LETTRE DE LORD KEITH
et que ceux qui seront rencontrés retournant en Europe d’après des passeports accordés en conséquence d’une capitulation particulière avec une des puissances alliées, seront retenus comme prises et tous les individus à bord considérés comme prisonniers de guerre. »
Signé : Keith.
Le général en chef prit aussitôt la résolution de livrer bataille, certain que l’armée partagerait ses sentiments aussitôt qu’elle connaîtrait cette lettre odieuse. Elle fut imprimée pendant la nuit et elle servit de proclamation :
« Soldats, ajoutait-il, on ne répond à une telle insolence que par des victoires ; préparez-vous à combattre1. »
Jamais outrage ne fut plus vivement ressenti, l’injure était commune, chacun brûlait de la venger. Tous les Français se reconnurent à cette généreuse indignation, et l’on eût dit que l’armée poussait dans ce moment un cri de guerre unanime.
Le vizir avait rejeté toutes les propositions que le général Kleber lui avait adressées ; il ne voyait dans notre modération que le témoignage
1. La lettre de lord Keith et l’énergique appel de Kleber furent notifiés à l'armée, le 18 mars 1800 (2"i ventôse an VI U).
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de notre faiblesse. Convaincu qu’on ne pouvait s’opposer à la marche de son armée, il exigea l’évacuation du Caire au terme convenu, celle de tous les forts et celle du Delta. Dans les conférences qui se tinrentdla Coubbeh, le reis-effendi et le defterdar feignirent de regarder cette opposition des Anglais comme un événement peu considérable, qui, n’étant point émané de Constantinople, ne devait pas arrêter l’évacuation. Tout délai de notre part était selon eux une infraction au traité, et c’était offenser la Porte que d’exiger une autre garantie que ses firmans.
La communication de la lettre du lord Keith n’avait rien changé aux dispositions du vizir. Sir Sidney Smith qui, dans ces circonstances difficiles, concilia ce qu’il devait à l’honneur, avec ce qu'exigeaient les ordres de son Gouvernement, représenta inutilement qu’il convenait de tout suspendre de part et d’autre. Le vizir, qui n’appréciait point les suites d’une rupture, repoussa ce conseil dicté par la prévoyance et la loyauté; il persista dans ses prétentions et consentit seulement à promettre des otages et des subsides.
Pendant que duraient les conférences, le vizir faisait venir de nouvelle artillerie d’El-Arich; il augmentait ses forces déjà très considérables, en réunissant les habitants des villages, qui se ren-