‹ Journal de l'expédition d'EgypteChapitre 124 sur 171 · ATTAQUE DES RETRANCHEMENTS DE MATARIEH · texte numérisé non relu

ATTAQUE DES RETRANCHEMENTS DE MATARIEH

et le village de Abou-Zaabel : c’est dans cet endroit que son armée était rassemblée ; elle y occupait un espace considérable. On ne peut décrire son ordre de bataille, car les Turcs n’en observent aucun. Presque tous les rapports qui nous sont parvenus portaient cette armée à 80.000 hommes, quelques-uns à 60.000 seulement.

Vers les trois heures du matin, l’armée se mit en marche; l’aile droite arriva, au point du jour, près de la mosquée de Sibil-el-Ham, où l’ennemi avait une grand’garde de 5 à 600 chevaux ; quelques coups de canon déterminèrent ce poste à se replier.

Les deux carrés de gauche arrivèrent devant le village de Matarieh ; ils s’y arrêtèrent hors de portée du canon et donnèrent le temps à la division de la droite de venir se placer entre Héliopolis et le village d’El-Merg, afin de s’opposer à la retraite des troupes ennemies et à l’arrivée des renforts que le vizir pouvait envoyer.

Dès le commencement de la canonnade, Nassif-Pacha envoya un officier turc qui vint sous notre feu jusque près du général en chef; celuici le renvoya sans vouloir l’entendre.

Tandis que notre premier mouvement s’exécutait, on distingua un corps de cavalerie et d’infanterie turques qui, après avoir fait un grand

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détour dans les terres cultivées, se dirigeait vers le Caire. Les guides eurent ordre de les charger. Les ennemis acceptèrent la charge et, renforcés successivement par de nouvelles troupes, ils enveloppèrent les nôtres. L’issue de cette mêlée leur eût été funeste si le 22e de chasseurs et le 14e de dragons ne se fussent portés aussitôt pour soutenir l’action. Après un combat long et opiniâtre, l’ennemi prit la fuite et, s’éloignant à perte de vue dans les terres, il continua de se diriger vers le Caire.

Le général Reynier commença l’attaque de Matarieh ; des compagnies de grenadiers misesen réserve pour cet objet reçurent l’ordre d’emporter les retranchements et l’exécutèrent avec une bravoure digne des plus grands éloges. Tandis qu’elles s’avançaient au pas de charge, malgré le feu d’une quinzaine de piècesde l’artillerie ennemie, on vit les janissaires sortir des retranchements et courir l’arme blanche à la main sur la colonne de gauche; mais ils n’y rentrèrent plus. Arrêtés de front par le feu vif et soutenu de cette colonne ainsi que par notre artillerie qui marcha constamment avec nos premières troupes, une grande partie tomba sur la place; le reste, pris en flanc parla colonne de droite et bientôt attaqué de toutes parts, périt sous la baïonnette. Les fossés, comblés de morts-

BATAILLE D HELIOPOLIS

et de blessés, n’empêchent plus de franchir les retranchements; drapeaux, pièces d’artillerie, queues de pachas, effets de campement, tout reste en notre pouvoir. Une partie de leur infanterie se jeta dans les maisons, à dessein de s’y défendre ; on ne lui laissa pas le temps de s’y établir; beaucoup y furent égorgés.

L’ennemi avait abandonné ses tentes et ses bagages, mais aucun pillage ne retarda le mouvement des troupes. L’armée sentait la nécessité de poursuivre rapidement le vizir jusqu’aux limites du désert, et cette pensée semblait animer à la fois tous les chefs et tous les soldats.

Tandis que le général Reynier attaquait Matarieh, Nassif-Pacha envoya une seconde fois faire savoir qu’il désirait parlementer; il demanda un officier de marque. Le général Kleber lui envoya le chef de brigade Baudot, son aide de camp. Aussitôt qu’il fut aperçu des troupes turques, on l’assaillit de toutes parts et on le blessa à la tête et à la main. Deux Mameluks de ce pacha qui raccompagnaient parvinrent avec peine aie soustraire aux assassins. Conduit au vizir, il fut retenu comme otage pour répondre de Mustapha- Pacha et d’Hassan-Aga-defterdar, qui étaient auprès du général en chef.

Pendant que se passaient ces événements et que le général Rev nier rassemblait sa division au-

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tour de l’obélisque d’Héliopolis, des nuages de poussière annonçaient la marche en avant du corps principal de l’armée turque. Le vizir était à la tête; on distinguait sa garde par l’éclat des armures. Un rideau, dont la pente estinsensible, unit les deux villages de Seriaqous et d’El-Merg; l’armée ottomane prit position sur ces hauteurs, et le vizir s’établit de sa personne derrière un bois de palmiers qui entoure ce dernier village.

Le général Friant, déjà en marche, fut bientôt attaqué par les tirailleurs qui garnissaient ce bois. Le général Reynier reçut l’ordre de se porter sur la droite de l’ennemi au village de Seriaqous. Notre armée s'avança en reprenant sensiblement son premier ordre de bataille. Le général Friant repoussa d’abord les tirailleurs ennemis et les chassa du bois d’El-Merg; il attaqua avec le canon et des obus le groupe de cavalerie qui formait le quartier général du vizir. Des pièces d’artillerie placées sur le front de l’armée turque tirèrent quelque temps sur nos carrés, mais sans succès; tous leurs boulets passaient à plusieurs toises au-dessus de nos têtes. Nos pièces répondirent par un feu soutenu qui fit bientôt cesser celui de l’ennemi. Alors, et presque dans un instant, tous les drapeaux se réunirent des divers points de la ligne ennemie,

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