‹ Journal de l'expédition d'EgypteChapitre 24 sur 171 · PREMIÈRE RÉVOLTE DU CAIRE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE RÉVOLTE DU CAIRE

siné en voulant dissoudre un rassemblement du côté de la grande mosquée, Gama-el-Azhar, quoiqu’il fût escorté par la cavalerie ; partout on battait la générale, on lirait le canon d’alarme. Un renfort de guides à cheval vint chercher le général Bonaparte, qui passa de suite le Nil et s’en alla à son quartier. J’eus le désagrément, dans une circonstance aussi critique, de rester en arrière; mon cheval, très peureux, ne voulut jamais descendre dans la barque; après beaucoup de tentatives inutiles, je l’abandonnai, j’en empruntai un autre. Le général Lannes marcha avec ses troupes et vint se placer près de la ferme d’Ibrahim-Bey ; je partis de là à toute bride avec son aide de camp et un dragon pour tâcher île gagner le quartier général. Nous fûmes assaillis de pierres en traversant le quartier Babelouk et rencontrâmes fort heureusement un piquet de guides à cheval, qui lui-même avait été attaqué. Nous apprîmes en arrivant qu'un grand nombre de Français étaient égorgés dans les rues et que l’insurrection était presque générale. On était inquiet sur les hôpitaux ; on sut qu’on y avait ■envoyé des renforts et qu’ils étaient en sûreté.

La voie des négociations ne réussissant pas, on lit des dispositions d’attaque ; le général Dommartin eut ordre de marcher à minuit avec de l’artillerie et des troupes pour attaquer la porte

92 JOURNAL DE L’EXPÉDITION d’ÉGYPTE

près de la mosquée Gama-el-Azhar. Nous partîmes à minuit avec ordre de n’attaquer que lorsque le général en chef le ferait dire. Nous eûmes toutes les peines du monde à faire passer pendant la nuit notre artillerie dans des chemins et des faubourgs que nous ne connaissions pas ; il faisait jour lorsque nous eûmes pris position sur les hauteurs qui environnent la porte qu’on devait attaquer. Nous fûmes fusillés de la place ; on ripostait, mais on ne commença point encore la canonnade. Bientôt nous aperçûmes dans le lointain beaucoup de cavalerie ; une nuée d’Arabes et de paysans à cheval furent sur nous dans un clin d’œil; postés sur les monticules, nous ne les craignions guère. Un peu de cavalerie que nous avions occupait une route entre les monticules ; 2 pièces de 8 en batterie en défendaient l’entrée. On voulut marcher avec la cavalerie contre les Arabes; mais la supériorité que leur donnait le nombre nous força de rentrer; nous canonnàmes ; mais, cachés dans les tombeaux, les Arabes étaient à l’abri des boulets. Le général Bonaparte qui, par douceur, n’avait pu ramener les esprits, envoya le chef de brigade Sulkowski avec 15 guides à cheval pour porter l’ordre d’attaquer la porte ; nous les vîmes venir dans le lointain. Les Arabes, voyant un petit nombre de Français, se portèrent sur eux

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