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partie est confiée à des troupes logées dans de misérables baraques. L’espace qui sépare les lignes du pied du rocher est cosigné sous le nom de terrain neutre ; le gouverneur de Gibraltar y possède un petit champ, qui lui fournit la quantité de foin nécessaire à la nourriture de ses chevaux. .
La ville de Gibraltar est bâtie au pied du rocher , vis-à-vis Algésiras. De et côté, qui est le point le plus attaquable , elle est couverte
par des ouvrages de fortification dont les rem-
parts sont baignés par la mer. C’est sur ce front que se trouve le bastion du Roi , dont le feu, le 1 3 septembre i J 82 , détruisit les batteries flottantes. Le lieutenant-général sir Robert Boyd y fut enterré 3 suivant sa demande. 11 est placé dans un tombeau qu’il s’y fit ériger pendant sa vie. Sur le sommet du rocher se trouve la tour des signaux , qui jouit d’une vufe très-étendue. Le gouverneur O’hara en a fait élever une nouvelle , à l’extrémité déjà partie méridionale , position plus avantageuse par rapport au détroit.
Du côté de la Ville, le rocher forme une pente Uniforme ; mais de l’autre il est extrêmement
escarpé. Cependant on est parvenu à tailler de ce côté dès marches qui conduisent du sommet jusqu’à la mer , et auxquelles leur position a fait donner le nom d’escalier de la Méditerranée.
ILN ÉGYPTE. .5
Les différentes galeries cl les lignes connues
sous le nom delignesdu Roi, de la Reine et du
Prince , la muraille de Saint-Georges , etc. , sont des ouvrages tracés avec un rare talent , construits avec un travail immense, et qui ont considérablement ajouté à la force de Gibraltar. Cependant on m’a assuré que , dans un .siège, les galeries ne pouvaient être d’un usage bien utile , car l’épaisse fumée et l’horrible fracas qui résultent du tir des bouches à feu dans ces batteries souterraines en rendent le séjour insupportable aux artilleurs. Ces objections contre l’emploi de ces ouvrages me semblent plausibles , et je laisse aux officiers mieux informés que moi à décider jusqu’à quel point elles peuvent être fondées.
La ville, dont les tues sont pavées, possède plusieurs belles maisons , parmi lesquelles on distingue celle du gouverneur, qu’on appelle le Couvent . Celles du lieutenant-gouverneur , du chef des ingénieurs , du commissaire , du général Weinys , de M. Cadosa et de plusieurs au- . ires particuliers, sontégalement remarquables. La rue principale conduit de la Porte du Midi . à la Porte d’Eau ; toutes les autres sont extrêmement courtes et étroites. La muraille de Charles V, qui commence. à la Porte du Midi , et qui s’étend au pied du rocher jusqu'à l’nn-
Digiti
tienne tour des signaux, renferme ce qu’on nomme la ville.
Une route fort belle, bordée d’arbres et parallèlement à laquelle se prolonge l’aqueduc , conduit de la Porte du Midi à la partie de Gibraltar qu’on nomme Midi , et où se trouvent des baraques , ainsi qu’un vaste hôpital pour la marine. Ces constructions et plusieurs autres hàlimens élevés dans cet endroit forment un ensemble qu’on pourrait appeler une seconde ville. Lors de notre séjour à Gibraltar, la garnison et les habitans éprouvaient une grande disette d’eau : l’aridité de la saison précédente et la consommation faite par les bâtimens de l’expédition, auxquels on avait permis de s’approvisionner dans cet endroit, étaient les causes de cette pénible privatioft. La ville ne possède pour toute ressource que des citernes , que la pluie remplit en filtrant à travers une couche de sable rouge et léger dont elles sont toutes recouvertes. Cependant on a creusé trois ou . quatre puits dans le rocher, afin de pouvoir se procurer cet objet de première nécessité, que les habitans sont forcés d'aller chercher sur le terrain neutre; mais l’eau y est mauvaise et saumâtre , surtout dans le temps des grandes marées. Elle est si désagréable , et il est en même temps si difficile de s’en procurer d’au-
trc , que les particuliers donnent quelquefois aux soldats jusqu’à cinq peaux (i) pour en acheter un petit baril de meilleure qualité.
Mais si l’eau manque à Gibraltar , le vin, par compensation, y est en telle abondance et à si bon compte , que dans aucune autre partie du monde on ne voit autant de scènes d’ivresse.
C’est vraiment un spectacle dégoûtant que celui qu’y offrent à chaque pas des bandes entières de soldats et de matelots vautrés au mi-
lieu des rues, dans l’état le plus dégradant. On ne punit les soldats de la garnison, pour cause d’ivrognerie , que lorsqu’ils sont de service. Tout homme commandé pour un travail reçoit une gratification de huit sous, qu’il dépense aussitôt poqr se procurer une espèce de mauvais vin qu’on nomme black-slrujt. Les boutiques où se vend cette pernicieuse boisson fourmillent dans la ville , et forment une de * ses principales sources de richesse.
L’existence des officiers y est excessivement triste, surtout eü temps de guerre, lienfermés dans une véritable prison , dont ils ne peuvent sortir, il ne leur teste d’autres distractions que celles qu’ils peuvent tirer de leur propre société. Cependant la bibliothèque de la gar-
( i) Le ré al dont il s 'agit ici est le nouveau réal, qui vaut o>5 2 .
nison mérite d être citée ; c’est un établissement extrêmement utile pour ceux qui ont le désir de s’instruire. Une commission d’olTicicrs est chargée du choix des ouvrages à acheter, elle n’en reçoit que d’un mérite reconnu , et se procure les meilleurs journaux anglais, et tout ce qui paraît d’intéressant en librairie.
En arrivant à Gibraltar, chaque officier abandonne pour cet objet une semaine de solde ; cette première mise le met au nombre des souscripteurs , dont il peut continuer à faire partie en payant quatre dollars par an ( i ). Moyennant cette légère rétribution , la bibliothèque est toujours bien pourvue de livres nouveaux. .
Dans ce moment on construit un nouveau bâtiment où elle sera disposée d’une manière plus convenable. 'Les frais nécessaires à l’exécution de ce projet ont été assurés par une souscription particulière , faite il y a quelques années.
En temps de paix, les distractions sont plus nombreuse ; car il est alors permis â la garnison de communiquer avec la partie de l’Espagne qui avoisine la ville , où les troupes se procurent en abondance et à bon éompte tout ce qui leur est nécessaire. Mais la guerre , en détruisant toutes les relations amicales , les prive de
fi} Le dollar vaut uu peu phis de 5 îi ducs.
K N tG'YPTK.
ccs avantages , et la côte de Barbarie devient alors leur unique ressource : encore est-elle bien précaire ; car, lorsque la peste y exerce ses ravages, ce qui arrive souvent, on prend les mesures les plus rigoureuses pour éviter qu’elle ne s’introduise dans la garnison , dont
elle causerait infailliblement la ruine. Pour se
pfrémunir contre cet horrible fléau , on a établi sur le terrain neutre un lazaret où l’on fait faire quarantaine à tous les voyageurs venant des contrées dont l’état sanitaire est suspect. Aussi , lorsque la garnison est repoussée d’un côté par la guerre , de l’autre par la peste , ainsi que cela eut lieu pendant mon séjour àGibrallar, elle se trouve réduite à ne se nourrir que de salaisons, sans pouvoir même se procurer aucune espèce de légumes , qui sont très-rares et très-chers.
Dans l’été , la chaleur est «xcessive , et la réverbération des rayons du soleil contre le xocher est insupportable et très-dangereuse pour les yeux. Dans l’hiver, il fait souvent un froid très-rigoureux , et les pluies abondantes qui tombent pendant cette «aison y occasionnent une humidité tellem/ejft grande que l’on est forcé de faire du feu pendant deux ou trois mois de l’année : Dépendant, malgré ces inconvénieus, le climat de Gibraltar n est nullement insalubre. . . S . : ■
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Lors de nôtre passage à Gibraltar, le lieutenant-général O’IIara, qui est mort depuis . et qui a été remplacé par S. A. 11. le due tle Kent, était gouverneur, et le lieutenant-général su- Thomas Trigge , lieutenant-gouverneur de la place. La maison du gouverneur est une habitation spacieuse et agréable; elle servait de monastère lorsque les Espagnols possédaient la place, et porte encore aujourd’hui le nom de couvent : elle jouit de l’avantage d’un excellent jardin.
Le dimanche a novembre, à la pointe du jour, la division dont je faisais partie mit à la voile î mais à peine avions-nous quitté notre mouillage, que le vent nous manqua, et que les courans nous entraînèrent sur les batteries espagnoles qui bordent toute la côte entre Algésiras et le cap Cabrita. Nous avions hissé toutes nos voiles , et nous faisions tous nos efforts pour nous, éloigner du rivage, vers lequel nous continuâmes malgré nous à être portés avec une grande rapidité ; de sorte que nous en fûmes bientôt assez près pour voir distinctement les soldats dans lftqjrs batteries. Le bâtiment où j’étais fut poussé immédiatement au-dessous d’une d’elles : H était simplement armé en flûte et chargé de taupes. Dans ce .
péril extrême , nous nous attendions d’un ins-
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tant à l’autre à essuyer le feu de cette batterie , lorsqu’une brise légère s’éleva tout- à- coup , comme par un bienfait de la Providence , et nous donna le moyen de regagner la haute mer. J’ignore quel motif put empêcher le* ennemis de tirer sur nos bâtimens., qui se trouvaient ainsi complètement en leur pouvoir.
Peut-être l’extrême vénération que les Espargnols ont pour le jour du Seigneur nous fut-il favorable. Mais enfin , que ce soit à la bigoterie ou à l’apathie de ce peuple qu’il faille attribuer ce respect si extraordinaire , jl n’en est pas moins bien réel qüe, quelle qu’en fût la cause, nous lui sommes redevables d’une grande reconnaissance. * «
La ville d’Algésiras , située presqu’en face de Gibraltar, est le refuge de canonnières et de corsaires qui sont très-inquiétans et souvent très-dangereux. Retirés sous la protection des nombreuses batteries qui bordent la côte , ils guettent une occasion favorable, et lorsqu’ils voient un bâtiment sans moyens de défense , ils « s’élancentet saisissent leur proie.Chaque canonnière est armée d’une longue pièce de a/j. : elles' ont la précaution de se placer hors de la portée de nos batteries , et de là forcent les bâtimens marchands à se rendre et à céder à leur supériorité peu glorieuse. Pendant notre «talion
dans la baie , nous fûmes témoins de deux ou trois exemples de ce genre.
Après une heureuse et agréable traversée de sept jours, pendant laquelle nous côtoyâmes presque toujours les rives escarpées de l’Espagne, nous entrâmes, le 9, à onze heures, dans le port de Mahon. Sur notre route , nous aperçûmes au loin les îles de Formenlera , Majorque et Cabrera.
A notre arrivée, nous trouvâmes des déta- , clicmens des régimens qui nous avaient précédés. Le reste d.e l’armée composant la troisième division , sous l’escorte de l’Xjax , était attendu d’un instant à l’autre. Sir Ralph Abercromby, sans s’arrêter dans ■ cette île, avait poussé jusqu’à Malte , en ordonnant que le reste de ses forces vint l’y rejoindre , en partant par divisions et dans le même ordre que de Gibraltar. Nous conclûmes alors que tous les arrangemens et préparatifs nécessaires à l’expédition devaient se faire à Malte ; nos conjectures sur sa dfcstiv nation furent alors éclaircies, et il fut évident qu’elle avait pour but la délivrance de l’Egypte.
MINORQ'UE.
L’ile deMinorque a subi de fréquentes vicissitudes dans le dernier siècle. Elle resta sous la ' domination des Espagnols jusqu’en 1708, époque où elle fut prise par les Anglais , qui en conservèrent la possession par le'trai^ d’Utrecht en 1 7 1 3 . En 1 7 56 , elle nous fut enlevée par les Français, commandés par le maréchal de Richelieu ; mais elle nous fut rendue à la paix de 1763. Nous en restâmes paisibles possesseurs jusqu’en 1783. Elle nous fut alors reprise de nouveau par les Français et les Espagnols, sous le commandement du duc de •Grillon, malgré la glorieuse et belle défense du fort Saint-Philippe , regardé comme le boulevart de File. Les Espagnols la gardèrent jusqu’en ï 798. Cette année elle fut soumise par les troupes conduites par sir Charles Stuart, qui débarquèrent le 7 novembre dans la baie d’Addaya. Les Espagnols se retirèrent à Citadella , où le a 5 novembre ils signèrent la capitulation définitive , qui nous assura la possession de l'ile entière. Enfin le dernier traité de paix l’a remise au pouvoir des Espagnols.
L’air de Miuorque est humide , le sol sce ,
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sablonneux , et dans plusieurs endroits stérile. Dans l’hiver, et particulièrement aux équinoxes d’automne, il y règne des orages fréqucns , et la pluie y tombe avec une violence extraordinaire : l’aspect général du pays ne présente qu’un rocher irrégulier , couvert oà et là d’une faible portion de terre végétale et d’une inii— nité de pierres de différentes espèces. Toutes les murailles ne' sont , comme dans beaucoup de provinces d’Espagne , qu’un assemblage de grosses pierres superposées les unes sur les autres sans aucun ciment.
L’îlc abonde en gibier , tel que perdrix , bécasses , etc. Les côtes en sont très-poissonneuses, et les légumes croissent en profusion sur »
sou terrain rocailleux. Les fruits, et particuliè-
» vj V »'
reinent les raisins, y sont excellens et en grande quantité. Le miel de Minorque a de tout temps été renommé pour sa délicatesse , sa finesse et son goût délicieux. Au centre de l’île s’élève le mont Toro, sur le sommet duquel est un couvent; dans les mois les plus brùlans de l’été, • les moines qui l’habitent y respirent un air frais et pur. On y jouit d’une petspective très-étendue et de la vue de tout le pays. Les moines sont très-affables envers les étrangers qui viennent les visiter, et que la belle position de leur couvent attire toujours en grand nombre.
On évalue à 27,000 âmes la population de Minorque. Leshabitans ne sont pas tous d’origine espagnole : ils descendent des diverses nations qui ont tour-à-tour occupé. l’ile.
Ciudadella ouCiladella, qu’on regarde généralement comme la capitale de l’île, sert de résidence à l’évèque ; mais elle avait perdu de sa supériorité sur les autres villes , depuis que nous étions maîtres du pays , car le siège de notre gouvernement a toujours été. établi à Malion. Cette dernière place tire son nom de celui du Carthaginois Magon. Le port, qui porte aussi le nom de Mahon, est sûr , vaste et commode.
Mahonestune jolie petite ville, remarquable par son extrême propreté ; presque toutes les maisons en sont bien bâties. Les églises , quoique d’une architecture lourde et barbare , sont des édifices vastes et imposans, dont l’intérieur est décoré avec une grande richesse.
Les rues sont généralement étroites et mal pavées.
Après la paix de 1783 les Espagnols rasèrent et firent sauter le fort Saint-Philippe. Sir Charles Stuart a fait commencer sur ses ruines la construction d’un autre fort qui doit porter le nom de Saint-Georges. On aurait pu l’établir dans une position plus avantageuse , car pelle
lô expédition anglaise .
où il se trouve est commandée de plusieurs côtés ; mais on a jugé convenable de profiler de l’emplacement du fort Saint-Philippe dont les casemates ont , en grande partie , échappé à la destruction et se trouvent encore dans un état qui n’exige pas de grandes réparations ; de sorte qu’en profitant de ces constructions, on a pu éviter des dépenses considérables. Ce nouveau fort , lors de notre passage , était bien loin d’être terminé. Vis-à-vis le port se trouve le cap Mola, où l’on convient généralement qu’il eût été plus favorable de bâtir une forteresse : on y avait autrefois commencé plusieurs ouvrages qui n’ont jamais été achevés.
Près du cap Mola s’élève le mont Stuart , situé à l’entrée du port ; il est défendu par une petite tour ronde dont les murs sont à l’épreuve du boulet , et sur le sommet de laquelle se trouve une pièce de canon d’un gros calibre, tirant à barbette et montée sur un aflùt qui lui permet de faire feu dans toutes les directions. Cette four renferme un puits ; elle est occupée par une garde composée de douze hommes et un sergent, qui sont toujours approvisionnés pour dix jours ; on y monte par une échelle qu’on retire ensuite , de sorte qu’il devient alors trèsdifiicile à l’ennemi d’y pénétrer. C’est uu excellent moyen de défense , et toutes les anses ,
toutes les baies où l’on pourrait tenter d’effeotuer une descente , Sont fortifiées par une tour semblable à celle que je viens de décrire.
Sur la rive opposée , et presque en face du fort George , est le lazaret. Il est entouré de murs élevés et renferme d’excellentes baraques capables de contenir 25oo hommes. On a construit un second lazaret , plus spécialement destiné aux quarantaines , dans une petite île • < située au milieu du port.
Près de cette petite fie il en existe une plus grande, dans laquelle on a élevé un vaste hôpital v pour la marine. On y a établi -un poste pour empêcher qu'on ne vienne y débarquer , san* permission , des liqueurs ou d’autres articles prohibés. .
A l’extrémité du port , vis-à-vis Mahon , se trouvent l’arsenal de la marine et le chantier pour le radoubement des vaisseaux ; établisse- , mens de la plus haute importance, car ils étaient les seuls de ce genre que nous possédassions dans la Méditerranée. Le lieutenant- général Sir Charles Stuart était gouverneur 9! et le lieutenant-général Fox lieutenant-gouverneur de l’ile , à l’époque où nous y abor- • dames. Pendant leur séjour .dans cet endroit , , les troupes furent comblées de soins et d’at-,
tentions par le lieutenant-général Fox ; jamais
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officier ne se montra plus empressé pour le bien du service , et ne réussit plus efficacement dans l’exécution de ses dçsseiDS. D’après ses ordres , le chirurgien de la garnison visitait tous les bâtimens quiarrivaientavecdcstroupes, et on accordait aux soldats toutes les douceurs que le pays pouvait leur procurer.
Le lieutenant-gouverneur paraît ne pas avoir » * été moins zélé dans l’administration intérieure de l’île , car tous les habitans civils et militaires rendent justice à sa conduite. Entre autres ouvrages utiles, il a fait établir, du port Mahon à Citadella , une belle route afin de faciliter entre ces deux endroits une communication , qui jusqu’alors était presque impraticable.
La mer fut tellement orageuse pendant quelques jours , qu’il ne nous fut pas possible de mettre à la voile ; la pluie tomba sans cesse et par torrens. Notre flotte, rassemblée et serrée ern masse , aurait éprouvé des avaries considérables sans l’excellence du port de Mahon. Un seul de nos transports , YOrphée, fut jeté contre un 'rocher et légèrement endommagé.
Le a i novembre , après un séjour agréable et salutaire de quinze jours dans l’île , nous quittâmes les rivages hospitaliers de Minorque, • et nous voguâmes vers Malte , le rendez-vous général dç l’armée. Nous n’eûmes que peu de
vent , et notre traversée fut assez ennuyeuse ; mais le temps fut constamment beau et le ciel pur et serein. Le 26 , nous eûmes la Sardaigne en vue. Le roi de ce pays , chqssé parles Français de tous-ses autres états , s’était réfugié dans cette île où il habitait un couvent. Bien que montagneux , le sol de la Sardaigne est trèsfertile et produirait des récoltes abondantes s’il était convenablement cultivé. L’îlè , dans sa plus grande longueur prise du nord au sud, a i5o milles , et sa circonférence en a 45o. Le 28 , nous, découvrîmes le cap Bon , sur la côte d’Afrique ; le jour suivant , nous côtoyâmes la petite île de Patalaria , qui appartient au roi des Deux-Siciles ; elle est située à demi-distance de la Sicile et de l’Afrique. Le centre de cette île est très-élevé au-dessus du niveau de la mer ; elle est inhabitée , et on la dit trèsfertile. Le 3o , nous vîmes la Sicile , et le vent nous ayant manqué, nous demeurâmes toute la journée devant l’île de Goze.