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Savary

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cheval. Les habitants nous paraissaient assez attachés; ils nous faisaient beaucoup d’amitiés. 11 m’est souvent arrivé d’aller seul dans des villages très éloignés dans les bois, et d’être accueilli avec beaucoup de bonté par ces malheureux que nos soldats pillaient journellement; ils m’offraient des dattes et du café. Plus d’une fois le général Kleber, qu’ils aimaient beaucoup, s’écartait seul, sans garde, et les visitait dans leurs maisons.

Salheyeh est la réunion d’une quarantaine de petits villages, séparés les uns des autres de 100, 200, 300 toises, dans un bois de palmiers d’environ 3 lieues de contour et situé à l’entrée du désert à 22 lieues du Caire. On trouve dans ce bois beaucoup de petits lacs ou mares d’eau provenant des débordements du Nil et se tarissant à mesure qu’on s’éloigne du temps de l’inondation. L’eau y est bonne jusqu’à l’époque où le Nil devient fort bas; elle est alors un peu saumâtre. C’est laque s’approvisionnent d’eau les caravanes qui veulent passer le désert pour aller à Gaza.

Les habitants sont très misérables; ils sont laids, très maigres; beaucoup vont nus; ils vivent du produit de leurs dattiers; ils vendent ce qui ne leur est point nécessaire pour leur existence, et se procurent avec cela le peu de choses dont ils ont besoin. Ils se réunissent par

SALHEYEH

10, 20 familles dans des cabanes de terre, qu’ils entourent d’un haut mur carré, flanqué par des tours rondes placées aux angles, et chacune de ces réunions forme un petit village. Ils sont obligés de se fortifier de cette manière à cause des Arabes du désert, qui ne manquent jamais l’occasion de leur enlever quelque bétail. Ces habitants ne travaillent jamais; une de leur jouissances, et c’est la plus grande, c’est de fumer sous des palmiers près de leurs cabanes en prenant du café. Les femmes s’occupent des travaux du ménage ; elles broient le blé ; elles ne sont pas plus belles que leurs maris, et sont très malpropres; les enfants sont hideux et presque toujours dans la poussière avec les chèvres, les chiens et autres animaux; dans beaucoup de cabanes, tous couchent ensemble, hommes et bêles.

Nous passions les soirées à jouer le reversi en buvant le punch. Nous faisions quelques bouillottes asse? chères, chez le commissaire ordonnateur Daure. Nous étions assez gais. L’espérance de revoir bientôt nos parents et nos amis augmentait de jour en jour. Nous sûmes, dans les premiers jours de pluviôse, que, quoiqu’on eût toutes les peines possibles à faire entendre aux plénipotentiaires turcs les choses les plus intelligibles, tout finirait par s’arranger, parce

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que M. Smith était à peu près d’accord sur les points principaux. Avant la clôture des négociations, le général Kleber, pour sonder l’opinion, avait parlé de quelques articles principaux; beaucoup de personnes virent avec peine que nous partirions du Caire, pour nous retirer sur la rive gauche du Nil, avant l’époque où les bâtiments seraient prêts à nous recevoir ; on eût désiré que les Turcs n’entrassent en Egypte que quand nous l’eussions quittée; c’eût été un moyen de voir arriver plus vite les vaisseaux qui devaient nous transporter en France et d’assurer l’exécution du traité. Le général Kleber convoqua un conseil de guerre, présenta les articles, fut contrarié et s’aperçut trop tard qu’il ne devait pas demander de conseils quand il ne voulait suivre que ses idées 1 .

Cette circonstance occasionna de la division, et quelques hommes en profitèrent pour émettre des opinions dont le prétexte était l’intérêt de la République; mais ils ne purent cacher à tout le monde qu’ils étaient mus par de petites passions et par l’espérance de tirer, dans la suile, tout le parti possible de la conduite qu’ils tinrent alors.

On commença par n’être pas d’accord sur le

1. Ce conseil de guerre fut. tenu à Salheyeh, le lor pluviôse (21 janvier). Le procès-verbal en a été publié, pour la première fois, dans l'ouvrage de Louis lteybaud, qui en devait la communication à l’ordonnateur Daure (t. 111, p. 73).

CONVENTION D EL-ARlCH

mode d’évacuation, et plus tard on cria sur le traité et sur l’évacuation, quoiqu’on fût convenu qu’il était impossible de tenir sans courir des chances trop dangereuses1.

Le général Kleber envoya, le 6 pluviôse (26 janvier), son ultimatum avec l’ordreau général Desaix de revenir s’il n’était pas accepté ; le 10 {30 janvier), un aide de camp apporta le traité conclu le 8 pluviôse (28 janvier) à El-Arich; Kleber le signa et l'envoya de suite au grandvizir.

Le général Kleber porta immédiatement à la connaissance des troupes les articles du traité et fit une proclamation à l’armée, dans laquelle il lui annonçait que dans quatre mois elle reverrait la France. 11 donna des ordres à Alexandrie spour les préparatifs de l’embarquement. 11 écrivit à Mustapha-Pacha, prisonnier au Caire •et qui avait beaucoup contribué à faire nouer ies négociations ; il avait fréquemment écrit au

1. L'opinion de Doguereau est assez conforme aux idées que ■développait Kleber dans sa lettre au Directoire, du 8 octobre 1799; l'étude impartiale des documents de l’époque permet d'aflir- 111er que, si elle est conçue en termes un peu trop pessimistes, la lettre de Kleber doit être tenue comme vraie dans ses conclusions. Dans son Journal , l'ingénieur Villiers du Terrage déclare également :

«Tout le monde désirait revoir la France, dont on ne recevait même plus de nouvelles. Ceux qui ont plus tard crié à la trahison ne se souvenaient sans doute pas de leur joie à l'idée de quitter J'Egyple. » (P. 241.)

grand-vizir, il avait eu très souvent des conférences avec le général Kleber qui l’avait traité avec tous les égards imaginables. Mustapha arriva deux jours après à Salheyeh avec son fils et ses principaux officiers; le général Kleber lui fît cadeau de chevaux et d’équipages de campagne, lui annonçant qu’il était libre et qu’il pouvait aller rejoindre le grand-vizir quand il lui plairait.

Le 12 (1er février), il arriva un commissaire en chef avec quelques officiers de l’armée ottomane. Rien de plus pitoyable que leur suite et leurs montures. Leurs mulets et leurs chevaux pouvaient à peine se traîner ; les os leur perçaient la peau, et la plupart n’avaient plus de poil ; ce spectacle nous amusa beaucoup et donna lieu à de nombreuses plaisanteries.

Le général Desaix arriva le 16 (5 février), et Mustapha-Pacha partit pour rejoindre le grandvizir avec un certain nombre de Turcs qui étaient prisonniers de guerre en Egypte et qu’on amena à Salheyeh.

On faisait faire de grandes manœuvres tous les jours à nos demi-brigades, parce qu’on avait su que le vizir voudrait avoir une entrevue avec le général Kleber et qu’on avait l’intention de faire manœuvrer l’armée devant lui. On s’était aussi attendu à voir arriver M. Smith ; mais il

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