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Observation sur les Armées turques.
Alep , le 20 novembre 1800.
Monsieur ^
Tel est le manque d’ordre et de règle dans les armées turques , que chaque chef des djfférens corps tpii la composent exige toujours une solde double ou triple de celle qui est nécessaire pour son effectif réel. Cet abus est tellement passé en usage, que, le i 3 et le 17 octobre 1800 , deux régimens de deux cents hommes chacun , désertèrent, parce que Iegrand-visir , avait refusé de les solder sur le pied de deux mille corabattans.
En septembre- 1800, Iegrand-visir s’imaginait avoir trente-cinq’inille hommes sous ses ordres. Le briga-
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dier-général Koelher , présumant qu’il se trompait de beaucoup dans son calcul , prétendit que' l’armée ne s’élevait pas à plus de sept ou huit mille hommes. Afin d’éclaircir la chose , le grand- visir *11 la demande du général , chercha à établir , deux fois par semaine , uno espèce de revue , et 5 faire ranger les troupes d’une manière assez régulière pour qu’on put en évaluer le nombre. A la troisième parade , on fit placer les hommes sur dix-neuf de hauteur et on los compta ; mais quand on arriva aux Albanais , ils refusèrent de se laisser dénombrer , et tournant leurs mousquets vers la tente du grand-visir, ils envoyèrent une vojée de balles de ce côté. Cette décharge de mousqueteric , bien que faite en l’air , effraya tellement toute l’armée , qu’un grand nombre de personnes craignant une révolte générale , abandonnèrent le camp. I/affairo se termina là , et on ne poussa pas plus loin les tentatives pour connaître au juste le nombre des combattons.
Cependant , d’après ce qui fut fait , on put conclure que l’estimation du général Koelher ne s’éloignait pas beaucoup de la réalité. Mais le grand-visir, en reconnaissant la Vérité de son assertioh, répondit qu’avec les troupes qui devaient le joindre incessamment , il aurait une armée suffisante pour tailler les Français en pièces.
Quelques jours après cette circonstance remarquable , la frégate anglaise la Mercure , capitaine Roger, arriva à Jaffa , d’après l’ordre djq lord Keith, pour croiser dans ces' parages. Le grand-visir reçut
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le capitaine Roger avec sa politesse ordinaire , et lui indiqua les bouéhes de Damiette comme une station très-avantageuse. Mais avant le départ de la frégate , un incident particulier ayant donné au grand-visir une juste idée de la valeur de ses troupes , il se détermina à demander que le capitaine Roger" retournât immédiatement près de l’amiral Keith , avec une requête pressante de sa part pour obtenir un renfort de dix mille hommes de troupes anglaises. Néanmoins , il est à remarquer que le visir resta fidèle à ce style oriental , dont les Turcs ne manquent jamais de se servir dans leurs négociations , afin de cacher leur faiblesse , et qui , dans le fait , ne trompe qu’euxmêmes. Bien loin d’avouer le besoin réel d’un secours , il annonçait que jusqu’à ce jour il avait dû éviter d’attirer auprès de lui des troupes anglaises , parce qu’il n’àvait eu des munitions et des provisions qu’en très- petite quantité ; mais que maintenant , grâce à Dieu , ses magasins étaient bien approvisionnés et lui permettaient' de demander ce renfort.
L’incident qui éclaira l’esprit du visir sur la confiance qu’il pouvait avoir dans ses troupe# , mérite f d’être rapporté avec quelques détails.
"Quatre cents Albanais désertèrent de la grandearmée pour passer à celle de Djezzar , pacha d’Acre. Le visir envoya à leur poursuite un détachement de ' quatre mille Deli-Bashs , qui , de retour au camp , . rapportèrent qu’ils avaient 'rencontré* Iqp fugitifs ; mais que les ayant trouvés retranchés dans une position avantageuse , et par conséquent peu disposés
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h se rendre sans résistance , ils n’avaient pas voulu les attaquer et étaient revenus sur leurs pas.
Quant il ce qui regarde les désertions , il est St remarquer qu’à partir du 27 octobre 1800, lorsque lu suison était belle et que les soldats n’avaient à supporter aucune privation , il en désertait de quinze à vingt par jour. On peut . d’après cela , juger de combien le nombre doit en être grand , quand les saisons pluvieuses rendent les camps humides et malsains , lorsque les provisions deviennent rares et lorsqu’ils sa voient exposés à une foule de privations.
Le 1 5 octobre 1800, les magasins de Jafia n’ÔT taienlmpprovisionués que pour trois mois. Les maitrasdes bâlimens qui transportent des vivres , ont peur coutume de frauder le gouvernement d’un quart do leur chargement , et ils s’arrangent en outre avec les^ hommes chargés de poser et de recevoir leurs marchandises , de façon à ce qu’ils leur en reconnais- . sent un quart en sus de ce qu’ils reçoivent. De cette manière , il n’arrive' réellement au eamp que la moitié des provisions, qui y sont destiuées. Je puisvous donner , à l’appui de^ce que j’avance , Je fait suivant , qui ast vraiment caractéristique :
J.ifTi , le  novembre 1 floo.
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Aujourd’hui , le capitaine d’un bâtiment russe s’étant présenté chez le Teftalar -, ou premier trésô- > rier , pour recevoir le prix du transport d’une cargaison qu’il uvaif prise à Constantinople et débarquée à Ll-Arish , il fut’au'ùté et mis en prison. Ce çapitaiù»
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ÔlS .
avait pris à Constantinople trois mille quintaux' de biscuit ; mais , en passant devant l’île de Chypre % il rendit la moitié de cette cargaison à un Turc de se» amis , qui la lui paya moitié en argent conlptant » et convint de lui remettre , à Jaffa , l’autre moitié.
Le Turc arriva dans cette ville un jour avant son ami , découvrit au Teftatar ce qui s’était passé , et remit entre ses mains la somme dont il était encore redevable au capitaine. Ce dernier se présenta bientôt avec un reçu en règle du Musali Emin d’El-Arish , qui certifiait que la cargaison était arrivée au complet et en bon état , de sorte qu’on ne put plus douter «pic le capitaine n’eût corrompu le peseur ou le receveur, afin d’on obtenir les certificats qu’il désirait. - , , ■ ‘ '
Il est probable que le Teftatar découvrit , par suite de cette circonstance , un grand nombre d’abus de ce genre , très-préjudiciables à l’armée ; mais on ne songea pas à y apporter le moindre remède. Comme tout ce qui appartient au gouvernement turc provient d’extorsions, chacun croit y avoir des droits; et / depuis le Teftatar, jusqu’au dernier employé , tout le monde pille l’étât en répétant ; Qacsta è robba dpi ; gvan s ignore. " f
Après Vous a vgir dit. combien les troupes turques sopt mal armées et mal équipées , je vais vous faire connaître la manière oppressive' donCle .grand-visir s’y prend pour leyer des contributions , et comment il attire sur lui ÿt surdon armée la haine des peuples.
- .Toutes les nations soumises è la domination lun- .
que délestent un gouvernement qui les, -accable -sans
• DI 4' A PPENDICï. •
cesse d’impôts arbitraires, et elles cherchent h entraver les opérations par tous les moyens qui sont en leur pouvoir. Le i 5 octobre 1800 , les patriarches grecs et arméniens , que le gouverneur Mahomet , pacha , qvait forcés de se rendre de Jérusalem au camp , re- # çurent, du visir , l’ordre de lui payer une somme de mille bourses , qu’on obtint , ii force de pleurs et de protestations de pauvreté , de faire réduire à cinq icents. Ces malheureux furent renvoyés comme des criminels , sous l’escorte d’un détachement turc,
1 pour lever la somme promise.
Je vous rapporterai , de ce même Mahomet , pacha «le Jérusalem , un autre trait , digne de la nation la plus barbare.
Après avoir arraché , par les mesures les plus violentes, une somme de cent bourses aux habitons d’un petit village appelé Cflen , il les frappa d’une nouvelle contribution de cinq cents bourses. Les habitons lui représentèrent l’impossibilité où ils étaient de fournir •. une semblable somme. Le pacha feignit de se désister de sa demande et s'approcha la nuit pour surprendre le village ; mais il le trouva abandonné ; etjfurieux do «c voir frustré daus ses espérances de pillage, il l« livra- aux flammes et n’y laissa pas une seule habi- * talion. . / »
Le grand-visir , après avoir rénvoyé à El -Arish les Albanais quî n’avaient pas voulu so laisser compter, essaya de nouveau d’exercer son armée à des évolutions militaires. Dans la matinée du 27 octobre'! 8qo,' le général Koelher vint examiner troupes du grartd-
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visir, et’il trouva que toute leur science consistait^ s’entasser pêle-mêle sur une ligne et à faire marchct devant eux l’artillctde qui n’observait même pas la distance nécessaire au service des bouches à feu. , Quant à moi , je suis convaincu que deux mille .soldats européens pourraient mettrq, dans un instant, eh déroute , toute l’armée du grand-visir , qui , d’après les calculs du général Knelher , peut compter quinze mille Combattans sans y comprendre ceux qui occu»pent El-Arish. ' * -
Le 4 novembre 1800 on apporta au camp du vis» la nouvelle d’une forte insurrection , qui venait d’d- k dater à El-Aristh , à cause de la disette qui y régnait.