moyenne autour de Bayeux. Les colzas n'en ont pas assez; le bout de la plante, qui n'était pas couvert, a beaucoup souffert des 9 et 10 degrés au-dessous de zéro que nous avons eus (7 degrés en moyenne depuis 8 jours). Aujourd'hui, le dégel commence, mais pas franchement.

M. Bronsvick écrit de Mirecourt (Vosges), le 22 janvier :

Nos cultivateurs sont heijreux de voir la neige. Les 14, 15 et 16 janvier, elle est tombée en grande abondance. On constate sa hauteur moyenne de 50 à 60 centimètres. Voilà un grand bienfait pour les ensemencements de l'automne. Les blés souffraient beaucoup, attaqués par de nombreux insectes, notamment les mans ou larves du hanneton, et noyés en quelque sorte par les pluies torrentielles du 7

MÉTÉOROLOGIJj: agricole de la. frange en décembre 1866. 247

au 11 janvier. Heureusement, les gelées sont venues calmer la détresse de nos cultivateurs. Le thermomètre descendait, les 17, 18 et 19, à 12 et 13 degrés au-dessous de zéro; la neige persiste; pourvu que le dégel n'amène point de désastres. Nos marchés aux blés sont insignifiants; les affaires sont interrompues, par suite de la grande quantité de neige qui intercepte les communications. Le pain bis se . vend 45 centimes ie kilog. et menace d'augmenter. Le foin se vend, au contraire, très-bon marché, et les vins ne se trafiquent point, faute d'acheteurs. Nous attendons la fonte des neiges pour le transport des terres et des engrais, impossible en ce moment.

M. Camille Boudy écrit de Grand-Jouan (Loire-Inférieure), le 10 janvier :

Le mois de décembre qui vient de s'écouler a été généralement brumeux ou

Î)luvieux. Nous n'avons pas eu une seule journée parfaitement belle, et ce n'est que e 1" seulement que la température s'est abaissée au-dessous de zéro. Les premiers jours de janvier semblaient nous annoncer le retour du froid; mais au lieu de cela, nous avons encore des pluies abondantes.

M. Garin écrit de Nantua (Ain), le 8 janvier :

Le mois de décembre a été, par exception, dans notre contrée, l'un des mois les moins pluvieux de l'année, car nous n'avons enregistré que dix jours de pluie, qui ont versé sur le sol une couche d'eau de 134 mill. seulement. Un fait remarquable surtout, c'est une série non interrompue de dix jours de beau (du 16 au 26), pendant lesquels nous avons joui d'un vrai soleil de printemps. Il y avait delà poussière sur la route, et l'on se promenait avec des ombrelles, tandis que la Bresse et le bas Bugey étaient ensevelis sous une couche épaisse de brouillards, qui chargeait les arbres de givre et de verglas. La moyenne barométrique, qui ne dépasse pas ordinairement 719 mill., s'est élevée jusqu'à 725""'". 7.

M. Bloadin écrit de Blois (Loir-et-Cher), le 8 janvier :

Excepté l'année 1852, où la température moyenne de décembre a été 7». 48, la moyenne, 6°. 37, de décembre 1866, est la moins élevée de celles du même mois, pendant mes 26 années d'observations à Blois (1841-1866).

M. Paganon écrit de Grenoble (Isère), le 16 janvier :

Depuis trois jours, la neige n'a cessé de tomber; il y en a une hauteur de 70 centimètres. De mémoire d'homme nous n'en avons vu autant. Il vente,il gèle; cela paraît devoir durer.

M. Hipp. Trénel écrit de Septème (Isère), le 12 janvier :

A la suite des -pluies de la première quinzaine de décembre, le baromètre s'est élevé à beau et le vent du nord a persisté du 16 au 27 décembre; les nuits ont été froides avec gelées blanches et givre, et pendant le jour une moyenne de -)- 3 degrés. Du 28 décembre au 2 janvier, le vent du sud avec pluies légères et une température de 10 à 12 degrés centigrades au-dessus de zéro. Les 3, 4 et 5 janvier, le thermomètre est descendu à — 5 degrés et pendant le jour à — 2 degrés. Les 6, 7, 8 et 9, vent du sud d'une grande violence, baromètre à pluie et ondées fréquentes ; 10, 11 et 12, vent du sud, pluies continues mais peu abondantes, chaleur moyenne de + 12 dégrés.

M. Nebout fils écrit de Ferrières (Allier), le 3 janvier :

Nous avons joui d'un automne sans pareil, qui était un vrai printemps, et qui, peut-être, nous sera fatal dans la suite, car j'ai remarqué que beaucoup de noyers à l'exposition du sud, ont déjà gonflé leurs bourgeons. Il esta craindre que s'il arrive des froids trop intenses, pendant le restant de l'hiver, nos pauvres noyers soient gelés, comme cela nous est arrivé en 1860, où beaucoup de ces arbres furent perdus. Cet automne si doux a permis d'exécuter tous les labours préparatoires pour les semences du printemps, et d'exécuter les premiers labours des jachères. Dans les paj's où on laisse encore croître les genêts, par ce beau temps on a pu les couper et même en exécuter les premi-ers labours. La récolte en terre se présente bien; elle est très-belle, seulement elle a été endommagée dans quelques endroits par les li- ►maçons et dans d'autres par les mulots et souris, mais il suffira de quelques jours

de gelée et de neige, pour nous débarrapser de ces insectes et animaux malfaisants. C'est ce que le premier jour de l'année de grâce de 1867nous a envoyé pourétrennes. L'état sanilaire des bestiaux qui, jusqu'à présent, ont toujours été conduits au pâturage, est très-bon, et par ce moyen on a pu économiser beaucoup de fourrage. Mais les fourrages de celte année sont d'une bien petite valeur, et je ne conçois pas vraiment comment les pauvres animaux peuvent les consommer sans" tomber malades, dans certains endroits surtout. L'on pourrait atténuer l'effet de ces principes malfaisants du fourrage, en l'arrosant avec un peu d'eau salée et en le mélangeant, soit avec du meilleur fourrage ou de bonne paille, et en ne le donnant pas pur, comme le font plusiears agriculteurs.

M. le D"^ Menudier écrit du Plaud-Chermignac (Charente-Inférievre), le 4 janvier :

Décembre a beaucoup ressemblé à novembre : deux ou trois gelées blanches, et le reste du temps, des pluies et une température relativement élevée ; depuis quelques jours, 'nous avons eu des orages et de la grêle ; espérons pourtant que le dicton suivant de nos vignerons ne sera pas justifié :

Quand il tonne en janvier,

jàets tes cuves sur le fumier.

Sous l'influence de pluies plutôt chaudes que froides, nos prairies étaient très-vertes et les pâquerettes étalaient imprudemment leurs corolles aux rayons du soleil, lorsque hier matin une gelée blanche est survenue, suivie le soir d'éclairs, et ce matin, à i otre grande surprise, nos champs étaient couverts de neige, qui déjà commence à fondre. Avec ces pluies continuelles, les labours, les défrichements et les terrassements ont été souvent impossibles, et la taille des vignes a été fréquemment interrompue ; le bois des vignes blanches se maintient sain, mais celui des . vignes ronges a une coloration noire, qui ne semble pas d'un très-bon augure. Les bestiaux ne baissent pas de prix; les bois de chauffage ont beaucoup monté, ce qui est atlribué à la quantité considérable de combustible consommée par les distilleries. La maladie des pommes de terre est arrêtée. Plus d'animation se remarque sur les transactions en vins et eaux-de-vie, et les distillateurs payent à un prix assez élevé les vins, ce qui, en raison de leur faible rendement, n'est pas toujours rassurant pour les consommateurs. La difficulté la plus grande peut-être , en ce moment, et celle qi)i, à si juste titre, est le sujet de nos plus vives préoccupations, c'est le manque de bras atteignant surtout les grandes propriétés, et qui va sans cesse s'augmentant par l'émigration continuelle des ouvriers vers les villes, par une soit immodérée-de bien-être, parle morcellement des terres, etc.

M. du Peyrat écrit de Beyrie (Landes), le 3 janvier :

Ce mois i eu 13 jours de pluie pendant lesquels il est tombé 57 millimètres d'eau, et la moyenne générale à Beyrie est de 8 jours de pluie et de 61 millimètres d'épaisseur d'eau. La plus haute température, le 6 de ce mois, a été de 16". 5, et la plus basse, le 25, de 0°.0; la moyenne du mois est de 9". 70, température fort élevée pour décembre, parce qu'il n'y a pas eu un seul jour de gelée. Nous n'avons pas eu une température aussi élevée depuis l'année 1852 ;. la moyenne générale était de 5°. 976 ou de 3°. 724 au-dessous de celle de ce mois, qui a été relativement trèschaud, humide et sombre. 5 jours de soleil seulement, 7 jours demi-couverts, et 19 jours entièrement sombres. Les vents ont régné 17 jours de la région de l'est et 12 jours de la région de l'ouest. On a noté 9 jours débrouillards très-intenses et qui ont duré pendant tout le jour et toute la nuit les 20 et 21 du mois.

Avec un temps aussi humide et la terre étant saturée d'eau, les ouvrages extérieurs ont été peu actifs, et l'on a été forcé de travailler à l'intérieur. On a cependant coupé et transporté des bois et des ajoncs pour litière, nettoyé les échalas et préparé des composts. On n'a fait que commencer de tailler les vignes et de préparer les échalas. Nous avons fait notre inventaire général et mis tout en ordre à l'intérieur de la ferme.

M. Boucoiran écrit de Nîmes (Gard), le 10 janvier :

La météorologie nous réservait d'étranges surprises au commencement de cette

année. La dernière quinzaine de décembre 1866 avait présenté des jours trop

chauds pour la saison, un soleil brillant et des nuits sereines. Le même temps s'est

continué pendant les deux premiers jours de janvier 1 867. Le 3 janvier, un change-

METEOROLOGIE AGRICOLE DE LA FltVNCE EN DÉCEMBRE 1866. 249

ment de direction dans le vent a fait prévoir du refroidissement dans l'air. Il a fait en effet une gelée blanche dans la nuit; le 4, le thermomètre à ininima a accusé ■ — 2.2; le 5,-2.5, et le 6, — 3.5. Les journées étaient belles. A dater du 7, notre ciel s'est voilé d'une teinte grise .et, pendant trois jours, nous avons eu un brouillard intense, tamisant une pluie imperceptible. Le climat de Londres ou de la Normandie était transporté chez nous. Un autre accident météorolog-ique nous était réservé. Dans la soirée du 8 janvier, vers onze heures, des coups de tonnerre ont retenti, suivis d'une courte averse. Au moment où je vous écris, le temps s'éclaircit un peu et le vent du nord cherche à prendre le dessus. Les récoltes en terre présentent une belle apparence ; seulement on craint que les mauvaises herbes n'étouffent les blés dans les parties en plaine.

En résumé, décembre a été assez doux et assez humide. On a compté environ 1 5 jours de pluie qui n'ont donné à Tudomètre qu'une quantité d'eau à peu près égale à la moyenne habituelle de ce mois, excepté dans l'est et le midi de la France, où plusieurs localités en ont reçu de 100 à 160 millimètres. L'évaporation a été très-faible, comme on le conçoit; en voici la comparaison avec l'eau reçue :

Eau tombée. Eau évaporée. Eau tomliée. Eau évaporée,

millim. niillmi. niillim. millim.

Lille 51.92 19.65 Nantes. . . . 85.00 32.00

Paris 43.60 18.82 Bordeaux. . . 76.70 12.00

Vendôme. . . 40.30 1.95 Alger. . . . 19.40 79.10

Dijon 54.20 5.00

La neige n'a fait en décembre son apparition que dans les contrées montagneuses, les Vosges et l'Auvergne, et encore n'en a-t-on vu que pendant deux ou trois jours. Les brouillards ont été fréquents et intenses, avec un ciel presque constamment couvert. Les vents ont varié du sud-ouesi au nord-est.

J.-A. Barral.

Quand nous parlons des souffrances de l'agriculture on nous a bientôt fermé la bouche avec la phrase consacrée : d'extension des chemins de fer et des chemins vicinaux et d'établissement d'un crédit agricole. Il semble qu'il y ait là une panacée universelle qui doive nous guérir de tous nos maux et nous mettre instantanément en état de lutter avec la concurrence étrangère!

En ce qui concerne les chemins de fer, plus on les multipliera, mieux cela vaudra certainement pour l'agriculture, et nous ne pouvons qu'applaudir surtout à l'idée de doter de voies ferrées les pays qui en sont encore privés. Notons en passant qu'il serait bien urgent que la Compagnie d'Orléans se décidât à exécuter la ligne de Vendôme à Angers, de façon à mettre, à l'avenir, à l'abri des inondations toute celte partie de son réseau, comme elle l'a déjà fait de Paris à Tours, et à n'être plus tributaire de la Compagnie de l'Ouest; d'autant plus que cette dernière lui enlève ainsi une grande quantité de voyageurs et de marchandises. Tous les intérêts se réunissent d'ailleurs pour activer l'e.xécution de cette nouvelle ligne : intérêt du trafic agricole et des populations d'abord , intérêt évident de la Compagnie ensuite.

Je ferme cette parenthèse et je pa^se aux chemins viciûaux. On ne saurait non ilus trop s'en occuper et trop les améliorer. Si d'un côté ces travaux enlèvent des iras à l'agriculture, cette perte se trouvera bien compensée par l'établissement de voies de communication meilleures et plus rapides.

Entrons sans plus tarder dans la question du crédit agricole, question des plus importantes par tout le bruit qu'on a fait autour d'elle depuis quelque temps et par les effets désastreux qu'elle pourrait amener. Ce système d'emprunts dont on voudrait doter nos campagnes ue me parait pas seulement inutile, mais dangereux au

dernier degré. On conçoit parfaitement l'utilité, la bonté du prêt dans le commerce,

dans l'industrie, oh l'argent rapporte communément 10, 15 et jusqu'à 20 pour 100 et même au delà, et où les bénéfices ne se font pas attendre longtemps, ce qui permet d'emprunter à courte échéance. jMais dans l'agriculture où le revenu est si minime et si aléatoire, quand la terre ne rapporte souvent qu'un intérêt de 3 pour 100, comment veut-on que le cultivateur aille emprunter à un taux nécessairement toujours plus élevé? (Et je ne vois pas qu'on puisse guère constituer le crédit dans des ûonditions beaucoup plus avantageuses quç celles-là !) Il est évident pourtant que le cultivaîeur qui empruntera de cette manière marchera à une ruine très-prompta dans la plupart des cas. Et puis le sol ne rémunère pas toujours de l'argent qu'on enfouit dans son sein, sous forme d'engrais ou autrement, et quand on est plus heureux, il faut attendre longtemps et même très-longtemps quelquefois; ce qui Drouve en passant que les emprunts à long terme sont les seuls qui conviennent à 'agriculture. D'ailleurs on n'est point d'accord sur la manière de constituer le crédit : les uns voudraient i]ue toutes les Compagnies pussent émettre des billets; d'autres demandent la création d'une seule société ayant des succursales dans chaque canton ou au moins dans chaque arrondissement, la mobilisation du sol, etc., elc. Et alors on se met à nous vanter les boDS effets du crédit agricole et de la circulation des billets chez nos voisins d'outre-Manche. Mais encore ici il faut faire attention aux différences profondes qui existent entre les deux pays et les deux peuples. Les Anglais sont habitués depuis longtemps à se servir du crédit; ils en connaissent à fond le mécanisme et ne s'effrayent pas du papier- monnaie. Puis l'usine se mêle presque partout chez eux à la simple culture agricole. Enfin leur caractère ne ressemble en rien au nôtre. Ils sont froids, calculateurs, exacts, et ne s'enthousiasment pointpour une idée, comme ils le disent eux-mêmes. Quels sont ceux d'ailleurs en France qui s'adresseraient au crédit? Ce sont les agriculteurs intelligents et instruits qui ne manquent que de capital pour réussir et qui pourtant ne réussiraient pas à l'aide de l'emprunt, parce qu'ils payeraient un intérêt trop élevé qui ne leur serait pas restitué assez promptement par le sol. Du reste ils entameraient d'autant plus vite leur fortune de cette façon qu'ils auraient plus de confiance dans leur savoir et leur capacité, et ils ne seraient que trop enclins par ces facilités plus grandes à faire des dépenses très-souvent improductives. L'agio nous a fait beaucoup de mal depuis quelques années. Combien de gens ruinés, déshonorés en quelques jours, en quelques heures ! que de catastrophes dans nos grandes villes ! N'introduisons pas cette mauvaise semence dans nos campagnes. Ne faisons pas de l'agriculture une grande société en commandite; nous ruinerions complètement la France. liappelons-nous Low et les assignats. Nous nous plaignons de l'invasion des blés d'Odessa et de New-York, des bœufs des pampas de l'Amérique et des steppes de Russie; mais combien nous nous plaindrions bien davantage encore et avec juste raison si notre sol était inondé de billets comme le demandent aujourd'hui beaucoup de gens ! Nous serions alors sur un baril de poudre qui du reste ne tarderait pas à éclater, car nous y mettrions bientôt le feu de nos propres mains ! Puis, dans l'élat actuel des choses, à de très-rares exceptions près, le cultivateur n'emploierait point en améliorations l'argent qui lui serait fourni par le crédit; il s'en servirait pour acheter quelque morceau de terre, généralement très-cher, et il ne serait que plus gêné ensuite. Ne voyons-nous pas déjà chaque jour cette tendance détestable se manifester? Dès qu'un fermier a amassé un petit capital, l'emploie-t-il à avoir un complément de fumure, à augmenter ou à améliorer son étable? Presque jamais. Et même ne va-t-il pas souvent chez l'usurier de la petite ville voisine emprunter à un taux ruineux la somme dont il a besoin pour payer en partie le petit coin de terre qu'il convoite et qu'il achètera à peu près toujours au-dessus de sa valeur? Yoilà la grande plaie de la plupart de nos campagnes. Guérissons-la d'abord; faisons comprendre à l'agriculteur qu'il a cent fois plus d'avantage à mettre ses économies, ses profits dans sa ferme qu'à posséder un champ ; qu'en agissant ainsi il s'enrichira, tandis qu'en faisant le contraire, il se ruinera. Ensuite, quand il sera bien convaincu de cette vérité, nous pourrons peut-être alors parler du crédit et de l'utilité qu'il y aurait à l'établir sur les bases qu'on nous propose.

Cette question d'ailleurs est essentiellement liée à celle du gage agricole dont la constitution me semble à peu près impossible. Sous la législation actuelle, le propriétaire a recours avant tout autre sur les récoltes et les bestiaux du fermier; aussi bien souvent lui donne-t-il du temps pour le payement de ses fermages, quelque-

fois même des années, ce qui ne se pourrait plus si la loi était revisée et si les bestiaux et les récoltes étaient constitués comme gages vis-à-vis des compagnies. Car alors le propriétaire n'ajant plus aucune garantie serait obligé, malgré tout son bon vouloir, d'exiger le payement le jour même de l'échéance et, en outre, de demander un cautionnement. Double charge pour le cultivateur qui, en admettant que le crédit puisse lui être profitable, ne pourrait de cette manière en retirer aucun avantage. Autre inconvénient : les rapports de propriétaire à fermier seraient forcément tendus et bientôt ces deux forces qui doivent s'unir pour prospérer deviendraient ennemies, au grand détriment de l'un et de l'autre. Quelques personnes voudraient que la garantie du propriétaire fût restreinte à dix- huit mois d'occupation; mais cette garantie serait alors conaplétement illusoire et aucun propriétaire ne s'en contenterait. Elle aurait le double inconvénient de ne pas satisfaire celui-ci tout en liant les mains du fermier. Les privilèges qu'on désirerait établir en faveur du vendeur de bétail et du vendeur d'engrais commerciaux seraient tout aussi nuisibles. Il faut bien se garder de toucher à ces bases de la propriété, à cette garantie si sage édictée par la loi. Ce ne sont là que des utopies de la pire espèce. Il n'est pas juste de dire, d'ailleurs, qu'un cultivateur aisé ne peut trouver à emprunter quelques mille francs pour acheter ce dont il a besoin. 11 les trouvera toujours au contraire. Et s'il veut augmenter son étable de quelques bestiaux ou ajouter à ses fumures quelques engrais, les marchands du pays où il est connu ne refuseront jamais de lui fournira crédit.

Nous disions tout à l'heure que rien ne peut réussir en agriculture que par l'union du propriétaire et du fermier. On ne saurait trop insister là-dessus. Quels bons effets ne retire-t-on pas du fermage à moitié quand il est intelligemment pratiqué. Le métayer trouve auprès de son propriétaire non-seulement l'argent, mais la direction, les conseils, l'instruction agricole qui bien souvent lui fait défaut, et cette alliance produit les meilleurs résultats. C'est de cette façon que la Mayenne est devenue l'une de nos premières provinces agricoles; il en est de même de l'Anjou, particulièrement de l'arrondissement de Segré. Dans ces pays-là, il est vrai, les propriétaires résident sur leurs terres une grande partie de l'année et presque tous s'occupent d'agriculture. Le bon exemple tend à se généraliser de jour en jour, et déjà ceux qui l'ont suivi sont bien récompensés par les progrès qu'ils ont fait faire autour d'eux. Quel meilleur emploi de leur temps, de leur vie, peuvent trouver d'ailleurs tous ces jeunes gens, tous ces hommes d'un âge plus miîr qui n'ont point d'occupations sérieuses? Ils se font aimer et respecter aiu.sideceux qui les entourent, apprennent à connaître leurs besoins et à soulager leurs souBrances et, après avoir vécu de cette vie calme et pourtant bien remplie, aussi saine pour le corps que pour l'âme, ils ont la douce jouissance d'être regrettés d'une population tout entière qui dit, en les conduisant avec des larmes à leur dernière demeure : Il a passé en faisant le bien. Mais l'agriculture est en honneur aujourd'hui parmi les classes élevées de Ja société. Elles comprennent qu'elles ont là une grande mission à remplir et elles se sont mises résolument à l'œuvre. Il n'en est pas de même malheureusement dans les classes moins l'avorisées de la fortune. Aujourd'hui, presque partout les fils ne veulent plus être fermiers comme leurs pères. Ils révent une vie plus facile et plus brillante, et pourtant nulle profession n'est plus indépendante, plus honorable que celle d'agriculteur. Que de déceptions dans les villes ; que de corruptions de l'âme, que d'éliolements du corps ! Il en est de même du paysan, journalier ou domestique. 11 déserte chaque jour de plus en plus son village, croyant trouver le bonheur au loin. Que va-t-il chercher avec tant d'ardeur bien souvent ? Un travail dix fois plus faûgant que celui de la campagne, une vie abrutissante, la misère et la mort sur un grabat d'hôpital, loin des siens et de toute consolation. On ne sait pas assez ces choses, ou ne les dit pas assez. Le luxe effréné des villes et les travaux hors de toute proportion qu'on y exécute sont certainement pour beaucoup dans ce triste courant. Mais le véritable mal vient d'une instruction vicieuse donnée aux enfants dans les écoles de village. On leur apprend beaucoup de choses inutiles et on néglige les nécessaires : les premiers éléments d'agriculture et la religion, la morale. M. le Ministre de l'instruction publique a déjàengagé certains instituteurs à s'occuper de la science agricole dans l'instruction qu'ils donnent à leurs élèves ; espérons qu'il complétera bientôt son œuvre en créant un enseignement spécial pour les enfants des écoles communales comme il l'a fait (l'enseignement professionnel) pour les jeunes gens qui se destinent au -commerce et à l'industrie. Autrement nous con-

tÏDuerons à voir des déclassés, de plus en plus nombreux, qui ne trouvent pas de place dans la société et qui sont une charge pour elle. Il serait bien à désirer aussi que l'enseignement religieux ne fût pas autant mis de côté qu'il l'est à présent. Tout se tient dans ce monde, et quand la vertu n'est plus honorée, la famille est bientôt dissoute, la maison en désordre et la ruine n'est pas loin. Ce n'est que

justice.

Vicomte Odart de Parigny.

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