‹ Journal de l'expédition d'EgypteChapitre 13 sur 171 · PRISE D ALEXANDRIE · texte numérisé non relu

PRISE D ALEXANDRIE

Les divisions Kleber et Menou partirent le matin à quatre heures, se dirigeant vers Alexandrie ; la division Bon les suivit quelques heures après. A on/e heures, on était sous le canon de la place. On fit les dispositions d’attaque ; les deux divisions Kleber et Menou, placées à la gauche de la nôtre (division Bon), occupaient l’espace compris entre le port et la colonne de Pompée; nous nous étendions de là jusqu’à la porte de Bosette que notre division avait ordre d’attaquer. A quelque distance de la ville, on rencontra de la cavalerie, composée de Mameluks et d’Arabes; elle voltigea quelque temps devant nos troupes et se retira lorsqu’elle vit que ses caracolades ne nous en imposaient guère et que, sans tirer un coup de fusil, on avançait toujours. L’armée marcha en bataille, le général Bonaparte à la tête; l’ennemi était sur les remparts, et dans les tours de l’enceinte; la cavalerie avait gagné le désert et se trouvait sur nos derrières. Nous n’avions pas d’artillerie; le peu qu’on avait débarqué n’avait pu être amené, faute de chevaux; il était impossible de conduire les pièces à bras au milieu des sables et sur les monticules qui se trouvaient sur le passage.

Nous essuyâmes le feu de mousqueterie des Turcs placés sur le rempart et celui de quelques mauvaises pièces de canon qu'ils tiraient fort mal;

52 JOURNAL DE L’EXPÉDITION d’ÉGYPTE

mais l’élan était donné, la charge fut battue, et l’on arriva dans le fossé sous les murailles de la place. De toutes parts on donna l’assaut, et bientôt le drapeau tricolore remplaça les bannières ottomanes. Les Turcs se défendirent assez vigoureusement en se retirant au milieu des ruines de la ville des Arabes; ils y furent poursuivis de toutes parts; ceux qui ne furent pas tués se réfugièrent en partie dans la ville neuve; une partie trouva le moyen de se retirer vers la campagne. Arrivés dans la ville des Turcs, nous essuyâmes encore quelques coups de fusil des maisons. Le général avait défendu le pillage; et bien que cette ville fût dans le cas de subir la loi du vainqueur, elle fut traitée avec la plus grande clémence. Les troupes étaient extrêmement fatiguées par une marche pénible dans les sables, à l’ardeur d’un soleil brûlant sans avoir pu trouver seulement un verre d’eau; on s’arrachait, en arrivant, quelques chameaux qui en étaient chargés.

La perte de l’ennemi dans cette attaque fut considérable; de notre côté, les généraux Kleber et xMenou furent blessés, un chef de brigade tué 1 ; nous eûmes environ 200 hommes tués ou blessés.

Alexandrie, la ville actuelle des Turcs, est située sur le bord de la mer entre les deux ports;

Page 1