‹ Journal de l'expédition d'EgypteChapitre 156 sur 171 · BATAILLE DE CANOPE · texte numérisé non relu

BATAILLE DE CANOPE

ayant percé jusque sur les derrières de la ligne anglaise, sabrait tout ce qu’elle rencontrait, les autres, — et c’était le plus grand nombre, — démontés ou blessés, se retirèrent sur notre seconde ligne; le général Roize, qui commandait cette cavalerie, fut tué sur le revers du fossé d’une redoute; presqu’au même moment le général Abercromby, commandant l’armée anglaise, était mortellement blessé par un des dragons qui avaient enfoncé sa ligne.

Bientôt la cavalerie entière fit sa retraite; ceux qui avaient enfoncé l’ennemi reçurent de nouveau le feu des redoutes, entre lesquelles il fallait repasser; on ne voyait que des hommes démontés ou des chevaux sans cavaliers; la bataille fut jugée perdue par tous les officiers, excepté par le général en chef.

La ligne française repoussée prit position sur les hauteurs qui se prolongeaient le long de celle de l’ennemi, dont elle se trouva séparée par un ravin que ne cessèrent pas d’occuper nos braves tirailleurs. Les Anglais n’osèrent pas sortir de leur ligne, et dès lors commença une forte canonnade qui, pendant plus de trois heures, continua entre les deux artilleries. Quoiqu’elle fût meurtrière de part et d’autre, elle acheva de nous écraser, parce que le feu de l’ennemi était augmenté par celui de l’escadre et de la flottille, et

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que notre ligne était atteinte de tous les côtés; l’infanterie, dans cette cruelle position, était l’arme au bras, attendant patiemment les boulets et la mitraille qui criblaient les rangs.

En vain des officiers généraux braves et habiles essayèrent de persuader au général Menou que sa position n’était pas tenable; qu’il vaudrait mieux essayer une nouvelle attaque que de rester exposés à un feu meurtrier qui détruisait les débris de l’armée ; et qu’il n’y avait qu’un parti raisonnable à prendre, celui de se retirer sur les hauteurs qui se trouvaient en avant d’Alexandrie. Son obstination et son incapacité le portèrent à n’écouter aucun avis; il resta, sans donner aucun ordre, sans faire exécuter aucun mouvement, sur les iieux mêmes où se trouva l’armée le matin, après le mouvement rétrograde; elle ne quitta cette position que sur les onze heures et demie, quand elle fut détruite et lorsqu’il ne lui restait plus 3.000 combattants.

La retraite se fit alors avec ordre, l’ennemi n’ayant pas même osé sortir de sa position. Mais nos troupes subirent un feu épouvantable de l’artillerie anglaise, qui les apercevait mieux que jamais pendant ce mouvement, qui dura près d’une heure. La retraite fut soutenue par nos tirailleurs, qui n’eurent affaire qu’avec ceux de l’ennemi.

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