‹ Journal de l'expédition d'EgypteChapitre 112 sur 171 · Baudot · texte numérisé non relu

Baudot

3. Retardé par diverses circonstances, le départ de Kleber n'eut

Le 16 (6 janvier), nous partîmes de grand matin. Nous fîmes halle à El-Menaïr où nous déjeunâmes; les habitants nous apportaient des œufs, du beurre et des dattes. Nous continuâmes notre route, et à deux heures nous arrivâmes à Belbeis; toutes les troupes étaient sous les armes sur le passage du général en chef. Le général Kleber reçut la visite de tous les corps et fit part à chacun d’eux du dessein qu’il avait de reconduire l’armée en France, des négociations qu’il avait entamées à cet effet et de sa résolution de livrer bataille si l’ennemi nous refusait des conditions honorables. Ce qu’il dit aux officiers fut en un instant su de toutes les troupes et causa la plus vive satisfaction. Lajoie fut générale; rien ne pouvait plus flatter l’armée que l’espérance de retourner dans sa patrie. Cependant on était bien décidé abattre l’ennemi s’il fallait en venir lâ pour obtenir ce qu’on désirait tant. Nous campâmes derrière le canal.

Le 17 (7 janvier), nous nous mîmes en route au lever du soleil. Nous arrivâmes à Koraïm à trois heures, et nous campâmes près de jardins fort agréables où nous fûmes promener en arrivant. Une lieue avant Koraïm, on avait aperçu quelques

définitivement lieu que le 19 nivôse (9 janvier). Il coucha, le soir, à Birket-el-IIadji. Le lendemain, il arriva à Belbeis, où il séjourna le 11 janvier. I)e là, il se rendit à Koraïm (12 janvier) et atteignit Salheyeh, le 13 janvier.

DÉPART POUR SALHEYEI1

Arabes dans le désert; un détachement de guides et beaucoup d’individus, militaires et administrateurs, étaient allés courir après eux. Nous étions déjà depuis deux heures àKoraïmet ils ne revenaient pas; le général Kleber envoya de la cavalerie à leur rencontre, et bientôt l’arrivée de quelques-uns d’entre eux nous procura des détails sur ce qui s’était passé.

Après avoir joint les Arabes que nous avions vus et enlevé leurs chameaux et leurs baudets, ils avaient continué à poursuivre ceux qui, étant à cheval, avaient pu se sauver. Ils arrivèrent dans leur camp; là, ne trouvant point de résistance, ils ne gardèrent aucun ordre et furent les uns d’un côté, les autres d’un autre, jetant l’épouvante parmi les femmes et les enfants, qui seuls étaient restés. Bientôt les Arabes, qui s’étaient d'abord sauvés à l’arrivée des Français dans le camp, se réunirent; et, voyant les autres épars et par petites troupes, ils vinrent les attaquer. La retraite fut le parti que durent prendre les nôtres, qui avaient affaire à vingt contre un ; et il fallut combattre en se retirant. Les Arabes eurent 15 hommes tués ou blessés; nous eûmes -1 hommes tués et quelques blessés. Un superbe nègre du général Kleber, d’une bravoure extraordinaire, y fut tué.

Apprenant que ces Arabes étaient amis, on

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voulut envoyer de suite des paysans de Koraïm pour les prévenir qu’il y avait eu une méprise et pour leur demander les blessés français qui pouvaient rester entre leurs mains. On ne savait pas encore que tous ceux qui manquaient avaient été tués; on s’intéressait beaucoup à un jeune commissaire qui n’était pas revenu. Les paysans ne voulurent point y aller, disant qu’ils étaient en guerre avec ces Arabes. On apprit le soir, par des hommes qui avaient vu les cadavres, que les Français qui n’étaient pas revenus avaient été tués.

Le 18 (8 janvier), au lever du soleil, nous étions en marche. Nous fîmes balte près du lac; nous vîmes caracoler, du coté opposé à celui où nous étions, les Arabes de la tribu que nous avions attaquée la veille; on envoya un piquet de cavalerie pour les surveiller; et, quand nous partîmes, ils s’en retournèrent vers leur camp. Il est probable qu’ils craignaient que nous ne voulussions venger les Français tués la veille et attaquer leur camp; ils nous quittèrent quand ils furent persuadés qu’on ne voulait pas aller chez eux.

Nous arrivâmes vers onze heures à Salheyeh. Il n’v avait pas une heure que nous y étions qu’une pluie très forte nous mouilla jusqu’aux os; nos équipages ne faisaient que d’arriver et

SALHEYEII

nos tentes n’étaient pas encore dressées. J’avais un très grand appétit, et notre ami Faure1 2 qui, depuis quelque temps, était campé à Salheyeh et très bien organisé, nous donna un excellent dîner auquel, pour ma part, je fis tout l’honneur possible.

Le lendemain de notre arrivée à Salheyeh, il arriva un Tartare, et nous sûmes qu’on allait traiter de l’évacuation à El-Arich, où le commodore Smith et le général Desaix avec le citoyen Poussielgue allaient arriver; ils avaient débarqué en Syrie, à Beyrouth et venaient par terre, escortés par de la cavalerie turque. Presque tous les jours il partait et il arrivait des dépêches; aussitôt que nos plénipotentiaires furent arrivés à El-Arich, on leur envoya un détachement de dromadaires pour escorter les porteurs de dépêches. L’aide de camp du général Desaix arriva à Salheyeh; il donna quelques renseignements sur l’armée du vizir, composée en grande partie de cavalerie très mal montée; ils avaient une trentaine de pièces de 4.

Nous passions notre temps assez agréablement. Nous allions pendant le jour dans les bois de Salheyeh ; nous visitions les villages ; souvent nous en faisions tout le tour en courant à

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