ULTIMATUM DE KLEBER
le vizir sans une déclaration expresse d’hostilités, lui adressa la lettre suivante :
Au quartier général de l’armée française, le 28 ventôse an VIH (19 mars 1800).
« L’armée dont le commandement m’est confié ne trouve point dans les propositions qui m’ont été faites de la part de Votre Altesse une garantie suffisante contre les prétentions injurieuses et l’opposition formelle du Gouvernement anglais à l’exécution de notre traité. En conséquence, il a été résolu ce matin au conseil de guerre, que ces propositions seraient rejetées et que la ville du Caire, ainsi que ses forts, demeureraient occupés par les troupes françaises, jusqu’à ce que j’aie reçu du commandant de la flotte anglaise dans la Méditerranée une lettre directement contraire à celle qu’il m’a adressée le 8janvier, et que j’aie entre mes mains les passeports signés par ceux qui ont le droit d’en accorder.
« D’après cela, toutes conférences ultérieures entre nos commissaires deviennent inutiles, et les deux armées doivent dès cet instant se considérer comme en état de guerre.
« Laloyauté que j’ai apportée dans l’exécution ponctuelle de nos conventions donnera à Votre Altesse la mesure du regret que me fait éprouver une rupture aussi extraordinaire dans ces cir-
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constances que contraire aux avantages communs de la République française et de la Sublime Porte. J’ai assez prouvé combien j’étais pénétré du désir de voir renaître les liaisons d’intérêt et d’amitié qui unissaient depuis longtemps les deux puissances ; j’ai tout fait pour rendre manifeste la pureté de mes intentions; toutes les nations y applaudiront, et Dieu soutiendra par la victoire injustice de ma cause; le sang que nous sommes prêts à répandre rejaillira sur les auteurs de cette nouvelle dissension.
« Je préviens aussi Votre Altesse que je garderai encore comme otage à mon quartier général, Son Excellence Mustapha-Pacha, jusqu’à ce que le général Galbaud, retenu à Damiette ', se soit rendu à Alexandrie avec sa famille et sa suite et qu’il ait pu me rendre compte du traitement qu’il a éprouvé des officiers de l’armée ottomane et sur lequel on me fait des rapports extraordinaires.
« La sagesse accoutumée de Votre Altesse lui fera distinguer aisément de quelle part viennent les nuages qui s’élèvent ; mais rien ne pourra altérer la haute considération et l’amitié bien sincère que j’ai pour elle. »
Signé : Kleber.
1. Le général Galbaud, arrivant de France sur le brick le Loili , avait débarqué près de Damiette ; il s’était vu arrêté par les commandants turcs et retenu prisonnier.
BATAILLE D’HELIOPOLIS
Eu même temps on ordonnait au camp les préparatifs du combat. Au milieu de la nuit suivante ', le général en chef se rendit, accompagné des guides de l’armée et de l’état-major général dans la plaine de la Coubbeh, où se trouvait déjà une partie des troupes; les autres arrivèrent successivement et se rangèrent en bataille. La clarlé du ciel, toujours serein dans ces climats, suffisait pour que les mouvements s’exécutassent avec ordre; mais elle était trop faible pour que l’ennemi put les apercevoir.
La ligne de bataille était composée de quatre carrés; ceux de droite obéissaient au général Friant, ceux de gauche au général Reynier. L’artillerie légère occupait les intervalles d’un carré à l’autre; et la cavalerie, en colonne dans l’intervalle du centre, était commandée par le général Leclerc; ses pièces marchaient sur ses flancs et étaient soutenues par deux divisions du régiment des dromadaires.
Derrière la gauche, en seconde ligne, était un petit carré de 2 bataillons; l’artillerie de réserve, placée au centre, était couverte par quelques compagnies de grenadiers et par les sapeurs armés de fusils. D’autres pièces marchaient sur les deux côtés du rectangle, soutenues et flanquées par des