BATAILLE DE CANOPE
Les Anglais perdirent beaucoup de monde, les régiments d’Écossais souffrirent particulièrement; mais la perte des Français fut incalculable; les deux tiers de notre petite armée furent détruits. Les généraux Lanusse1, Baudot, aide de camp du général Kleber, Roize furent tués ou blessés à mort; le général Destaing fut grièvement blessé; plusieurs chefs de brigade furent tués ou blessés.
La position sur laquelle on se retira était bonne; c’était sur les hauteurs qui se trouvent en avant de l’ancienne enceinte d’Alexandrie; après la bataille du 30 ventôse (21 mars), on y installa des camps de baraques, et l’on y établit des batteries pour notre artillerie de campagne et quelques pièces de gros calibre que l’on tira d’Alexandrie.
Les communications avec le Caire étaient difficiles; cependant elles n’étaient pas interrompues; nous occupions toujours Rahmanieh, où le général Lagrange devait se porter. Nous apprîmes que la peste faisait des ravages considérables au Caire et que l’armée ottomane, ayant
1. Nakoula-el-Turk rapporte une parole que Lanusse mourant aurait adressée à Menou : « Tu nous a jetés dans l'océan de la mort par ton mauvais jugement, ton orgueil et ta vanité. Jamais un homme comme toi n’aurait dû commander en chef les armées françaises et les guider dans les combats meurtriers : tu n’étais bon qu’à diriger les cuisines de la République. » Sans nous prononcer sur l’authenticité de cette apostrophe, il est certain qu’elle traduit bien l’appréciation que la conduite de Menou inspirait à ses subordonnés.
JOURNAL DE L'EXPÉDITION d’ÉGYPTE
passé le désert, s’était portée sur le Caire, où le général Belliard s’était retiré1.
Le 25 germinal (15 avril), je reçus ordre de partir d’Alexandrie avec le général Lagrange, qui allait à Rahmanieh prendre le commandement d’un corps qu’on y réunit pour s’opposer à la marche des Anglais, qui voulaient s’emparer de cette ville pour couper nos communications avec le Caire. J’étais chargé d’établir des batteries sur le bord du Nil pour arrêter les canonnières que l’ennemi avait sur le fleuve; je devais prendre le commandement de l’artillerie de ce corps, si le chef de bataillon Ruly, qui avait dû quitter Damiette, n’était point arrivé.
La digue du lac Madieh ayant été coupée2, déjà les eaux de la mer se répandaient dans le lac
1. Le grand-vizir partit d’El-Arich le 14 germinal (4 avril) avec une armée de 20.000 Turcs et 1.200 Anglais. 11 s’avança fort lentement sur le Caire et n’atteignit Belbeis que le 8 mai. A partir de ce moment, au lieu de continuer directement sa marche, il chercha à s’étendre dans le Delta, pour lier ses opérations à celles des Anglais partant de la côte. Les uns et lés autres réussirent, au milieu de juin, à isoler dans la place du Caire le général Belliard, qui capitula le 28 juin.
2. En vertu d’un ordre du général en chef anglais Ilutchinson, trois coupures furent faites, le 13 avril, entre le lac Madieh et le lac Maréotis. Les eaux de la mer purent entrer dans le bassin, depuis longtemps desséché, de ce dernier lac; elles mirent un mois à le remplir.