‹ Journal de l'expédition anglaise en Égypte, dans l'année mil huit cent Alfred ThieryChapitre 4 sur 45 · MALTE · texte numérisé non relu

MALTE

Vue» générale s de Cite. .

Après plusieurs alternatives de craintes et d’espérances, lo 1" décembre au matin , nous pûmes enfin pénétrer dans l’étroit , mais superbe port de Malte. Je prie d’avance les lecteurs de m’excuser sur les détails étendus que je vais donner sur cette petite île , célèbre dans l’histoire , mais dont la véritable valeur était peu appréciée en Angleterre. Avant l’événement qui la plaça sous notre domination , nous étions loin de connaître la prééminence que ses ports sûrs et commodes , son immense population et ses fortifications , que je regarde comme inexpugnables , lui assurent , si ce n’est sur toutes les îles dp l’univers , du moins sur toutes celles de la Méditerranée.

Les ports de Malte sont très-spacieux et peuvent contenir quatre ou cinq cents vaisseaux de haut-bord, auxquels Us offrent l’abri le plus sûr. Le port Mahon est bien loin de réunir autant d’avantages ; mais il est vrai que sa position , par rapport à l’Angleterre , le rend plus •convenable pour le service de notre marine.

Le port de Marsa-Muscat , bien que commode , est uniquement destiné aux bâtimens en quarantaine. On y remarque un beau lazaret bâti dans une petite île , jointe à Malte par un pont, et le fort Manuel, qui y fut élevé en x 726 par le grand-maître de ce nom. Les fortifications en sont bien construites, et le tracé en est régulier. Au milieu de la place d’armes , on voit la statue en bronze du grand-maître Manuel de Vilhêna, Après l’évacuation de la Valette et de ses dépendances , on renferma les troupes françaises dans ce fort , jusqu’au moment où l’on put se procurer les moyens nécessaires pour les transporter en France.

La population de l’île , avant la destruction de l’ordre des chevaliers en 1 798 , était estimée à cent mille âmes , nombre qui , d’après le peu d’étendue du territoire , paraît presquè incroyable. Depuis cette époque , la guerre a moissonné une grande partie des habitans ; beaucoup d’entre eux ont émigré , et l’armée française , commandée par Bonaparte , en embarqua un grand nombre avec elle lorsqu’elle fit voile pour l’Egypte.

• Les différens ouvrages de fortification dont l’île est couverte , sont eh trop grand nombre pour être tous dêdfcs dans un ouvrage tel que celui-ci: il suffit de dire que les forts Saint-

Elme et Riçasoli , qui défendent l’entrée du grand port ainsi que la Valette , ne le cèdent en force ni en beauté à aucune autre place de l’Europe.

Dans le moyen âge , Malte fut conquise par les Français sur les Sarraïins ; elle devint ensuite un fief du royaume de Sicile, et fut rendue à Louis XII lors de la conquête de Naples. Les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem ayant été chassés en i 523 de l’île de Rhodes, la reçurent de l’empereur Charles-Quint , avec la condition qu’ils prêteraient hommage au roi de Sicile.

L’expédition française destinée â la conquête de l'Egypte parut devant Malte le 1 o juin 1 798 « Bonaparte fit immédiatement demander au grand-maître l’entrée du port et la permission de prendre de l’eau dans l’ile. Cette demande , qui n’était qu’un prétexte , fut rejetée , et le refus devint le signal du débarquement qui s’opéra aussitôt sur difFérens points. Sans perdre un seul instant , les Français marchèrent droit contre la ville. On aurait pu s’opposer , et probablement avec succès , à cette entreprise téméraire ; mais , dans lciy admiration pour l’intrépidité des assaillans , les Maltais parurent oublier qu’ils avaient dt^c^nemis devant eux ; ’ et cette place,, que la nature et Fart avaiqnt

rendue si forte , dont la défense mémorable avait, en 1 565 , immortalisé le nom de Jean de la Valette , fut perdue par un moment d’hésitation. Le débarquement s’étant ainsi paisiblement opéré , et les Français ayant pu s’avancer impunément jusqu’au pied des remparts , il devenait vraisemblable que toute résistance serait désormais inutile ; cependant le grand-maître voulut encore montrer quelques dispositions hostiles ; mais elles furent prises de manière à ne produire que de faibles résultats , et ne furent probablement que ce qu’on peut appeler un pacte entre la honfe et la lâcheté. Au reste, ce simulacre de défense ne fut pas de longup durée : en vingt-quatre heures la remise de la place et de tous les forts , de la marine , consistant en deux vaisseaux de 64, une frégate et quatre galères, d’une nombreuse artillerie , des magasins , des trésors , çt de toutes les propriétés appartenant à l’ordre , fut arrêtée et signée à bord de l'Orient , le i3 juin , à minuit.' .

Ainsi pasSa sous la domination des Français cette île célèbre , dont la possession fut toujours avec raison regardée comme très-importante par toutes les nations anciennes et modernes.

Par ce coup habile , Hotaaparte ayant effectué cette précieuse conquête, détruit l’existence

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réelle et politique de l'ordre, augmenté et approvisionné sa flotte , ne perdit pa9 un seul instant , et fit aussitôt rembarquer ses troupes, après avoir laissé dans l’île une forte garnison , sous les ordres du général Vaudois.

Les Français restèrent paisibles possesseurs de Malte jusqu’à la fin de 1 799. A cette époque , les Maltais , exaspérés par les vexations continuelles et les mesures impolitiques de leurs nouveaux maîtres, se soulevèrent spontanément et en masse contre eux , massacrèrent la garnison de Citta -Yeccuia , et renfermèrent le reste des Français dans la ville de la Valette et dans ses dépendances.

La garnison française étant ainsi rigoureusement bloquée par terre , une flotte anglaise , commandée par ie capitaine Martin, vint encore lui couper toute communication du côté de la mer. Elle demeura dans cette position jusqu’au mois de mars. Deux régimens anglais , le 5 o“ et Je 89% arrivèrentcalors de Messine, et furent bientôt suivis par le 35 ', fort de deux bataillons, et le' 48 % qui furent amenés de Minorque par le major-général Pigott. L’ennemi se trouva alors réduit à la plus grande détresse par le manque do vivres ; mais il continua à résister, malgré la famine , le plus redoutable des ennemis. Enfin , se voyant dans l'impossibilité d’être

secouru , n’ayant plue de pain que pour trois faibles distributions , le brave et opiniâtre général Vaudois se rendit le 3 septembre aux Anglais , commandés par le major-général Pigott.

Un corps de neuf cents Napolitains vint se joindre aux Maltais pendant le blocus : il était composé d’hommes robustes , mais mal ‘commandés et mal équipés.

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