LES FERMERS DEVANT L'ENQUÊTE
L'enquête, d'après la circulaire ministérielle, devait pénétrer dans toutes les localités, interroger tous les intérêts. En a-t-il été ainsi ? Dans mon canton, où la grande et la moyenne propriété sont exploitées presque entièrement par des fermiers ou des métayers, pas un n'a été appelé devant la commission. Dira-t-on que les propriétaires avaient à débattre les mêmes intérêts que les fermiers, ou bien que ceux-ci, faute d'instruction suffisante, n'auraient pas pu répondre aux questions? La petite propriété non plus n'était pas repi'ésentée; mais, heureusement pour elle, elle n'a pas à se plaindre, et elle n'a rien à demander, si ce n'est l'instruction. Depuis quinze ans, sans guide et seulement par le travail et la force des choses, elle a doublé de valeur, et chaque jour elle s'étend aux dépens de la grande propriété, qui est loin d'avoir fait le même progrès; c'est qu'elle ne peut lutter ni avec la petite culture,. qui mieux qu'elle peut se passer de capitaux et de main-d'œuvre, ni avec les autres industries, qui payent plus cher les ouvriers et les capitaux.
Pour remédier à cet état de choses, les uns demandent l'établissement d'un droit sur les blés étrangers à leur entrée en France, et la suppression de quelques octrois; d'autres demandent le perfectionnement des voies de tran^port, avec la diminution des tarifs. Mais, en supposant que ces moyens servent à élever le prix des denrées, il est bien évident que cette élévation ne profitera nullement aux cultivateurs. Le premier fermier venu pourra dire : si les denrées enchérissent, au premier renouvellement de bail le fermage en sera augmenté d'autant, grâce un* peu à la concurrence , et il en sera de même pour toutes les améliorations qui donnent de la valeur à la propriété.
Je suis un de ceux qui croient qu'en agriculture le progrès ne peut se produire qu'en raison de l'amélioration de la classe ouvrière, et je suis convaincu que le principal obstacle q\d s'oppose à cette lin, provient uniquement de l'impossibilité où se trouvent les cultivateurs de faire des travaux d'amélioration, parce que la durée trop courte des baux ne leur permet pas de retirer leurs avances; ils craignent avec raison qu'en donnant une plus-value à la propriété, le fermage ne soit augmenté au renouvellement du bail. D'un autre côté, les propriétaires ne consentent pas à faire de longs baux, par la raison qu'ils veulent profiter de l'augmentation de valeur que leurs domaines peuvent acquérir en dehors des travaux d'amélioration; et, quant à la plus-value résultant du fermier, il leur est bien difficile de s'entendre avec lui pour la part qui devrait lui revenir. Il s'ensuit donc que, dans la situation actuelle, les cultivateurs ne sont pas intéressés non-seulement à l'encht-