‹ Journal de l'expédition d'EgypteChapitre 119 sur 171 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Rupture de la convention d’El-Arich. — Lettre de lord Keith. — Ultimatum de Kleber au grand-vizir. — Bataille d'Iléliopolis : attaque des retranchements de Matarieh ; déroute des Turcs; l'armée française campe sous les tentes de l'armée ottomane.

— Poursuite de l'ennemi. — Attaque et prise de Belbeis. — Bivouac à Sénikah. — Affaire de Koraïm. ■ — Arrivée a Salheyeh.

— Fuite du vizir à travers le désert. — Marche du général Belliard sur Damiette.

Telle était la position de l’armée lorsque le général en chef reçut du commodore Sidney Smith, ministre plénipotentiaire auprès de la Porte ottomane, une lettre datée de Chypre, 20 février 1800. Elle portait « que le commandant en chef de la flotte anglaise dans la Méditerranée avait reçu des ordres qui s’opposaient à l’exécution immédiate du traité d’El-Arich et qu’on jugeait nécessaire de lui faire part sans délai de cette difficulté, afin qu’il n’agît point ignorant son existence. »

Aussitôt que le général en chef eut pris connaissance de cette lettre, il fit réarmer les forts, arrêter le départ des munitions, rappeler celles qui étaient déjà transportées. Il ordonna aux

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troupes de Rahmanieh et de Rosette de remonter au Caire ; des courriers à dromadaires lurent expédiés pour accélérer la marche de celles de la Haute-Egypte; tous les moyens réservés pour les événements extraordinaires furent réunis, et l’armée prit position vers la Coubbeh.

Le général en chef adressa aux troupes une proclamation pour les préparer aux suites d'une rupture. 11 chargea en même temps le secrétaire de Sidney Smith de se rendre sur-le-champ au camp du vizir pour lui présenter la copie de la lettre qui lui avait été adressée. 11 appela enfin auprès de lui Mustapha-Pacha, commissaire de la Porte, pour lui déclarer qu’il différait l’évacuation du Caire et qu’il regarderait comme unehostilité la marche de l’armée ottomane au-delà de Belbeis.

Le vizir reçut dans celte place la dépêche du général en chef. Son camp était déjà levé et luimême prêt à monter à cheval. 11 n’eut aucun égard à cette proposition1, se rendit avec son armée à El-Khanqah, et, portant son avant-garde à Matarieh, à deux heures de chemin du Caire,

1. Il déclara que l’armée de la Sublime Porte n'avait jamais reculé et n’en donnerait pas le premier exemple en cette occasion. En apprenant la réponse du vizir au parlementaire anglais, Kleber s'écria : « F..., je le ferai bien reculer demain, et plus vite qu’il ne voudra. »

Plusieurs historiens placent cette réponse à la veille de la bataille d’Héliopolis.

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il plaça dans la plaine de la Coubbeh ses avantpostes au milieu des nôtres.

Sur ces entrefaites M. le lieutenant Wright, officier de marine anglais, arriva au quartier général et présenta une lettre adressée par le lord Keith, commandant de la flotte anglaise dans la Méditerranée, au général en chef de l’armée française en Egypte. Elle était datée de Minorque le 8 janvier 1800, écrite en anglais et ainsi conçue :

« Monsieur,

« Ayant reçu des ordres positifs de Sa Majesté Britannique de ne consentir à aucune capitulation avec l’armée française en Egypte et en Syrie, excepté dans le cas oii elle mettrait bas les armes, se rendrait prisonnière de guerre et abandonnerait tous les vaisseaux et toutes les munitions des ville et port d’Alexandrie aux puissances alliées, et, dans le cas où une capitulation aurait lieu, de ne permettre à aucune troupe de retourner en France qu’elle ne soit échangée, je pense nécessaire de vous informer que tous les vaisseaux ayant des troupes françaises à bord et faisant voile de ce pays d’après les passeports signés par d’autres que ceux qui ont le droit d’en accorder seront forcés par les officiers des vaisseaux que je commande de rentrer à Alexandrie;

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